Info sur le jeu
PlateformePC Windows
ÉditeurSEGA
DéveloppeurRelic Entertainment
Date de sortieFévrier 2023

Company of Heroes 3

Ca fait combien de temps que Company of Heroes 2 est sorti, déjà ? 2013 ?! Ah quand même. Bon, et ça fait combien de temps qu'ils bossent sur le 3 ? Trois ans ? Et la sortie a été reportée ? Bon, au moins le jeu doit être peaufiné impeccablement je suppose. Comment ça, je persifle ? Je n'y peux rien, quand je suis en train de libérer Naples et que je vois des allemands rester plantés au milieu d'une rue comme des faisans d'élevage le jour d'ouverture de la chasse, le doute m'habite quant aux finitions.

C'est peut-être le soleil qui leur a tapé sur la tête, ceci dit ? Après tout, en 1943, on n'enchaîne pas encore les canicules, et les Allemands sont encore à peu près habitués à un climat plutôt frais, dans leur pays.

Bref, c'était plutôt sympa de voir enfin un jeu vidéo sur la dernière guerre mondiale qui s'aperçoit que ledit conflit n'a pas commencé le 6 juin 1944. Et puis, Company of Heroes, c'est quand même une valeur sûre. On parle quand même des gens qui ont sorti Homeworld 1 & 2, Warhammer 40,000 : Dawn of War, et aussi Age of Empires IV plus récemment. Mieux : non seulement nous allons visiter le théâtre méditerranéen, mais nous allons même chausser les bottes toutes prussiennes de Rommel. De quoi soulever le sourcil des plus aigris, quand on sait à quel point les studios sont frileux à l'idée de faire jouer du côté des méchants ; imaginez s'ils apprenaient que les Britanniques et les Américains ne sont pas les seuls a avoir fait la guerre, on risquerait la syncope en rafale.

D'entrée, Company of Heroes 3 nous met dans des pantoufles : l'interface n'a pas changé ; la minicarte à gauche, le panneau des ressources et des unités à droite, les capacités spéciales des deux côtés et les objectifs en haut. Les vétérans de Company of Heroes 2 reprendront leurs marques tout de suite, dès les premiers combats de cette « opération » en Afrique du Nord (ne me demandez pas pourquoi ils ont appelé ça comme ça, je n'en ai aucune idée), qui commencent à partir de 1942, lorsque le bientôt-nommé Renard du Désert lance son offensive qui va donner des sueurs froides aux troupes britanniques et se terminer devant El Alamein, dans les circonstances que vous connaissez.

Company of Heroes 3L'AfrikaKorps mise sur la débrouille et la qualité en même temps.

Jusqu'ici, nous sommes en terrain connu ; et l'Afrikakorps offre un gameplay particulièrement intéressant, basé sur des unités coûteuses et en sous-nombre mais plus efficaces et polyvalentes, devant plus souvent se débrouiller avec le matériel pris à l'ennemi qu'avec le sien : on peut ainsi facilement capturer des canons antichar, des obusiers, mitrailleuses et autres mortiers, et même, nouveauté intéressante, appeler des dépanneuses qui vont permettre de retaper des chars précédemment mis hors-combat, qu'ils soient alliés ou ennemis.

Cette introduction indirecte des « beutepanzers » est bienvenue et donne un air curieusement hétéroclite aux troupes allemandes, occasionnellement renforcées par des soldats italiens comme les bersaglieris, ou les chasseurs de chars Semovente.

Assauts directs, contournements, raids nocturnes, siège, défense statique ou élastique, les objectifs sont agréablement variés et les cartes très bien fichues, et même plutôt jolies. N'exagérons cependant pas ce dernier point : l'Essence Engine 5.0 est plus beau que la version 3 qui animait Company of Heroes 2, mais n'allez pas non plus regarder les textures de trop près, car on en aperçoit un peu trop souvent qui sont brouillonnes. Bah, au moins le jeu est fluide.

Company of Heroes 3  Company of Heroes 3Il ne faut pas avoir peur de nettoyer les positions retranchées anglaises autour de Tobrouk. / Le passage du détroit de Messine se fait sans rencontrer grande opposition, comme dans la réalité.

En fait, c'est en Italie que les problèmes vont commencer, et notamment parce que les Alliés ont tendance à se tirer dans les pattes et se disputer le commandement et les objectifs stratégiques, entre des Britanniques encore échaudés par quatre ans de conflit et jouant la prudence et des Américains intrépides mais trop téméraires.

Cette « campagne dynamique » dont Relic nous rebat les oreilles depuis l'annonce du jeu se joue dans l'absolu comme n'importe quel Total War, avec des mouvements au tour-par-tour limités par la capacité de mouvement de vos unités, et des batailles en temps réel qui se produisent lorsque vos forces accrochent une unité allemande.

De Salerne jusqu'à Rome et au-delà, le joueur est libre de définir ses objectifs et de repousser le front petit à petit, donnant une agréable sensation de progression de ce dernier. C'est un système que d'autres ont expérimenté avant Relic, et que les développeurs ont saupoudré de quelques améliorations maisons : des largages de ravitaillement, la gestion de la flotte alliée qui autorise des débarquement côtiers, des frappes d'artillerie navale sur la carte et aussi pendant les batailles, un soutien aérien qui se débloque lorsque vous capturez un aérodrome allemand, ou des opérations de soutien à la résistance locale, complètement cliché mais qui autorise quelques variations, et qui combattra indépendamment de vos forces. À ce propos, je vous déconseille de bombarder au hasard vos objectifs, car les résistants italiens ne vont pas apprécier que vous rasiez leurs maisons au phosphore blanc.

Suivre les propositions des Britanniques ou des Américains, ou les demandes des Résistants, se traduira par quelques bonus plutôt marginaux mais toujours utiles. De plus, le système de commandants de Company of Heroes 2, pourtant bien fichu, a été remplacé par un système de compagnies, au nombre de cinq : les forces spéciales, les parachutistes et les blindés américains, l'artillerie et le « soutien blindé » chez les britanniques. Des unités que l'on peut améliorer et doter de détachements supplémentaires, mais qui vous donneront l'étrange impression de libérer l'intégralité du pays avec cinq petites compagnies, et pas avec de véritables armées. Vous aurez le droit de dire qu'avoir délaissé l'échelon divisionnaire pour celui d'une compagnie est un détail accessoire, et c'est vrai, mais toujours est-il que si vous êtes amateur de cette période de l'Histoire, c'est un détail que vous allez remarquer et qui vient salement éroder l'immersion.

Company of Heroes 3  Company of Heroes 3C'est surtout via leurs compétences que les différentes compagnies vont se différencier. / Les soldats britanniques se camouflent bien. Tellement bien qu'ils vont se fondre dans les rochers.

D'autant que ce ne sera pas le premier de la liste, car celle-ci a une mauvaise tendance a s'accumuler, entre autres avec les voix qui sont en anglais et uniquement en anglais, c'est-à-dire que le jeu n'est plus doublé mais, plus grave, que les Allemands parlent anglais aussi.

Ou alors avec des vols de reconnaissance qui coûtent des munitions au lieu de carburant, ou des commandants qui exigent que vous vous empariez au plus tôt de tel port pour changer d'avis le tour d'après et demandent que vous redirigiez toutes vos troupes vers un autre point à l'autre bout de la carte ; ou encore un soutien de l'artillerie navale du cuirassé américain South Dakota, disponible pour votre contingent allié... et, inexplicablement, pour l'Axe aussi.

La liste est longue.

Ce n'est pas comme si l'ensemble était mauvais, pourtant. Même vingt ans après le premier opus, Company of Heroes a gardé ce qui fait son sel, avec des batailles en temps réel qui mettent l'accent sur les affrontements tactiques et une excellente gestion des couverts dont on profitait déjà dans les opus précédents ; avec des compétences spéciales et des factions remarquablement bien différenciées. C'est toujours un plaisir de mettre en marche une offensive blindée de panzers sur un groupe de fantassins américains, ou de prendre l'adversaire à revers avec des troupes parachutées. Les combats sont jouissifs et bien orchestrés, et, soulignons-le, particulièrement létaux, ce qui vous encourage beaucoup à jouer avec les couverts et à vous retrancher, une tactique qui a elle-même ses limites, car la nouvelle destruction des bâtiments assure de vous prendre des briques sur la tête dés que les artilleurs d'en face vous auront pris pour cible.

En solo, en coop ou en multijoueur, le cœur de gameplay de Company of Heroes a conservé son efficacité, et se trouve enrichi d'un système de pause tactique très intéressant. D'accord, vous pouviez déjà donner des ordres pendant la pause dans CoH 2, mais cela tenait plus de l'exploitation de bug et c'était très limité. Ici, lors de la pause tactique chaque unité possède un enchaînement d'actions possible, et les engagements étant vifs et brutaux, il devient nécessaire d'y avoir recours (surtout dans les niveaux de difficulté élevée, et je vous recommande de ne pas en avoir peur, car le mode « normal » est d'une facilité affligeante qui confine à l'ennuyeux) pour ordonner à vos ingénieurs de fortifier une place publique d'un côté, à vos fusiliers de s'emparer de ce canon «pak » abandonné, et de l'autre à vos ambulances de foncer venir renforcer vos escouades.

Company of Heroes 3  Company of Heroes 3La route de Rome est longue, et les Allemands vont tenter de mettre en place de telles lignes défensives plusieurs fois. / La Wehrmacht a accès a des structures défensives supérieures à celle des Alliés, et à ses excellents blindés.

Pareillement, cette campagne d'Italie a le mérite de varier très souvent les objectifs, en demandant de défendre une place forte, d'en attaquer une autre, d'arrêter une colonne blindée ; les officiers généraux alliés vous demandent de temps en temps d'aller détruire des canons côtiers, ou d'intercepter un officier allemand d'importance, ou de mettre vos unités au repos dans une ville à l'occasion d'une rencontre sportive ; c'est un effort de variété très appréciable.

Et pourtant ; et pourtant, il va vous sauter aux yeux avec une régularité franchement agaçante que les morts disparaissent dans le sol une fois tués, que les textes ont des fautes de traduction ici et là (au hasard, il est fait mentions des capacités « antiblindage » d'une compagnie, au lieu de « antichar » comme le dit le texte en VO), que le pathfinding est généralement mauvais, ou que les troupes italiennes sont inexplicablement absentes en tant que faction, un comble quand on parle de la campagne d'Italie, et encore plus quand les développeurs claironnaient sur leur propre site que la volonté de visiter de nouveaux horizons étaient une des conditions préalables à un Company of Heroes 3.

Notez que tout ça n'a pas empêché de vendre d'emblée une flopée de DLC cosmétiques autour de la version 1.0, d'ailleurs discrètement renommée « Launch Edition » dans l'heure qui a suivi la sortie, probablement face à la horde de mécontents qui sont en train de saquer le jeu sur Steam.

Difficile de dire à quoi ressemblera le futur de Company of Heroes 3 ; pour l'heure, une extension est d'ores et déjà prévue, mais avant de vouloir la vendre à quelqu'un, il faudra d'abord cravacher pour donner au jeu ce qui lui manque le plus : deux ou trois mois de développement pour le finir.

6.5
Company of Heroes 3

Sous le feu
C’est particulièrement frustrant de voir un jeu si prometteur et, pour une fois, si audacieux, se louper pour si peu de choses juste sur la ligne d’arrivée. Company of Heroes 3 conserve son excellent gameplay tactique et nerveux hérité des épisodes précédents, et le renforce de plusieurs bonnes idées. Mais c’est sur les finitions qu’il peine, et c’est difficilement excusable venant de Relic Entertainment.
Intérêt historique :C’est très inégal. D’un côté, le jeu s’est doté une campagne allemande inattendue en Afrique, et d’un ensemble d’unités et de matériels très bien reconstitués, avec une campagne d’Italie peu voire jamais vue jusqu’ici. De l’autre, Company of Heroes 3 accumule les bourdes en la matière avec une armée italienne complètement absente, des destroyers allemands qui n’ont jamais existé en Méditerranée, des noms d’unités incohérents, des contingents alliés (français, australiens, polonais, néo-zélandais) absents, à l’exception des troupes coloniales indiennes. C’est d’autant plus dommage que la plupart de ces défauts auraient très facilement pu être évités, et Relic Entertainment n’est pas un studio qui manque de moyens.
  • +Quantité et variété des objectifs
  • +Les thèmes abordés
  • +Toujours aussi nerveux et tactique
  • +Factions bien différenciées
  • +Intégration des mods dés le départ
  • +Joli...
  • -... si vous n’approchez pas de trop près
  • -Bugué
  • -Seulement 3 factions, et encore une fois toujours les mêmes
  • -Détails qui cassent l’ambiance
  • -Cher pour le contenu proposé
  • -Pathfinding à la ramasse
7
Graphisme

Satisfaisant, le décor italien et nord-africain fait très correctement son travail ; mais un Essence Engine mieux optimisé et maîtrisé aurait pu être plus joli encore, et afficher des textures moins grossières part moments.

6
Technique

Le jeu est fluide et n'a planté « que » trois fois, c'est-a-dire deux fois de trop. Pour autant, on y retrouve bon nombre de bugs visuels comme des décors qui clignotent, des scripts qui ne se déclenchent pas au cours de certaines missions, ce qui vous oblige à les recommencer, ou des véhicules qui tremblent comme des épileptiques sous cocaïne. Gageons qu'un patch gommera ce problème.

8
Jouabilité

Rien à redire sur ce point, le gameplay des précédents opus est repris et peaufiné ; la pause tactique et la récupération des véhicules accidentés font de très bons ajouts.

7
Durée de vie

La campagne d'Afrique du Nord fait huit missions ; la campagne d'Italie est beaucoup évidemment plus longue, mais se joue avec des batailles plus limitées dans le temps. Comptez une bonne trentaine d'heures, additionnées du temps que vous vous sentez de consacrer au solo ou au multijoueur.

6
Ambiance

Elle s'appuie beaucoup sur le joli décor méditerranéen, et sur une bande-son tout à fait honorable. Mais Company of Heroes 3 aurait pu beaucoup mieux faire en proposant des unités différentes et différemment, en incluant plus de nationalités et en étant plus respectueux de son contexte.

7
Scénario

Il n'y en a pas réellement, le jeu se contente de reprendre une partie des évènements historiques auxquels il s'intéresse. Il aurait toutefois pu aller au fond de son sujet en explorant à fond la campagne d'Afrique du Nord au lieu de se contenter du tiers.


  • Cernunnos Testeur, Rédacteur
  • "Messieurs, c'est une plage privée! Je crois que nous dérangeons!" - Un officier britannique sur Sword Beach