Adolphe Pégoud, le premier as français

L'Amiral
30 juin
2017

Jeune, ingénieux, patriote, Adolphe Pégoud ressemble à s’y méprendre à tous ses camarades aviateurs durant la Grande Guerre. Né en 1889 et décédé en combat aérien le 31 août 1915 près de Belfort à seulement 26 ans, il partage aussi avec eux ce triste point de mourir jeune.

Mais Pégoud est une figure centrale de l’aviation militaire française : c’est en effet le premier aviateur à recevoir son homologation officielle pour une victoire... faisant de lui le premier des as français.

De l’Isère à Paris en passant par le Maghreb, une carrière de soldat

Célestin Adolphe Pégoud, aux commandes d'un de ses avions.Célestin Adolphe Pégoud, aux commandes d'un de ses avions.

Adolphe Pégoud naît dans une famille d’agriculteurs en Isère le 13 juin 1889. Comme une grande partie de ses contemporains, sa vie est toute tracée d’avance : reprendre l’exploitation familiale. Mais le jeune Pégoud ne goûte pas le travail de la terre, et à seulement 14 ans, il décide d’aller tenter sa chance à Paris.

Ingénieux et allant de l’avant, Adolphe Pégoud s’engage dans l’Armée à ses 18 ans. En août 1907, il est affecté au 5ème Régiment de Chasseurs d’Afrique (Algérie) en tant que cavalier. Il fait ensuite un court séjour au Maroc puis est muté au 12ème Régiment de Hussards en 1909.

Louis Carlin, grand ami de Pégoud, qui lui fera découvrir l'aviation.Louis Carlin, grand ami de Pégoud, qui lui fera découvrir l'aviation.

C’est à Toulon, lors de son affectation au 3ème Régiment d’Artillerie Coloniale, qu’il se découvre une passion pour l’aviation. Il y rencontre le capitaine Louis Carlin, et en octobre 1911, Pégoud fait son premier vol en tant que passager. Il n’aura alors qu’une obsession : apprendre à voler.

À la fin de son contrat, en 1913, il prend contact avec Louis Blériot, alors un des pionniers de l’aéronautique française. Le 1er mars 1913, Adolphe Pégoud obtient son brevet de pilote et commence une carrière de pilote d’essai. Son travail consiste à essayer des prototypes d’avions, dont certains assez fous, comme celui de l’avion trolley : un avion qui s'arrime à un câble tendu le long d’un navire.

Le 19 août 1913, Adolphe Pégoud entre dans l’histoire de l’aviation en effectuant le premier saut en parachute au dessus de Châteaufort (Yvelines). Cette expérience permet de démontrer l’utilité de ce dispositif pour sauver la vie des pilotes. Il notera d’ailleurs dans ses carnets qu’il descend en « père peinard ».

La légende dit qu’il observait son avion en train de tomber quand il eut l’idée d’effectuer les premières acrobaties aériennes. Cet intrépide pilote se lance alors dans un défi fou : réaliser des cascades aériennes... alors jamais essayées, pour montrer qu’un avion peut se manoeuvrer de façon extrême.

Carte postale montrant le "looping" de Pégoud.Carte postale montrant le "looping" de Pégoud.

Le 1er septembre 1913, à Juvisy-sur-Orge, il effectue sur 400 mètres le tout premier vol « tête en bas » en présence de son patron, Louis Blériot. Le lendemain, il en effectue un autre sur 700 mètres devant tout le gratin militaire et industriel français.

Toujours plus audacieux, il réalise le 21 septembre 1913 une série d’acrobaties qu’il termine en « bouclant la boucle », figure qui restera connue sous le nom de looping. Adolphe Pégoud y gagne ses lauriers d’aviateur hors pair, et devient très populaire lors de tournée en Europe. En Allemagne, le « Sturzflieger Pégoud » (aviateur faisant de la voltige) est ovationné et jouit d’une extrême popularité.

Après avoir traversé l’Europe, il se prépare pour une expédition aux Etats-Unis, mais le 1er août 1914, la guerre éclate sur le Vieux Continent.

Pégoud devant son Nieuport 10.Pégoud devant son Nieuport 10.

Au service de la France, Pégoud engrange ses premières victoires

À la déclaration de guerre, Adolphe Pégoud est affecté à la défense de Paris. Ce pilote hors pair remplit de nombreuses missions : reconnaissance aérienne, dépôt d’agent français et chasse aux ballons d’observations.

C’est ainsi qu’en octobre 1914, Adolphe Pégoud reçoit une citation pour une mission de reconnaissance près de Maubeuge. Paul Bonnefon, dans son ouvrage Pégoud, un as oublié (Berger-Levrault, 1918), raconte cette mission :

« Pégoud s’apprête à atterrir au camp d’aviation de Maubeuge, quand il remarque que les hangars sont vides.

Aussitôt de gros obus noirs éclatent autour de lui. Des éclats atteignent même l’appareil. Il remonte à pleine puissance du moteur, et, perdu dans les nuages, peut observer quelque peu. La place a succombé, plusieurs villages des environs sont en flammes : il n’y a qu’à retourner au plus vite. Mais l’essence va manquer, car il vole depuis cinq heures !

Après avoir dépassé Lille, l’avion se soutient encore pendant un certain nombre de kilomètres, mais à une faible hauteur. Désormais on ne saurait aller plus loin.

Pégoud aperçoit un champ entouré de bois, en forme de fer à cheval. C’est là qu’il descendra à tout hasard, sans savoir si le pays est envahi. Il est près de Combles, dans la Somme, entre Albert et Péronne.

L’ennemi est venu jusque-là, comme en témoignent des cadavres allemands gisant sur le sol.

Pégoud cache, autant que possible, son appareil dans le bois et se met à explorer les environs, en quête d’essence pour repartir. Après bien des péripéties, il finit par en trouver deux bidons, chez un maréchal-ferrant qui en avait enfoui dans sa cave, et obtient trois litres de ricin chez un pharmacien. Il pourra se sauver.

Dès le lendemain, à l’aube, il se met en route, et c’est heureux, car, au moment du départ, des uhlans apparaissent et se hâtent de tirer des coups de feu. Mais l’avion prend de l’espace et peut gagner Abbeville, où Pégoud et Lerendu se restaurent un peu, car, en vingt-quatre heures, ils n’avaient absorbé que deux œufs. »

Pégoud s’inscrit dans la légende en ramenant en planant sur 10 kilomètres un avion criblé de balles derrière les lignes françaises en novembre 1914.

Le sous-lieutenant Pégoud et l'escadrille MS49. Pégoud est l'officier couché à droite.Le sous-lieutenant Pégoud et l'escadrille MS49. Pégoud est l'officier couché à droite.

Ses premières victoires aériennes ont lieu le 5 février 1915 : lors d’une patrouille, Adolphe Pégoud abat deux avions allemands et force un troisième à atterrir derrière les lignes françaises. Basé à Belfort, à l’escadrille MS 49, Adolphe Pégoud est presque en première ligne.

Le 18 juillet 1915, l’aviateur abat son sixième avion, et voit sa victoire devenir la première homologuée officiellement par le gouvernement français : il est devenu le premier as de la Grande Guerre.

Carte postale à propos de Pégoud.Carte postale à propos de Pégoud.

Abattu par son adversaire, qui lui rend hommage

Le 31 août 1915, le sous-lieutenant Adolphe Pégoud part en mission comme à l’accoutumée. Non loin de Belfort, il tombe nez-à-nez avec un Taube allemand, un avion biplace fortement blindé, conduit par le caporal Otto Kandulski et le mitrailleur (lieutenant) Von Bilitz.

Photo du crash du sous-lieutenant Pégoud. Son corps est visible en bas de la photo.Photo du crash du sous-lieutenant Pégoud. Son corps est visible en bas de la photo.

Lors d’un combat tournoyant où l’arme du sous-lieutenant Pégoud ne parvient pas à endommager l’avion allemand, le sous-lieutenant est abattu d’une balle dans la tête par l’équipage allemand, au dessus du Petit-Croix, à 2000 mètres d’altitude.

À 26 ans, Adolphe Pégoud venait d’être nommé Chevalier de la Légion d’Honneur et venait de recevoir la Croix de Guerre avec palmes. Son décès n’a malheureusement pas permis de lui transmettre la nouvelle.

Le convoi funèbre de l'enterrement d'Adolphe Pégoud.Le convoi funèbre de l'enterrement d'Adolphe Pégoud.

Sa mort a un écho international : le voltigeur Pégoud est encore présent dans de nombreux esprits.

La presse française (et internationale) relaie la nouvelle de son décès, au point que le 6 septembre 1915, le caporal Kandulski survole à nouveau la zone et lâche alors une couronne de lauriers sur laquelle est écrit « À Pégoud, mort en héros pour sa patrie ».

Ce geste chevaleresque démontre le haut niveau d’estime que se tenaient mutuellement les aviateurs des deux camps (il faut rappeler que la plupart des pilotes étaient issus de la cavalerie, aussi bien chez les Français que chez les Allemands. Les traditions y ont une place encore très forte).

L'insigne (non officiel) de Roger Ronserail.L'insigne (non officiel) de Roger Ronserail.

Le 18 mai 1916, un autre jeune pilote français gagne le surnom du « vengeur de Pégoud ». Roger Ronserail abat en combat singulier le caporal Kandulski, vengeant la mort de Pégoud.

Le sous-lieutenant Adolphe Pégoud n’aura accroché que six victoires à son tableau de chasse, mais sa stature, sa maîtrise de son avion et ses victoires audacieuses l’ont placé parmi les as de la Grande Guerre. Ces véritables pionniers de l’aviation militaire n’ont pas démérité, et la plupart d’entre eux en ont payé de leur vie.

De nos jours, un monument est élevé pour Adolphe Pégoud dans sa commune natale de Montferrat. Pour ne pas oublier.

L’auteur tient à remercier chaleureusement le Musée Pégoud (www,pegoud.fr) de Montferrat et M. Thollon-Pommerol pour les photos et les renseignements.

Bibliographie

  • Paul Bonnefon, Pégoud, un As oublié, éditions Berger-Levrault, 1918.
  • Witz Chroniqueur, Historien
  • « L'important n'est pas ce que l'on supporte, mais la manière de le supporter » Sénèque