[Récit de bataille] La charge Polonaise à la Somosierra

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Hammer
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[Récit de bataille] La charge Polonaise à la Somosierra

Message par Hammer » 26 oct. 2016, 17:19

Contexte

Début 1808 la monarchie espagnole fut ébranlée par des soucis internes. En effet le fils du roi Charles IV, Ferdinand a tenté un coup d'état contre son père.
Néanmoins le roi demanda à se placer sous la protection de Napoléon qui le passa rapidement sous la garde des troupes de Murat de passage à Madrid pour aller aider Junot au Portugal.

A la suite de ce clash, Napoléon pensait pouvoir récupérer l'Espagne car il jugea que la monarchie espagnole était bien trop ballante, toutefois il se trompa car les partisans français n'étaient pas aussi nombreux qu'il l’espérait.

Très vite les rumeurs couraient que le roi & le dauphin étaient retenus en otages par Napoléon, le peuple se souleva (soulèvement d’Aranjuez), Murat arriva à mater les Espagnols mais cette révolte se transmit aux autres villes.

Voici pour notre petit récapitulatif, notre histoire se déroule le 30 novembre 1808.

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Le récit

L'Empereur avait décidé de venir lui même en Espagne pour en reprendre le contrôle (bien que cela ne suffit pas).

Avant d'arriver à Madrid, il faut passer le col de la Somosierra au nord de la capitale à environ 80km. Pour le franchir, cela est assez compliqué car la route est longue et sinueuse bordée de nombreux murets & arbustes rendant le terrain assez difficile.

Néanmoins les troupes espagnoles s'étaient positionnées au niveau de ce col pour empêcher toutes avancées de l'envahisseur français. Les troupes étaient composées d'engagés volontaires comme de réguliers & d'artilleurs.
Le tout fut commandé par le général Bénito San Juan.


La route du col était très escarpée formant quelques coudes, plusieurs canons d'artilleries furent situés à leur niveau avec des unités d'infanteries situées sur les flancs et en échelons de ces derniers.

Ainsi à 9h00 du matin, le 30 novembre, l'Empereur qui dirigea l'opération donna ses ordres. Le maréchal Victor envoya ses colonnes d'infanteries contre les unités, mais du fait du brouillard et de la mauvaise qualité du terrain, les soldats se retrouvèrent face aux canons. Ils furent littéralement cloués sur place par les tirs ennemis

Vers 11h l'Empereur et la cavalerie arrivèrent ; agacé du manque d'avancement des troupes, Napoléon ordonna une reconnaissance du terrain. L'aide de camp en charge de la mission fit son rapport en disant que le passage était impossible -du fait des canons positionnés au niveau des différents coudes de la route-
A cela Napoléon répondra : 
« Impossible, impossible, je ne connais pas ce mot-là »
Dérivera la fameuse citation :  « Impossible n'est pas français »

Toujours aussi excédé par l'avis de son état-major, il se tourna vers l'officier polonais Kozietulski et lui lança : « enlevez-moi ça ! »

La 3ème et 7ème compagnie du 1er escadron des chevau-légers se mirent en place avant le petit pont en pierre qui permettait d'accéder à la route escarpée.

La plupart des cavaliers étaient de jeunes Polonais qui allaient charger pour la première fois devant l'Empereur. Ils se formaient en colonne par 4 avec à leur tête l'officier Kozietulski.

Doucement les cavaliers avancèrent, passèrent au trot puis chargèrent, les fusiliers espagnols tirèrent de toutes parts, les canons crachèrent leur mitraille ; les cavaliers continuèrent et enlevèrent à la force des sabres la première et deuxième batterie, l'officier Kozietulski finit à terre car son cheval fut tué, il passa le commandement à Dziewanoski.

Les chevau-légers chargèrent et sabrèrent à nouveau tous les ennemis au niveau des différentes batteries en criant « Vive l'Empereur ! Vive l'Empereur », toutefois les cavaliers tombèrent par dizaines, fauchés par les balles et la mitraille espagnole, mais ils ne firent pas attention et continuèrent coûte que coûte.

Enfin, les cavaliers arrivèrent à la dernière batterie où l'officier Niegolewski donna son témoignage :
« Apercevant sur la gauche de la route quelques fantassins espagnols groupés autour d’un bâtiment (certainement la chapelle),  j’arrêtai mon cheval pour la première fois : je regardai autour de moi, et je ne me vis accompagné que de quelques chevau-légers ; je demandai au maréchal des logis Solkolowski, arrivé à moi sur un cheval boiteux : Où sont les nôtres ?
—« Ils sont morts ! » me répondit-il !         
                                                                                  
Beaucoup  de nos camarades avaient en effet péri ; d’autres avaient perdu leurs chevaux, et étaient restés en arrière ; d’autres enfin s’étaient dispersés à gauche et à droite  en arrivant à l’endroit où le défilé s’élargissait.

L’infanterie espagnole continuait encore son feu contre nous, et près de la quatrième batterie se trouvaient encore quelques canonniers. Sokolowski les vit aussi ; chargeons-les, m’écriai-je, et je tombai sur eux avec la poignée des miens. Les Espagnols s’enfuirent, mais Sokolowski paya de sa vie ce dernier triomphe. »
(témoignages qui peuvent être retrouvés sur internet {les polonais sous l'empire (le blog)} ou encore dans les mémoires de cet officier)

Ainsi en l'espace de quelques minutes, les braves polonais venaient de libérer la voie à l'infanterie et aux autres escadrons de cavalerie présents avec l'Empereur qui s'occupèrent des derniers fuyards.

Concernant Niegolewski, il reçut une dizaine de blessures lors de la charge mais Napoléon le décora de la Légion d'honneur (le jour de son anniversaire en plus!).

L'Empereur déclara : "Vous êtes dignes de ma Vieille Garde, je vous reconnais pour ma plus brave cavalerie!"

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Sur les 130-140 hommes, environ 65 périrent lors de la charge.

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MadRol
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[Récit de bataille] La charge Polonaise à la Somosierra

Message par MadRol » 31 oct. 2016, 14:33

Merci pour l récit Hammer !

Suite à la déclaration de Napoléon "Vous êtes dignes de ma Vieille Garde, je vous reconnais pour ma plus brave cavalerie!" cela a t-il changé quelques chose pour eux ?

Hammer
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Message par Hammer » 31 oct. 2016, 19:54

En effet, ils sont pour ainsi dire, devenus des légendes :D

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