Nungesser, l'aventurier pilote

L'Amiral
7 septembre
2018

Nungesser fait partie du trio de tête des as français de la Première Guerre mondiale avec 43 victoires homologuées en 4 ans. Mais il est aussi le militaire le plus décoré de l’Armée française au XXème siècle avec pas moins de 30 citations sur sa croix de guerre !

Qui peut, aujourd’hui, partir en Amérique du Sud à l’âge de 15 ans et faire cow-boy, pilote de course automobile et boxeur ? Ce parcours digne d’un héros de roman n’est pourtant pas imaginaire : c’est celui de Nungesser juste avant 1914.

Un touche-à-tout hors pair


Nungesser, l'aventurier piloteNungesser en 1926. Remarquez la cicatrice, une des nombreuses héritées de son temps de guerre.

Charles Eugène Jules Marie Nungesser naît à Paris le 15 mai 1892. Mais il ne s’attarde pas dans la capitale : sa mère est originaire du Nord, plus précisément de Valenciennes, que la famille rejoint très vite.

Après une courte scolarité à Armentières, c’est là qu’il décide de rejoindre l’Amérique du Sud à la recherche d’un oncle depuis longtemps disparu. Nungesser passe alors du Brésil à l’Argentine où il enchaîne les petits boulots… et découvre l’aviation. C’est sur un appareil Blériot, prêté par un ami, que Charles Nungesser fait ses premiers vols.

Il décide de retourner en France quand la Première Guerre mondiale éclate et s’engage dans la cavalerie, au 2e régiment de hussards.

Le Hussard de la Mors


Nungesser, l'aventurier piloteBardé de médailles à la fin de la guerre : l'aviateur est le soldat français le plus décoré du XXe siècle.

Nungesser voit le feu le 24 août 1914 pour la première fois. À Maison-Rouge, dans l’Aisne, il mène une patrouille le 3 septembre et tombe sur une automobile Mors (constructeur parisien de voitures) conduite par quatre officiers allemands. Il parvient à arrêter la voiture en tuant ses occupants, puis à la ramener au quartier général de son régiment.

Après un examen minutieux, il se rend compte que des plans d’attaques allemandes s’y trouvent ! C’est là que Nungesser se fait surnommer « le Hussard de la Mors », notamment en référence à l’unité créée en 1792… mais dans son surnom, la marque de la voiture remplace « mort ». Pour son exploit, le hussard reçoit la Médaille Militaire et est cité à l’ordre de l’armée :

« Le 3 septembre, son officier ayant été blessé au cours d’une reconnaissance, le mit d’abord à l’abri ; puis, avec l’aide de quelques fantassins, après avoir mis les officiers qui l’occupaient hors de combat, s’empara d’une auto et rapporta les papiers qu’elle contenait en traversant une région battue par les feux de l’ennemi. »

Devant ce fait d’armes, son supérieur l’autorise à intégrer l’aviation alors balbutiante.

Nungesser la tête brûlée




Nungesser, l'aventurier piloteAvec sa fiancée en 1919 près d'un de ses avions.

Il est alors affecté à l’escadrille VB 106 de Dunkerque, une formation de bombardement équipée d’avions Voisin III. Il accomplit 53 missions de bombardement, mais ce mode de combat l’ennuie.

Le 30 juillet 1915, Nungesser abat un Albatros allemand, ce qui lui vaut la croix de guerre ; mais il a la fâcheuse tendance de faire des acrobaties aériennes avant de se poser… ce qui n’est pas du goût de ses supérieurs.

Il est néanmoins muté à l’escadrille de chasse N 65, basée à Nancy, et il écope de 8 jours d’arrêt suite à ses acrobaties. Comble pour le pilote, il reçoit une interdiction formelle de vol… levée le 28 novembre 1915 alors qu’il abat encore un Albatros.

Nungesser rejoint pour quelques semaines l’escadrille Lafayette, mais pendant une inspection, il « emprunte » l’avion d’un des pilotes convalescents et s’envole sans avoir reçu d’ordre. La tête brûlée parvient à abattre un Albatros, mais est vertement réprimandé à son retour.


Nungesser, l'aventurier piloteNungesser devant son avion ; l'emblème inhabituel sera très redouté des aviateurs allemands.

En février 1916, Nungesser subit sa première blessure grave : alors qu’il pose un prototype d’avion Ponnier, l’appareil s’écrase. Le manche à balai lui transperce le palais en lui fracassant la mâchoire ; il ne sort de l’hôpital (sur des béquilles) que le 28 mars… et refuse sa réforme. Son état est tel qu’il doit se faire porter pour sortir de son avion.

Mais il est muté sur le front de Verdun, où l’offensive allemande fait rage : il s’illustre à nouveau en y remportant 10 victoires jusqu’au 22 juillet 1916.

On ne sait pas vraiment quand est-ce que Nungesser a adopté son symbole bien connu, mais c’est entre Verdun et la Somme que son appareil revêt le coeur noir contenant un Jolly Roger surmonté d’un cercueil et entouré de chandelles.

À la fin de 1916, Nungesser est à 21 victoires, cependant son insubordination lui vaut de nombreuses réprimandes.

Le stéréotype de l’as

Car Nungesser vit dans l’excès, à tel point qu’il est l’exemple même de l’as aérien : il fait de fréquents allers/retours à Paris où il profite amplement de l’alcool et des femmes.

Sa personnalité intrépide et son physique (avec la cicatrice) en font la coqueluche des milieux parisiens ; la presse le porte aux nues pour ses victoires. Il dérange l’état-major en se faisant remarquer au volant de grosses cylindrées dans Paris... et en se présentant un matin de patrouille en costume cravate qu’il portait la soirée précédente ! C’est le contraire de René Fonck, l’autre étoile montante de l’aviation de chasse, qui est peu sociable.

Nungesser, l'aventurier piloteNungesser devant son avion.

En décembre 1917, il a un accident de voiture, et doit se faire hospitaliser ; malgré ses lourdes séquelles, il va continuer de voler.

Son palmarès atteint 35 victoires en mai 1918 et il vole toujours sur Nieuport Ni 17, alors que sa formation, l’escadrille 65, est passée sur Spad XIII. Ce n’est qu’en août de la même année qu’il change d’appareil… pour remporter encore plus de victoires.

Le 14 août 1918, Nungesser abat quatre ballons d’observation dans la même journée !

Il termine la guerre avec 43 victoires, le faisant devenir troisième as français.

L’après-guerre et l’Oiseau Blanc

Après l’Armistice, Nungesser ne se voit pas abandonner l’aviation. Il monte une école d’aviation qui fait très vite faillite ; il engage alors une tournée d’acrobaties aériennes aux États-Unis.

C’est aussi le moment où de plus en plus de pilotes tentent de battre des records ou de relier différents continents en avion. Charles Nungesser rumine et cherche sa part de célébrité ; il rencontre François Coli, ancien aviateur comme lui, et commence à monter un plan. Les deux amis se font la promesse de parvenir à rallier Paris-New York en un vol, voyage très dangereux à cause du peu d’autonomie des appareils d’alors.

Nungesser, l'aventurier piloteCarte postale publicitaire à propos de l'Oiseau Blanc. L'insigne de Nungesser est bien visible.

Après avoir choisi un Levasseur PL.8 biplace (frappé de l’insigne de Nungesser, le fameux coeur noir), le duo décolle de l’aéroport du Bourget le 8 mai 1927. Ils sont aperçus à Étretat, puis en Irlande… mais n’arrivent jamais à New York. Tout d’abord, personne ne croit à la disparition de ces deux pointures de l’aviation aux profils si héroïques (Coli a perdu un oeil pendant la Première Guerre mondiale), mais au bout de 40 heures (autonomie maximale de leur avion), des recherches sont entamées.

Nungesser, l'aventurier piloteColi et Nungesser peu avant leur départ.

Les marines américaine et canadienne envoient rapidement des vaisseaux patrouiller dans la zone entre Saint-Pierre et Miquelon et New York ; des privés affrètent des hydravions et survolent l’océan. Cependant, aucune trace d’essence ni même du fuselage blanc ne sont aperçues.

C’est un des plus grands mystères de l’aviation civile du XXème siècle : des pistes sont privilégiées, mais aucune trace n’est découverte. Se seraient-ils écrasés dans une baie à Saint-Pierre et Miquelon ? Contre une montagne dans le Maine ? Dans une forêt au Canada ? Et de quoi ? Panne mécanique ? Abattus par des contrebandiers d’alcool ?

Des recherches, menées par des privés ou la France, sont toujours en cours… mais l’Oiseau Blanc reste introuvable. Nungesser disparaît alors comme il a vécu : en aventurier.

  • Witz Rédacteur, Testeur, Chroniqueur, Historien
  • « L'important n'est pas ce que l'on supporte, mais la manière de le supporter » Sénèque