Les Médicis, une famille de la Renaissance à Florence

Du Plessis
Thématique
Époque moderne, Renaissance italienne
4 janvier
2017

Ce papier constitue la première partie d’une série d’articles consacrée aux Médicis. Dressant un tableau général sur l’héritage de cette famille flamboyante de la Renaissance italienne, il sera suivi de trois autres, chacun consacré à ses principales figures : Côme l’Ancien, Laurent le Magnifique et le pape Léon X.

Remarque : Cette chronique contient des passages engagés. Mais ils sont propres à l’auteur et ne traduisent en rien la ligne éditoriale du site.

Vous avez dit Florence ?

Comme un certain nombre d’entre vous, j’ai découvert Florence à travers les aventures de notre ami Ezio Auditore, héros de la série de jeux vidéo Assassin’s Creed. Comme vous, je me suis amusé à escalader à mains nues les pierres au marbre immaculé de Santa Maria del Fiore, j’ai sauvé la ville (et accessoirement le monde) des Templiers qui voulaient s’en emparer au nom du peuple – mais certainement pas pour lui et encore moins pour son bonheur.

J’ai été successivement héros invisible, homme d’affaires, chasseur de trésors enfouis et gérant de bordel. Quelle (non-)vie bien remplie ! Et peut-être comme vous, je me suis remémoré ces fantastiques délires de geek patenté une fois en face de la réalité majestueuse d’une ville, où la culture se respire dans chaque parcelle de rue et fait de votre personne un candidat potentiel au syndrome de Stendhal.

C’est avec ce genre d’extase sans agonie que vous comprenez l’inutilité de romancer l’histoire, pour la simple et bonne raison qu’elle se suffit largement à elle-même. Elle s’attache régulièrement à faire converger l’élan d’un siècle avec des génies personnifiés. Les Médicis furent de ceux-là. À la question de savoir ce qu’ils représentent, on répondra régulièrement : Que serait Florence sans les Médicis ?

Les Médicis, une famille de la Renaissance à Florence

Cette famille avait parfaitement saisi l’esprit de subversion et de renouveau qui agitait en son temps la société. Celle où ils évoluaient se considérait comme « ouverte » mais ne se prétendait pas « libérale » au sens moderne.

La Florence des Médicis est certes un point de rassemblement pour les marchands mais également un ciel ouvert aux affrontements corporatistes où les gens moyens constituent les principaux dommages collatéraux.

En parallèle, si les Florentins cultivaient un orgueil hautement citoyen, celui-ci n’avait d’équivalent que leur méfiance maladive envers ce qui n’était pas eux. On voyait d’un mauvais œil le mariage avec une femme non-florentine, et inversement.

Quant à l’extrême civilité des manières, elle cachait en réalité un contrôle social habile des Médicis que la jalousie maladive de leurs rivaux ne demandait qu’à faire exploser.

Ainsi, la violence restait toujours au coin de la rationalité. La morale ne régnait pas en valeur absolue, du moins pas dans son acception classique. C’était une variable proportionnée à une atmosphère faite de manipulation, de ruse et de meurtre. Et quand il le fallait, malgré la retenue dont ils étaient coutumiers, les Médicis savaient utilement déchaîner les feux de la vengeance.

République non-démocratique
ou démocratie non-républicaine ?

Le lecteur excusera cette contorsion intellectuelle. Elle illustre cependant à quel point le foisonnement des idées sous-tend un magma de contradictions.

Une cité se voulant républicaine et démocratique se dote naturellement d’institutions concourant à son fonctionnement. Florence possède donc des conseils, et les postes sont en théorie accessibles à tous les citoyens, peu importe leur classe sociale.

Mais en ces temps où individualisme et liberté politique ne forment pas un vrai tout conceptuel, le papier demeure découplé des faits. La répartition des sièges suit inévitablement celle des richesses. Une inégalité qui rend la démocratie fictive car le gouvernement, quand bien même il se fait pour tous, n’a pas vocation à être exercé par tous. Il se concentre entre les mains de quelques-uns ; des gens plus riches, plus compétents, considérés comme plus raisonnables et surtout mieux informés que la grande majorité de la population.

On a pu parler à juste titre de tyrannie ou de dictature pour qualifier, et bien souvent pour condamner, leur pratique du pouvoir. Au fil des siècles, l’histoire a introduit la dictature comme le frère-ennemi de la démocratie. Une appréhension fondée uniquement sur l’expérience du XXe siècle entretient malgré tout bien des anachronismes. Il est fort honorable de juger les méfaits du passé pour prévenir leur répétition, mais lire uniquement l’histoire à l’aune des critères moraux du présent, c’est déjà courir le risque d’expurger involontairement les faits des ressorts indispensables à leur compréhension. Il en va de même pour la démocratie.

Les Médicis, une famille de la Renaissance à Florence
Fresque de la Chapelle des Mages de Benozzo Gozzoli.

La « démocratie » dans la Florence du XVe siècle n’impliquait pas ipso facto de bienveillance envers le peuple – notion il est vrai particulièrement ambivalente. En outre, les Médicis ont toujours affiché leur mépris à l’égard du « peuple » inculte et sujet aux réactions excessives qui le poussaient à jeter aux pâtures ceux qu’il avait adoubés la veille. Face à une atmosphère politiquement turbulente, où les opinions n’étaient bien souvent que des passions déguisées, la méfiance restait de rigueur.

Mais d’obstacle à soutien, il n’y a qu’un pas ; et la logique reste la même : on s’appuie dessus. « Agiter le peuple avant de s'en servir, sage maxime » écrira plus tard Talleyrand. Une vertu politique que les Médicis auraient pu inscrire au frontispice de leur constitution ! Ce faisant, la dictature d’origine populaire ne déroge nullement à la règle suivie par n’importe quelle autre dictature : l’abolition des libertés.

Toutefois, contrairement aux tyrans de leur temps, les Médicis voulurent donner le change au niveau d’un projet de société ambitieux. Côme et son petit-fils Laurent s’attachèrent entre autres à promouvoir des vertus publiques et une politique de l’honneur qui devaient rejaillir sur la fierté des Florentins.

Deux personnages que nous évoquerons dans nos prochaines chroniques...

  • Du Plessis Chroniqueur, Historien
  • "La politique consiste à rendre possible ce qui est nécessaire." (Richelieu)