Analyse d'une œuvre de Painkiller : Les joueurs de cartes de Theodoor Rombouts

Thématique
10 septembre
2018

Nom de l'artiste : Theodoor Rombouts (1597-1637)
Titre de l'œuvre : Les joueurs de cartes
Année de création : entre 1620 et 1630
Technique : huile sur toile
Lieu d'exposition : Salzbourg, Residenzgalerie.

Jeu de tir à la première personne, développé par une équipe polonaise et sorti en 2004, le scénario de Painkiller tourne autour d'un homme devenu tueur à gage. Dans ses multiples errances, on peut remarquer que les murs sont ponctués de quelques œuvres.

Celle qui retient aujourd'hui notre attention se tient sur un palier d'escalier, j'ai nommé Les joueurs de cartes de Theodoor Rombouts réalisée entre 1620 et 1630.

Analyse d'une œuvre de Painkiller : Les joueurs de cartes de Theodoor RomboutsTheodoor Rombouts, Les joueurs de cartes, entre 1620 et 1630, huile sur toile, Salzbourg, Residenzgalerie.

Description et analyse

Deux hommes attablés, richement vêtus, disputent une partie de cartes. Les cartes à jouer rangées en éventail dans la main, la déchausse au côté de l'épais talon encore peu entamé, les regards se croisant et la tension palpable, tout cela sont bien les indices d'une partie déjà commencée !

Sur la table somme toute rustique, un verre haut, un bourre-pipe, et une pipe longue accompagnée de sa tabatière ouverte, annoncent une soirée longue rythmée par les victoires et les défaites. Aucune bourse, aucune pièce de monnaie sonnante et trébuchante n'est visible, pourtant le temps semble bien suspendu.

L'as de cœur va-t-il être joué ? Nul ne sait. Cependant, l'adversaire, les mains sur ses cartes, semble déjà avoir calculé sa riposte et observe de son regard soutenu celui de son adversaire comme pour y déceler dans son regard le reflet de son jeu.

Ces deux personnages portent des vêtements aux tissus et aux textures variés. Leur chapeau, imposant par leur diamètre, confère à leur porteur une touche d'élégance, de légèreté, de raffinement. Sur la gauche, l'homme est coiffé d'un chapeau dit à la mousquetaire. À calotte basse et aux grands bords souples en feutre, il est surmonté d'une grande plume d'autruche couchée d'un bleu léger. Sur la droite, l'homme a quant à lui une coiffe de dimension moindre mais tout aussi visible par sa couleur rouge éclatante.

La scène est resserrée sur ces deux personnages, à mi-corps, isolés sur un fond neutre et uni. Quelle est donc ce fond si vide, si terne, si sobre ? Aucune fioriture, aucun ornement ne vient en perturber la surface si simple. Et puis, d'où vient cette lumière si diffuse dont on ne distingue véritablement ni la source ni la destination ? Aucune bougie n'est pourtant allumée sur la table, comment la situer ?

Ces différents éléments énumérés nous amènent à une évidence, ce tableau relève du caravagisme. Ce mouvement, n'est pas une école, mais une influence d'un peintre milanais aujourd'hui mondialement connu, Caravage (1571-1610).

Analyse d'une œuvre de Painkiller : Les joueurs de cartes de Theodoor RomboutsPortrait de Theodoor Rombouts par Antoine van Dyck, Alte Pinakothek.

En effet, le peintre flamand des Pays-Bas espagnols Theodoor Rombouts, né en 1597 et mort en 1637 à Anvers, est une figure de proue des caravagistes flamands.

Pour affiner sa technique, il part continuer sa formation entre 1616 et 1625 en Italie passant de Rome, à Florence, puis à Pise. Son passage à Rome est marqué par l'influence de Caravage.

L'oeuvre de ce dernier se caractérise notamment par des contrastes de clairs-obscurs saisissants, un réalisme sans concession dénué d'idéalisme, un cadrage des figures à mi-corps, un éclairage latéral façonnant les reliefs, une certaine intensité dans le jeu des regards, des objets en raccourci accentuant la profondeur, un fond neutre, l'emploi de couleurs qui par leur vivacité viennent raviver la scène, et enfin une touche très nette.


Analyse d'une œuvre de Painkiller : Les joueurs de cartes de Theodoor RomboutsCaravage, Les Tricheurs, 1594-1595, huile sur toile, Fort Worth, musée d'art Kimbell.

Toutes ces caractéristiques sont visibles dans ce tableau. Theodoor Rombouts reprend en effet nombre de ce qui à l'époque caractérise l’œuvre de Caravage et qui se diffuse aussi bien en Espagne, en France, qu'en Europe du Nord.

Vers 1612-1625, le caravagisme s'établit comme mouvement européen. L'affluence de peintres du Nord à Rome contribue à sa diffusion rapide dans toute l'Europe et notamment chez les peintres flamands. Cela mène à des spécificités régionales comme le style caravagesque flamand qu'illustrent des artistes comme Rombouts et Gerard Seghers (1591-1651) ou le style caravagesque hollandais avec Honthorst (1592-1656).


Analyse d'une œuvre de Painkiller : Les joueurs de cartes de Theodoor RomboutsGeorges de La Tour, Le Tricheur à l'As de Carreau, vers 1636-1638, huile sur toile, Paris, musée du Louvre.

Le fort luminisme vient ici façonner les volumes. La lumière souligne et dessine les formes, attire notre regard sur des éléments bien précis comme les visages et les mains qui émergent de l'obscurité. Elle exalte la réalité. L'allure et l'attitude des deux hommes s'en trouvent magnifiées. La touche très nette fait écho à la tradition flamande des peintures à l'huile des XVème et XVIème siècles. Anvers, ville dans laquelle Rombouts finit sa carrière, est un grand centre artistique depuis le XVIème siècle.



Analyse d'une œuvre de Painkiller : Les joueurs de cartes de Theodoor RomboutsValentin de Boulogne, Le Tricheur, vers 1615-1618, huile sur toile, Dresde, Gemäldegalerie Alte Meister.

Theodoor Rombouts fait honneur à la peinture de genre, au sujet profane, qu'il traite dans un format relativement important comme l'essentiel de ses tableaux qui sont de taille monumentale.

Le thème des « joueurs de cartes » est récurrent dans la peinture de genre. Il se retrouve par exemple dans l’œuvre de Caravage (1571-1610), du peintre lorrain Georges de La Tour (1593-1652) et du peintre français Valentin de Boulogne (1591-1632).

Le jeu prend une part non négligeable dans la société en cette période de Contre-Réforme (dite aussi réforme protestante), contexte historique que nous avons abordé dans le précédent article sur Les Ambassadeurs d'Holbein.

De nombreuses peintures prennent un discours moraliste en représentant des scènes profanes figurant les vices de la société et leurs conséquences sociales néfastes. Les jeux de hasard, dont font partie les jeux de cartes à jouer, sont liés à l'argent et à la boisson. Dettes, triche, beuveries sont synonymes de vices que l’Église cherche à limiter car ils amènent l'oisiveté, la cupidité et l'avarice, voire même la querelle. Les thèmes similaires que sont la diseuse de bonne aventure, les tricheurs, le concert, etc, en sont la représentation et mêlent amour, jeu et déchéance.

Conclusion

Theodoor Rombouts est considéré comme le caravagiste le plus important des Pays-Bas méridionaux. Le thème des « joueurs de cartes » lui est bien familier. Plusieurs versions de ce tableau sont connues de sa main, une à Anvers, une autre à Saint-Pétersbourg, d'autres à Copenhague, Cambrai et Madrid.

Analyse d'une œuvre de Painkiller : Les joueurs de cartes de Theodoor Rombouts  Analyse d'une œuvre de Painkiller : Les joueurs de cartes de Theodoor Rombouts  Analyse d'une œuvre de Painkiller : Les joueurs de cartes de Theodoor RomboutsAutres tableaux sur le thème des Joueurs de cartes de Theodoor Rombouts : Anvers, Musée royal des Beaux-Arts (à gauche), Saint-Pétersbourg, Musée de l'Ermitage (au centre) et Copenhague, Statens Museum for Kunst (à droite).

Notre prochaine aventure sollicitera le décor de Tomb Raider : L'Ange des ténèbres.

Pour approfondir

  • B. Nicolson, Caravaggism in Europe, Oxford, 1979, vol. I, p. 166.
  • Crobate Chroniqueur
  • "Que ton coeur ne soit pas altier à cause de ce que tu sais; n'emplis pas ton coeur du fait que tu es un savant. Discute avec l'ignorant de la même façon qu'avec de l'homme ayant des connaissances; car on n'a jamais atteint les limites d'un art, et nul artisan n'est pourvu d'excellence. Une parole heureuse peut être dissimulée plus que l'émeraude, on peut la trouver parmi les servantes penchées sur la meule." - (Max. 1). L'art de vivre du vizir Ptahhotep.