Critique ciné : Trois films historiques du début d'année (avec spoil)

Roi d'Albanie
Thématique
Seconde Guerre mondiale, Guerre du Vietnam, Guerre d'Afghanistan
13 février
2018

Le début de l’année 2018 s’avère riche pour l’Histoire d’un point de vue cinématographique. Après la critique de la camarade Akialam sur Le Retour du Héros, film très attendu avec Jean Dujardin, retrouvez dans les lignes qui suivent trois mini critiques concernant Les Heures Sombres, Pentagon Papers et Horse Soldiers. Autant vous dire qu’il y a du bon et du moins bon dans le lot. Prêts ? C’est parti !

Les Heures sombres : percutant et efficace

La première chose qui frappe à propos de ce film, c’est Gary Oldman, rendu totalement méconnaissable et maquillé comme jamais pour se transformer en un Prime Minister Churchill des plus bluffants ! La prouesse est remarquable et il faut au moins autant saluer l’acteur pour sa prestation que l’équipe responsable du maquillage qui a effectué là un travail titanesque.

Si Oldman est plutôt convaincant dans le rôle de Winston Churchill, il lui manque cependant un petit quelque chose, notamment au niveau de l’élocution et du flegme si particulier du British Bulldog, pour signer une prestation parfaite. On sent toutefois que l’acteur s’est beaucoup impliqué et entrainé pour s’approprier ce personnage si particulier de notre Histoire et sa performance reste donc dans l’ensemble très réussie. Mention spéciale également à Kristin Scott Thomas qui réalise elle aussi une grosse performance dans le rôle de l’épouse de Winston, Clémentine Churchill.

Pour ce qui est du film, il présente le contexte politiquement troublé de l’Angleterre en ce début de Seconde Guerre mondiale, ainsi que les querelles internes relatives à la succession de Neville Chamberlain, alors en disgrâce totale en raison de la politique d’apaisement qu’il a prôné vis-à-vis de l’Allemagne nazie, des années durant. Deux hommes s’affrontent pour récupérer le fardeau : Edward Frederick Lindley Wood, comte d’Halifax et Winston Churchill. Si les conservateurs, ainsi que le roi Georges VI préfèreraient largement Halifax, l’opposition travailliste dirigée par Clément Attlee exige la nomination de Churchill.

S’engage alors un bras de fer entre les soutiens de Churchill, dans un premier temps assez rare, et ses opposants, qui n’hésitent pas à le discréditer et à l’attaquer durement en raison de ses échecs du passé, comme l’opération ratée dans les Dardanelles et à Gallipoli durant la Première Guerre mondiale.

Tout l’intérêt du film se concentre alors dans les relations qu’entretient Churchill avec son entourage. Dans un premier temps totalement dépassé et refusant de prendre conscience de l’effondrement de la France face aux nouvelles tactiques de guerre éclair allemande, le premier ministre fraîchement nommé va prôner la poursuite de la guerre contre l’ogre nazi, « if necessary alone ».

Une scène mettant face à face Churchill et Daladier permet d’ailleurs de saisir la totale méconnaissance de Churchill face au désastre imminent, puisque dans un français très approximatif, ce dernier exhorte ses alliés à contrattaquer et demande au président du conseil français quel est le plan tandis que Daladier, sans doute plus au fait de la situation militaire, répond fatidiquement : « C’est terminé. Il n’y a pas de plan. Nous sommes battus. »

Face au découragement ambiant, Churchill ne baisse pour autant pas les bras et il va représenter cette ligne dure et jusqu’auboutiste face à une classe politique qui souhaite alors, même au sein de son propre parti, signer la paix avec Hitler.

La première des manifestations de cette détermination s’observe alors dans la mise en place de l’opération Dynamo. Dès lors, d’une simple opposition Halifax/Churchill, on déborde vers un affrontement entre les partisans de la poursuite de la guerre et ceux qui estiment qu’il faut mieux arrêter les frais et accepter les « conditions généreuses » d’Hitler.

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Tantôt résolu et déterminé, tantôt hésitant, Churchill apparait comme un personnage fragile sur les épaules duquel s’abat tout le poids du monde en ces heures sombres. Il est dès lors appréciable de voir que le film n’en fait pas une sorte de super-héros, mais bel et bien un être humain, dans toute son imperfection.

La suite de l’Histoire, on la connaît. Le Prime Minister va s’appuyer sur son énorme popularité auprès des Britanniques, ainsi que sur un soutien tardif, mais bien réel du roi Georges VI pour continuer la lutte jusqu’à la victoire finale, et ce quel qu’en soit le prix. Malgré quelques frémissements et quelques hésitations, le film parvient à saisir et à nous délivrer toute l’ambiguïté d’un personnage tel que Churchill à ce moment critique de l’Histoire. Et rien que pour cela, il mérite le coup d’être vu.

Contre vents et marée, Churchill est prêt à tout pour obtenir du soutien dans sa lutte face aux Allemands. En témoigne cette conversation téléphonique surréaliste avec le président américain Franklin D. Roosevelt, relatée dans le livre dont s’inspire le film, et au cours de laquelle Churchill négocie le dépôt d’avions P-40 à proximité de la frontière canadienne afin de contourner les dispositions du Neutrality Act américain.

Au final, malgré une vision très anglaise des évènements, ce à quoi on pouvait logiquement s’attendre, et quelques scènes tirant un poil trop sur la corde du sentimentalisme exacerbé, Les Heures Sombres reste un film poignant et efficace qui devrait sans nul doute plaire aux amateurs d’Histoire. Je recommande chaudement !

Pentagon Papers : Spielberg au top !

Très attendu, le nouveau film de Steven Spielberg, Pentagon Papers n’a pas déçu ! Inutile de maintenir le suspens plus longtemps : c’est une réussite ! Présentant le scandale éponyme dit du « Pentagon Papers », le film revient sur cet épisode complexe à cerner de l’Histoire des Etats-Unis d’Amérique. Bien moins connu que le scandale du Watergate, le scandale du Pentagon Papers est pourtant le premier coup de boutoir qui a entrainé la chute du président Nixon, alors en exercice à l’époque.

Le film se propose donc de relater, sous un angle proche de celui d’une enquête en interne, la fuite organisée de documents secrets émanant du Pentagone et relatifs à la guerre au Vietnam dans la presse américaine de l’époque. Après une scène d’introduction pêchue qui nous offre du bon vieux rock US sous fond de patrouille militaire dans la jungle vietnamienne, le film revient très vite fixer son intrigue du côté des locaux du Washington Post. Non, Pentagon Papers n’est clairement pas un film de guerre, mais ce n’est pas grave du tout, rassurez-vous.

Le scénario repose donc sur les évènements qui ont mené à la fuite dans la presse d’un rapport de 47 volumes commandé par le secrétaire d’Etat à la Défense MacNamara, notamment en poste durant la président de Kennedy. Cette étude, voulue dans un but académique, a fait ressortir toutes les incohérences et la conduite catastrophique de la guerre au Vietnam par les différents gouvernements américains qui se sont succédés durant cette période.

Se rendant compte de la bombe à retardement que pourrait constituer un tel rapport à une époque où les Etats-Unis commencent à envisager le retrait, MacNamara renonce à le faire publier avant plusieurs dizaines d’années, mais c’est sans compter sur Daniel Ellsberg, employé de la RAND Corporation, qui travailla sur ce rapport. Ce dernier décide de le faire fuiter immédiatement, afin que les gens prennent conscience de l’énormité du mensonge émanant du pouvoir, et d’en transmettre une première partie au New York Times, alors principal quotidien de l’époque.

Problème, en publiant ce rapport, le Times s’attire les foudres de la Maison Blanche et Nixon réagit très brutalement à la publication de ces papiers, sensibles pour la sécurité nationale, mais également gênants vis-à-vis de l’implication de son administration dans cette mascarade. Poursuivi en justice, le journal reçoit donc l’injonction de ne plus publier jusqu’à la tenue du procès. Injonction qu’il va respecter, mais que le Washington Post va outrepasser. Comment l’histoire se termine-t-elle ? Eh bien il faut aller voir Pentagon Papers pour le savoir.

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Sachez seulement que le film dégage quelque chose de très sincère et de très authentique, mais aussi de très juste. Porté par un duo Meryl Streep/Tom Hanks jouant du feu de dieu, Pentagon Papers est une réussite présentant l’une des premières fuites majeures dans la presse et l’histoire de l’un des premiers lanceurs d’alertes de notre époque contemporaine.

Nombreux sont les questionnements et les débats soulevés par Spielberg à travers son œuvre, à commencer par la mission de contrepouvoir de la presse, et son degré de liberté dans un régime démocratique. Toutefois, là où Pentagon Papers est une réussite totale, c’est qu’il ne tombe pas dans le piège de se transformer en film naïf qui se contenterait de faire aveuglement l’apologie des lanceurs d’alertes, gentils opprimés contre les méchants gouvernements. Non. Le long métrage dont il est ici question se veut être bien plus subtil que cela, et il ne tombe pas dans le même piège que celui qui a pu être réalisé sur le cas Snowden.

Pentagon Papers évite tout écueil et va toujours plus loin dans son questionnement, devenant par là une véritable œuvre amenant à la réflexion et se demandant comment être un lanceur d’alerte responsable. Une dimension mise en avant très tôt dans le film, ce qui est tout à son honneur.

Ainsi, Pentagon Papers nous fait découvrir et prendre conscience qu’il ne suffit pas de balancer tout un ensemble de documents dans la presse pour être un héros des temps modernes, n’en déplaise à monsieur Snowden. Encore faut-il le faire correctement et de façon à ne pas menacer des vies inutilement en laissant fuiter des informations sensibles et dont la nature pourrait faire peser une menace sur des soldats ou des personnels civils déployés aux quatre coins du monde…

Une nuance importante que Spielberg a bien mise en avant et a bien rappelé dans son film. Bien vu de sa part, le produit fini n’en est que plus honnête et plus réussi. Envie d’aller le voir ? Foncez, c’est une tranche d’Histoire qui respire la justesse et l’authenticité.

Horse Soldiers : Hollywood, pour le meilleur... et surtout pour le pire !

Puisque j’en avais marre de parler de bons films, on va passer à du beaucoup moins bon. Horse Soldiers est un énième film de guerre hollywoodien présentant l’engagement américain en Afghanistan dans le contexte de l’immédiat après 11 septembre 2001, et qui choisit de s’attacher sur un fait d’arme pour le glorifier et le rendre totalement épique et spectaculaire sans la moindre justesse. Encore et toujours la même soupe réchauffée, et l’on va donc y retrouver encore et toujours les mêmes ingrédients.

Que dire ? Les mérites de l’Oncle Sam et de ses gentils envoyés de la paix en treillis qui combattent pour une cause juste et totalement légitime, vu que leur pays vient d’être frappé, y sont une fois de plus vantés dans un héroïsme qui n’est pas loin de donner envie de vomir, tant il est exacerbé à outrance. C’est donc Thor (Chris Hemsworth) qui est envoyé en première ligne à la tête de sa joyeuse section des forces spéciales pour « libérer » l’Afghanistan du joug des talibans (que les américains avaient soutenu à peine 30 ans plus tôt rappelons le…).

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L’intrigue repose sur un schéma assez simple et qui pourrait s’approcher de la loi du Talion : œil pour œil, dent pour dent. « Les méchants afghans nous ont attaqués, alors nous les gentils américains on va leur défoncer la tronche en retour. » Autant dire que ça vole plutôt haut.

Mais pour éviter le manichéisme trop flagrant, Horse Soldiers nous sort un sacré atout de sa manche : un gentil afghan. Pan, on l’avait pas vu venir, et c’est tout d’un coup l’originalité du scénario qui repart de l’avant et atteint des sommets pharaoniques…ou pas.

Pour tenter d’arrondir les angles, le capitaine américain collabore donc avec un chef de guerre afghan de l’alliance du Nord et ses troupes qui se battent à cheval… Bien tenté, mais le film reste toujours aussi grossier au final et ressemble à un très oubliable divertissement de grand spectacle et de propagande vantant les mérites de l’action américaine en Orient.

Une façon plutôt cool de justifier et de légitimer une politique étrangère catastrophique dans ce coin du globe à postériori, via un amoncellement répugnant de clichés, et avec une absence totale de recul et de prise de distance vis-à-vis d’évènements bien trop récents pour que l’on puisse en mesurer la totalité des conséquences.

Il faut croire que les Américains ont décidément bien du mal à retenir la leçon, après Rambo III, sorti en 1988, et qui faisait l’éloge de ceux qui, treize ans plus tard à peine, se sont retournés contre les Etats-Unis.

Au final ? Si vous aimez les grosses explosions, les scènes de combat, et que vous êtes capables de débrancher votre cerveau durant deux heures, allez voir Horse Soldiers. Vous passerez un bon moment, même si le film est très oubliable. Dans le cas contraire, mieux vaut l’éviter comme la peste en vue de préserver sa santé mentale.

  • Zog Chroniqueur, Historien, Testeur, Youtubeur
  • « Une Europe fédérée est indispensable à la sécurité et à la paix du monde libre. » par Jean Monnet en 1952