Les arts’necdotes de la guerre : le Dazzle camouflage

1er octobre
2019

Toujours dans l’esprit de vous proposer toujours plus de contenu qui se veut de qualité, sur notre site qui vient de fêter ses 8 années d’existence, nous lançons, au travers de ce premier article, une toute nouvelle chronique où nous mettrons en lien les arts et la guerre.

La guerre a toujours été une source d’inspiration pour les artistes, quel que soit leur art et quelle que soit la période donnée. Sans entrer dans le débat relatif à la classification des arts, nous retiendrons dans cette chronique la classification des arts communément admise (1er art = l’architecture ; 2ème = la sculture ; 3ème = les arts visuels (peinture et dessin) ; 4ème = la musique ; 5ème = la littérature ; 6ème = le cinéma ; 8ème = les arts médiatiques (radio, télévision, photographie) ; 9ème = la bande dessinée ; 10ème = le jeu vidéo) sans pour autant les faire dans l’ordre. Nous démarrerons par exemple cette chronique avec le 3ème art, c’est-à-dire la peinture.

Conscients des très nombreuses influences existantes depuis toujours entre l’art et la guerre, nous faisons ici le choix non pas d’un contenu qui se voudrait exhaustif, ce qui semble impossible au vu de l’immensité du sujet, mais de vous présenter un cas, une anecdote, une histoire particulière liant ces deux sujets. L’idée est ici de vous faire découvrir, à partir d’anecdotes artistiques, les cas où la guerre a pu servir soit de source d’inspiration aux artistes, soit de lieu d’expression pour les artistes.

Ainsi, pour démarrer cette chronique, nous vous proposons de nous arrêter sur le sujet du Dazzle painting (ou Dazzle camouflage).

Les arts’necdotes de la guerre : le Dazzle camouflageLe HMS Argus en camouflage Dazzle (1918).

La peinture a été influencée un nombre incalculable de fois par la guerre. L’on ne compte plus les tableaux représentant la victoire de telle armée, le portrait de tel chef de guerre, et les affres de la guerre d’une manière générale.

Dès la préhistoire, la peinture sert à glorifier les actes des hommes. Au départ faite pour louer les exploits de chasse des premiers hommes et transmettre les pratiques aux générations suivantes, la peinture est vite devenue un moyen de représenter, transmettre un fait épique afin de construire la légende d’hommes et de peuples.

Néanmoins, il est un cas très particulier où la peinture ne s’est pas contentée de s’inspirer de la guerre mais où elle s’est exprimée et a trouvé à s’appliquer dans son cadre. C’est à l’occasion de la Première Guerre mondiale qu’est effectivement apparu le Dazzle painting, qui n’est autre qu’une technique utilisée par les marines anglaise et américaine.

Mais, pour comprendre de quoi il en retourne, il convient de re-contextualiser la situation. Au cours des premières années de guerres, la marine allemande provoque des ravages dans l’océan Atlantique grâce à ses fameux U-Boots. Ce sont d’ailleurs des attaques de U-Boots sur des convois américains de ravitaillement qui entraîneront l’entrée en guerre des États-Unis aux cotés de l’Entente. À partir du 1er janvier 1917 et l’annonce d’une guerre sous-marine illimitée par l’Allemagne, la menace est majeure pour l’ensemble du trafic maritime. Ce sont plus de 500 bâtiments qui sont ainsi envoyés par le fond en moins de 6 mois.

Les arts’necdotes de la guerre : le Dazzle camouflageLe SS Leviathan en camouflage Dazzle (1918).
Les arts’necdotes de la guerre : le Dazzle camouflageL'USS West Mahomet en camouflage Dazzle (1918).

C’est pour contrer cette menace que l’Amirauté de la Royal Navy va se laisser convaincre par le lieutenant de réserve Norman Wilkinson, un artiste classique, à tester sa création : le Dazzle painting. Contrairement au camouflage qui a pour objet de dissimuler un objet, une personne, ce qui est tout bonnement impossible pour un navire dont la silhouette se détache sur l’horizon et de par la fumée que les navires de l’époque émettaient.

Laissons parler le créateur du Dazzle painting pour nous le présenter : « J’ai soudainement eu l’idée que, comme il était impossible de peindre un navire afin qu’il ne puisse pas être vu par un sous-marin, l’extrême opposé était la réponse – en d’autres termes, le peindre, non pour réduire sa visibilité, mais de manière à briser sa forme et ainsi tromper un officier de sous-marin sur le cap qu’il suivait. » Norman Wilkinson, Mémoires.

Les arts’necdotes de la guerre : le Dazzle camouflageConception artistique de la vue du périscope d'un commandant de sous-marin sur un navire marchand en camouflage dazzle (à gauche) et du même navire non camouflé (à droite), Encyclopædia Britannica, 1922.

Le principe du Dazzle painting est ainsi de modifier visuellement la perception d’un navire, de casser ses lignes et ses formes. Les navires anglais d’abord, puis américains, vont ainsi s’orner de formes géométriques destinées à perturber les observations des équipages de U-Boots. Car il ne faut pas oublier qu’à cette époque il n’existe aucun système d’aide à la visée pour les torpilles, il fallait que l’équipage du sous-marin estime la distance, la vitesse et la direction de la cible de façon à tirer sur la trajectoire du bateau, cette observation devant être très rapide pour permettre au sous-marin d’être repéré. Le Dazzle painting vient donc compliquer la tâche du commandant du sous-marin qui perd du temps et peut l’amener à faire de mauvaises visées.

Les arts’necdotes de la guerre : le Dazzle camouflageAffiche de l’exposition Razzle Dazzle, l’art contre-attaque !, présentée au musée de la Marine de Brest jusqu’en décembre 2018. © musée de la Marine, Brest/collectif XY

Sans être la solution parfaite à la menace des U-Boots, le Dazzle painting sera efficace lorsque, couplée aux techniques de navigation en convoi, utilisé à la même époque par les marines américaine et anglaise, et avec l’utilisation de la technique des écrans de fumée. Cette technique cubiste a, de plus, permis de remonter le moral des troupes embarquées faisant face à la menace sous-marine.

Entre 1917 et 1918, ce seront plus de 4000 navires, tant militaires que marchands, qui seront peints selon ce principe. Il s’agit d’un mariage unique entre l’Art et la Guerre où les artistes, traditionnellement plutôt pacifistes, vont mettre leur talent au service de l’armée dans le cadre d’une action non létale, d’une action visant à la protection des navires et des hommes en temps de guerre. Il s’agit de la plus grande œuvre cubiste de tous les temps.

Dès 1918, des expositions sont consacrées au Dazzle painting et aujourd’hui encore vous pouvez découvrir ces œuvres uniques à l’occasion d’expositions, comme celle organisée par le musée de la marine de Brest en 2018.

Sources

  • HalionHalion Rédacteur
  • « L'imagination gouverne le monde » Napoléon Bonaparte