Analyse d'une oeuvre : La Liberté guidant le Peuple d'Eugène Delacroix

Llalnohar
Thématique
18 avril
2016

Nom de l'artiste : Ferdinand Victor Eugène Delacroix
Titre de l'œuvre : La Liberté guidant le Peuple, premier nom : Scènes de barricades.
Année de création : Octobre/Décembre 1830
Support : Cadre en bois et toile tendu.
Courant artistique : Romantisme
Matériaux : Huile sur Toile
Dimensions : 260 cm x 325 cm
Lieu d'exposition : Salon de Paris en 1831 puis Musée du Luxembourg (1863/1874) et Musée du Louvre, département des peintures, Paris, France.

Biographie de l'auteur

Autoportrait au gilet vert (1837)
Autoportrait au gilet vert (1837)

Né à Charanton-Saint-Maurice en 1798, dans une famille bourgeoise de la banlieue parisienne, son père est un homme politique de la fin du XVIIIe siècle. Secrétaire de Turgot (ministre de Louis XVI) puis député de la Marne sous la Convention, il devient ministre des affaires étrangères (durant 2 ans) puis ministre aux Pays-Bas. Sous l'Empire, il est nommé Préfet de Marseille puis de Gironde. Sa mère quant à elle est issue d'une famille d'ébéniste renommée à la cours royale.

Orphelin de père en 1805 puis de mère en 1814, il poursuit pour autant ses études (financées par son frère aîné rentré dans l'armée napoléonienne), tout d'abord dans un collège et un lycée pour les fils de l'Empire, puis une éducation musicale et artistique grâce notamment à son oncle qui le fait rentrer dans un atelier parisien en tant qu'apprenti.

Il fait la connaissance de Théodore Géricault, Paul Huet,... et rentre finalement aux Beaux-Arts en mars 1816 et réalise des petits travaux (dessin industriel, costume de théâtre, décoration d'appartement,...) afin de subvenir à ses besoins.

Son début de carrière est placé sous le signe de la peinture religieuse et historique. Il peint notamment une grande fresque représentant l'Enfer de Dante : Dante et Virgile aux Enfers ou Les Scènes des Massacres de Scio.

Dans les années 20, Delacroix se lie d'amitié avec Victor Hugo et embrasse pleinement le courant Romantique. La Grèce sur les ruines de Missolonghi ou La Mort de Sardanapale sont des œuvres très engagées dans ce courant. À la fin des années 20, Delacroix opère un virage dans son art, il se concentre sur la peinture dite historique tel L'Assassinat de l'évêque de Liège et son œuvre la plus connu en France : La Liberté guidant le peuple.

Puis, Delacroix quitte Paris durant l'année 1832 pour l'Afrique du Nord et plus particulièrement le Maroc. Il en retire une peinture de scène de vie ou de paysage très chaleureuse (ce qui coupe avec ces précédentes œuvres) : La Noce juive au Maroc ou Etude d'arabe assis.

Durant toute sa carrière, l'homme et l'artiste est un peintre d'État, Empire, Monarchie Constitutionnelle, 1ère ou 2nde Restauration,... L'artiste peint sur commande pour les représentants de l'État.

Il décède finalement le 13 Aout 1863 à Paris sous le 2nd Empire de Napoléon III. Il reste comme l'un des peintres les plus marquants de son époque et cela grâce à son succès lors de l'Exposition Universelle de 1855 qui lui permet d'entrer à l'Institut de France et de créer la Société Nationale des Beaux-Arts. Il est reconnu comme le géniteur d'une centaine de peintures, gravures,...

Contexte Historique

Cette peinture est ancrée dans un contexte historique très fort. Le peintre ne s'en cache pas et l'assume dès la genèse de l'œuvre.

Depuis la chute de Napoléon Ier et le Congrès de Vienne, l'Empire Français est redevenu un Royaume sous la houlette de Louis XVIII (frère de Louis XVI) placé sur le trône par les familles royales d'Europe. Le roi, à nouveau en place, souhaite faire table rase de la période napoléonienne. Pour se faire, il met en place une politique libérale, ce qui permet à la nouvelle classe dominante (la bourgeoisie) de soutenir le gouvernement nouvellement mis en place.

Mais Louis XVIII vieillit et meurt finalement en 1824, laissant la place à Charles X (petit-fils de Louis XV), qui met le cap vers une restauration plus dure dès le début de son règne. Il se fait notamment sacrer tels ses aïeux dans la Cathédrale de Reims. Très croyant et royaliste convaincu, sa politique fait penser aux opposants républicains. Le roi avec l'aide de son ministre (le Prince Jules de Polignac) souhaite rétablir la monarchie absolue (fin de la liberté de la presse, suffrage censitaire...) ce qui pousse peu à peu le peuple et plus particulièrement la bourgeoisie parisienne à se révolter.

À la fin du mois de juillet, Paris se soulève lors des journées du 27, 28 et 29. Cet évènement prend le nom de Trois Glorieuses et pousse Charles X à fuir la capitale et quitter le trône pour être remplacé par Louis-Philippe Ier qui instaure la Monarchie de Juillet.

Cette révolution est la seconde que connait la France en moins de 50 ans et si cette dernière ne débouche pas sur une République, elle obtient pourtant un nouveau gouvernement et participe à un mouvement de fond qui touche la France entre 1789 et 1914.

Description de l'œuvre

La Liberté guidant le peuple se veut être une photographie d'une des 4000 barricades parisienne lors de la 2nde journée des Trois Glorieuses (28 Juillet 1830).

Qui sont représentés sur cette peinture ?

Prenons la peinture par le fond et le cadre géographique : Paris. Cette information nous est indiquée par les tours de la cathédrale Notre-Dame qui émergent de la fumée du fond de la peinture.

Au premier plan, une foule d'émeutiers franchit une barricade (pavés et poutres) au pied de laquelle, les corps de soldats morts apparaissent tordus et comme désarticulés. L'un gît en chemise blanche et dénudé alors que l'autre porte encore son uniforme (ce qui nous donne l'information sur leurs identités).

Puis viennent les personnages principaux (car à hauteur de regard). Un ouvrier ou un paysan blessé, foulard noué sur la tête, émerge des décombres, le corps et le regard tendus vers une femme du peuple, on distingue également deux enfants des rues, l'un coiffé d'un béret brandissant des pistolets de cavalerie, la bouche ouverte sur un cri, l'autre coiffé d'un bonnet de police s'agrippant au pavé. Nous distinguons également un homme coiffé d'un haut-de-forme, redingote et cravate (qui nous pousse à penser qu'il représente la bourgeoisie) mais portant le pantalon et la ceinture des ouvriers, les genoux sur la barricade. Dernier protagoniste, un ouvrier portant un béret, un sabre briquet à la main et sa banderole sur l'épaule. Derrière, on peut distinguer un élève de l'École polytechnique portant le traditionnel bicorne.

Revenons sur le personnage principal et majeur de l'œuvre de Delacroix. Cette femme se retrouve coiffée d'un bonnet phrygien dont s'échappent des boucles. Elle est représentée en pied et occupe de fait la place principale de la toile. Elle brandit par la hampe un drapeau tricolore qui occupe la partie centrale haute de la toile. Sa poitrine est en partie découverte, elle porte également un fusil et est totalement déchaussée.

La peinture est plutôt sombre de par la présence de cette fumée probablement issue de tire de canon et des vêtements des protagonistes. Quelques touches de couleurs sont cependant présentes : le drapeau, l'ouvrier blessé qui porte chemise bleu, bandana et ceinture rouge. La ceinture du bourgeois, le couvre-chef de police volé et l'uniforme du soldat mort.

La seule source de lumière provient du ciel et tombe sur la femme et le drapeau tricolore concentrant d'autant plus le regard du spectateur sur ce personnage.

La Liberté guidant le peuple

Analyse de l'œuvre

Au premier coup d'œil, la peinture semble être une œuvre qui met en avant la République, tout aussi bien par ses symboles (drapeau, bonnet phrygien) que par la place centrale que tient cette femme sortie de la lumière.

L'œuvre s'appelle la Liberté guidant le peuple mais la baptiser "la République guidant le peuple" marche tout autant.

Pourtant cette œuvre est loin d'être une propagande politique. Pourquoi ? Pour deux raisons. La première, Delacroix est profondément napoléonien et donc pro drapeau tricolore. La seconde, la République ne nait pas de la Révolution de Juillet 1830 or, l'homme vit du mécénat étatique et la Monarchie de Juillet de Louis-Philippe 1er n'aurait jamais commandé une telle peinture. Mais ce dernier argument est plus ou moins annulé car le nouveau roi acquiert la peinture pour 3000 francs or et après quelques mois d'expositions, elle est retirée par la censure royale.

Revenons sur le drapeau tricolore, symbole d'une répartition équitable du pouvoir entre le roi (blanc) et la nation (bleu et rouge couleur de Paris). C'est aussi le symbole d'une nation réconciliée avec son histoire : celle de la Révolution et de l'Empire. En plaçant le drapeau au centre du tableau, Delacroix semble glorifier le nouveau gouvernement, à l'image de La Fayette qui entraîne Louis-Philippe au balcon de l'Hôtel de ville où les deux hommes se donnent une accolade théâtrale, enveloppés dans les plis d'un immense drapeau tricolore. Cette mise en scène aurait retourné la foule, massée sur la place de Grève : le « baiser républicain » de La Fayette, selon l'ironique formule de Chateaubriand, aurait permis à Louis Philippe d'accéder au trône. Cette analyse est confortée par le titre prit par Louis-Philippe qui n'est plus Roi de France mais Roi des Français.

Nous l'avons dit en introduction de notre présentation que l'œuvre se veut être une photographie d'une barricade parisienne. Or, de nombreux éléments viennent contredire ce souhait. C'est une partie du romantisme de l'auteur qui s'exprime.

Qu'est-ce que le romantisme ? Une définition possible est la suivante : Le romantisme est un mouvement culturel apparu à la fin du XVIIIe siècle en Angleterre et en Allemagne et se diffusant à toute l'Europe au cours du XIXe siècle, jusqu'aux années 1850. Il s'exprime dans la littérature, la peinture, la sculpture, la musique et la politique.

Il se caractérise par une volonté d'explorer toutes les possibilités de l'art afin d'exprimer ses états d'âme : il est ainsi une réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère et le fantastique et cherchant l'évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l'exotisme et le passé. Idéal ou cauchemar d'une sensibilité passionnée et mélancolique.

En France, se fut au contraire une réaction contre la littérature nationale. Pays de culture et de tradition gréco-latines, la littérature était classique depuis la Renaissance, et l'on appelle Romantiques les écrivains qui, au début du XIXe siècle, se sont affranchis des règles de pensée, en opposition au classicisme et au réalisme des philosophes du XVIIIe siècle. Parmi les auteurs les plus connus l'on retrouve des proches de Delacroix : Victor Hugo, Alexandre Dumas et Géricault.

Il semble que l'œuvre de Delacroix soit pleinement encrée dans ce courant. L'œuvre est clairement une réaction du sentiment patriotique de Delacroix qui place un symbole puissant de l'Empire Napoléonien : le drapeau tricolore. Il exalte le mystère de par son jeu de lumière, et le fantastique avec cette femme sortant de nulle part (participant au ravissement et au sublime avec son corset qui laisse paraitre un sein), mais également le morbide avec ces soldats morts et dénudés aux pieds de la Liberté. Mais ce qui exprime peut-être encore plus le Romantisme est cette notion de passé. Sans aucune information un spectateur lambda pensera que l'œuvre parle de la Révolution de 1789 alors qu'il n'en est rien.

Le tableau possède de nombreuse interprétation, que ce soit sur la géométrie, la lumière et le sens caché derrière chaque personnage.

Commençons par la construction géométrique de l'œuvre :

Sur cette première image on remarque que le tableau est coupé en deux dans la diagonale supérieure gauche vers le coin inférieur droit (rouge). Ce découpage marque la séparation entre la partie sombre (inférieure) et lumineuse (supérieure) de l'œuvre.

Le tableau est également conçu autour de 2 triangles (jaune).

  • Le premier est le plus important et le plus grand formé en son sommet par cette femme, le segment de droite longe le bras de l'enfant armé des pistolets de cavalerie, le segment de base est constitué de la barricade et le segment de gauche se calque sur l'arme du bourgeois.
  • Le second triangle est imbriqué au premier, il a son sommet sur le haut de forme du bourgeois, à comme base les deux soldats morts, remonte sur la gauche sur le visage de l'homme au chapeau de policier et sur la droite sur le visage du journalier blessé. Ces deux pyramides encouragent une vision verticale de l'œuvre, l'on commence par le bas, puis l'on remonte jusqu'au sommet et le drapeau.

En plus de la centralité de la femme, le regard du spectateur est attiré vers elle par les protagonistes de la toile eux-mêmes qui la regarde et sont captivés par elle (à l'exception du jeune garçon sur sa droite qui regarde fixement le spectateur).

Le tableau possède donc deux points d'intérêts qui fixent le regard du spectateur (point vert). L'un est placé dans la lumière à l'arrière sur la droite du tableau, sur Notre-Dame de Paris, le second sur l'avant gauche du tableau, sur la chemise bleu du journalier (point vif de couleur).

Que représente tous ces personnages que Delacroix peint avec discernement.

Commençons par le personnage qui nous regarde directement, le garçon. Symbole des « gamins de Paris » qui ont participé aux combats durant les Trois Glorieuses. On voit d'ailleurs le second, à gauche, agrippé aux pavés. Ces garçons sont les représentants de la jeunesse, révoltés par l'injustice et dont les parents les ont bercés d’histoires de la Révolution durant l ‘enfance.

Mais ils sont aussi un symbole de violence et de désordre. Est-ce un héros ou un vaurien ? Il inspira le personnage de Gavroche dans les « Misérables » à Victor Hugo, trente ans plus tard. Il porte des pistolets dans chaque main, une giberne (une sacoche) trop grande. Il a pris ces objets sur les soldats morts. Lui aussi avance vers nous, la bouche ouverte sur un cri de guerre, entrainant au combat les insurgés.

Autres personnages qui semblent être en mouvement : l'homme au 2ème plan, au chapeau haut de forme. C'est peut-être un bourgeois, ou même Delacroix ou l'un de ses amis. Il est vêtu à la mode de ces années-là (redingote et cravate). Il porte un pantalon large et une ceinture rouge (plutôt des attraits ouvriers). Il a une arme à la main. Il se peut que Delacroix se soit représenté au côté de la Liberté ou représente la classe sociale à laquelle il appartient.

Derrière lui, portant le sabre d'un militaire, un ouvrier avec sa chemise blanche et son béret devant les étudiants portant le bicorne des polytechniciens. C'est ainsi toute la société parisienne qui est en marche vers la Liberté.

Seul un homme est au sol celui qui porte un foulard sur la tête. Il symbolise les paysans employés temporairement à Paris pour gagner leur vie lorsque les champs sont pleins de main d'œuvre. Il représente également ces nouveaux citadins qui quittent les campagnes de France pour aller travailler dans les usines qui commencent à peupler les villes d'Europe de l'Ouest. Sa blouse bleue, sa ceinture rouge et sa chemise blanche sont un rappel des couleurs du drapeau. Il saigne sur le pavé et se redresse à la vue de la Liberté et participe à ce mouvement du peuple vers la Liberté.

Terminons par le personnage principal de ce tableau, la femme. Cette allégorie (personnage représentant une idée ou un sentiment) est surdimensionnée par rapport au reste des autres protagonistes. En réalité, Delacroix relève son allégorie par son dessein : « son buste, ses pieds nus, la ligne serpentine de son corps, le drapé aérien de sa tunique » qui s'inspire des statues grecques antiques comme la Vénus de Milo. Bien qu'elle marche droit sur nous, son visage désaxé se retrouve de profil comme une médaille. Derrière sa tête un nuage de fumée forme une auréole divine. Son bras passe sur le blanc du drapeau pour mieux ressortir.

Elle est coiffée du bonnet phrygien, symbole de liberté, allusion à la Révolution française et aux sans-culottes. Elle porte le drapeau tricolore. Il vient d'être instauré drapeau officiel par le nouveau régime. Il ondule vers l'arrière, vers le peuple symbolisé par les combattants. Si la liberté est souvent associée à la paix, cette dernière porte un fusil, symbole de la lutte du peuple pour la liberté, mais aussi de la violence.

Elle a la poitrine dénudée, en référence aux Victoires de l'Antiquité, aux statues grecques. Ce qui a fait scandale, de même que son aisselle poilue, jugée vulgaire. Elle a la peau noircie par la poudre à canons ou la crasse. C'est la seule femme parmi les hommes. Elle regarde en arrière car elle les entraine vers la victoire finale. La lumière éclaire son corps à droite. Elle est en action, elle avance vers nous, on le voit à son pied gauche qui est en avant.

Reste les deux personnages morts, les représentants de l'ancien régime, ces soldats dépouiller de leurs vêtements et de leurs équipements (portés par les insurgés). On retrouve sur l'homme de gauche les couleurs du drapeau (ses chaussettes bleues). A droite sur le dos, le cadavre d'un garde suisse, en tenue de combat et face contre terre un cuirassier. La foule marche sur un monticule de cadavres, prix à payer pour que le peuple gagne sa liberté.

Conclusion

Quelle réception à l'œuvre par les contemporains ? Le tableau est très mal reçu par le public. La « Liberté » est accablée d'injures : sale, dévergondée, débraillée, plus proche d'une poissarde que d'une déesse, bronzée par le soleil de juillet ou par la crasse, les seins à l'air, rouge de sueur. Elle est en sus jugée disgracieuse, peu féminine, avec une musculature proche de celle d'un homme. Jusque-là, il était d'usage de peindre des allégories idéalisées : belles, célestes, sereines. À la même époque, Bartoldi par exemple, avec sa « Statue de la liberté », respecte cette règle : il sculpte une liberté statique, couronnée d'un diadème, universelle, rationnelle et pacifique. De plus, cette « Liberté » est entourée d'individus dangereux, armés, jeunes. Des détails sordides complètent le tableau : pieds sales, ongles noirs, poil pubien du cadavre au 1er plan. Il ne s'agit pas d'un peuple mais d'une populace armée jusqu'aux dents, guidée par une furie.

L'on retrouve la volonté de Delacroix de ne pas glorifier les acteurs de la Révolution qui ont échoué dans leur quête d'une nouvelle République.

Pour conclure cette analyse, nous pouvons nous interroger sur la peinture qu'aurait produite Delacroix si la Révolution avait accouché d'une République comme il sera le cas quelques années plus tard en 1848 ?

  • Llalnohar Le Prof, Ancien membre d'HistoriaGames
  • "Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre." Winston Churchill