Histoire de l’Empire byzantin (1081 - 1204)

Bat'Histor
P'tit Suisse n°1
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8 mai
2018
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Période historique Moyen-âge
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L'Histoire de l'Empire byzantin

Dans la confusion qui règne à la fin de l’époque macédonienne, le jeune général Alexis Comnène parvient à tirer son épingle du jeu et usurpe le pouvoir le 1er avril 1081 – ce n’était peut-être qu’une farce ?

Le règne des Comnènes (1081 – 1185)

Histoire de l’Empire byzantin (1081 - 1204)Alexis Ier, détail d'une miniature d'un manuscrit de la Panoplie dogmatique d'Euthyme Zigabène, xiie siècle, Bibliothèque apostolique vaticane.

C’est ainsi qu’est fondée la dynastie des Comnènes, qui devait durer à peine plus d’un siècle. Cette dynastie marque l’avènement au pouvoir de la noblesse militaire, bien illustrée par le fait que le premier des Comnènes, Alexis, était général.

La dynastie est composée principalement de trois hommes : Alexis Comnène (1081 – 1118), son fils Jean II Comnène (1118 – 1143), et le fils de ce dernier, Manuel Ier Comnène (1143 – 1180).

Durant les cinq dernières années (de 1180 à 1185) de cette dynastie jusqu’alors glorieuse, c’est l’anarchie dans l’Empire, sous deux basileus : Alexis II Comnène et Andronic Ier Comnène. Du fait de cette décadence, nous parlerons ici principalement du règne des trois premiers basileus Comnène.

Durant cette période justement, les ambitions des basileus sont grandes, et ce disproportionnellement aux moyens alors limités de l’Empire. En effet, ni l’état social, ni l'économie ou encore l'administration de l’Empire byzantin ne permettent ne reconstituer pleinement la puissance de l’Empire.

De plus, afin de renforcer les armées, ces basileus font appel à de nombreux mercenaires, d’une certaine efficacité militaire, mais synonymes de lourdes dépenses financières. À cela s’ajoute également les services loués à Venise pour sa flotte, qui se fait payer en privilèges commerciaux, ruineux pour les Byzantins.

Malgré tout, ces basileus parviennent à sauver l’Empire byzantin de ses menaces extérieures, et parviennent même à lui redonner une partie de sa puissance passée, notamment grâce à une diplomatie habile.

Le terme de « sauver » l’Empire peut paraître fort, cependant les menaces extérieures pesant sur ce dernier avaient de quoi inquiéter. En effet, au sud émerge en 1037 la dynastie des Seldjoukides, qui va se renforçant, jusqu’à conquérir en une décennie (1071 – 1081) toute l’Asie Mineure.

Alexis Comnène doit signer la paix avec les Seldjoukides en 1081 afin de faire face à une autre menace, à l’ouest, avec l’invasion des Normands qui débarquent à Durazzo et occupent rapidement l’Épire, la Macédoine et la Thessalie. Finalement, l’envahisseur est repoussé en 1085 au prix de luttes incessantes et coûteuses.

Histoire de l’Empire byzantin (1081 - 1204)L’Empire byzantin sous le règne des Comnènes, jusqu’en 1180. On peut notamment remarquer les invasions des Petchenègues et le passage des croisades au sein de l’Empire.

Surviennent alors les Petchenègues, au nord de l’Empire, qui franchissent le Danube et ravagent les territoires byzantins de la péninsule balkanique. Repoussés lors d’un siège de Constantinople en 1091, les Petchenègues se tiendront tranquilles pour quelques décennies.

D’autres menaces, d’importance moindres mais suffisantes tout de même, inquiètent l’Empire et l’affaiblissent. En 1096, l’Empire byzantin – qui n’est donc pas au mieux de sa forme – voit apparaître les premiers croisés. Malgré l’engagement fait aux Byzantins de leur céder les villes prises lors de la Croisade, les croisés préfèrent garder le pactole pour eux.

Ainsi se créent plusieurs principautés occidentales, les fameux États latins d’Orient. Si l’Empire byzantin ne récupère pas les villes conquises par la chrétienté, cela a tout de même l’avantage de soulager pour un certain temps les Byzantins de la pression turque.

Au point de vue intérieur, le commerce byzantin est fortement concurrencé par les privilèges commerciaux exorbitants accordés à Venise en échange de sa flotte, comme on l’a vu plus haut. De plus, le commerce byzantin est également concurrencé par le « réveil » économique de l’Occident.

Sur le plan intérieur toujours, Alexis Comnène tente de rénover l’État, que ce soit dans son administration ou sa fiscalité. Cependant, du fait de la grave crise financière que les précédents basileus ont laissée aux Comnènes, ces derniers ne peuvent véritablement ramener l’Empire à son âge d’or.

Histoire de l’Empire byzantin (1081 - 1204)Mosaïque de l'église Sainte-Sophie représentant Jean II Comnène.

À la mort d’Alexis Comnène, c’est son fils Jean II Comnène qui reprend les rênes de l’Empire. Il suit les grandes lignes directrices de son père, et passe principalement sa vie dans les camps. Il s’attache à défendre les frontières de l’Empire et parvient à « libérer » l’ouest des territoires byzantins (avec notamment la défaite définitive des Petchenègues en 1122).

Ainsi, Jean II peut se concentrer sur l’Orient, et plus précisément l’Anatolie. Il se bat aux côtés des Francs lors d’une campagne contre les Musulmans de Syrie méridionale, mais les contacts entre Grecs et Latins se détériorent assez rapidement.

Quand Jean II décède, c’est son fils Manuel Ier qui le remplace. Ce basileus doit faire face à l’arrivée de la deuxième croisade, qui passe par ses territoires. Manuel Ier craint que les Croisés ne renforcent la ville d’Antioche, qu’il convoite pour lui-même.

Cependant, la deuxième croisade est un échec cuisant – ils y sont allés pour des prunes... authentique ! Ainsi, si Antioche reste aux mains chrétiennes, son régent se brouille rapidement avec Manuel Ier. En 1158, ce dernier profite de la faiblesse d’Antioche et attaque, récupérant la ville et réalisant ainsi un objectif d’un demi-siècle.

En 1176, une grande défaite contre le sultanat de Roum (ou sultanat d’Iconium) contraint l’Empire byzantin à abandonner ses vues en Asie Mineure, vues par ailleurs trop ambitieuses au vu de la condition militaire et financière de l’Empire.

Enfin, de 1180 à 1185 règnent Alexis II Comnène et Andronic Ier Comnène, période d’effondrement de la dynastie. Le premier, gouvernant maladroitement l’Empire, attise les tensions et les mécontentements dans toutes les couches de la société.

Cela conduit notamment à un massacre de marchands latins dans la capitale, en 1182, découlant de la haine des Byzantins à l’égard des Occidentaux. Cette haine des Occidentaux n’est pas nouvelle, et s’était notamment accentué sous le règne de Manuel Ier, qui avait accueilli de nombreux Latins à sa cour.

Le second basileus, Andronic Ier, va violemment à l’encontre des abus dont souffrent l’État. Des membres de l’aristocratie sont ainsi exécutés, la vénalité des charges est abolie, une lutte sauvage s’engage contre la corruption des fonctionnaires et l’injustice fiscale, etc.

Cette politique aurait dû être bénéfique pour l’Empire, mais elle suscite assez logiquement la haine de toute l’aristocratie. Les difficultés intérieures ne permettent pas à Andronic de se défendre efficacement contre les invasions des Hongrois et des Normands.

Lorsque ces derniers arrivent aux portes de la capitale, une émeute détrône Andronic en 1185 et il est déchiqueté par la foule – on lui coupe la main droite, lui arrache un œil, lui jette de l’eau bouillante au visage... bref, de nombreuses joyeusetés.

La dynastie des Anges (1185 – 1204)

À la mort d’Andronic Ier, on trouve comme successeur un lointain parent d’Alexis Ier Comnène : Isaac II Ange, qui fonde la brève et lamentable dynastie éponyme.

L’Empire byzantin commence alors à se décomposer : on peut notamment citer le Second Empire bulgare, qui émerge des cendres du précédent. Alexis III Ange détrône son frère Isaac et poursuit la décadence de l’Empire, étant tout autant impuissant que le précédent basileus.

La détresse de l’Empire byzantin devient si grande et si flagrante que sa conquête devient envisageable pour le doge de Venise, Enrico Dandolo.

La haine et le mépris opposant Grecs et Latins depuis le schisme et les croisades l’y encourageaient évidemment, mais il ne faut pas oublier les intérêts qu’avait Venise à installer à Constantinople un gouvernement à sa botte, notamment afin de faire encore fructifier son commerce.

Dandolo, homme politique de génie, réussit à mettre à profit la quatrième croisade lancée par Innocent III et les prétentions d’Alexis Ange, le fils d’Isaac que son frère Alexis avait détrôné – je vous l’accorde, ces jeux de pouvoirs ne sont pas des plus évidents...

Ainsi, les Croisés ne pouvant payer leurs dettes à Venise pour l’utilisation de sa flotte, Dandolo « accepte » de leur « faire une fleur » - mon œil oui... – et de commuer la dette en la prise de Zara, une ville côtière. Alexis Ange négocie ensuite avec les Croisés pour qu’ils l’aident à reprendre Constantinople, en échange de quoi il accepte de payer la dette de ces derniers à Venise.

Histoire de l’Empire byzantin (1081 - 1204)La quatrième croisade ainsi que ses suites : le démantèlement / partage de l’Empire byzantin entre la République de Venise et les Croisés (qui fondent l’Empire latin de Constantinople).

La ville est reprise et Isaac II Ange (le premier de la dynastie Ange donc) ainsi qu’Alexis IV Ange (son fils, qui a négocié avec les Croisés et Venise) deviennent – ou redevient, pour Isaac – basileus. Seulement, les coffres sont vides et la dette ne peut être remboursée à Venise.

Les Croisés s’emparent alors de Constantinople et la pillent, et l’Empire byzantin est partagé entre les Francs (qui fondent l’Empire latin de Constantinople) et la république de Venise. Dandolo a donc atteint ses objectifs.

Conclusion

Avec les parties 4 et 5 de cette Histoire byzantine, nous avons vu un gros morceau d'une période de près de 250 ans. La dynastie des Macédoniens amène tout d’abord l’Empire à son apogée (avec tout de même une période sombre à la fin de cette dynastie).

Les Comnènes amorcent ensuite le déclin de l’Empire byzantin, même si plusieurs succès militaires sont remportés. Après une période où la situation se maintient néanmoins, les cinq dernières années du règne des Comnènes sont une catastrophe.

Cela prépare les terribles 19 années de règne des Anges, qui concrétisent la décadence de l’Empire. Cette tendance va crescendo jusqu’en 1204, date à laquelle les Croisés s’emparent d’un empire devenu l’ombre de lui-même.

Nous verrons dans le prochain et (probablement) dernier article consacré à l’histoire byzantine les derniers siècles de cet empire, jusqu’en 1453.

Sources

  • José GROSDIDIER DE MATONS, « BYZANCE — L’Empire byzantin », Encyclopædia Universalis.
  • Bat'HistorBat'Histor P'tit Suisse n°1, Chroniqueur
  • "Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue." Einstein
  • "L'âge d'or était l'âge où l'or ne régnait pas." Claude-François-Adrien