La conquête du Nord par Louis XIV

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16 mai
2016
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Période historique Époque moderne
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Avant d'être le pays des frites fricadelles, de la bière, de film drôle ou de comique à grandes oreilles, c'est surtout une région au bagage historique très chargé. De l'empire romain aux guerres mondiales, en passant par la guerre de cent ans, les guerres de Louis XIV et bien d'autres, tout ces faits ont façonné la région, et marqué, plus ou moins, la grande Histoire de France.

Avant d'être français, les biloutes, les ch'tis et aujourd'hui les hautistes, nous étions en terre espagnole, sì. Le Nord est officiellement français depuis le traité d'Utrecht en 1713

Sa conquête a été faite par le Roi Soleil au cours de plusieurs guerres selon l'idée royale que cette terre était son héritage. La guerre de succession d'Espagne mettra un terme aux expansions nordistes du Grand Roi et figera la frontière.

Carte des conquêtes de Louis XIV en FranceCarte des conquêtes de Louis XIV en France

Les Pays Bas Espagnols : une source de convoitise 

Tout commence sous Louis XIII. Voulant affirmer la puissance des Bourbon en Europe, la France rentre en guerre en 1635, aux cotés des protestants contre les Habsbourg. Cet événement majeur de la Guerre de Trente Ans, qui s'achèvera en 1648 par les traités de Westphalie, marque également le début de la guerre franco-espagnole. Celle-ci se conclura en 1659 par le traité des Pyrénées.

Cet acte représente une grande réussite diplomatique pour le Cardinal Mazarin et ce, à plus d'un titre. Tout d'abord, il « arrange » le mariage entre le jeune Louis XIV (21 ans à l'époque) et la fille du roi d'Espagne, Marie-Thérèse d'Autriche.

Ensuite, sur le plan territorial, l'Espagne cède le Roussillon au sud. Mais la région qui nous intéresse est située au nord, bien plus au nord d'ailleurs. La France gagne l'Artois et plusieurs places fortes dans les Flandres, comme Gravelines.

Mai 1667, les hostilités repartent de plus belle entre français et ibériques. Mazarin avait inclus dans le traité des Pyrénées une clause digne des assureurs. Marie-Thérèse d'Autriche renonce, elle et sa descendance, à ses droits de succession sur la couronne espagnole en échange d'une dot de 500 000 écus. Mazarin savait pertinemment que l'Espagne serait incapable de payer cette somme.

Suite à la mort du roi espagnol Philippe IV en 1665, Louis XIV débute la Guerre de Dévolution en 1667, afin de faire valoir les droits de succession de sa femme. C'est la première guerre du futur Roi Soleil.

Il adresse à Madrid le traité des droits de la Reine Très-Chrétienne. Il réclame plusieurs territoires en Hollande, l'Artois, le Hainaut, la Flandre et la Franche Comté, entre autres.

La guerre se déroule en deux campagnes. Celle de Flandre durera de juin à septembre 1667. Celle de Franche-Comté se déroulera au cours du mois de février 1668.

La campagne de Flandre est une série de sièges. L'armée du grand roi prend les villes de Charleroi, Ath, Tournai, Douai et Courtrai. Cela isole progressivement les principales forteresses espagnoles que sont Ypres, Lille et Mons.

La puissante armée française, commandée par Turenne aidé par Vauban, l'ingénieur principal du roi, domine des espagnols, démunis et privé de renforts.

Lille capitule le 17 août. La campagne de Flandre prendra fin le 13 septembre 1667 avec la reddition de Mons.

La guerre de Dévolution se terminera en mai 1668, moins d'un an après son commencement, la conquête totale de la Franche-Comté par le Grand Condé s'effectue en à peine 17 jours. Le traité de paix d'Aix la Chapelle est signé entre la France et l'Espagne.

La France gagne douze places fortes, dont Lille, Tournai, Douai, Charleroi et Armentières mais doit restituer la Franche-Comté.

Conséquence du traité d'Aix la ChapelleConséquence du traité d'Aix la Chapelle

En 1672, sous les conseils de son secrétaire d'États à la guerre, Louvois, Louis XIV met fin à son alliance avec les protestants et déclare la guerre au Provinces-Unies. C'est le début de la guerre de Hollande.

Le monarque français souhaite se débarrasser de la Triple Alliance de La Haye, entre l'Angleterre, les Provinces-Unies et la Suède, formée en 1668 pour s'opposer à l'expansion française dans les Pays Bas espagnols.

Le Grand Roi veut surtout mettre hors jeu les Provinces Unies. Il les considère comme un obstacle ou, du moins, une menace dans sa conquête des terres espagnoles, qu'il considère comme héritage de son beau père Philippe IV.

De plus, les hollandais se placent en sérieux concurrents pour les marchands et artisans français.

Les français rentrent en guerre aux cotés des anglais, courant avril 1672. Les armées du roi attaquent la Hollande, tout en évitant les Pays Bas espagnols.

Débordés et pris en tenaille par la France, l'Angleterre et le Münster, les hollandais dépêchent des négociateurs pour obtenir un traité de pays, dés le 16 juin. Ils proposent de céder à la France Maastricht, le Brabant, les villes du Rhin ainsi que la Flandre Hollandaise, plus une généreuse indemnité. Louis XIV se montre trop exigeant et refuse. Il souhaite plus de terrains et rétablir le culte catholique, mais surtout il veut humilier les Provinces Unies.

Devant ce refus, les hollandais décident d'inonder le pays, en rompant les écluses de Muyden le 20 juin, pour ralentir la progression française.

La situation politique du pays devient tendue. Guillaume III d'Orange, déjà chef des armées, est nommé stathouder en juillet (chef du pouvoir exécutif). Le 20 août, Johan De Witt, le Grand Pensionnaire (responsable des affaires civiles), est assassiné avec son frère pour ses positions pro françaises. Ce qui laisse Guillaume III d'Orange seul au pouvoir, principal rival de Louis XIV.

Pendant ce temps, Léopold Ier brise son traité de neutralité avec la France pour porter main forte aux hollandais. La guerre se porte donc à l'est, en Westphalie et en Alsace.

En 1674, l'Angleterre signe la paix avec les Provinces Unies, ce qui force les français à évacuer la Hollande. Seul Maastricht, prise en 1673 quelques jours après que d'Artagnan y ait trouvé la mort, reste aux mains des français.

Le 11 août 1674, Condé bloque l'armée de Guillaume d'Orange, marchant sur Paris, à la bataille de Seneffe. Pendant ce temps, Louis XIV reprend son offensive sur la Franche Comté.

Au début de l'année 1675, la guerre s'étend en Europe avec l'entrée en guerre de la Suède aux cotés du Grand Roi et une révolte, soutenue par les français, en Sicile contre les espagnols. Louis XIV reprend son offensive en Belgique et gagne les villes de Dinant, Huy et Limbourg.

En 1676, le monarque français attaque de nouveau la Flandre pour s'emparer de plusieurs villes puis rentre à Paris. En parallèle, les négociations de paix débutent entre les belligérants.

Pour forcer les négociations en sa faveur, Louis XIV repart en campagne en Flandre en 1677. Il s'empare des villes de Valenciennes, Cambrai, Saint Omer, Cassel, Bailleul et Ypres. L'Artois, ainsi qu'une grande partie du comté de Flandre, sont désormais français.

En août 1678, le traité de Nimègue est signé, ce qui marque la fin de la guerre de Hollande. Cette paix est une victoire pour Louis XIV.

En effet, même si le roi doit rendre Maastricht et la principauté d'Orange, avec quelques places fortes telles que Charleroi, Courtrai, Binche, Ath et Audenarde, la France conserve la Franche-Comté et l'Artois, et plusieurs villes du nord de la France comme Cassel, Bailleul, Ypres, Cambrai, Bavay Maubeuge, Condé-sur-Escaut et Valenciennes.

Carte de France après la paix de NimègueCarte de France après la paix de Nimègue

La guerre de succession d'Espagne, la dernière de Louis XIV

1700, Charles II, roi d'Espagne meurt sans laisser d'héritier. L'occasion est trop belle pour que les plus grandes familles dirigeantes d'Europe ne la laissent filer.

La Maison d'Habsbourg du roi du Saint Empire-Romain Germanique, Léopold Ier et la Maison Bourbon de Louis XIV, roi de France, se placent dans les starting-blocks pour récupérer le plus vaste empire colonial existant. A noter que ces deux rois sont à la fois cousins et beaux frères de feu Charles II.

Louis XIV coiffe Léopold Ier au poteau en plaçant son petit fils Philippe V, duc d'Anjou, sur le trône d'Espagne. Cela a été facilité par un testament de Charles II désignant Philippe V comme héritier.

Cependant la situation s'envenime lorsque que Philippe V refuse de renoncer à ses droits de successions sur la couronne de France, rompant ainsi une clause du testament de Charles II.

En 1701, la « Grande alliance de La Haye » se forme pour s'opposer à la France et au nouveau Roi d'Espagne. Elle est composée du Saint Empire-Romain Germanique, des Provinces-Unies (actuels Pays Bas) et de nos ennemis de toujours : Messieurs les anglais. Plus tard, d'autres nations s'y joindront comme le Portugal, le Brandebourg, le Piémont, le Danemark et la Savoie.

En même temps, la France s'allie avec les électorats de Bavière et de Cologne, au duché de Mantoue et aux États Papaux. Elle reçoit évidemment l'aide de la couronne d'Espagne de Philippe V.

En 1702, la Grande Alliance déclare la guerre à la France et L'Espagne. C'est le début de la Guerre de Succession d'Espagne, la dernière menée par Louis XIV et de loin la plus pénible soutenue par le monarque.

L'Espagne sombre dans une guerre civile entre les partisans de Philippe V, soutenus par la France, et ceux Charles II, soutenus par les alliés. L'Italie s'embrase ensuite puis c'est au tour de l'Allemagne.

Mais revenons à ce qui nous intéresse c'est à dire ce qui se passe dans le Nord de la France, région hautement stratégique de par la présence de nombreuses places fortes.

Le duc de Marlbrorough, John Churchill de son petit nom, et qui n'est autre que l'ancêtre de Winston Churchill, décide d'envahir la France par la vallée de Moselle. Malheureusement, suite à une pénurie de nourriture et une forte résistance française, il doit rebrousser chemin.

Il est rappelé avec son armée par les Provinces Unies lorsque la Duc de Villeroi prend la forteresse de Huy, menaçant ainsi la ville de Liège.

Marlborough réussit à percer les lignes françaises de Brabant le 17 juillet 1705 lors de la bataille d'Eliksem. Le maréchal Villeroi est obligé de se replier sur Waterloo. Bien que ce ne soit pas une victoire décisive, cette percée se révélera très importante par la suite.

En effet, le 23 mai 1706, les alliés étrillent les français à la bataille de Ramillies. La grande bataille, attendue et recherchée par les deux camps, avait enfin eu lieu mais le sort ne sourit pas à Louis XIV et à son maréchal Villeroi.

Les français, subissant plus de 20 000 pertes, sont obligés de se replier. Marlborough s'empare donc de nombreuses villes et places fortes dans les Pays Bas espagnols.

Les choses ne s'arrangent pas pour le camp français en Flandre. Le duc de Vendôme, appelé pour commander la Flandre après la déroute de Ramillies, est incapable de contenir l'avancée des alliés dans les Pays Bas espagnols.

Louis XIV souhaite relancer son invasion de la Flandre. Mais le 11 juillet 1708, les français subissent une nouvelle défaite très lourde à la bataille d'Audenarde face à une armée anglo-hollando-germanique commandée par le duc de Marlborough et le prince Eugène de Savoie. Ce dernier marche alors vers le sud et prend Lille en octobre à la suite d'un long siège.

La situation est catastrophique en France. Après sept années de guerre, le pays est ruiné, les défaites s'enchainent et un hiver rigoureux provoque la mort de milliers de Français. Le peuple souhaite la paix mais Louis XIV refuse de signer les conditions honteuses imposées par les alliés.

Le 11 septembre 1709, l'armée alliée, constituée en grande partie d'autrichiens et de hollandais et commandée par le duc de Marlborough et le prince Eugène, livre bataille à Malplaquet contre les français, ce qui marque un tournant dans la guerre.

Les maréchaux Villars, récemment aux commandes de l'armée des Flandre, et Boufflers sont à la tête de l'armée royale, inférieure en nombre. Ils décident de mettre en place une ligne de défense pour contrer la tactique de Marlborough.

S'ensuit une série d'affrontements confus où la cavalerie n'aura pas un grand rôle, fait rare à l'époque. A la fin de la bataille, les français se replièrent tranquillement vers Bavay et Valenciennes.

Ce fut ce que l'on peut appeler une défaite victorieuse. Même si les français ont battu en retraite, ils ont infligé quatre à cinq fois plus de pertes qu'ils n'en avaient subies. On compte environ 6000 morts, côté français, pour 20 000 à 25 000 pour les forces alliées.

Villars déclarera au roi,  à la suite de cette bataille: « Si Dieu nous fait la grâce de perdre encore une pareille bataille, Votre Majesté peut compter que ses ennemis sont détruits. »

Cette victoire permet de relancer l'élan français et d'empêcher une invasion probable de la France en cas de défaite. Les français reprendront Tournai la même année.

La campagne de Flandre prendra fin avec la bataille de Denain le 24 juillet 1712. Cette dernière victoire du maréchal Villars placera la France en bonne position pour négocier la paix lors du traité d'Utrecht l'année suivante.

Le maréchal Villars lors de la bataille de Denain, peinture de Jean AlauxLe maréchal Villars lors de la bataille de Denain, peinture de Jean Alaux

La fin des expansions avec le traité d'Utrecht

En 1713 le traité d'Utrecht est signé et marque la fin de la guerre de succession d'Espagne. Par abus de langage on parle du traité mais pour être plus exacte, il s'agit de deux traités. Le premier est signé entre la France et l'Angleterre le 11 avril et le second, entre l'Espagne et la Grande Bretagne, est ratifié le 13 juillet.

Ce traité définit les gains et pertes territoriales de chaque pays en Europe et dans les colonies. L'Espagne est la grande vaincue et l'Autriche, la grande gagnante. La France s'en tire honorablement de son coté.

Philippe V est reconnu roi d'Espagne mais doit refuser son droit de succession à la couronne de France.

En ce qui concerne la région qui nous intéresse, Louis XIV conserve ses conquêtes antérieures à la guerre à savoir, l'Artois, une partie de la Flandre et le Hainaut. La frontière est telle qu'on la connait aujourd'hui, à peu de chose près.

De l'autre coté de la frontière, les Pays Bas espagnols passent complètement sous le giron autrichien.

Cela a pour effet de faire fleurir des bornes frontières marquant la limite entre les deux royaumes. Malgré les siècles, certaines de ces bornes sont encore visibles et hors terre par endroit.

Bornes frontière du village de La FlamengrieBornes frontière du village de La Flamengrie

Sur ces bornes on voit d'un coté l'aigle autrichien et de l'autre la fleure de lys, symbole de la monarchie française.

Pour protéger sa frontière, Louis XIV fait également construire par, son ingénieur, Vauban son pré-carré. Cette ligne de fortification, réputée imprenable, doit protéger le royaume de toute invasion venue du nord.

Vauban fait donc fortifier une série de ville comme Lille, Dunkerque, Dinant, Bergues, Arras, Maubeuge, Le Quesnoy,…

Les travaux ne sont pas consécutif à la guerre de succession d'Espagne puisqu'ils ont débuté en 1666 et ne sont terminés en 1707 avec la mort de l'ingénieur.

Ces fortifications marquent encore aujourd'hui le paysage de la région, puisque une grande partie est toujours debout. Les villes prennent grand soin de ce patrimoine magnifique. Maintenant ce sont des lieux de promenade au cadre exceptionnel.

Fortification de Le QuesnoyFortification de Le Quesnoy

Source :

  • Jean-Louis Renteux, La Flamengrie, village marqué par la frontière, 1978, IPNS, La Flamengrie, 49 pages.
  • Clément Oury, Les défaites françaises de la guerre de Succession d'Espagne (1704-1708), thèse de l'École nationale des chartes, 2005.
  • Jean-Claude Castex, Dictionnaire des batailles franco-anglaises, Presses Université Laval, 2004 - 418 pages.
  • Jean-Claude Castex, Histoire des relations diplomatiques franco-anglaises durant la Guerre de Succession d'Espagne, Les Éditions du Phare-Ouest, 2010 - 200 pages.
  • Hervé Hasquin, Louis XIV face à l’Europe du Nord, Racines, coll. Racines de l'Histoire, 1995.
  • John A. Lynn, Les guerres de Louis XIV, éditions Perrin, coll. « Tempus »,‎ 2014.
  • Résumé de la Guerre de Succession d'Espagne sur HistoriaGames
  • Vaudec Rédacteur, Chroniqueur, Historien
  • "Le sang d'une nation pour l'honneur d'un seul homme." Oliver Peru
  • "Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable." Joseph Staline