Total War : Three Kingdoms

El Presidente
Thématique
Trois Royaumes
3 juin
2019
Info sur le jeu
Plateforme
  • PC Windows
  • Mac OS X
  • Linux
ÉditeurSEGA
DéveloppeurThe Creative Assembly
Date de sortieMai 2019

L'Histoire des Trois Royaumes est habituellement un sujet de prédilection pour les développeurs japonais, et plus particulièrement Koei. Ce dernier publie depuis près de trente ans les Romance of the Three Kingdoms et autre Dynasty Warrior, auxquels nous avons récemment consacré un article. Hormis cela, il existe quelques rares exemples de tentatives occidentales, comme le sympathique STR Three Kingdoms: Fate of the Dragon (2001), mais ceux-ci datent du début des années 2000.

Pourtant, cette période est extrêmement intéressante et possède son lot d'intrigues de cours, de personnages charismatiques et de batailles épiques qui en ferait une thématique parfaite pour la série des Total War... ou la saga des Assassin's Creed, soit dit en passant.

Cela fait maintenant plus de quatre ans, et la sortie de Attila, que je n'ai pas touché à un Total War. Autant dire que les retrouvailles avec la série étaient attendues, mais tout de même teintées d'appréhension suite au décevant Total War Saga : Thrones of Britannia et à l'annulation de Total War : Arena.

Au regard des avis des joueurs, des différents records (Pic de joueurs en 2019 sur Steam, Meilleur démarrage pour la série, plus d'un million de copies vendues sur la première semaine) et de l'enthousiasme des Chinois pour cet épisode, ce Total War : Three Kingdoms a tout d'une réussite. Après avoir testé les modes “Historique” et “Romance” durant plus de 70 heures de jeu, il est temps pour moi de livrer mon verdict.

Test de Total War : Three Kingdoms

Graphiquement correct, techniquement parfait

Tout d'abord, commençons par faire un point technique. Total War : Three Kingdoms a été testé sur le PC virtuel Shadow équipé d'une carte graphique NVIDIA GTX 1080. Et autant le dire, l'expérience fut des plus réjouissantes. Je n'avais pas eu la possibilité jusqu'à maintenant de jouer aux Total War précédents dans des conditions optimales, me limitant à des options graphiques moyennes pour éviter que mon PC rame et surchauffe. Cette fois-ci j'ai pu profiter des options Ultra et j'ai pu m'apercevoir que les graphismes du jeu étaient... finalement pas si exceptionnels que ce que j'escomptais.

En effet, Total War : Three Kingdoms est loin de nous mettre une claque graphique comme avait pu le faire Rome II en son temps. Certes, les unités sont un poil plus détaillées et la carte de campagne est plutôt jolie, mais on sent que le moteur du jeu commence à se faire vieux. Attention, c'est loin d'être moche, mais l'on pouvait s'attendre à mieux pour le retour de la série à une thématique historique. En outre, le jeu propose deux filtres visuels : “Historique” et “Romance”, qui ne font que modifier la saturation des couleurs.

Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three KingdomsRomance vs Historique

En contrepartie, ce moteur est parfaitement maîtrisé par Creative Assembly et permet au jeu d'être optimisé de bout en bout et d'afficher des milliers d'unités sans sourcilier. Même après 300 tours de campagne, le jeu reste fluide et les temps de chargement entre les tours sont tout à fait raisonnables. De plus, en 70 heures de jeu, je n'ai connu aucun retour impromptu sur Windows ou aucun bug venant bloquer ma partie. Les lancements des jeux de Creative Assembly sont souvent critiqués à juste titre. Ca ne pourra ici pas être le cas avec Three Kingdoms.

Le jeu propose tout de même de magnifiques artworks, que ça soit ceux des scénettes ou ceux illustrant les différents personnages les plus emblématiques de la période. On sent que les développeurs se sont inspirés de la série des Dynasty Warrior pour les réaliser.

Par contre, les personnages secondaires sont assez génériques et se ressemblent un peu trop. Il est aussi malheureux de constater que les personnages féminins le sont tout autant, mis à part la guerrière Zheng Jiang ou la sublime Sun Shangxiang (Sun Ren dans le jeu). Diaochan, considérée comme l'une des quatre beautés de la Chine antique, est présente mais sous une forme générique... Creative Assembly proposera-t-il des packs ajoutant de nouvelles illustrations ? Tel un bon pigeon, je serais personnellement le premier à les acheter...

Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three KingdomsLes illustrations des personnages principaux sont sublimes.

Quant à l'interface, même si elle semble lourde, car très stylisée, elle se révèle très pratique en fin de compte. On arrive facilement à avoir rapidement accès à la plupart des informations désirées. Les couleurs utilisées (jaune, rouge, violet, vert et bleu) sont particulièrement pratiques pour se retrouver entre les unités, les personnages, les réformes et les bâtiments.

Le menu du haut nous donne accès aux différentes fenêtres du jeu et permet d'avoir un contrôle total sur notre faction :

  • Cour : C'est là que vous pouvez gérer votre dynastie, ainsi que les postes et fonctions à assigner aux différents personnages. Vous pouvez aussi avoir un aperçu de l'arbre généalogique de votre famille. Je ne sais pas si c'est un bug, ou un coup de malchance, mais j'ai eu bien du mal à avoir des enfants. Par contre, beaucoup de mes personnages ont vécu au delà de 70 ans. Il y a peut-être des équilibrages à apporter sur ce point.
  • Diplomatie : On y reviendra plus tard, mais c'est ici que vous passerez une bonne partie de vos campagnes.
  • Réformes : Vous avez ici ce qui semble être un magnifique sakura qui n'attend qu'à fleurir. C'est via cet écran que vous promulguez des réformes (économique, agricole, industrielle, administrative et militaire). Chacune des nouvelles lois débloquées fleurissent l'arbre.
  • Réseau dissimulé : On y reviendra aussi plus tard dans le test, mais c'est via cet écran que vous gérez votre réseau d'espions.
  • Historique : Cela permet de revoir vos actions passées et vos progrès. Ce n'est pas l'écran le plus utile.
  • Trésorerie : Cela détaille - un peu - l'économie de votre faction. Personnellement, j'aurais aimé avoir beaucoup plus de détails, tellement il y a de paramètres et de statistiques à prendre en compte. Il manque dans cet écran des éléments, notamment ce qui concerne le commerce extérieur.
  • Conseil de faction : Une fois que des personnages seront assignés à divers postes de votre gouvernement, il pourront vous donner des missions basiques (construire un silos à grain, faire la paix avec une faction, lever une armée...) qui vous apporteront des bonus utiles durant quelques tours dès qu'elles sont résolues.
Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three Kingdoms
Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three KingdomsAperçu des différentes fenêtres du jeu.

Deux modes de jeux pour deux fois plus de plaisir ?

Comme son nom l'indique, le jeu nous plonge dans la période mouvementée des Trois Royaumes ou, tout du moins, avant la formation des royaumes de Shu, Wei et Wu. Nous vous conseillons la lecture de notre résumé historique ou de l'article de Djokaire pour en savoir plus à ce sujet.

Nous commençons en 190. La révolte des Turbans jaunes touche à sa fin. La dynastie des Han est sous l'emprise du tyran Dong Zhuo et la Chine est divisée entre plusieurs Seigneurs de guerre qui souhaitent tous s'emparer du trône impérial. Au début, vous avez le choix entre onze factions, chacune dirigée par un chef charismatique. Pour en savoir plus à leur sujet, un article leur est consacré sur notre site.

La faction de Dong Zhuo est débloquée seulement si vous le battez au cours de la campagne. SPOIL : pour ma part, celui-ci meurt soudainement au bout du onzième tour au cours des campagnes que j'ai effectué, facilitant ainsi son déblocage...

Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three KingdomsUne situation géopolitique différente pour au final une même campagne. Seul Dong Zhuo proposera quelque chose de différent.

Pour commencer en toute tranquillité, le jeu nous invite à prendre Cao Cao. Chaque leader est accompagné d'une description (son résumé, ses forces et faiblesses, ses unités et bâtiments exclusifs) et d'un niveau de difficulté pour la campagne. Cao Cao est celui qui propose la campagne la plus simple, ce qui est en effet le cas. A l'inverse, Dong Zhuo a celle-la plus compliquée (on commence en étant ennemi avec un grand nombre de factions).

Test de Total War : Three KingdomsDommage que cette différenciation ne soit fait uniquement que pour les batailles.

En plus de la faction, vous avez le choix entre deux modes de jeu : “Romance” et “Historique”. Personnellement, j'attendais beaucoup de cette différenciation, m'imaginant vivre des situations plus épiques et romanesques dans l'un, et plus réalistes et historiques dans l'autre. Malheureusement, cette différence se fait uniquement pour les combats. Quel que soit le mode, la campagne proposera le même cheminement et ne sera ni plus ni moins historique ou fantaisiste.

Et c'est là que l'on touche le principal défaut de ce Total War : Three Kingdoms. Au delà de ses nombreuses qualités, qui seront développées dans les paragraphes suivants, le jeu souffre d'un manque de renouvellement dans ses campagnes. Certes les situations géopolitiques sont différentes au début d'une nouvelle campagne avec un leader différent. Mais les factions ne sont pas assez différentes et au bout d'un certain nombre de tour, vous observerez une forme de redondance entre les campagnes que vous avez menées, la mission principale étant la même pour tous les Seigneurs de guerre.

De plus, le jeu était censé nous proposer un dilemme (ou un choix à faire) en début de partie, mais celui-ci n'est pas assez marquant pour différencier les parties que l'on fait avec une même faction.

Test de Total War : Three KingdomsVous pouvez suivre l'histoire ou vous en éloigner.

Dans un premier temps, votre objectif sera de vous faire de précieux alliés, de battre rapidement vos ennemis les plus proches et de gagner du prestige par le développement de vos villes ou en conquérant des territoires.

Au début, vous êtes un simple noble. En accumulant du prestige, vous passerez par différents stades : Second Marquis, Marquis, Duc, Roi et enfin Empereur. Dès que vous être Roi, deux royaumes vont se créer automatiquement en plus du vôtre, ce seront ceux de vos adversaires les plus puissants. Si vous ne les avez pas éliminés plus tôt, préférant - comme moi - les avoir pour alliés, ce seront souvent les mêmes personnes : Cao Cao, Sun Jian ou Liu Bei, soit les Royaumes de Wei, Wu ou Shu-Han.

Test de Total War : Three Kingdoms

Le but sera ensuite de prendre le contrôle des capitales des deux royaumes rivaux, puis de conquérir un certain nombre de territoires en plus. En fonction de votre manière de jouer, et du niveau de difficulté, cela pourra facilement vous prendre une quarantaine, voire une cinquantaine, d'heures.

On sait déjà que Creative Assembly travaille sur plusieurs DLCs. Ce seront apparemment des “Chapter Packs”. On imagine très bien que ceux-ci viendront apporter ces différenciations qui manquent tant pour le moment entre les campagnes, en ajoutant des intrigues propres à chaque faction, des défis et des objectifs différents.

En l'état, le seul plaisir que l'on ressent au lancement d'une nouvelle partie est celui d'essayer de nouvelles stratégies lors des combats, de nouvelles optimisations dans la gestion des commanderies, de nouvelles alliances et enfin de développer de nouveaux personnages. C'est déjà bien vous me direz. Mais au final, on vivra toujours la même campagne : gagner du prestige, battre les deux autres royaumes et devenir l'Empereur unique de la Chine.

Pour les besoins du test, je n'ai joué qu'avec le mode difficulté moyenne et avec Cao Cao pour la première partie et Gongsun Zan pour la seconde. Je n'ai pas eu des campagnes faciles, mais je n'ai pas pour autant rencontré de difficulté majeure et insurmontable.

Test de Total War : Three Kingdoms
Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three KingdomsC'est gagné !

Des batailles jouissives mais qui manquent de renouvellement

Un autre point qui m'a un peu chagriné concerne les batailles du mode “Historique”. Certes, on prend toujours du plaisir à observer les combats entre les différentes unités, à élaborer des tactiques et des stratégies pour éviter les pertes au maximum, à composer nos armées d'unités complémentaires... Mais, le déroulement des batailles et des sièges reste inchangé depuis le premier Shogun : Total War.

Les épisodes apportant des armes à feu ont pu nettement faire évoluer le gameplay, mais ceux se concentrant uniquement sur les attaques au corps à corps et les tirs d'archers, soit les Total War à thématique antique ou médiévale, n'ont pas évolué d'un iota. Les développeurs se reposent un peu trop sur leur acquis et devraient à mon sens faire évoluer cette partie du gameplay, ce qu'ils ont légèrement fait avec le mode “Romance”.

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Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three KingdomsPas d'évolution au niveau des batailles classiques. Cela reste tout de même toujours aussi fun..

Il y a tout de même des petites nouveautés appréciables. Ainsi, jusqu'à trois régiments peuvent être créés au sein d'une armée. Un régiment est composé de six unités et commandé par un héros choisi parmi les personnes disponibles dans votre cours. Plusieurs choses sont à prendre en compte, comme le fait que les unités au sein du régiment seront loyales à ce commandant. En conséquence, si ce dernier venait à mourir sur le champ de bataille, le régiment pourrait perdre du moral et être mis en déroute.

En développant ce commandant, vous allez déverrouiller des aptitudes et des compétences qui vont améliorer ses capacités au combat et offrir des bonus aux unités de son régiment. Il existe cinq types de personnages (reconnaissables à leur couleur) : Champion, Avant-garde, Stratège, Commandant et Sentinelle. Ils possèdent des caractéristiques (Expertise, Détermination, Ruse, Instinct et Autorité) et des équipements qui leur sont propres. Chaque classe possède des prédilections dans la composition de son armée. Ainsi, le Stratège offrira des bonus efficaces aux archers tandis que la Sentinelle préférera des combattants armés de lances.

Test de Total War : Three KingdomsLes archers font de gros dégâts.

Une autre chose importante à prendre en compte : les unités sont rattachées de manière permanente au régiment. Si elles sont détruites au cours d'un combat, elles vont être redéployées automatiquement, sans avoir besoin de les payer de nouveau. Si le commandant disparaît, il faudra alors le remplacer.

Enfin, une dernière donnée change beaucoup le cours des combats : l'expérience et le rang des unités. Il est important de garder vos régiments en état le plus longtemps possible et de les faire combattre régulièrement afin qu'ils montent en grade. Cela va les rendre encore plus efficaces durant les combats. Il m'est ainsi arrivé de me retrouver en nette infériorité numérique, mais grâce à des unités bien plus expérimentées, j'ai pu retourner des situations qui étaient initialement en ma défaveur. Au dixième rang, les unités peuvent être renommées. Manquant d'imagination, ce n'est pas une option que j'ai utilisée, mais ça a le mérite d'exister.

Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three KingdomsRemporter de grosses batailles procure un sentiment de fierté.

Pour composer vos armées justement, vous n'avez plus besoin de construire des bâtiments spécifiques dans vos commanderies, contrairement aux épisodes précédents de la série. La plupart des unités de base (des milices et des paysans surtout) sont déjà disponibles au début. D'autres, plus puissantes devront être débloquées par les réformes.

Personnellement, j'apprécie cette modification, car cela permet d'avoir plus de liberté dans le développement de nos commanderies, nous permettant de les spécialiser plus efficacement dans un ou deux types de revenus. Pour d'autres, comme Zog, on perd un peu dans le réalisme. Il est vrai que désormais, on peut construire des trébuchets partout. On n'est plus limité à la ville où aurait dû se trouver un atelier d'artillerie dédié à cette tâche comme c'était le cas dans Napoleon : Total War.

Test de Total War : Three KingdomsMes trébuchets postés au loin anéantissent des unités entières en marche.

Alors que l'expérience du mode “Historique” est davantage centrée sur les unités avec une importance particulière donnée à la gestion de la fatigue et avec des commandants rattachés à des gardes du corps, le mode “Romance” propose pour sa part une alternative plus fantaisiste et épique.

Dans ce mode, vos commandants vont prendre une ampleur conséquente. Désormais, ils s'élancent dans la bataille en tant que guerriers singuliers à la puissance dévastatrice, capables, seuls, de faire face à une unité entière. Vous pouvez les faire combattre à cheval ou à pied (il suffit d'appuyer sur un bouton au cours de la bataille pour démonter). De plus, les généraux pourront se combattre entre eux dans des duels, qu'il est possible de refuser si vous ne sentez pas vos héros capables de résister. Tuer ou faire fuir un héros ennemi  abaissera le moral de son régiment de façon conséquente.

Test de Total War : Three KingdomsZheng Jiang entourée de centaine de soldats. Son combat fut héroïque, mais elle trouva la mort.

Cela change radicalement la manière dont se déroulent les combats. Vous avez d'un côté un mode classique qui n'a pas beaucoup évolué depuis Shogun, premier du nom, et ce nouveau mode jouissif à la Dynasty Warrior qui rend les combats épiques.

Avec ce mode, on s'attache davantage à nos différents héros, même si prendre des risques est parfois nécessaire pour protéger vos régiments qui combattent autour. Le héros pourra leur accorder des bonus, ou bien donner des malus aux unités adverses en fonction des compétences que vous avez choisies lorsqu'ils évoluent (vous aurez un point de compétence à attribuer à chaque passage de niveau).

Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three Kingdoms

Enfin, Three Kingdoms apporte une dimension RPG avec la possibilité d'équiper vos héros d'armes, d'armures, de chevaux, de partisans et d'accessoires qui apportent divers bonus forts intéressants.

Ces équipements, appelés auxiliaires, peuvent être récupérés sur le corps des héros ennemis à l'issue d'une bataille ou obtenus avec un peu de chance à la fin d'un tour. Certains bâtiments spéciaux et rares vous permettent de gagner des items légendaires, mais il faut les conquérir pour cela.

Test de Total War : Three KingdomsVous pouvez récupérer l'épée de Cao Cao en le vainquant.

Une gestion poussée des commanderies

L'un des points que j'ai toujours apprécié dans les Total War est celui de pouvoir gérer un territoire de plus en plus vaste et de faire attention à plusieurs paramètres pour éviter la faillite et la révolte. Three Kingdoms rend cette phase de gameplay au tour par tour encore plus convaincante et intéressante qu'auparavant. C'est à la fois simple à comprendre mais suffisamment complexe pour nous faire cogiter.

Le territoire de la Chine est à 90% terrestre. Le reste se compose de montagnes et de grands fleuves pouvant servir de frontières naturelles efficaces. Il y a aussi la Mer de Chine, mais comme le jeu ne propose pas de batailles navales (ce qui n'est pas plus mal), son intérêt est réduit à néant, mis à part pour la pêche.

Cette Chine pour laquelle on se bat est divisée en de multiples commanderies. Celles-ci se composent d'une capitale où seront construits les bâtiments. En plus de la capitale, vous avez jusqu'à trois comtés prédéfinis à développer : mine, domaine d'élevage, ferme agricole, port... qui sont d'une grande importance, car ils représentent le revenu principal des commanderies : agriculture, industrie et commerce. Certains d'entre eux produisent des ressources utiles pour les échanges commerciaux avec les autres factions (fer, jade, sel, soie, épice...).

Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three Kingdoms
Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three KingdomsChaque commanderie demandera à être optimisée afin d'en tirer le meilleur.

Ainsi, une mine va vous apporter du revenu industriel. Pour améliorer ce revenu, il sera alors intéressant de développer dans la capitale de la commanderie des bâtiments industriels qui apportent des bonus. Des réformes améliorent aussi ces différents revenus. Il vous sera alors nécessaire de spécialiser vos commanderies pour en maximiser les revenus.

Par exemple, avec Cao Cao, il est intéressant au vu de ses bâtiments spécifiques et de sa situation géographique de faire le choix de se spécialiser dans l'agriculture et dans le revenu que peuvent apporter les paysans.

Plus la cité évolue (ce qui apporte du prestige), plus vous débloquerez d'emplacements de construction. Vous aurez aussi une population de plus en plus élevée avec les problèmes que cela comporte : opinion publique, corruption et nourriture.

L'opinion publique fonctionne de la même façon que dans les Total War précédents. Si elle tombe à -100, vous aurez une révolte de gilets... de Turbans Jaunes sur le dos. Vous allez passer beaucoup de temps à trouver les solutions pour gérer au mieux le bien être de vos citoyens, quitte à les exempter de taxes durant un ou deux tours ou à diminuer le niveau d'une cité pour revenir à une population plus facilement contrôlable. D'ailleurs, durant vos conquêtes, il est parfois plus intéressant de conquérir et de piller des cités (afin d'abaisser leur niveau), plutôt que seulement les conquérir et devoir gérer un peuple en grand nombre et à fort caractère. Des bâtiments seront là pour apporter du bonheur au peuple comme des temples ou des bâtiments de stockage de ressources.

Test de Total War : Three KingdomsAh Shit, Here We Go Again...

L'argent récolté grâce aux différents revenus sera utile pour le développement de vos commanderies et pour l'entretien de votre armée. À partir du milieu de la campagne, la corruption viendra altérer ces précieuses ressources et elle vous posera beaucoup de soucis. Des auxiliaires, des réformes ou des bâtiments pourront la limiter, mais vous ne pourrez pas l'éliminer complètement. Aussi, n'attendez pas que le mal s'installe dans votre pays. Combattez-le dès les premiers signes, au risque d'avoir à souffrir de quelques déconvenues alors que vous devrez livrer la guerre sur plusieurs fronts.

Enfin, il y a la nourriture. Il vous faudra absolument dédier des commanderies à la production exclusive de nourriture. En plus de maintenir la population en bonne santé, elle permet surtout de ravitailler vos armées et de reconstituer rapidement vos régiments à la suite d'une rude bataille. Sans nourriture, les soldats désertent vos régiments tour après tour.

Test de Total War : Three KingdomsMaintenir de grosses armées coûte cher.

Une diplomatie et un système d'espionnage des plus intéressants

Une autre fonctionnalité de Three Kingdoms a été améliorée par rapport aux précédents Total War : la diplomatie. Chaque action et chaque décision a des conséquences positives ou négatives sur les factions qui vous entourent. Se faire des amis peut être simple au début, mais maintenir cette amitié par la suite relève de l'exploit.

Plusieurs options sont possibles pour tenter d'améliorer les relations diplomatiques avec les autres factions. L'argent et la nourriture seront d'ailleurs très utiles lors des discussions. Si vous avez en face de vous une faction très pauvre en nourriture, il serait intéressant de lui en proposer contre rémunération. Il est aussi possible de donner des auxiliaires ou d'échanger - enfin ! - des territoires.

Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three KingdomsÊtre entouré d'amis, c'est bien. Mais, la situation peut vite dégénérer.

Ce qui est intéressant, c'est que l'IA ne proposera jamais des choses aberrantes et qui dépassent l'entendement. Bien au contraire, tout est calculé pour que les négociations soient le plus équitables possible en fonction des situations et du rapport de force. Ainsi, une petite faction acceptera plus facilement de devenir votre vassal, encore plus si vous l'avez dominée durant une guerre.

L'amitié entre personnages est également importante. En début de campagne, Gongsun Zan et Liu Bei sont amis. Il est donc facile pour les deux belligérants de faire une coalition ou de tisser une alliance.

Test de Total War : Three Kingdoms
Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three Kingdoms

Par ailleurs, après une bataille, il est possible de capturer des héros ennemis. Vous avez alors plusieurs choix possibles : les recruter, les tuer ou les libérer. Des personnages apprécieront un choix, alors que d'autres non. On doit peser le pour et le contre à chaque fois, même quand il est tentant de régler son compte une bonne fois pour toutes à une nation. Enfin, attaquer une faction avec laquelle vous avez un traité vous apportera un important malus dans vos relations diplomatiques.

Le seul problème à soulever ici,  c'est que les factions sont liées au nom des personnages. Or, comme ceux-ci changent beaucoup, on peut facilement s'y perdre.

Test de Total War : Three Kingdoms

Au niveau des agents, les moines, prêtres et autres assassins ont tous disparu dans Three Kingdoms. C'est un mal pour un bien. À la place, vous aurez la possibilité, en fonction de votre statut, de choisir un héros au sein de votre cours et de l'envoyer directement vers une faction. Alliée, neutre ou ennemie... peu importe, l'agent double devra tenter de se faire recruter par la faction choisie pour devenir par exemple administrateur d'une commanderie ou commandant d'un régiment.

Ensuite, vous aurez un grand nombre d'actions possibles pour mettre des bâtons dans les roues de vos adversaires. Faire en sorte, par exemple, d'abaisser l'influence commerciale d'une faction, d'interdire à une armée d'être ravitaillée ou encore de voler un auxiliaire... Les possibilités sont nombreuses et variées.

Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three Kingdoms
Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three KingdomsUn système d'espionnage complet.

Personnellement, je n'ai pas ressenti le besoin d'utiliser à outrance cette fonctionnalité, mais elle a au moins le mérite d'exister et d'être suffisamment complète. Le problème, c'est qu'on peut oublier où se trouve notre espion jusqu'au moment où l'on tombe sur l'armée qu'il commande... et qu'il fait partie des hommes tombés au combat (ça m'est arrivé... RIP Yin Song). De plus, je n'ai pas eu l'impression que l'IA utilisait fréquemment cette fonctionnalité. Cela veut peut-être dire que je n'ai pas découvert leurs espions ? Il y a de quoi devenir parano !

Test de Total War : Three Kingdoms  Test de Total War : Three KingdomsTotal War : Three Kingdoms proposent des six batailles historiques, dont la célèbre bataille de la Falaise rouge.
8.5
Total War : Three Kingdoms

Un épisode parfaitement maîtrisé
Même si le jeu offre une rejouabilité moyenne et des combats classiques et peu inspirés, Three Kingdoms n'en demeure pas moins l'un des meilleurs épisodes de la série des Total War. Cela s'explique par une maîtrise totale de ses grandes fonctionnalités : gestion des commanderies et des armées, diplomatie, espionnage en tête. Par ailleurs, le mode “Romance” est une excellente idée, même si les modifications qu'il apporte ne concernent que les combats.
Intérêt historique :Total War : Three Kingdoms respecte totalement l'oeuvre et l'histoire originale. La plupart des personnages répondent présent. L'ambiance est retranscrite de manière magistrale. On s'y croirait vraiment !
  • +Enfin un excellent jeu sur les Trois Royaumes
  • +Des fonctionnalités (diplomatie, gestion du royaume, espionnage) parfaitement maîtrisées
  • +Des batailles en mode “Romance” épiques
  • +Illustrations magnifiques des principaux personnages
  • +Techniquement parfait, version propre à sa sortie
  • +Ambiance géniale, surtout quand on joue en mandarin
  • -Rejouabilité en deçà
  • -Des combats en mode “Historique” manquant d’audace
  • -Peut mieux faire graphiquement
  • -Moults DLCs il y aura
7
Graphismes

Loin d'être moche, les graphismes de cet épisode sont tout juste corrects. Three Kingdoms propose tout de même de magnifiques illustrations.

9
Technique

Les graphismes ne sont peut-être pas fantastiques, mais au moins le moteur est au niveau. L'expérience est fluide du début à la fin et les temps de chargement sont tout à fait raisonnables pour un jeu du genre. En outre, il n'y a pas besoin d'un PC de la NASA pour en profiter.

9
Jouabilité

Le jeu est simple à comprendre mais difficile à maîtriser. Il y a beaucoup de données à prendre en compte durant votre partie. Pour cela, le code couleur utilisé par le jeu nous facilite bien la vie.


8
Durée de vie

Cela fait longtemps que je n'avais pas passé des soirées sur un jeu, préférant plutôt les passer sur Netflix... Three Kingdoms vous offrira de très nombreuses heures de jeu. J'en suis déjà à plus de 70 pour seulement deux factions jouées. Cependant, les factions ne proposent pas des aventures uniques qui permettraient d'offrir une rejouabilité convaincante.

10
Ambiance

Pour apprécier à sa juste valeur le jeu, il faut y jouer en mandarin. Et heureusement, Total War : Three Kingdoms nous en donne la possibilité. La musique est quant à elle parfaitement dans le ton.

6
Scénario

Il aurait été intéressant dès le départ de proposer des scénarios uniques pour chacune des factions. Malheureusement, il faudra attendre les DLCs. Le jeu se résume à battre nos adversaires pour devenir empereur de la Chine. Il y a tout de même six batailles historiques que l’on peut jouer.


  • Aymdef El Présidente, Rédacteur en chef, Testeur, Chroniqueur, Historien Email | Twitter
  • "L'objet de la guerre n'est pas de mourir pour son pays, mais de faire en sorte que le salaud d'en face meure pour le sien." George S. Patton