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Grande femme de l'Histoire : Miriam l'alchimiste

20 mai 2016 par Gallinulus Pinguis | Grandes femmes de l'Histoire

C'est à travers le jeu vidéo Shadow of Memory que le terme « alchimie » émerge dans mon esprit avant de s'y immiscer plus longuement avec l'anime et le manga Fullmetal Alchemist : Transmutation de métaux en or ou transmutation humaine et pierre philosophale sont au cœur des intrigues.

Je me surprends un jour à vouloir trouver ''le vrai du faux'' dans cette discipline obscure et fantasmée qu'est l'alchimie.

Mes recherches m'amènent à celle que les auteurs de tout temps désigne comme « the mother of western alchemy ». Mentionnée aussi sous les noms Maria Hebraea, Miriam the Prophetess ou Mariya the Sage... Les travaux de Miriam l'alchimiste sont cités à travers les siècles et l'on retrouve son nom dans la langue française avec l'expression « bain-marie », processus de cuisson du même nom.

Gravure de Marie la Juive, dans le Symbola Aurea Mensae Duodecim Nationum, (1617) de l'alchimiste allemand Michael Maier
Gravure de Marie la Juive, dans le Symbola Aurea Mensae Duodecim Nationum, (1617) de l'alchimiste allemand Michael Maier

« La divine Marie »

Des fragments de ses écrits, comme Maria Practica, ont été dispersés dans des volumes de traités d'Alchimie. L'historienne germanique Marianne Offereins stipule que sa signature « Maria » ou « Miriam » est un pseudonyme.

M. Offereins émet l'hypothèse qu'elle est l'auteure du traité d'alchimie rédigé en grec : The letter of the Crown and the Nature of the Creation by Mary the Copt of Egypt. Ce dernier fut retrouvé dans un manuscrit d'alchimie arabe. Les écrits dans cette langue la présentent tantôt comme Mariya l'alchimiste copte, contemporaine de Xerxès 1er (518-465 avant J.-C.) tantôt comme une femme ayant porté Jésus enfant sur ses épaules.

L'évêque Epiphanius de Salamis (320-403) mentionne les travaux de Miriam dans le chapitre Great Questions and Small Questions de son ouvrage Against Eighty Heresies. Il y rapporte avec indignation une vision que Miriam aurait raconté : Jésus se serait révélé à elle. Il l'amena sur une montagne. Puis Jésus créa une femme à partir de sa côte avant d'avoir un rapport avec elle. Miriam en voyant cela, tomba à terre, perturbée. Jésus l'a relève avant de lui reprocher sa «petite foi», son déni face à son enseignement et lui somme de comprendre que le transfert de semence mâle vers la femme est nécessaire à la vie.

Carl Gustav Jung (1875-1961) considérait cette version comme véridique. De ce fait, Jung et Epiphanius situe l'existence de Miriam après l'émergence du christianisme.

L'alchimiste allemand Michael Maier la nomme dans ses écrits en latin : « Maria Prophetissa soror Moysis et Aaronis » et la déclare juive de Palestine. Il la loue comme une « courageuse guerrière » qu'il compare à une « amazone » et la surnomme la « vierge alchimiste ». Maier encourage ses collègues à promouvoir et préserver les écrits de Miriam. Il la pense auteure de Dialogue of Maria and Aros. Les versions les plus anciennes sont en latin mais Maier clame que la version en hébreu a été perdue. Les versions parvenues à ce jour sont en grec.

Stèle à fronton, buste en marbre avec inscription en grec, Zosimos. IIIème siècle après J.-C.
Stèle à fronton, buste en marbre avec inscription en grec, Zosimos. III° siècle après J.-C.

Toutefois, les plus anciennes mentions proviennent des écrits de l'alchimiste Zosimus de Panopolis (fin du IIIème siècle - début du IVème). Il vivait et étudiait avec sa sœur Eusebeia dans l'Égypte helléniste. Zosimus décrit les travaux de Miriam sous forme de citation. C'est de lui qu'elle hérite du surnom « La divine Marie ». Zosimus la qualifie «d'ancienne» et de «sage». Il écrit qu'elle affirmait dans son enseignement que : ''La «grande œuvre» peut être uniquement accomplie au début du printemps et Dieu a donné son secret exclusivement aux hébreux''. Parce qu'il est supposé citer les enseignements de Miriam, sa version semble la plus fiable. Nulle mention sur sa vision de Jésus n'y apparaît. Ainsi Miriam aurait était une juive vivant en Egypte helléniste entre le Ieme et le IIIème siècle, plus précisément à Alexandrie.

Au cours du Vème et VIème, l'alchimiste Olympiodoros cite aussi les travaux et enseignements de Miriam.

Les travaux de Miriam

« Alliez le mâle et la femelle et vous obtiendrez le résultat recherché »

Miriam faisait des analogies entre les métaux et les êtres humains. Elle considérait le feu comme un instrument de mort pour le métal. Et que les vapeurs émanant de cette mort, n'étaient autre que l'âme des métaux morts qui s'évaporait. Elle comparait un métal exposé au feu à une fleur fanée.

« Un est tout, et c'est à travers ce un qu'est né le tout »

Citation que Zosimus attribue à Democritus. Parfois présenté comme étant le professeur de Miriam. Un fait est sûr, Miriam a repris cette citation pour l'adapter à ses propres expériences et recherches. En raison de la popularité de l'axiome auprès des enseignements d'Alexandrie, la ville est supposée être le lieu de résidence de Miriam.

Miriam explique dans ses écrits la méthode menant à la phosphorescence d'une pierre précieuse dans le noir. Deux hypothèses s'opposent à ce sujet :

  • Celle du chimiste français Berthelot (1827-1907) qui avance que des substances organiques telles que la bile de poisson, la résine, les plantes oléagineuses produisent une phosphorescence temporaire.
  • Celle du chimiste allemand Lippmann (1857-1940) qui argumente que certaines pierres précieuses deviennent intensivement phosphorescente suite à une exposition sous une forte chaleur.

Bien qu'elle ait donné son nom au bain-marie, ce mode de cuisson est décrit dans des écrits grecs des siècles avant les siens. Miriam utilisait effectivement le bain-marie. Et son nom fut le premier à y être associé, ce par Zosimus.

- Tribikos : Un appareil de distillation dont les trois becs et vases récepteurs, recueillent le résultat. Les vapeurs recueillies étaient refroidies pour former un liquide. Les écrits de Miriam décrivent comment utiliser et en construire un.


Trouvés à Venise dans un manuscrit d'alchimie du X ou Xième siècle : Jusqu'au numéro 11, les dessins représentent le tribikos et ses éléments. Les suivants le kerokatis. Berthelot les a publiés dans Introduction a l'etude de Ia chimie des anciens et du moyen age, Paris, 1889.

- Kerokatis : De forme cylindrique ou sphérique, l'appareil se doit d'être hermétiquement scellé avant d'être placé au dessus du feu. Des solutions de soufre, de mercure, de sulfure et d'arsenic furent travaillées dans le récipient placé au fond du kerokatis. La condensation du soufre ou du mercure produisait un liquide ou une masse noir attaquant le métal nommé «Mary's black». En séparant les impuretés du résultat qui se déposait sur le couvercle du kerokatis, Miriam obtenait un alliage d'or.

De ce fait, Maier la considère comme l'une des quatre femmes alchimistes, avec Cleopatra, Taphnutia et Medera, à pouvoir produire la pierre philosophale.

Lapis philosophorum, le docteur Louis Figuier (1819-1894) déclare dans ses ouvrages de vulgarisation scientifiques que les alchimistes lui attribuent des propriétés telles que la transmutation des métaux en or, la guérison de toutes maladies, l'octroie de l'immortalité...

Si Zosimus est à nouveau le premier à la mentionner, l'alchimiste Elias Ashmole (1617-1692) soutient que son existence remonte à l'existence d'Adam, qui en fut informé par son créateur. Ce qui rejoint l'idée que Miriam se faisait de la « grande œuvre ». D'après Ashmole, le psaume 118 désigne la pierre philosophale : « La pierre qu’ont dédaignée les architectes, elle est devenue la plus précieuse des pierres d’angle. »

Au vu des propriétés attribuées à la pierre philosophale, il n'est point étonnant qu'elle soit au cœur des intrigues et des rumeurs. Telle la fortune prospère de l'écrivain Nicolas Flamel (1330 ou 1340 – 1418) dont l'origine viendrait de sa capacité à obtenir la pierre philosophale. Lui permettant de transformer les métaux en or. Le fantôme de Flamel apparaît dans le premier film Harry Potter.

Sans doute la simple vocation d'alchimiste de Miriam engendra les diverses versions et fictions concernant la vie de Miriam. Mais d'après M. Offereins, elle était plus terre à terre et fut parmi les premières à « combiner les théories de la science alchimique avec la chimie pratique des traditions artisanales » ce qui lui vaut d'être considérée comme l'une des fondatrices de l'alchimie et la chimie du monde occidental.

Pour aller plus loin

  • Raphael Patai, The Jewish alchemists: a history and source book, Princeton University Press,‎ 1995, 616 pages.
  • Elizabeth H. Oakes, Encyclopedia of World Scientists, Facts on files, 2000, 464 pages.
  • Marianne Offereins pour le chapitre Maria the Jewess, European Chemestry in Chemestry, Docteurs J. Apothiker et Livia Sarkadi, 2011, 256 pages.
  • Haeffner, The Dictionary of Alchemy: From Maria Prophetissa to Isaac Newton, Aquarian press, 1991, 272 pages.
  • Gallinulus Pinguis Sainte-Mère des bébés phoques, Rédactrice, Testeuse, Chroniqueuse
  • "Personne ne peut longtemps présenter un visage à la foule et un autre à lui-même sans finir par se demander lequel est le vrai" Nathaniel Hawthorne
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