Récit

Époque contemporainePremière Guerre mondiale

Bataille de Coronel

Maréchal de l'Empire
18 février
2020
Bataille de CoronelMaximilian von Spee (1861-1914), Vizeadmiral allemand.

En 1912,  le comte Maximilian Von Spee est affecté à l'escadre d'Extrême-Orient de la Marine Impériale Allemande. Depuis la fin du XIXème siècle, les Allemands possèdent un comptoir à Tsingtao, dans la baie chinoise de Jiaozhou.

À l'aube de la Première Guerre mondiale, et avec l'entrée des Japonais dans la guerre en août 1914, Von Spee craint pour ses navires.

Par ce danger omniprésent de l'arrivée d'une flotte alliée sur lui, il décide de se porter sur les côtes d'Amérique du Sud après avoir étudié ses options. Nombreux sont les aficionados allemands au Chili qui peuvent lui assurer des vivres et du ravitaillement à son escadre. Celle-ci se compose de deux croiseurs-cuirassés de classe Scharnhorst, trois croiseurs légers, quelques canonnières/torpilleurs et un navire de ravitaillement. Les équipages allemands sont très bien entraînés et font une guerre de course depuis quelques mois.

La décision est prise, il va se porter sur les côtes Chiliennes, à Valparaiso.

Pour rejoindre son objectif, il traverse le Pacifique et tente deux raids. L'un sur les îles Samoa, occupées par les Britanniques, mais ne disposant pas des troupes nécessaires, il oublie l'idée d'une capture. Le second à Tahiti (lire l'article sur la Bataille de Papeete) se solde aussi par un échec. La ville est en feu par les tirs des canons allemands. Malgré le peu de force française, ces derniers arrivent à obstruer la passe pouvant permettre un débarquement d'un commando allemand. Spee, décide à nouveau de se retirer et de se porter pour de bon aux larges des côtes Chiliennes.

Néanmoins, avant son départ et ses raids infructueux, le vice-amiral Maximilan Von Spee envoie le SMS Emden dans l'océan Indien en diversion, pour prévenir de toutes attaques à son encontre.

Deux mois de navigation passent et il arrive le 12 octobre à l'île de Pâques, où il reçoit le soutien de deux croiseurs : le SMS Dresden qui avait tenté de passer le cap Horn (mais qui fut repoussé) et le SMS Leipzeig en provenance du Mexique.

L'affrontement

Bataille de CoronelChristopher Cradock (1862-1914), amiral britannique.

C'est le contre-amiral Christopher Cradock qui est dépêché pour venir contrer les avancées de Spee. Il est à la tête d'une escadre des Indes Occidentales de la Royal Navy. Néanmoins, au vu de la qualité de l'escadre allemande, Cradock demande du renfort à l'amirauté, laquelle lui répondra (et plus exactement Winston Churchill) de « temporiser » en attente de recevoir l'aide souhaitée, à savoir : des navires britanniques qui sont en route ou une escadre nippone.

L'escadre commandée par Cradock ne fait que peu le poids face aux navires de Spee. Elle est composée de deux croiseurs cuirassés : le HMS Good Hope et HMS Monmouth accompagné du croiseur HMS Glasgow et d'un paquebot armé rapidement, le HMS Otranto. Ce dernier n'a pas de réelle valeur. De plus, les équipages anglais sont issus de la réserve. Seulement un navire est moderne, le croiseur HMS Glasgow.

Le 31 octobre 1914, Cradock pense pouvoir intercepter le SMS Leipzig venant du Mexique. Il met en branle ses navires et se porte au large des côtes chiliennes, non loin du port de Coronel. Celui-ci décide d'aller à leur rencontre en longeant les côtes chiliennes en descendant du Nord vers le Sud. Toutefois, l'arrivée des navires anglais est transmise auprès de l'amiral Spee. Ce dernier décide d'aller à la rencontre de l'escadre britannique.

Malgré une supériorité allemande, le contre-amiral anglais décide de ne pas battre en retraite. Auparavant, l'amiral Ernest Troubidg reçut des accusations pour ne pas avoir intercepté des navires allemands. Ce dernier fut traduit en cour martiale, bien qu'acquitté, cela suscita de nombreuses réflexions au sien de la Royal Navy. Voulant éviter un sort similaire au sien et pour ne pas subir d'humiliation par son état-major, il décide de mener le combat.

Le 1er novembre, à 16h20, les deux escadres sont en visuel l'une de l'autre mais la mer est agitée.

Bataille de CoronelMouvements des navires pendant la bataille de Coronel. Les navires britanniques sont représentés en rouge; Les navires allemands sont représentés en bleu.

Les Allemands arrivent par le Nord et longent la côte en ligne. Les Anglais arrivant par le Sud et se trouvent au large des côtes chiliennes avec l'avantage du Soleil. Celui-ci étant en train de tomber progressivement, les données télémétriques allemandes sont peu précises à cause de la lumière. Qui plus est, l'obscurité arrivant, les formes des navires de la marine impériale se découpent parfaitement le long de la côte. Le contre-amiral Cradock décide de former une ligne de bataille parallèle à celle du vice-amiral allemand.

Toutefois, Von Spee jouit d'un autre avantage, à savoir la rapidité de ses navires. Cradock semble vouloir engager le combat et les poursuit. Pendant deux heures, l'amiral allemand joue au jeu du chat et de la souris en restant à distance des tirs de la Royal Navy. Puis vers 18h30, la tendance va s'inverser.

C'est alors que le Soleil avoisine l'horizon. Ce sont désormais les navires de Cradock qui se découpent parfaitement au loin, comme des ombres chinoises, alors que les navires allemands sont plongés dans l'obscurité. Von Spee fait tomber la distance d'environ 5 à 6 000 mètres et fait feu.

Les tirs allemands sont précis et meurtriers. Les deux croiseurs cuirassés britanniques n'ont qu'une partie de leurs canons qui peuvent tirer, une partie étant indisponible car ils se trouvent sur des niveaux inférieurs et sont continuellement masqués/inondés par la mer démontée. En somme, c'est même l'ensemble de l'escadre britannique qui ne peut engager toutes ses pièces d'artillerie du fait de la houle.

Bataille de CoronelHMS Good Hope

Le SMS Scharnhorst engage le HMS Good Hope tandis que le SMS Gneiseau fait feu sur le HMS Monmouth et le SMS Dresden affronte le HMS Glasgow.

Les navires britanniques sont démunis, sujets à la mer qui leur donne de la gîte, les obus allemands qui perforent leurs blindages et leur incapacité à viser correctement leurs ennemis. 

Très vite, vers 19h / 19h30, les navires anglais ont été touchés de toutes parts. Les tourelles principales des deux croiseurs cuirassés ont été mis hors service ou fortement endommagées. Les marins travaillent d'arrache pied pour arrêter les incendies à bord. La mer est toujours déchaînée et l'obscurité tombe de plus en plus.

Toutes manœuvres de repli sont impensables. Les navires anglais sont trop lents et leur salut est de rejoindre la côte. Mais les Allemands se trouvent entre eux et restent toujours à bonne distance des gros calibres de la Royal Navy.

Bataille de CoronelThe SMS Scharnhorst during the naval battle at Coronel in 1914 par Claus Bergen (1885 - 1964) en 1914.

Soudain, à 19h30, un obus du SMS Schnarshort explose derrière l'une des cheminées du HMS Good Hope, touchant un magasin de munitions ou la salle des machines. En quelques minutes, le navire sombre emportant avec lui Cradock et la totalité de son équipage. Quelques minutes après le désastre du naviral amiral britannique, Spee fait cesser de tirer car la visibilité est médiocre.

Le HMS Glasgow et HMS Monmouth sont en proie aux flammes et aux avaries. Ils profitent de l'explosion du navire amiral pour fuir. Le HMS Glasgow propose le remorquage du HMS Monmouth mais celui-ci refuse pour éviter que ce navire moderne ne soit notamment capturé et lui offre la fuite.

En effet, vers 21h, le HMS Monmouth tente de rejoindre la côte malgré son état. Il tombe face au SMS Nuremberg qui vient d'arriver sur la zone. Les Britanniques refusent de se laisser capturer et n'abattent pas leur pavillon de guerre. À bout portant, le SMS Nuremberg tire. À l'image du Good Hope, le HMS Monmouth sombre sans laisser de survivants. Pas moins de 75 obus de 105 mm furent envoyée dans la structure du navire britannique.

Seuls le HMS Glasgow et le HMS Otranto (lui, a fui dès le début de la bataille) ont réussi à fuir vers les îles Malouines.

Bataille de Coronel
La flotte de Spee quittant Valparaíso le 3 novembre 1914 après la bataille de Coronel. Le Nürnberg est tout au fond, à la suite du Gneisenau et du Scharnhorst avec leurs quatre cheminées. Les navires plus proches de la berge appartiennent à la marine chilienne. U.S. Naval Historical Center Photograph.

Conséquences

L'escadre d'Extrême-Orient inquiète l'amirauté britannique depuis plusieurs mois. Mais voilà, ils viennent de réussir à vaincre la Royal Navy, invaincu depuis 102 ans. L'humiliation est totale alors que le comte Maximilian Von Spee est érigé en héros en Allemagne.

Néanmoins, rien ne fut totalement gagné. L'odeur de la vengeance se fit sentir, une autre bataille se profila à l'horizon : celle des Falklands.

  • HammerHammer Le petit Napoléon, Chroniqueur, Historien
  • "Ce qui ne me tue pas me rend plus fort." Alexandre III le Grand
    "Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas." Napoléon Bonaparte