Wolfenstein : De l'espionnage à l'uchronie

23 mai 2014 par Le_Moine | Wolfenstein | Époque contemporaine - Deuxième guerre mondiale | PC - Console de salon

Wolfenstein n'a pas la renommée d'un Call of Duty, mais pourtant cette série a permis de populariser le genre « FPS ». De ses origines à maintenant, la saga a bien évoluée. La sortie de Wolfenstein : The New Order nous offre la possibilité de vous en parler sur HistoriaGames. Une série plus historique qu'on pourrait le penser au premier abord.

L'Histoire de la série

Castle WolfensteinBeyond Castle WolfensteinLa série Wolfenstein a déjà 33 ans ! En effet, c'est en 1981 qu'un certain Silas Warner développe un jeu d'infiltration en vue de dessus encré en pleine Seconde Guerre mondiale. Nous incarnions un soldat américain qui devait s'enfuir d'un château allemand tout en récupérant les plans secrets de l'ennemi. Le jeu étant un succès, une suite verra le jour en 1984. Baptisé Beyond Castle Wolfenstein, ce second opus sera basé sur l'opération Walkyrie. Ici, le but est d'infiltré le bunker secret d'Adolf Hitler et de l'éliminé. Vous l'aurez constaté, ces deux premiers « Wolfenstein », sortis sur Apple II, Atari 8-bit, Commodore 64 et DOS, n'étaient pas des FPS.

Wolfenstein 3DIl faudra attendre le 5 mai 1992 pour voir apparaître la série telle qu'on la connaît. L'un des tous premiers FPS de l'Histoire, et surtout le premier grand succès d'un Jeu en vue à la première personne, est bien ce Wolfenstein 3D. Développé par iD Software, il est basé sur Castle Wolfenstein, le jeu de 1981. John Carmack et John Romero, les deux « stars » d'iD Software, sont à la conception et à la programmation de ce FPS qui va bouleverser le petit monde du jeu vidéo. « Wolf 3D » reprend le contexte du jeu de Silas Warner, c'est à dire un soldat allié qui doit s'échapper d'un château allemand. Nous incarnons B.J Blazkowicz, qui doit effectuer diverses missions derrière les lignes ennemies, dont la première est de s'échapper du fameux château nazi. Ce FPS n'est pas aussi linéaire qu'on pourrait le penser. Il regorge de passages secrets, de salles où trouver armes, plans, et autres items. Le jeu est divisé en 6 missions, elle même divisées en dix épisodes (dont un secret).

Tout de suite la série Wolfenstein tend plus vers le fantastique et l'horreur. En effet, nous devons combattre des « zombies-nazis » ou même des fantômes et contrecarrer les plans de guerre chimique que l'armée nazie prépare. Bref, nous ne sommes pas dans le jeu totalement historique ni dans un jeu totalement SF. Wolfenstein 3D est un savant mélange des deux, qui répond bien aux attentes des joueurs et qui puisera son succès dans son ambiance unique. La polémique autour du titre aidera bien également. Avec son grand nombre de croix gammées, croix de guerre et portraits d'Adolf Hitler, Wolfenstein a souvent été considéré comme une apologie du nazisme, alors que le but était de tuer le plus de nazis possible... Le fait de tuer des chiens de garde a été également mal vu, d'où une version Super NES censurée, où les rats remplacent les chiens. Tout symbole relatant au nazisme est également supprimé et le sang est remplacé par de la sueur. Deux ans après la sortie du jeu, en 1994 donc, Wolfenstein 3D a été retiré de la vente dans certains pays, dont l'Allemagne.

Quelques mois après la sortie de Wolfenstein 3D, iD Software propose Spear of Destiny. Une sorte de préquelle où l'on incarne toujours B.J Blazkowicz. Le super soldat des alliés doit retrouver la Sainte Lance, l’arme qui aurait percé le flanc droit de Jésus lors de sa crucifixion, qui a été volée par les nazis. Sortie en Septembre 1992, 4 mois après le premier titre, Spear of Destiny marquera moins que son prédécesseur.

Return to Castle WolfensteinIl faudra attendre 2001 pour voir la série revenir sur le devant de la scène. Activision, désormais éditeur, relance la machine. Et c'est donc en Décembre 2001 que les joueurs pourront découvrir Return to Castle Wolfenstein. Reboot de la série, toujours développé par iD Software, le jeu nous place à nouveau dans la peau de William (B.J) J. Blazkowicz. Le soldat allié est à nouveau capturé par les nazis, et devra une fois de plus s'échapper avant d'affronter les forces ennemies. Dans Return to Castle Wolfenstein, les développeurs ont souhaité mettre l'accent sur l'aspect surnaturel et les nombreuses références occultes du nazisme. Ainsi, on découvre que l'armée nazie possède une « Division Paranormal SS » chargée de ramener les morts à la vie, et de recréer un rite ancestral datant de 943 lors d'une bataille entre Henri 1er et Simon le Voyageur. Le but étant d'obtenir les pouvoirs du moine bénédictin et de remporter la Seconde Guerre mondiale grâce à cet avantage. C'est là que débute l'histoire d'amour entre Wolfenstein et l'Uchronie, même si elle n'est pas très importante en 2001 et tire d'avantage vers le jeu de science fiction/horreur. Le jeu étant, avant tout, basé sur le Mysticisme nazi. Les références cinématographiques y sont d'ailleurs nombreuses, d'Indiana Jones à la Momie, en passant au film Quand les aigles attaquent, dont le château a servi de base pour celui du jeu Return to Castle Wolfenstein. Si cette suite a aussi eu le droit à son lot de controverses, iD Software avait prévu le tout et modifié bon nombre de versions du jeu (dont celle proposée aux joueurs allemands), avec un logo « Wolfenstein » remplaçant les sigles SS et nazis, un Himmler rebaptisé Höller et la division SS renommée « La Secte des Loups ».

Wolfenstein: Enemy TerritoryEn 2003, Activision proposera Wolfenstein: Enemy Territory. Une extension totalement multijoueurs, basée sur l'univers de la série Wolfenstein. Toujours la même année, des portages consoles de salon seront proposés par Nerve Software et édités par Activision. Sur Playstation 2 le jeu répondra au nom de : Return to Castle Wolfenstein : Operation Résurrection et sur Xbox au nom de Return to Castle Wolfenstein : Tides of War. Un moyen de rendre un peu plus célèbre la licence.

Wolfenstein 2009Il faudra attendre 2009, pour revoir la série Wolfenstein dans l'actualité vidéoludique. Activision sort le premier opus non développé par iD Software ! C'est Raven Software, surtout connu pour sa série Soldier of Fortune, qui est à la création de cette suite de Return to Castle Wolfenstein. Raven Software est un studio « proche » d'iD. Ils utilisent leur moteur, et ont déjà repris une des licences du studio en développant Quake 4. Dans Wolfenstein 2009, les nazis veulent se venger de la déroute subie dans l'épisode précédant. Et c'est grâce à un médaillon bourré de pouvoirs que cela va être possible. Une fois de plus le jeu offre un ancrage dans la seconde Guerre mondiale mais avec une bonne dose de fantastique. Nous ne sommes pas vraiment face à une uchronie, mais un mélange des genres. Néanmoins, le titre ne fera guère l'unanimité, jugé trop loin de la série originelle et plus proche des autres FPS.

C'est grâce à Bethesda, que la série Wolfenstein revient sur le devant de la scène. Confié à MachineGames, un jeune studio suédois fondé par des anciens de Starbreeze Studios, cet opus 2014 est un nouveau reboot de la série. Baptisé Wolfenstein : The New Order, le titre profite également de la next-gen pour essayer de s'offrir au plus large public possible tout en proposant quelque chose qui devrait plaire aux fans !

Wolfenstein : The New Order  Wolfenstein : The New Order  Wolfenstein : The New Order  Wolfenstein : The New Order  Wolfenstein : The New Order

Wolfenstein : The New Order

Pour ce reboot de la série, nous retrouvons notre fameux William (B.J) J. Blazkowicz, le héros depuis 1992 ! Mais cette fois-ci, MachineGames a voulu pousser plus loin le concept originel et proposer quelque chose qui n'est ni un FPS historique, ni un jeu de science-fiction. On parlera désormais de « rétro-syfy ».

A la manière du jeu Turning Point : Fall of Liberty ou du film finlandais Iron Sky, The New Order part sur la fameuse base du « et si ... ». Tout comme le jeu de Spark Unlimited, ce nouveau Wolfenstein nous dévoile un monde où les nazis auraient remporté la Seconde Guerre mondiale. C'est ainsi qu'en 1946 nous découvrons que l'Allemagne possède une avancée technologique ahurissante. Un look steampunk, qui place des robots chiens ou de véritables machines d'acier sur les champs de bataille. L'uchronie est on ne peut plus poussée. La Wehrmacht du jeu fait passer les robots de l'armée américaine actuelle et les drones de combats pour de vulgaires jouets préhistoriques. Pourtant tout le bestiaire est basé sur ce que l'on connaît des armes nazies de l'époque. Les développeurs ont simplement imaginé le futur de cet armement. On regrettera de ne pas avoir de Tigre uchroniques ou de Panzerschreck du futur, mais cela relève du fétichisme. Rien de grave donc.

Du coup, ce Wolfenstein : The New Order s'adresse à un public particulier mais assez varié. Le fan de la série, qui y retrouvera de nombreux clins d’œil, la chasse aux items, et l'échappée d'un château bourré de nazis. Le curieux d'histoire et d'uchronies, qui savourera un univers bien développé et bien pensé. Le fan de FPS « oldschool » qui veut ramasser des trousses de soin en plein combat pour survivre, et qui veut avant tout un bestiaire de qualité. Et enfin, le joueur qui souhaite un bon titre 100% SOLO (champagne !! Merci les développeurs!!) sur sa console ou son PC en 2014.

MachineGames est un jeune et nouveau studio, mais possède un riche ADN. Ses fondateurs ont travaillé sur des titres comme Les Chroniques de Riddick ou The Darkness, et l'héritage de ce dernier se ressent dans le gameplay. Un pur délice ! Pour un premier jeu, ce studio suédois montre qu'on peut faire du neuf avec du vieux, tout en apportant de bonnes idées, et respecter les fans d'une série phare, dans le monde du FPS, de plus de 20 ans ! Un bon moyen de relancer la saga. Pour le côté historique, on se félicitera du travail fait sur l’imaginaire nazi dans une uchronie qui nous place dans « le monde rêvé d'Adolf Hitler ». Musique, décors, design... tout est pensé de manière à ce que cet univers soit véritablement convainquant et crédible !

Preuve que l'Histoire est aussi là pour être remaniée, repensée afin de créer des « univers parallèles » où l'imagination est reine !

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Pour aller plus loin

Si vous avez envie de pousser l'ambiance Wolfenstein plus loin, et de bosser ses cultures et références historiques, nous vous conseillons les films mentionnés dans cet article (Indiana Jones, La Momie, Iron Sky...). Vous pouvez également vous pencher sur tout ce qui touche au mysticisme nazi. On citera ainsi la société (ou ordre de) Thulé, très utilisée comme inspiration dans le Wolfenstein de 2009 ou des films comme HellBoy et Indiana Jones. Le Cercle de Kreisau est également une source de la série (FPS). Enfin, comment ne pas évoquer l'« Ahnenerbe Forschungs und Lehrgemeinschaft » (Société pour la recherche et l'enseignement sur l'héritage ancestral), une division de la S.S spécialement créée par Heinrich Himmler, Herman Wirth et Walther Darré, dans le but de valider les théories raciales émises par les nazis et de prouver la supériorité de l'être Arien,

On terminera par une petite note sur le genre FPS. On parle souvent de Doom-like pour ce type de jeu, mais il ne faut pas oublier que Wolfenstein 3D fut le premier succès en vue à la première personne, et qu'il conviendrait ainsi de parler de Wolfenstein-like pour nommer les FPS ! Preuve que la série est encore plus présente dans l'histoire du jeu vidéo que l'on pourrait le penser. En tout cas iD Software, créateurs de Doom et de Wolfenstein, est bien le studio à considérer comme l'inventeur du « FPS moderne ». Hovertank 3D, Catacomb 3D et Wolfenstein 3D sont 3 projets du studio, qui ont défini les codes du FPS dynamique et en 3D que l'on connaît désormais.

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