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Grande femme de l'Histoire : Lucrèce Borgia

21 juillet 2016 par Merteuil | Grande femme de l'Histoire | Renaissance italienne

« L’Italie sous les Borgia a connu 30 ans de terreur, de meurtres, de carnage… mais ça a donné Michel-Ange, de Vinci et la Renaissance. » (Le Troisième homme, 1949)

La famille Borgia est issue de la noblesse espagnole et ne s’installe en Italie que durant le début du XVe siècle où elle acquiert rapidement une influence politique notamment grâce à Alonso Borgia (1378-1458) qui devient pape en 1455 sous le nom de Calixte III et son neveu, Rodrigo Borgia (1431-1503), élu pape en 1492 sous le nom d’Alexandre VI.

Le pape Alexandre VI est traditionnellement considéré comme un homme ambitieux et un fin politique qui souhaite enrichir sa famille non seulement en leur offrant des fonctions importantes mais aussi en leur proposant des alliances avec les plus puissantes maisons européennes.

Rodrigo Borgia et Rosa Vannozza Catanei (1442-1518), sa maîtresse officielle, ont quatre enfants dont Juan (1474-1497), le célèbre Cesare (1475-1507) qui inspire Le Prince à Machiavel (1469-1527), et Lucrèce (1480-1519).

Une incontestable beauté

Portrait de femme par Bartolomeo Veneto.Portrait de femme par Bartolomeo Veneto, traditionnellement considéré comme représentant lucrèce.

« Son habit de fête est cousu dans une magnifique soie noire, les manches foncées à rayures dorées sont de coupe ample, selon la mode française. Son cou est orné d’une parure de diamants et de rubis, et un filet parsemé de diamants jette des éclairs dans sa chevelure. » (Massimo Grillandi, 1502)

Les contemporains de Lucrèce Borgia s’accordent tous à reconnaître sa grande beauté et son élégance. La fille du pape Alexandre VI fascine grâce à ses tenues splendides lors de chaque apparition publique – et les occasions ne manquent pas car le Vatican donne régulièrement des fêtes et des bals grandioses pour célébrer une victoire, un mariage ou encore un anniversaire.

Dans Les Borgia : une enquête historique, Guy Le Thiec explique que Lucrèce « paraît si douce qu’on ne peut ni ne doit la soupçonner d’actes sinistres ». Toutefois, la légende, tout en lui prêtant des traits pleins de douceur et de grâce, la représente souvent tenant une fiole de poison dans une main, un poignard dans l’autre.

Une légende noire

La famille Borgia est devenue le synonyme de « dépravation », « immoralité » ou « débauche » car elle est accusée non seulement de crimes politiques et de meurtres mais encore d’inceste.

Les preuves qui accusent Rodrigo – et Cesare – sont sérieuses mais elles sont clairement inexistantes en ce qui concerne sa fille.

Le mythe de Lucrèce est, par conséquence, probablement né de ses nombreux mariages et du destin tragique de ses époux.

Une fille au cœur des stratégies matrimoniales de son père

Lucrèce est promise à un noble espagnol dès l’âge de 11 ans mais son père lui préfère Giovanni Sforza, duc de Pesaro. Il fait néanmoins annuler le mariage – officiellement pour cause de « non-consommation » – au profit d’un allié estimé plus intéressant, à savoir Alphonse d’Aragon.

Toutefois, ce dernier ne suffit rapidement plus à ses ambitions politiques et Rodrigo Borgia le fait assassiner par son fils, Cesare. Lucrèce est ensuite mariée à Alphonse d’Este, duc de Ferrare.

Une protectrice des arts

Les livres d’histoire oublient régulièrement de mentionner le rôle de mécène exercé par Lucrèce durant la fin de sa vie.

Les artistes et les érudits – dont le célèbre Arioste – sont invités à la cour de Ferrare qui devient un centre artistique et intellectuel. Les poètes chantent la beauté de la duchesse de Ferrare et contribuent ainsi à assurer le prestige de la famille Borgia.

La littérature et la télévision

Affiche du film franco-italien Lucrèce Borgia, sorti en 1953, avec Martine Carol  dans le rôle titre.Affiche du film franco-italien Lucrèce Borgia, sorti en 1953, avec Martine Carol dans le rôle titre.

Lucrèce Borgia (1833) est un drame en trois actes de Victor Hugo (1802-1885) dans lequel l’auteur diabolise le personnage. La pièce est la seule œuvre littéraire majeure mettant en scène Lucrèce Borgia. Le résumé est le suivant : « Indifférente à la haine de l'Italie entière, Lucrèce Borgia parade au carnaval de Venise. Qui pourrait inquiéter cette femme de pouvoir qui baigne dans l'adultère, l'inceste et le crime ? Elle a peur cependant, et tremble pour un simple capitaine qu'elle cherche parmi la foule. Il se nomme Gennaro. Il est amoureux d'elle, lui qui tient les Borgia en aversion et insulte leur blason. Or Gennaro n'est autre que son fils, né de ses amours incestueuses avec son propre frère, et le jeune homme ignore tout de son passé et de ses origines. Lucrèce est un monstre, mais aussi une femme et une mère. Comment protéger son enfant, comment le soustraire à la fureur d'un mari qui le croit son amant ? »

Lucrèce Borgia est aussi représentée dans les séries The Borgias (2011) de Neil Jordan où Holliday Grainger prête ses traits au personnage et Borgia (2011) de Tom Fontana avec Isolda Dychauk dans le rôle de Lucrèce.

Conclusion

Lucrèce Borgia est-elle victime de la politique de son père – et de ses frères – ou est-elle une complice de leurs crimes ? La réalité et la légende tendent à se confondre mais les historiens préfèrent aujourd’hui plaider son innocence.

« Crime, sexe et pouvoir : tels semblent être les ressorts que livre, fatidiquement, toute analyse d'œuvre fictionnelle voire historique consacrée aux Borgia. (…) Mais la plupart de ses membres sont désormais pris dans la gangue du mythe, très tôt forgé et presque constamment réalimenté, qui empêche souvent d'accéder à une vision plus véridique de leur personne comme de leurs actions. » (Guy Le Thiec, 2011)

Sources :

  • Sichtermann B., Les femmes les plus célèbres de notre histoire, La Martinière, Paris, 2006
  • Le Thiec G., Les Borgia : enquête historique, Tallandier, 2011
  • Merteuil Ancienne membre d'HistoriaGames
  • "Et puis, il est doux de se croire malheureux, lorsqu'on n'est que vide et ennuyé." Alfred de Musset

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