Récit

Époque moderneGuerre de Sept Ans

Raid sur Cherbourg et Bataille de Saint-Cast

Maréchal de l'Empire
Thématique
20 avril
2020

Toujours dans leur stratégie des « Navals Descents », les Britanniques tentent une nouvelle incursion en terres bretonnes deux mois après le dernier raid, à Saint-Malo. Il s'était soldé par un départ précipité des « red coats » mais aussi par la perte de centaines de navires français, brûlés dans le port de Saint Servan, en face de la place fortifiée de Saint-Malo.

Les raisons du raid sur Cherbourg sont identiques au précédent. Dans un souci de distraire les Français de la principauté du Hanovre et de soulager les Prussiens des attaques incessantes, les Anglais décident de lancer leur nouvelle expédition. La flotte est placée sous les ordres de Richard Howe. Il est accompagné par le prince Edward, Prince de Galles. Le lieutenant général William Bligh accepte de commander les troupes à terre après que de nombreux autres officiers aient décliné l'offre.

Raid sur Cherbourg et Bataille de Saint-Cast
Plan du raid britannique sur Cherbourg en 1758

Après les réparations et le réapprovisionnement nécessaires, la flotte britannique prend la mer le 5 août 1758.

Ils débarquent le 7 août 1758 dans une baie à l'Est de Cherbourg. Le 8 août au matin, les « red coats » se mettent en marche et pénètrent dans la ville en ayant fait face à une petite résistance.

Le port de commerce de Cherbourg, tout récemment construit, est détruit ainsi que 35 navires en son sein. Pour porter l'humiliation à son maximum, 22 canons sont capturés par les Anglais et embarqués sur leurs navires pour être dévoilés le jour de la parade à Londres.

Les Britanniques réembarquent sans problèmes et sans réelles pertes le 16 août 1758. William Pitt est satisfait de ces derniers raids malgré les réticences du Premier Ministre.

Portée par cette euphorie et ses récents succès, un nouveau raid est prévu dès septembre 1758.

La bataille de Saint-Cast

Le plan est de s'attaquer de nouveau à Saint-Malo et de capturer la ville, du fait de l'efficacité du raid de Cherbourg. La flotte prend la mer le 31 août 1758.

Bligh décide de faire débarquer ces troupes - s'élevant à 7-8000 hommes - à proximité du village de Saint Lunaire le 3 septembre 1758. Celui-ci se trouve à l'Est de Saint-Malo et est séparé par l'estuaire de la Rance. Malheureusement pour les Anglais, la Rance est difficilement praticable pour de tels navires.

Les quelques troupes ayant réussi à mettre les esquifs à l'eau constatent la présence de nombreux récifs et hauts-fonds rendant le projet de débarquement compromis à cet endroit.

Qui plus est, les batteries de Saint-Malo effectuent un feu nourri sur la flotte anglaise. Blight et Howe décident de se porter plus à l'ouest, à environ 15km pour trouver un nouveau mouillage permettant une reprise des opérations.

Toutefois, les mauvaises nouvelles continuent pour Blight. La distance entre la zone de débarquement est la ville de Saint-Malo est bien trop importante pour y apporter les canons et armes de siège. Soutenir un tel siège relève d'un défi logistique sans pareil. Le lieutenant-général constate que la prise de Saint-Malo est impossible.

Comme pour le raid de Rochefort, un vent fort se lève et empêche les troupes de monter à bord. Le commandant Howe est forcé de se déplacer vers le village de Cast où la plage y est suffisamment grande pour permettre aux troupes de réembarquer et de se mettre à l'abri du temps.

Blight, lui, ordonne aux troupes de lever le camp et de longer la côte vers Saint-Briac et le Guildo.

Saint-Cast-Le-Guildo est un village sur la rive Est de l'Arguenon, un cours d'eau local. Lorsque la marée est basse, il s'y forme naturellement un gué... passage indispensable pour les Anglais s'ils souhaitent rejoindre Saint-Cast.

Le 7 septembre 1758, les dragons britanniques qui formaient l'avant-garde rencontre M. de la Choue de la Metrie à proximité du Guildo. Ces derniers l'interrogent sur les conditions de passage du gué.

Après avoir faussé compagnie aux Anglais, il avertit M. Rioust des Villes-Audrains, par l'abbé Félin, du projet anglais de traverser le gué du Guildo le lendemain matin.

Rioust en avertit les hommes du village de Matignon : une centaine se rassemble spontanément avec des armes. Ils se positionnent sur la rive Est de l'Arguenon et accueillent les Anglais avec un feu nourri le matin du 8 septembre 1758.

Les troupes anglaises tentent de passer le gué mais les tirs sont importants : ils envisagent la présence de troupes françaises alors qu'ils n'ont en face qu'une centaine de villageois armés. Des pièces d'artillerie sont amenées. Mais l'opiniâtreté des Français permet d'empêcher les Britanniques de traverser l'Arguenon à marée basse et retarde leur mouvement vers Saint-Cast.

Raid sur Cherbourg et Bataille de Saint-CastEmmanuel Armand de Vignerot du Plessis, duc d'Aiguillon, Musée des beaux-arts d'Agen.

Le 9 septembre 1758, Blight se rend compte que les troupes qui lui tiennent tête ne sont qu'une milice et n'excèdent pas la centaine d'hommes. Ce n'est qu'à ce moment qu'il opte pour un passage en force.

Ce retard qu'accuse le général Blight le met dos au mur. Il apprend l'arrivée de troupes françaises commandée par le Duc de l'Aiguillon, Emmanuel-Armand de Vignerot du Plessis, commandant en chef en Bretagne. Néanmoins, Blight ne sait pas que son adversaire dispose de 10 000 hommes... épuisés par la marche forcée effectuée.

Blight opère alors la manœuvre suivante : lui et une partie de ses hommes se portent sur Matignon pour couvrir le reste des troupes qui se dirigent vers Saint-Cast afin de permettre un réembarquement.

Raid sur Cherbourg et Bataille de Saint-Cast
La bataille de Saint-Cast, gravure de Nicolas Ozanne.

Le 10 et 11 septembre 1758, des informations lui parviennent que l'arrivée des troupes du Duc est imminente et qu'il a tout intérêt à rejoindre la flotte, au risque de voir tout le corps expéditionnaire britannique anéanti.

Le 11 septembre au matin, les troupes britanniques se pressent sur la plage, tandis que le Duc de l'Aiguillon atteint la ville à 11h et se trouve à moins de quelques kilomètres des Anglais.

Des fantassins sont positionnés sur les crêtes des dunes et retiennent la progression française. Les esquifs de Lord Howe tentent de récupérer un maximum des soldats mais c'est la période des mortes eaux et ces derniers ne peuvent accéder suffisamment près.

Plusieurs canonnières sont dépêchées pour effectuer un tir de suppression facilitant l'embarcation des troupes anglaises. Vers 12h, deux colonnes d'attaques commandées respectivement par le général Morel d'Aubigny et le marquis Michel Armand de Broc - dans laquelle se trouve Rioust qui s'est porté volontaire - fondent sur la plage sous le feu ardent des Anglais.

Les combats sont rudes. La cavalerie française pénètre les rangs anglais, les hommes se battent à la baïonnette. Les Anglais tiennent bon, ils arrivent à repousser les assauts mais ne peuvent pas grand-chose. C'est l'arrière-garde britannique qui défend hardiment ses compatriotes.

Raid sur Cherbourg et Bataille de Saint-Cast
La bataille de Saint-Cast, vers 1850, huile sur toile d'Artus Despagne, exposée à la préfecture des Côtes d'Armor.

Entre 13h et 14h, tout est fini. La flotte commence à lever les voiles ne pouvant plus rien faire pour les malheureux restés sur la plage.

1200 « red coats » sont morts, tués au combat ou noyés. Dans les dunes, on observe un peu moins de 200 morts pour les Français. Pas moins de 750 Anglais ont déposés les armes et sont fait prisonniers.

Conséquences

Cette défaite met fin à la politique des descentes. D'une part, celle-ci ont un coût très onéreux (presque 1 million de livres à chaque fois). Le nombre de troupes et de navires engagés est impressionnant, mais pour Londres il est préférable de porter l'ensemble de ces efforts en Prusse voire en Amérique du Nord. L'objectif d'impacter le moral français est atteint. Entre 7 000 à 10 000 soldats ont été réquisitionnés pour la protection des côtes… allégeant un peu le front principal.

Ces attaques forcent la France à préparer un plan d'invasion de l'Angleterre mais la bataille du Lagos et de Quiberon (aussi connue sous la bataille des Cardinaux) vont avoir raison de ce projet.

  • HammerHammer Le petit Napoléon, Chroniqueur, Historien
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    "Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas." Napoléon Bonaparte