Field of Glory II : batailles à l’antique (Immortal Fire, Legions Triumphant, Age of Belisarius)

Marin S.
Thématique
14 juin
2018
Info sur le jeu
PlateformePC Windows
Éditeur
  • Matrix Games
  • Slitherine Software
DéveloppeurByzantine Games
Date de sortieOctobre 2017

À l’origine du jeu de figurines Field of Glory, on retrouve en partie toute la documentation et la recherche émanant du Wargames Research Group (WRG), qui a sorti des sommes sur les manières d’adapter la guerre antique avec des règles solides et des figurines, et d’autre part des livres édités par Osprey Publishing centrés sur les armées à toutes les époques, d’un point de vue historique, social, économique, bien sourcé et avec de belles illustrations.

Richard Bodley Scott est donc à l’origine du jeu de figurines Field of Glory en 2008. Il ne s’est pas borné à cette période, puisqu’il a aussi travaillé sur la période de la Renaissance. Intégré dans l’équipe de Byzantine Games, il a participé à la conception de Pike & Shot : Campaigns (2014) et de Sengoku Jidai (2016).

Sur le même moteur, l’équipe a donc travaillé sur l’adaptation de modes de guerre en conjuguant unités ayant un certain nombre de caractéristiques les rendant vulnérables ou fortes face à des situations ou des unités, avec des terrains qui vont d’ouverts à difficile et qui peuvent désorganiser les formations les plus lourdes, un moral qui chute au fur et à mesure des dégâts pris au combat, un système de déroute et de poursuite, et un système de commandement introduit dans Sengoku Jidai.

Le 12 octobre 2017, exit la Renaissance et la période japonaise pour ce vaste terrain de jeu qu’est l’Antiquité. Le premier Field of Glory sans Bodley Scott est sorti en 2009. 9 ans plus tard, c’est l’occasion de revenir sur un jeu qui conjugue fortement historicité, wargame facile à prendre en main mais difficile à maîtriser, et habillage séduisant.

Test de Field of Glory II  Test de Field of Glory II

1. Les armées de Belisarius sont bien fournies et diversifiées, des limitanei aux archers montés. - 2. Les Francs ont bien peu d’unités au début de la campagne par contre, et assez génériques...

1200 ans d’histoire militaire

Le jeu original adapte la période -280 à -25, le moment où le Senatus Populusque Romanum (SPQR) s’étend dans le bassin méditerranéen face aux peuples de la botte italique, à l’envahisseur épirote, aux Puniques, aux diadoques entre Antigonides, Lagides et Séleucides, aux peuples du Pont-Euxin, aux Parthes dans le lointain est.

Le jeu comptait déjà 75 listes d’armée pour 51 peuples à peu de chose près, cinq campagnes et une douzaine de batailles historiques, soit déjà un soft solide. Chaque liste d’armée vous permettait de prendre une période, un peuple, et de découvrir la multiplicité des forces armées, tirées de véritables sommes d’histoire, et rendus à l’écran avec les uniformes à la Osprey, vérifiés par les sources de toute nature.

Comme si cela ne suffisait pas, trois nouvelles extensions sont sorties après, pour adapter d’autres morceaux historiques, dont une partie tirés des livres d’armée du jeu de figurines.

Immortal Fire (décembre 2017) nous envoie particulièrement à l’est du bassin méditerranéen, pour rejouer les luttes d’influence entre Athènes et Sparte, refaire les Guerres Médiques face aux Achéménides, et reconstituer les batailles des diadoques après la mort d’Alexandre le Grand (-323) et le partage de son Empire entre ses généraux. Huit peuples, 10 unités et 30 listes d’armées se rajoutent au reste du jeu, assortis d’une dizaine de batailles et de cinq campagnes, et vous envoyant jusqu’en -550.

Legions Triumphant (mars 2018), lui, vous envoie dans l’Empire Romain, pour reprendre les conquêtes romaines jusqu’en Grande-Bretagne, garder le limes, et découvrir les peuples dits « barbares », des Goths aux Huns. Pareillement, on retrouve 10 peuples, 17 unités, 22 listes d’armées, 10 batailles et quatre campagnes pour aller jusqu’en 476.

Pour terminer, Age of Belisarius vous envoie après la « chute » de l’Empire Romain d’Occident droit en Orient, où les Romains de l’Empire Byzantin continue de maintenir leur emprise sur leur région au prix de terribles combats pour restaurer un semblant d’autorité face aux Vandales, Ostrogoths et Wisigoths à l’ouest, et Sassanides à l’est. De même, à vous les royaumes « barbares », étendant votre terrain de jeu jusqu’au VIIe siècle après Jésus-Christ. 11 peuples, 17 unités, 29 listes d’armées, 6 batailles et 4 campagnes, une permettant d’ailleurs de jouer les Francs.

Test de Field of Glory II  Test de Field of Glory II
Test de Field of Glory II

3. Les forces de Syagrius, le dernier « roi des Romains » de Gaule . - 4. On peut bouger les composantes de son armée d’un coup grâce aux mouvements de formations. Ici, les archers et les tirailleurs en avant de la troupe. - 5. Les deux forces se concentrent autour d’une colline.

La tactique réglée de l’Antiquité

Tout transpire le jeu de figurines dans Field of Glory II. Les règles de jeu sont nombreuses, diverses et imposent de connaître le manuel sur le bout des doigts pour chaque unité ? Qu’à cela ne tienne, tout tient dans le jeu vidéo en un clic sur une unité, et les chances de victoire, de défaite ou de round nul avec les formations ennemies sont clairement indiquées avec des chiffres clairs et compréhensibles. C’est là la grande force de cette adaptation. Allons donc dans le détail.

Sur de grandes cartes, vous retrouverez plusieurs types de terrains, qu’on peut classer comme étant ouverts, difficiles, très difficiles et infranchissables. Si le mauvais type d’unité entre dans un terrain non adapté, il souffrira d’un problème de cohésion qui impactera son moral : ben oui, vous ne pensiez tout de même pas que cette grosse unité de hoplites aux rangs serrés allait se battre dans la forêt ou sur des collines ? Par contre, ce sera le lieu privilégié des tirailleurs, frondeurs, archers et autres troupes légères, qui s’y déplaceront sans grande difficulté pour harceler l’adversaire.

Dans une bataille, deux camps se déploient face à face. La première étape est donc de placer les troupes au bon endroit. S’il y a des collines, courrez-vous y mettre pour profiter du bonus de pente si vos ennemis viennent vous attaquer. Une grande plaine à droite ? Pas de soucis, vous pourrez y placer vos contingents d’infanterie lourde, ou bien votre cavalerie.

Chaque unité est représentée avec les uniformes inspirés des sommes d’histoire militaire que sont les ouvrages d’Osprey Publishing, bougent, sont actives, et figurent assez bien les unités qu’ils représentent, au détriment, je dois dire, de la lisibilité lorsque deux formations sont imbriquées les unes dans les autres, tâchant de trouver la faille dans le dispositif adverse, en plein combat. Cela reste malgré tout joli.

Chaque unité a un ensemble de caractéristiques, qui détermineront bonus et malus suivant le terrain ou l’ennemi rencontré : type d’unité (légère, lourde, éléphant, cavalerie, artillerie, impossible à manoeuvrer), qualité (recrues, professionnels, …), armure (pas d’armure, légère, lourde…), type d’arme et de compétence (impact, lancier, épéiste), le nombre de points d’action déterminant mouvement, rotation de l’unité (très important !), et combat.

Enfin, deux autres données : la force de l’unité, c’est-à-dire son effectif total, sachant que l’unité bat en retraite automatiquement passé un certain stade ; et surtout le moral. C’est le moral qui déterminera toutes vos batailles. Il passe par quatre phases au fur et à mesure des chocs de la bataille, des prises de flanc, des prises par l’arrière, de la mort d’un général, de la différence de pente, ou bien de la fuite éperdue de formations proches : frais, pas frais, fragmenté, et en retraite.

Il faudra jouer dessus : concentrer le tir ennemi pour faire baisser cette cohésion, utiliser tout l’attirail tactique pour davantage la baisser, et voir avec une grimace de satisfaction un ordre de bataille fracturé mais bien rangé s’effondrer d’un coup à la suite de la retraite d’une unité.

Une autre mécanique est que certaines unités poursuivent la formation défaite : il peut parfois être dangereux de compter sur cette poursuite qui peut mener vos unités au cœur du dispositif adverse. Seulement, la poursuite fait partie de l’ADN du combat.

Pour terminer, les généraux peuvent être attachés dans les unités, fournissant une aire de commandement permettant une rotation gratuite aux unités dans la zone ainsi qu’un bonus de combat, au risque au corps-à-corps de les perdre dans la multitude.

Test de Field of Glory II  Test de Field of Glory II

6. Une unité de l’aile gauche franque. Vous voyez ses caractéristiques en bas à gauche. Elle comporte un général-en-second, Ansila, placés par nos soins à la phase de déploiement. - 7. Différents rapports vous sont donnés à la fin d’un round de combat. Choisissez les plus détaillés pour savoir qui a l’avantage, et par rapport à quoi. On voit que l’état fragmenté de l’adversaire nous donne un avantage considérable.

Une expérience antique complète

Les campagnes historiques ou ahistoriques qui, vous l’aurez bien compris, sont au nombre d’une quinzaine si vous avez tous les DLC, vous emmèneront dans une série de batailles, où vous aurez de petites décisions à prendre. Par exemple, vous pouvez gérer la garnison entre les batailles. Vous avez aussi la possibilité pour vos unités de prendre du galon. Ces campagnes vous porteront dans les guerres plus fameuses de l’époque classique, hellénistique ou impériale. De même, vous pourrez créer vos propres campagnes en utilisant une liste d’armée et un assaillant particulier dans une série de batailles liées entre elles.

Les batailles historiques, elles, vous mettront davantage dans le bain des plus fameuses batailles, reconstituées le plus fidèlement possible, tant que cela reste possible avec les règles et les quelques approximations inhérentes à un jeu de figurines ou à un jeu vidéo. Il ne faudra pas vous étonner par exemple que les Goths, Wisigoths ou même les Francs disposent de warband à peu près similaires dans leurs compétences, c’est-à-dire une infanterie d’impact à haut effectif.

Enfin, à vous les batailles personnalisées et les parties multijoueur avec vos prochains, si tant est que vous veniez à bout d’une intelligence artificielle réputée retorse, surtout dans les modes de difficulté les plus hauts, et qui n’hésitera pas à vous contourner, à profiter de vos faiblesses et de vos errances pour retourner la situation à son avantage.

Il faudra ainsi compter avec une centaine de liste d’armées, centrées sur un peuple et une époque particulière, avec son roster particulier, ses unités génériques et ses unités propres, chacune écopant d’une certaine valeur en points, que vous dépensez dans les campagnes ou les batailles personnalisées. Une expérience de jeu de figurines assurément.

Test de Field of Glory II  Test de Field of Glory II
Test de Field of Glory II

8. Les Francs retiennent la cavalerie romaine sur les collines, sur des terrains où il est très difficile de manœuvrer. Celui que le curseur pointe désorganise la cavalerie qui y passe. - 9. Fin de partie pour les Romains, leur centre et leur aile gauche a failli et fuit en grand nombre, occasionnant la défaite, malgré une cavalerie et des unités encore en nombre sur leur aile droite. Les unités en blanc ont perdu leur moral. Elles peuvent avec de la chance se rallier dans les tours d’après. - 10. Des Thuringiens attaquent les Francs dans la suite de la campagne. Avec une petite force, on s’en va les bouter hors du royaume. Sur cet écran, vous pouvez parfois faire des choix entre deux batailles.

À l’assaut !

Mais alors, une fois tous ces éléments mis ensemble, que faut-il en penser ? Eh bien, il s’agit tout simplement d’un des jeux les plus aboutis, complets et intéressants dans sa manière de rendre le combat à l’antique. C’est un petit bijou, qui apparaît pourtant brut de décoffrage : on est vite perdu entre toutes ces compétences, ce choix d’unité faramineux pour certaines factions et ces vastes champs de bataille.

Pourtant, il suffit de se pencher un peu plus longtemps sur le jeu, de comprendre les spécificités des grands types d’unités (lourde, légère, impact, cavalerie), de les déployer à l’ancienne sur le champ de bataille, que ce soit en manipule à la romaine ou en oblique à la Epaminondas. Et c’est au moment où votre plan réglé vous permet d’emporter une aile, de capitaliser dessus à l’aide d’une charge de cavalerie tout en tenant avec vos piquiers le centre en repoussant peu à peu l’adversaire que vous découvrez la beauté brute du jeu. Le tout est appuyé par une musique plutôt correcte et discrète, ainsi que des graphismes plus que corrects pour un jeu de tactique antique.

Les contenus additionnels ne changent pas la face du jeu, mais rajoutent des unités, des listes d’armées et des campagnes pour faire 1200 ans d’histoire militaire. Alors certes, certaines listes d’armées sont plus pauvres que d’autres, comme par exemple les pauvres Francs (où sont les lanceurs de francisques ?) par rapport aux Byzantins du dernier DLC qui disposent d’une masse considérable d’unités, notamment à distance avec des unités d’infanterie mixte et des archers montés. Mais quel plaisir d’affronter en rase campagne les vestiges romains avec les Francs pour percer leur ligne avec la plus grande violence une fois le moral baissé, ou de se retrouver dans le désert face aux Sassanides avec vos Byzantins qui doivent assurer le succès de leur renouveau de l’Empire Romain. Et il ne s’agit que de deux campagnes sur quatre du dernier DLC.

9.0
Field of Glory II

Un petit bijou
Il y aurait encore des choses à dire sur les peuples, la représentation fidèle de nombreuses unités antiques, les campagnes variées proposant même une histoire alternative où Alexandre III dit « le Grand » n’est pas mort en -323, ou même les zones de contrôle des formations qui fixent la ligne de front, mais qu’importe : Field of Glory II s’impose comme une référence exceptionnelle dans la guerre antique. L’interface est claire, toutes les informations s’affichent à l’écran si on en a besoin, et le contenu est conséquent. Adeptes de l’antiquité, jetez-vous dessus !
Intérêt historique :On ne leur en demandait pas tant, et pourtant ils se sont ingéniés à rajouter jusqu’aux unités les plus obscurrs des forces des diadoques. On note quelques manques parmi les dizaines et les dizaines d’unités différentes répartirs en autant de dizaines de peuples, mais le travail sur l’équipement, la représentation à l’écran, les campagnes historiques et les batailles est conséquent. On ne se moque pas de vous.
  • +Une adaptation magistrale du jeu de figurines
  • +Un système de jeu rodé, complet et accessible
  • +La variété ahurissante des unités militaires et des peuples sur 1200 ans
  • +Une interface claire comme de l’eau de roche
  • -La musique, plutôt discrète
  • -Les longueurs des batailles inhérentes au genre tactique

  • Marin S. Captain Sparke, Rédacteur en chef du Monde du Captain Sparke, Testeur, Chroniqueur
  • "La force de la cité ne réside ni dans ses remparts, ni dans ses vaisseaux, mais dans le caractère de ses citoyens." Thucydide, la Guerre du Péloponnèse.
  • Site : https://le-monde-du-captain-sparke.fr/