Guerre de Succession d'Espagne

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Période historique Époque moderne
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En 1700, le Royaume d'Espagne, pays européen possédant de puissantes colonies, est confrontée à un grave dilemme : qui succédera à Charles II ?

Marié à deux reprises mais cependant sans aucun enfants, le roi était de constitution fragile, et l'on craignait une mort précoce qui aurait de graves conséquences, étant donné que l'Espagne n'aurait pas de souverain.

À la mort de Charles II, en novembre 1700, les cours européennes se précipitèrent donc sur l'occasion d'agrandir leur territoire, et surtout d'hériter du plus grand empire colonial au Monde, empire qui s'étale en Amérique Centrale, en Amérique du Sud, aux Caraïbes, aux Îles Philippines et aux Îles Cap Vert, Canaries et Majorque (comme le stipule le Traité de Tordesillas de 1494), sans oublier quelques territoires africains, les Pays-Bas espagnols, le duché de Milan, le grand duché de Toscane, le royaume des Deux Siciles et la Sardaigne. En résumé, l'Espagne est maîtresse de la Méditerranée et de l'Océan Atlantique, et possède une puissante économie alimentée par les travaux forcés des esclaves dans les colonies.

Les deux prétendants étrangers au trône d'Espagne étaient : la Maison d'Habsbourg, menée par Léopold Ier (qui régnait sur le Saint Empire-Romain Germanique), cousin et beau frère du roi espagnol ; et la Maison Bourbon, menée par Louis XIV (qui régnait sur le Royaume de France), qui lui aussi était cousin et beau frère du roi Charles II.

Les deux prétendants décident d'une chose lors de plusieurs rencontres la même année que la mort du souverain espagnol : l'Espagne et ses colonies seraient partagées de façon égale entre la France et le Saint Empire-Romain Germanique. Mais un coup de théâtre va bouleverser la chose : Charles II a écrit un testament avant de mourir. Dans ce testament, il lègue la totalité des territoires espagnols au petit-fils de Louis XIV. Le souverain français est alors contraint de choisir entre accepter ce testament ou bien s'en tenir aux accords passés avec Léopold Ier.

Louis XIV décida d'accepter le testament du défunt souverain espagnol, et son petit-fils fut sacré roi d'Espagne sous le nom de Philippe V, avant de rejoindre Madrid en janvier 1701.

Le mois suivant, une série de réformes françaises validées par Louis XIV et par le Parlement de Paris reconnut les droits de Philippe V à la couronne de France et renforça le rapprochement entre la France et l'Espagne (notamment par l'occupation des forteresses espagnoles du Nord par l'armée française).

En Septembre 1701, le Saint Empire-Romain Germanique, fort mécontent, se rapproche de l'Angleterre, des Provinces-Unies, du Portugal, du Brandebourg et du Piémont dans une alliance nommée « Grande Alliance de la Haye ».

Le même mois, la France signe une alliance avec les princes-électeurs de Bavière et de Cologne, avec un des prétendants au trône d'Angleterre et avec les États-papaux en personne.

La guerre est déclarée...

L'Italie en flammes (1ère partie)

Le Saint Empire-Romain Germanique étant maître de l'Europe Centrale et d'une partie de l'Europe du Sud, Léopold Ier envoya une armée commandée par le général Eugène-Maurice de Savoie-Carignan prendre le contrôle des possessions espagnoles en Italie. Grâce à la volonté de la Sérénissime République de Venise de rester neutre dans le conflit, l'armée coalisée parvint à atteindre l'Italie sans encombre.

Le maréchal français Nicolas de Cantinat, croyant que les coalisés allaient tous descendre vers les possessions espagnoles du Sud du fleuve du Pô, fit reculer ses troupes dans cette zone. Cependant, le général Eugène-Maurice de Savoie, conscient de cette retraite française, lança une offensive à Carpi, point tenu par très peu de Français. Il vainquit les troupes françaises en quelques heures.

À l'annonce de cette nouvelle, le maréchal De Catinat fit exécuter une nouvelle retraite, l'armée royale étant ébranlée. Suite à la défaite française de Carpi et à ces deux retraites consécutives, les Coalisés étaient maîtres de la moitié du Nord  de l'Italie le soir même.

Suite à cette défaite retentissante qui porta atteinte à la réputation d'invincibilité de l'armée française, Louis XIV disgracia le maréchal Nicolas de Cantinat et nomma à sa place le maréchal Louis Nicolas de Neufville, duc de Villeroy.

À la fin août 1701, le général Eugène-Maurice de Savoie prit ses quartiers à Chiari. Le maréchal Villeroy vit là l'occasion de rattraper la dernière défaite. Il attaqua Chiari le 1er septembre avec 45 000 hommes (contre 30 000 coalisés), croyant la ville mal défendue. Mais le général coalisé, brillant stratège, utilisa son artillerie avec précision ; comprenant son erreur de jugement, le maréchal Villeroy ordonna la fin du siège et la retraite après avoir perdu grosso modo 3 000 soldats contre une petite centaine de soldats coalisés.

L'armée française se réfugia dans la ville de Crémone. Bien que n'attaquant pas, la position gênait la général Eugène-Maurice de Savoie dans sa conquête de l'Italie. Ce dernier décida donc d'attaquer la ville dans la nuit du 31 janvier 1702. Après avoir fait ouvrir les portes de la ville par la ruse, Eugène-Maurice de Savoie fit entrer son armée dans Crémone. L'armée française érigea des barricades pour contenir les assauts coalisés, et après plusieurs heures intenses de combats, l'armée coalisée battit en retraite : la victoire était française.

Cependant, le maréchal Villeroy avait été fait prisonnier pendant l'affrontement. Cela décida le général Eugène-Maurice de Savoie à attaquer Mantoue. Les Coalisés n'atteignirent pas Mantoue. En effet, Louis XIV envoya le maréchal Louis Joseph, duc de Vendôme pour commander l'armée, tandis que Charles-Henry de Lorraine venait défendre ses terres à Milan. Les deux hommes furent rejoints par Philippe V d'Espagne en personne qui venait lui aussi pour défendre les possessions espagnoles en Italie. Les armées françaises, milanaises et espagnoles se partagèrent également le front et rétablirent la situation.

Le 15 Août 1702, le maréchal Louis Joseph attaqua la ville de Luzzara avec son armée française. Mais les Français ne parvinrent pas à prendre le dessus malgré leur supériorité numérique, et les deux belligérants rentrèrent chacun de leurs côtés en se croyant tous les deux victorieux. Le front italien était stabilisé.

L'Allemagne, faux espoir de Louis XIV

Louis XIV, qui avait réussi à redresser la situation en Italie, avait tout de même subit de sérieux dégâts dans cette péninsule. Afin de désengorger le front italien et de sauvegarder les possessions françaises outre-Rhin, il ouvrit un front en Allemagne.

Le maréchal de Villars, conscient que les troupes coalisées sont stationnées à Friedlingen et qu'il a la supériorité numérique, décide d'attaquer à cet endroit le 14 Octobre 1702. Massacre particulièrement violent, la bataille de Friedlingen ne donna aucun avantage pour les deux camps.

Après deux ans d'affrontements sans importance, de mouvements de troupes, de préparation et d'escarmouches, le général John Churchill, duc de Marlborough (et ancêtre du célèbre Winston Churchill) intercepte des troupes franco-bavaroises faisant chemin vers Vienne, capitale du Saint Empire-Romain Germanique. Après quelques combats, l'armée franco-bavaroise recule dans le village de Blenheim. Nous sommes le 13 Août 1704, et au soir, l'armée franco-bavaroise évacue les territoires allemands après avoir perdu au total 25 000 soldats (tués ou faits prisonniers) durant l'affrontement.

L'espoir de victoire de Louis XIV n'aura servit à rien : les Français, les Bavarois et les Colognais ont étés sévèrement battus.

Le duc de Marlborough signant une dépêche à Blenheim
Le duc de Marlborough signant une dépêche à Blenheim
Huile sur toile, par Robert Alexander Hillingford

L'Italie en flammes (2e partie)

Après, là aussi, une période de deux ans sans aucun affrontement, le maréchal Louis Joseph décida d'attaquer le Duché indépendant de Savoie, puisque son souverain, Victor-Amédée II, avait décidé de rejoindre le camp des Coalisés.

Le général coalisé Eugène-Maurice de Savoie-Carignan alla prêter main forte à son allié Victor-Amédée II de Savoie. L'armée française et l'armée germano-savoyarde s'affrontèrent à la bataille de Cassano, à force égales (environ 30 000 hommes de chaque côté). La bataille, particulièrement violente, vit tomber 10 000 coalisés pour seulement 5 000 Français. L'armée germano-savoyarde battit en retraite, et l'armée française se lança dans la conquête de Nice et du reste du Duché de Savoie.

Après avoir pris possession de la quasi-totalité des territoires savoyards, l'armée française échoua à prendre Turin, et le front italien se stabilisa à nouveau, mais cette fois avec une tendance en faveur de la France et ses alliés.

Le bourbier flamand

Malgré leur défaite en Italie, les pays membres de la « Grande Alliance de la Haye » décidèrent de profiter de leur précédente victoire en Allemagne. Pour cela, les Coalisés s'enfoncèrent dans les Pays-Bas Espagnols, région hautement importante d'un point de vue stratégique, puisque remplie de forteresses à la réputation d'être quasi-imprenables.

Le 23 Mai 1706, le maréchal Villeroy arrêta l'armée coalisée à Ramillies. Fortes chacune de 60 000 hommes, les armées, après s'être longtemps observées se décident enfin à attaquer. Le Duc de Marlborough attaqua le flanc droit français ; afin de porter secours à sa droite, Villeroy dégarnit son flanc gauche pour renforcer le flanc attaqué. Sa droite était certes consolidée, mais Villeroy était tombé dans le piège de Marlborough, qui attaqua ensuite le flanc gauche français affaibli tout en maintenant la pression sur le flanc droit. Désorganisées, les troupes de Villeroy perdent 20 000 hommes et battent en retraite.

Dans le même temps, les caisses de l'État sont vides, et le maréchal Vauban, commissaire général des fortifications, voyant l'état déplorable des fortifications françaises qui s'amenuisent avec la guerre, demande la levée d'un nouvel impôt : la dîme royale. Louis XIV refuse pour maintenir l'opinion publique haute.

À Toulon, que les flottes coalisées assiègent, la flotte française se saborde au cours de l'été 1707 afin d'entraver le port et d'empêcher les coalisés de prendre la ville par la mer.

En 1708, après deux ans sans combats en Flandres, Louis XIV prépare une intervention militaire pour reconquérir le terrain perdu depuis le début de la guerre. Une armée de 100 000 hommes fut levée, et le commandement fut distribué entre les deux maréchaux Louis Joseph (qui s'était illustré en Italie) et Louis de Bourgogne (premier commandement pour ce jeune officier). Déjà en mésentente sur un point de vue stratégique, l'avis de l'inexpérimenté Louis de Bourgogne trancha (puisque ce dernier était petit-fils du roi) et l'armée française s'enfonça en Flandres. A cause de l'erreur stratégique de Louis de Bourgogne, les armées coalisées de Marlborough et Eugène-Maurice de Savoie établirent une jonction.

Maîtres de quasiment la totalité des Flandres, les Français se dirigèrent vers Audenarde, dernière cité flamande sous administration coalisée.

Et une fois encore, l'inexpérience de Louis de Bourgogne joua des tours à l'armée française : l'avant-garde ayant traversé le fleuve qui séparait la ville de la plaine ayant été repoussée, l'ennemi traversa à son tour le fleuve. Louis de Bourgogne lança une contre-offensive en donnant l'ordre de charger l'ennemi. Le maréchal Louis Joseph, voyant que la contre-offensive allait échouer, demanda la permission d'intervenir ; on ne lui donna pas la permission. Le soir même, après avoir perdu 15 000 hommes, l'armée française battit en retraite.

Suite à la défaite française, les coalisés marchèrent vers le Sud. Lille (octobre 1708), puis Gand (décembre 1708) tombèrent après de furieux combats. Le Roi-Soleil avait perdu ses territoires flamands.

La défense de Lille par les Français
La défense de Lille par les Français
par Paul Lehugeur (XIXème siècle)

En 1709, voyant l'économie française s'essouffler, l'armée française refluait sur de nombreux fronts et l'opinion publique était de plus en plus en faveur de la paix. Louis XIV décida de se rapprocher de la Coalition qui lui faisait face pour trouver une issue au conflit. Après quelques négociations, il s'avéra que le seul moyen d'obtenir la paix était que Louis XIV destitue son petit-fils Philippe V du trône d'Espagne et proclame Charles (le fils de l'empereur Léopold Ier) nouveau roi d'Espagne. Excédé, Louis XIV décida de ne point tenir compte de l'opinion publique et de l'état alarmant des finances et de son armée, et mit fin aux pourparlers.

Les Coalisés reprennent l'offensive en été 1709 pour sauvegarder leurs territoires en Flandres et décider Louis XIV à revenir sur sa décision de fin des pourparlers : ils assiégèrent Tournai et Mons.

Apprenant la nouvelle, Louis XIV confie au maréchal de Villars 80 000 hommes et la tâche de stopper l'avancée coalisée dans un premier temps, puis de  reprendre les territoires perdus dans un second temps.

Après une progression en direction de Mons, l'armée française est arrêtée à Malplaquet par l'armée de Marlborough. Ce dernier possédant une armée numériquement supérieure à celle des Français, fait fortifier son flanc droit pour écraser le flanc gauche français. Bien que l'armée française recule vers Valenciennes  à la fin de la bataille, elle a subit moins de pertes que l'ennemi ; et pour cause, 10 000 Français sont tombés pour 25 000 Coalisés tombés ! De même, Marlborough en personne est blessé dans la bataille.

L'armée coalisée recule elle aussi dans les jours qui viennent, sa puissance étant grandement altérée. Les conséquences de la bataille de Malplaquet sont grandes, à un point que le maréchal de Villars s'exclame à Versailles, devant Louis XIV : « Encore une défaite comme celle là, Sire, et nous avons gagnés la guerre ! » Pour un bon moment, le Nord sera délaissé par les armées françaises et coalisées. A noter que Marlborough lui-même sera destitué à son retour en Angleterre, l'opinion publique anglaise étant devenue pacifiste.

La décomposition de l'Espagne

Faisons un bond en arrière, en 1703. Cette année là, à Vienne, l'archiduc Charles, petit-fils de l'empereur Léopold Ier fut sacré dans la capitale autrichienne Roi d'Espagne. Le Royaume d'Aragon (l'Espagne étant un rassemblement de 4 royaumes) se détache du Royaume d'Espagne et proclame comme son roi Charles II. L'Espagne est ainsi décomposée entre l'Espagne des Bourbons, dirigée par Philippe V et l'Espagne des Habsbourg dirigée par Charles II. Les Anglais prirent Gibraltar pour soutenir Charles II et couper la flotte française méditerranéenne de l'Océan Atlantique en 1704. La même année, une flotte franco-espagnole vient combattre la flotte britannique au large de Gibraltar, c'est la bataille navale de Velez Melaga. Bien que la victoire fut franco-espagnole, les Anglais conservent Gibraltar. En 1707, l'armée coalisée en campagne en Espagne fut vaincue par l'armée espagnole à la bataille d'Almanza. Philippe V, bien que fort de ses victoires à Velez Melaga et à Almanza, n'a pourtant pas gagné la guerre, et Charles II se réfugie en Catalogne. Les Bourbons sont donc en mauvaise posture en France et en Espagne.

Le 27 Juillet 1710, l'armée espagnole attaque l'armée coalisée à Almenar, en Catalogne. Déstabilisé par les offensives coalisées qui percent sa ligne de défense, Philippe V est contraint de reculer sur Saragosse.

À Saragosse, le 20 Août, l'armée espagnole est écrasée par l'artillerie coalisée et ses offensives sont systématiquement rejetées : nouvelle défaite pour Philippe V, qui ne réussit à échapper à la capture qu'en se déguisant en simple soldat.

À partir de cette date, la capitale espagnole est menacée : la route qui mène à elle est ouverte grâce aux deux défaites consécutives de l'armée espagnole. Plus de la moitié de la population quitte Madrid tandis que Philippe V et les lambeaux de son armée espèrent encore. Mais le 9 Septembre 1710, seulement quelques semaines après la défaite de Saragosse, il évacue finalement Madrid face à l'arrivée imminente des Coalisées. Le 28 Septembre suivant, Charles II entre dans la capitale. Lui qui rêvait d'un accueil triomphal de la population ne rencontre aucune acclamation et aucune foule tellement Madrid lui était hostile et tellement la ville avait été évacuée. Étonné, Charles II s'exclamera : « Mais cette cité est déserte ! ». Et il avait raison.

Louis XIV décida de porter secours à son petit-fils Philippe V et envoya le maréchal Louis Joseph de Vendôme avec 20 000 hommes en Espagne. Alors que le maréchal de Vendôme faisait route vers Madrid, cette dernière était abandonnée par Charles II qui, incapable d'asseoir son autorité sur Madrid et la Castille en colère, impuissant face aux maladies et infections de son armée blessée, et de mettre la main sur l'armée vaincue de Philippe V, quitte la capitale pour la Catalogne au début de l'hiver 1710. Il organise la retraite avant de partir : 2 000 hommes restent dans la capitale, tandis que le reste de l'armée est divisé en deux corps. Un corps de 12 000 hommes commandé par le général autrichien Guido Wald Rüdiger qui part vers la Catalogne, suivi vingt-quatre heures après d'un autre corps composé quand à lui de 5 000 hommes et commandé par le général anglais James Stanhope.

Le 8 Décembre 1710, le maréchal de Vendôme ayant appris le mouvement coalisé de retraite vers la Catalogne, l'armée française change de direction et va s'attaquer avec ses 20 000 hommes aux 5 000 hommes du deuxième corps du général Stanhope. Ce dernier, réfugié à Brihuega, se rend finalement au maréchal de Vendôme après une vaillante résistance.
Apprenant la défaite de Stanhope et le retournement de situation effectué par le maréchal de Vendôme, et se rendant compte que ce dernier avait réussi à mettre en place la tactique des « fronts renversés », le général Rüdiger fit rebrousser chemin à ses 12 000 hommes.

La bataille de Villaviciosa
La bataille de Villaviciosa
par Jean Alaux (1836), Château de Versailles.

Le 10 Décembre 1710, soit deux jours après la bataille de Brihuega, l'armée française rencontre l'armée autrichienne à Villaviciosa. Après un affrontement de plusieurs heures, les deux camps perdirent le même nombre d'hommes (3 000 hommes dans chaque camp environ) et le général Rüdiger ordonna la retraite sur Barcelone. Exténués de fatigue, sans cesse harcelés par la guérilla espagnole, touchés par les maladies, le corps d'armée de Rüdiger arriva à Barcelone en Janvier 1711 en très mauvais état avec 6 000 hommes (soit moitié moins que le nombre de troupes qu'il possédait en partant de Madrid).

Grâce à l'intervention française, Philippe V retourna à Madrid, où, il fut acclamé triomphalement. Le maréchal de Vendôme avait sauvé sa couronne.

En Avril 1711, Joseph Ier (fils de Léopold Ier qui avait succédé à son père sur le trône autrichien en 1705) mourut. Charles (son frère) prétendant à la couronne espagnole, devint Empereur germanique. Les Provinces-Unies et l'Angleterre ayant acceptées de participer à la guerre pour lutter contre l'hégémonie française, ne veulent pas d'une montée en puissance de l'hégémonie germanique. Ainsi, à la fin de l'année 1711, les belligérants se réunissent une seconde fois pour mettre fin au conflit.

Le désastre coalisé

Malgré les pourparlers, les combats continuèrent. Dans les Flandres, la bataille de Malplaquet avait compromis l'invasion du Nord de la France par les Coalisés et il restait une lueur d'espoir malgré que ces derniers possédaient toutes les places fortes des Pays-Bas espagnols. De même, les Anglais ont rembarqués toutes leurs troupes et ne possède plus une force armée sur le continent européen.

Mais au début 1712, l'armée coalisée refait des siennes. Le général Eugène-Maurice de Savoie-Carignan suggère une nouvelle fois d'attaquer la France. L'offensive est relancée. Denain est prise en Mai, Le Quesnoy en Juin.

Le maréchal de Villars, qui s'est vu confié une nouvelle fois le commandement d'une armée, entame une campagne militaire sauvage, déterminé à mettre un terme aux velléités coalisées dans le Nord de la France. Il bloque les ponts et marche sur Landrecies, où il trouve le général Eugène-Maurice de Savoie et son armée. En infériorité numérique, le général coalisé rappelle les troupes qu'il a laissées à Denain pour faire face à l'armée française à Landrecies. C'était un piège. Denain étant dégarnie, les Français se retournent et attaquent la ville de Denain, occupée par une petite garnison.

Repoussés de toute part, les troupes coalisées subissent les offensives françaises, le général Eugène-Maurice de Savoie ne se rendant compte que trop tard qu'il était tombé dans le piège français. Près de 8 000 soldats de la Coalition tombent au siège de Denain le 24 Juillet 1712.

Le front se stabilise pendant un an. En Octobre 1713, l'armée française traverse le Rhin et s'empare de la ville de Fribourg. En Décembre 1713, le maréchal français de Villars et le général coalisé Eugène-Maurice de Savoie se rencontrèrent au château de Rastadt pour préparer un projet de paix.


La rencontre de Villars et d'Eugène de Savoie
Gravure issue de l'ouvrage Histoire de France, par François Guizot.

Le Traité d'Utrecht, ou la hache de guerre enterrée

Rassemblés à Utrecht depuis 1712, les diplomates des principaux belligérants ne réussirent à trouver un point d'accord qu'après l'écrasante victoire française de Denain.

Un premier traité est signé en Avril 1713 entre la France et l'Angleterre (qui s'était retirée de la guerre dès 1711) et un second traité fut signé entre l'Espagne et l'Angleterre en Juillet de la même année.

Dans ces deux traités, l'Espagne fut sacrifiée. Cause de la guerre avec la folie de la démesure de Louis XIV, elle connut 13 ans de durs moments qui se soldèrent par un sacrifice de la nation espagnole.

En effet, l'Autriche récupéra les Pays Bas espagnols, le duché de Milan, le royaume de Naples et la Sardaigne ; le duché de Savoie, par contre, récupéra la Sicile ainsi que quelques territoires dans les Alpes (peu de temps après, l'Autriche échangea la Sardaigne contre la Sicile avec le duc de Savoie). Enfin, l'Angleterre récupéra Gibraltar et Minorque (mais l'Espagne conserva Majorque). En contrepartie, Philippe V fut reconnu comme roi d'Espagne, et ce dernier renonça à ses droits sur la couronne de France.

Les Habsbourg renoncèrent alors à leurs droits au trône d'Espagne. Les électeurs de Cologne et de Brandebourg, alliés à Louis XIV et privés de leurs territoires lors de la guerre, retrouvèrent leurs États. Louis XIV, quant à lui, fut contraint de rendre Fribourg, Brisach et Kehl, cités dont les Français s'étaient emparés lors du conflit. Le roi soleil devait en outre démolir les fortifications de Dunkerque, et cesser de soutenir Jacques III, prétendant Stuart à la couronne d'Angleterre. Enfin, le roi de France dut abandonner l'Acadie et l'île Saint Christophe aux Anglais, consacrant un peu plus leur domination sur le nouveau monde. Toutefois, Louis XIV récupéra la vallée de l'Ubaye, dans les Alpes, en échange de la vallée de Suse. Le traité d'Utrecht, bien que consacrant la victoire de la Grande Alliance, n'entraîna pas les mêmes conséquences dans tous les pays de la coalition.

En effet, si l'Angleterre sortait grand vainqueur de l'affrontement, les Provinces Unies sortaient ruinées de la guerre, concurrencées commercialement par la France et la Grande Bretagne. L'Autriche, quant à elle, remportait plusieurs territoires, mais dut faire face à la montée en puissance du duché de Prusse, érigé en royaume par Frédéric Ier, en échange de son soutien à l'Empereur germanique Léopold Ier (à noter que le souverain prussien était aussi margrave de Brandebourg sous le nom de Frédéric III).

Enfin, le duché de Savoie, récupérant la Sicile, parvint à prendre son autonomie vis-à-vis de la France, agissant comme une grande puissance européenne.

Côté français, le traité d'Utrecht n'était pas une réussite, mais il n'était pas non plus un désastre. En effet, Louis XIV restait à la tête de la plus puissante armée européenne, et les frontières de la France, comme celle de son Empire colonial, étaient préservées.

À noter qu'un dernier événement mit fin à la guerre de succession d'Espagne : la prise de Barcelone par les armées de Philippe V en septembre 1714.

  • Kreuzberg Ancien membre d'HistoriaGames