Histoire de l’Empire byzantin (518-610)

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P'tit Suisse n°1
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22 décembre
2017
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Période historique Moyen-âge
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Nous nous étions arrêtés dans le dernier article à la date de 518, représentant la fin de la dynastie des empereurs de Thrace, et l’avènement de celle dite justinienne. La période de leur règne, s’étendant jusqu’en 610, est principalement marquée par un changement de paradigme, tant au niveau politique que religieux.

En effet, les empereurs de cette période vont faire l’inverse des précédents : ils vont tourner leur regard de l’Orient vers l’Occident. Le plus connu d’entre eux est bien entendu Justinien le Grand qui, on le verra, tente de rétablir l’unité de l’Empire romain. Mais avant cela, en guise de mise en bouche, parlons brièvement de l’empereur précédant Justinien : Justin Ier.

Histoire de l’Empire byzantin (518-610)Pièce de monnaie à l'effigie de Justin Ier.

Dès son arrivée au pouvoir, cet empereur rompt avec la politique religieuse de ses deux prédécesseurs et engage de violentes persécutions contre les monophysites. Pour ceux qui ne seraient pas passionnés de christologie, c'est une doctrine qui conteste le principe de la double nature de Jésus, humaine et divine, telle que l’a établie le concile de Chalcédoine en 451.

Ainsi, Justin Ier réconcilie les Églises d’Orient et d’Occident, qui étaient brouillées depuis la politique religieuse de Zénon, qui se voulait tolérant envers les monophysites.

La tolérance de Zénon était essentiellement inspirée par la peur de s’aliéner les provinces orientales, où régnait principalement le monophysisme. Ainsi, les empereurs de la dynastie justinienne se basant sur une politique religieuse orthodoxe, s’aliénèrent les provinces orientales.

Justinien, politique extérieure

Justinien le Grand, qui règne de 527 à 565, est probablement l’empereur le plus connu de l’histoire byzantine, et ce pour de « bonnes » raisons. En effet, sa politique extérieure, religieuse et judiciaire sont des éléments fondamentaux de l’Empire byzantin (pour un certain temps en tout cas...).

Histoire de l’Empire byzantin (518-610)On constate rapidement l'énorme étendue de territoires conquis sous Justinien...

Premièrement, la politique extérieure de l’empereur est de tourner son regard vers l’Occident ; se considérant l’empereur légitime de l’Empire romain universel, il se donne pour objectif d'en reconstituer les frontières telles qu’elles étaient aux Ier et au IIe siècles de notre ère – c'est-à-dire à leur apogée.

Il faut bien se dire que ce n’était pas là une idée farfelue : comme on l’a vu dans le premier article, la population considérait encore l’Empire romain comme étant unifié, avec « simplement » des usurpateurs / des envahisseurs aux commandes (on peut notamment penser à un certain patrice germanique en Italie).

Ainsi, les populations indigènes d’Italie et d’Afrique du nord – sous la domination respective des Ostrogoths de Théodoric et des Vandales – désiraient un retour de l’autorité romaine, et se tournaient donc vers Constantinople (même s’ils faisaient un peu les difficiles... Théodoric, en Italie, était par exemple plutôt tolérant et attaché aux valeurs romaines).

Enfin, parmi les motivations de Justinien à reconquérir la partie occidentale de l’Empire, il faut encore citer l’aspect religieux. Justinien étant un chrétien convaincu, il ne pouvait donc laisser les méchants Germains ariens régner sur les gentilles populations orthodoxes de l’Occident (j’en fais un peu trop ?).

Une fois l’émeute Nika (532) réprimée dans le sang et la « paix perpétuelle » conclue avec le roi de Perse au prix d’un lourd tribut en 532, Constantin peut enfin s’attaquer à son projet de reconquête, avec l’aide du célèbre général Bélisaire. Le moment est d’ailleurs opportun, car Constantin peut profiter d’un affaiblissement des royaumes Vandales et Ostrogoths.

L’empereur byzantin envoie tout d’abord une grosse partie de ses forces en Afrique du Nord ; cette guerre avec les Vandales (533 à 534) semble se terminer rapidement à l’avantage des byzantins, mais des révoltes éclatent et le contrôle n’est véritablement obtenu que quinze ans plus tard.

Histoire de l’Empire byzantin (518-610)Cette carte un peu plus détaillée illustre bien les vagues d'invasions auxquels devront faire face les successeurs de Justinien.

Juste après, la campagne contre les Ostrogoths (535 à 553) est lancée. Même si ces derniers offrent plus de résistance que les Vandales, la capitale – Ravenne – tombe aux mains des Byzantins. Cependant, là encore des révoltent éclatent, et ce n’est qu’après un total de vingt ans de guerre que l’Italie, la Dalmatie (au nord de la Macédoine, vis-à-vis de l’Italie) et la Sicile sont finalement reconquises aux mains ostrogothes.

Enfin, Constantin dirige ses troupes sur les Wisigoths de la Péninsule ibérique, dès 552. Cette campagne est un grand succès, même si seule une petite partie de « l’Espagne » est conquise.

Si l’on regarde simplement les résultats des conquêtes de Justinien, il y a de quoi être impressionné : en effet, le territoire de l’Empire byzantin double presque en moins d’un demi-siècle ! Cependant, tout n’est pas dans le meilleur des mondes et il faut s’intéresser aux conséquences des conquêtes justinienne.

En effet, mise à part le fait que Justinien n’a pas réussi à atteindre tous ses objectifs de départ, le manque d’hommes dans l’Empire byzantin a pour conséquence de laisser le champ libre aux Perses, les soldats combattant en Occident ne pouvant plus défendre la partie orientale.

Les Perses brisent donc la paix pas-si-perpétuelle-que-ça et reprennent la guerre en 540, saccageant le territoire byzantin et détruisant notamment Antioche. Une paix de cinquante ans ne sera finalement conclue qu’en 562, contre de fortes sommes d’argent de la part des Byzantins.

Tout ceci conduit les caisses de l’état à se vider progressivement : à la fin de son règne, Anastase avait laissé des réserves énormes dans le coffre impérial. Les conquêtes de Justinien suffisent à dilapider la majeure partie de la richesse byzantine, ce qui entraine évidemment des soucis d’entretien de l’armée et une diminution des effectifs, accentuant encore le caractère incertain du sort des provinces occidentales reconquises.

De plus, le manque d’hommes implique que ces nouveaux territoires ne pourront être maintenus très longtemps. Les pressions qui s’y exerçaient étaient trop forte pour un empire affaibli aux caisses vides...

Enfin, outre les incursions perses, l’Empire byzantin doit aussi faire face aux invasions dans le Nord de l’Empire (c'est-à-dire la péninsule des Balkans) des Bulgares et des Slaves, qui mettent le territoire à feu et à sang. Le problème slave notamment ne pouvant être réglé à cause du manque d’hommes, cela créera de gros problèmes pour l’Empire byzantin à la fin du VIe siècle ou encore au début du VIIIe siècle.

En résumé, les conquêtes de Justinien permettent effectivement d’acquérir un territoire conséquent, restaurant ainsi en partie l’ancien Empire romain, mais cela vide les caisses de l’état et laisse le territoire oriental sans défense, à la merci des envahisseurs (qui ne vont d’ailleurs pas se gêner).

Histoire de l’Empire byzantin (518-610)Déjà en 600, l'Italie est presque entièrement perdue, les Balkans sont sujets à des attaques des Slaves et des Avars. À l'est, l'Empire doit se défendre contre les Perses.

Œuvre législative

Le deuxième élément important du règne de Justinien est son œuvre législative. D’ailleurs, on le verra tout de suite, on peut même considérer cet ouvrage comme plus important historiquement que la politique extérieure de l’empereur.

Si vous êtes intéressés par les conquêtes de Justinien, le DLC « Le Dernier Romain » de Total War : Attila traite exactement de ce sujet. Vous trouverez plus d’informations ICI et .

Au moment de son règne, la législation de l’Empire était disparate ; il y avait bien plusieurs codex (tel que le Codex Theodosianus par ex.) qui compilaient les édits impériaux, mais ces derniers se contredisaient entre eux, n’étaient plus adaptés à l’époque, etc.

Dans l’optique de Justinien, qui désirait un empire unifié, on voit bien la forte nécessité d’avoir une législation solide et efficace. C’est pourquoi il ordonne de rassembler les constitutions impériales depuis Hadrien dans le Codex justinianus qui est terminé en 529.

Ce Codex justinianus ne fait pas que compiler les décisions impériales, mais il homogénéise également le tout, en supprimant les contradictions qui existaient ; c’est donc un énorme travail législatif qui est accompli. Il me faut citer ici le « Bélisaire juridique » qui fut le bras droit de l’empereur dans cette entreprise : Tribonien. Il n’était bien sûr pas seul, et était accompagné de nombreux savants spécialistes du droit romain.

Un autre travail titanesque est accompli peu de temps après, en 533 : le Digesta, ou Pandecta. Cet ouvrage révise tout le jus vetus, c'est-à-dire les œuvres des jurisconsconsultes classiques. Cela signifie une nouvelle fois éliminer ce qui était devenu caduc, supprimer les contradictions, etc. En 533 est également publié un manuel de droit civil, destiné primitivement aux étudiants, afin de les aider dans l’apprentissage compliqué du droit. Cet ouvrage s’appelle les Institutiones (« Institutions »).

Enfin, durant toutes ces corrections et complétions d’œuvres juridiques, la vie continuait dans l’Empire, et la législation courante devait donc également continuer. Ainsi, les décrets formulés après 534 (date de révision du premier Code) sont réunis dans ce que l’on appelle les Novellae leges (« les lois nouvelles »). Contrairement aux trois autres travaux législatifs opérés sous Justinien, qui étaient rédigés en latin, les Novellae leges sont en grec.

Cela était une grande concession en égard à la vie pratique ; en effet, Justinien désirait restaurer l’ancien Empire romain. Il était donc fortement attaché au latin ; cependant, d’un point de vue pratique, il avait tout intérêt à publier ses nouveaux décrets en grec, la langue commune de l’Empire qui était donc plus largement comprise.

Histoire de l’Empire byzantin (518-610)Une édition du Corpus iuris civilis datant de 1612 ; cela montre bien la pérennité de cette œuvre.

L’ensemble de ces quatre recueils (Codex justinianus, Digesta, Institutiones et Novellae leges) devaient composer un corpus législatif, mais cela ne vit pas le jour du vivant de Justinien. Il faudra attendre le Moyen-âge et l’étude du droit romain, à partir du XIIe siècle, pour que l’ensemble des travaux législatifs de Justinien apparaissent sous le titre de Corpus iuris civilis (« Corpus de droit civil »).

L’œuvre législative de Justinien est d’une importance capitale, en ce qu’elle a permis de conserver le droit romain. Et justement, ce dernier a profondément influencé les principes juridiques fondamentaux qui gouvernent nos sociétés contemporaines. On le voit, tout ceci a eu encore plus d’importance sur la longue durée que les conquêtes en Occident de Justinien. En ceci, on peut donc vraiment qualifier Justinien de « Grand ».

Il faut toutefois faire attention à la véracité à l’ensemble de l’œuvre justinienne de législation, et plus particulièrement au Codex justinianus ; en effet, les compilateurs n’ont souvent pas été arbitraires dans le choix des textes, dans leur révision, etc. Un peu à la manière des moines du Moyen-âge quelques siècles plus tard, ils ont donc influencé par des motivations personnelles ou gouvernementales le droit romain qui nous est parvenu.

Nous ne possédons donc pas un compte rendu exact de la législation romaine à travers le Corpus Iuris Civilis, mais un contenu légèrement déformé. En même temps, qu’est-ce que l’exactitude, en Histoire notamment ? L’histoire byzantine que je vous propose ici est conditionnée par mes recherches, certaines idées obligatoirement préconçues, etc.

Politique religieuse

En matière religieuse, Justinien se révéla être un très bon chrétien ; en effet, il ne montra aucune tolérance religieuse et entra en lutte avec les Juifs, les païens et les hérétiques (manichéens, nestoriens, ariens...).

Il se rendait compte que l’Église pouvait être une arme puissante au service du gouvernement. Ainsi, toute atteinte à cette Église représentait pour lui une atteinte à l’unité de l’Empire, ce qui était très dangereux. On peut notamment citer en exemple la fermeture de l’École philosophique d’Athènes en 529, qui était le dernier rempart officiel du paganisme.

Histoire de l’Empire byzantin (518-610)Ce cher Justinien représenté sur une mosaïque. On peut remarquer la présence d'une "auréole", marquant son importance religieuse.

Il dut cependant composer avec les monophysites, qui étaient fortement implantés en Égypte, Syrie et Palestine. Ainsi, Justinien fit des concessions aux monophysites pour des raisons politiques (grande importance de ces provinces orientales) et de vie ou de mort (son épouse, Théodora, était favorable au monophysisme... essayez donc de vivre avec une femme contrariée).

Finalement, cette lutte que mena Justinien pour rapprocher monophysites et orthodoxes n’aboutit pas vraiment ; ces deux courants religieux ne se réconcilièrent pas et on peut considérer l’œuvre religieuse de Justinien comme un échec (le paganisme et les autres formes « d’hérésie » continuèrent également à exister).

Cependant, il faut rappeler l’activité évangélisatrice de la période justinienne. Justinien pensait en effet devoir propager le christianisme en dehors de son Empire. On peut également citer la tentative de rapprochement entre l’église de Rome et celle de Constantinople. En cela également, on peut voir la volonté unificatrice de Justinien.

On peut au final résumer ces trois grands points du règne absolutiste de Justinien en cette brève formule, dans laquelle est condensée toute la politique de Justinien : « Un État, une loi, une Église ». Justinien désirait à tout prix rendre à l’Empire sa gloire passée, et lui donner une unité qui n’avait plus existé depuis longtemps.

Cependant, cette tentative était vouée à l’échec (en tout cas en ce qui concerne sa politique extérieure) : l’Empire n’avait plus les ressources nécessaires pour résister aux difficultés de son temps. Ainsi, si Justinien a effectivement réussi à donner un droit actualisé et plus efficace à l’Empire, il a surtout contribué à affaiblir ce dernier qu’à le renforcer (le simple exemple des caisses de l’état, qui sont — presque — vides à la fin de son règne pourrait suffire).

Le commerce sous Justinien

Je profite de Justinien pour parler de l’aspect commercial de l’Empire byzantin. En effet, c’est sous son règne qu’aura lieu un grand changement. Mais commençons tout d’abord par un bref état des lieux général.

L’Empire byzantin, grâce notamment à sa capitale optimalement placée, a été un intermédiaire commercial entre l’Occident et l’Orient, et ce jusqu’à l’époque des Croisades. Le commerce était plus tourné vers l’Orient, qui se révélait un partenaire commercial plus intéressant – la formation de nouveaux États germaniques en Europe occidentale n’était pas propice au commerce.

Cependant, l’Empire byzantin lui-même n’était pas en relation directe avec les pays de l’Extrême-Orient ; il fallait passer par des intermédiaires, qui étaient alors les Perses qui, pour rappel, n’étaient pas vraiment leur meilleur ami du monde.

Justinien essaye donc logiquement de contourner cette dépendance économique perse, et tente de trouver une nouvelle voie commerciale vers l’Inde et la Chine. Ce sera un échec, mais le sort aide Justinien. En effet, le secret de fabrication de la soie est volé aux Chinois et ramené dans l’Empire byzantin. Ainsi, cette nouvelle industrie fleurit rapidement dans l’Empire, et notamment à Constantinople, où se situera la plus grande fabrique de soierie.

Histoire de l’Empire byzantin (518-610)Je n’ai pas réussi à trouver la datation de cette carte (peut-être à l'époque de Marco Polo), mais là n’est pas l’important ; on peut y voir la Route de la Soie en partance de la Chine et son passage obligé par la Perse avant d’arriver dans l’Empire byzantin.

L’Empire ne tarde pas à exporter ces produits dans toute l’Europe ; en effet, comme l’Empire peut produire sa soie soi-même, il assoit son contrôle sur le marché de la soierie. Soit, les bénéfices étaient en soi conséquents, mais il eût fallu qu’ils soient bien plus importants pour soigner les blessures économiques de l’Empire ; désolé si cela vous déçoit (bon d’accord je vais m’arrêter là avec la soie : vous n’en voulez plus et je le conçois).

Le règne de Justinien

D’un point de vue plus littéraire, on peut noter durant le règne de Justinien la publication d’une chronique de Jean Malalas. Il y relate les événements entre l’Histoire d’Égypte et le règne de Justinien. Cet ouvrage est particulièrement intéressant en ce qu’il est le premier ouvrage important écrit en grec parlé, le grec vulgaire résultant de combinaisons d’éléments grecs et latino-orientaux.

L’époque de Justinien est justement marquée par la parution d’une multitude d’ouvrages écrits en grec ; cette information combinée à la chronique de Malalas permet de constater la prise d’importance du grec dans l’Empire byzantin.

Histoire de l’Empire byzantin (518-610)Mosaïque à une entrée de Sainte-Sophie ; on y voit Justinien présentant la basilique.

D’un point de vue artistique, c’est également sous Justinien qu’a été construite l’église de Sainte-Sophie (en 537). Cette construction est un des monuments les plus importants de l’architecture byzantine. Cette dernière influencera profondément tout le Moyen-âge et Sainte-Sophie sera la plus grande église jusqu’à la construction de la cathédrale de Séville en 1507 (c’est-à-dire 970 ans plus tard… pas mal non ?!).

Pour conclure sur ce règne de Justinien, il paraît important de remarquer (même si vous l’avez déjà sûrement bien compris) que ses campagnes militaires brillantes en Occident n’ont pas été si brillantes que ça... En effet, les territoires conquis n’ont pu être gardés, et les moyens énormes qu’ont demandé ces expéditions ont conduit in fine au déclin de l’Empire.

La politique religieuse de l’empereur peut également être considérée comme un échec, en ce qu’elle amena de nouveaux troubles dans les provinces orientales monophysites.

On peut cependant se souvenir, afin de comprendre le qualificatif de « Grand » donné à Justinien, de ses deux œuvres qui ont marqué profondément l’histoire de la civilisation humaine : le Code civil (le Corpus iuris civilis) et la cathédrale de Sainte-Sophie.

L’après-Justinien

Comme on l’a vu, la dynastie justinienne commence en 518 avec Justin Ier, et se termine avec la mort du tyran Phocas en 610. On ne va pas s’attarder ici à décrire chacun des empereurs ayant succédé à Justinien. On peut simplement remarquer quelques éléments caractéristiques de la période post-justinienne s’étendant jusqu’en 610.

Du fait des caisses passablement vidées (merci Justinien…), le travail est compliqué pour protéger les territoires de l’Empire. Sous le règne du neveu de Justinien, Justin II, de Tibère et de Maurice, on peut déjà noter des troubles en Afrique, du fait que les Maures s’insurgent. Les Lombards s'emparent quant à eux de l'Italie du Nord et luttent pour conquérir la péninsule tout entière.

Cela s’explique notamment par le fait que les empereurs sont forcés de tourner leur attention vers les Perses, qui menacent l'existence même de l'Empire en Asie, et contre les Slaves qui la menacent dans les Balkans.

Ainsi, déjà dans les années qui suivent la mort de Justinien, ses territoires conquis sont en partie repris, tandis que le cœur de l’Empire est menacé et n’est pas à même de se défendre par manque d’hommes et d’argent.

Conclusion

En conclusion générale de cet article, j’aimerais insister sur un fait important en histoire : les événements impressionnants ne sont pas forcément les plus importants d’une époque ! En effet, on a très souvent tendance à ne se rappeler que des grandes conquêtes, des grands personnages de l’Histoire..., mais cette vision ne peut que fausser la compréhension globale d’une époque.

On en a justement un très bon exemple ici : Justinien est probablement l’un des empereurs les plus connus de l’histoire byzantine, et ce pour sa politique extérieure. Cependant, ces conquêtes ont finalement causé bien plus de problèmes que de profits à l’Empire, et ce assez rapidement. S’il fallait se souvenir d’un fait effectivement primordial dans le règne de Justinien, ce serait plutôt sa politique judiciaire, qui a influencé et influence le monde occidental (principalement).

On réduit également souvent des événements à un grand nom : Justinien ici. En vérité, il est clair que s’il a ordonné les conquêtes, ou la création du Corpus iuris civilis, ce n’est pas lui qui a fait le « sale » boulot… On oublie bien souvent, à tort, les exécutants des grands personnages, tels que Bélisaire et Tribonien.

Je vous rassure, dans les prochaines parties de cette histoire byzantine, nous avancerons plus rapidement. Je me suis simplement attardé jusqu’à présent sur les débuts de l’Empire byzantin, car il faut bien avouer qu’ils sont très intéressants. La suite ne l’est pas moins, mais, l’Empire étant sur le déclin, les événements le concernant commenceront logiquement à décroître.

Cependant, il nous reste de nombreux faits primordiaux à voir, tels que les conquêtes arabes, une politique religieuse dissidente, la prise de Constantinople par les croisés, et j’en passe...

Sources

  • Vasilʹev, Aleksandr Aleksandrovich, Histoire de l’Empire byzantin, Tome 1, Paris, 1932, 498 pp.
  • José GROSDIDIER DE MATONS, « BYZANCE —L’Empire byzantin », Encyclopædia Universalis.
  • Bat'HistorBat'Histor P'tit Suisse n°1, Chroniqueur
  • "Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue." Einstein
  • "L'âge d'or était l'âge où l'or ne régnait pas." Claude-François-Adrien