Bataille de Friedland

Maréchal de l'Empire
Thématique
Période historique Guerres napoléoniennes
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Le 10 juin 1807, soit quatre mois après Eylau, eut lieu la bataille d'Heilsberg. La Grande Armée est en route vers Königsberg que Benningsen a décidé de défendre coûte que coûte. Mais avant cela, les russes solidement retranchés à Heilsberg, sont attaqués par les Français. C'est la bataille d'Heilsberg durant laquelle les 50 000 soldats français, commandés par les Maréchaux Soult, Murat et Lannes, ont eu beaucoup de mal face à près de 100 000 soldats russes. Ils y perdent tout de même 10 000 hommes sans que les Russes aient eu à subir de lourdes pertes. Le lendemain, tôt le matin, Bennigsen, craignant d'être coupé de  Königsberg, se replie vers Friedland. Son but est de traverser la rivière d'Alle par Freidland, pour se rendre ensuite à Königsberg.

Le 13 juin, Bennigsen pense avoir une journée de marche d'avance sur l'armée française. Il installe par conséquent de fortes batteries d'artillerie sur la rive droite de l'Alle et fait passer une avant-garde réduite sur la rive gauche.

Le lendemain, vers 4H environ, le Maréchal Lannes et ses 10 000 hommes arrivent dans les plaines à quelques kilomètres de Friedland et engagent le combat avec les troupes russes. Bennigsen ne croit toujours pas que l'armée française (pourtant toute proche) ait pu marcher aussi vite et le rattraper. Il pense plutôt qu'il s'agit d'une simple escarmouche, un simple combat d'avant-poste.

Lannes résiste tant bien que mal face à l'armée russe en supériorité numérique, et s'accroche au village de Posthenen. C'est à ce moment là que le corps du Maréchal Mortier, ainsi que les 10 000 dragons du général Grouchy et les cuirassiers d'Etienne Larie Antoire Champion de Nansouty arrive pour tenir tête aux russes et agrandir les rangs français qui sont désormais 25 000 à s'opposer aux 56 000 Russes qui ont été envoyés au front aux premières heures du jour. Napoléon arrive avec sa Garde depuis Eylau dans le début de l'après midi, vers 12H30/13H. L'armée française compte désormais près de 55 000 hommes.

Ney est sur la droite avec ses dragons, Lannes au centre et Mortier sur la gauche. La réserve est constituée de la Garde Impériale et du Ier Corps d'Armée Français commandé par Victor. Les Russes, quant à eux, se trouvent dans une mauvaise position. Ils occupent, en effet, une sorte d'entonoir fermé par une boucle de l'Alle. Leur artillerie était encore sur leur flanc droit.

Napoléon ordonne à Mortier de former la gauche en prenant le village d'Heinrichsdorf et de tenir la position. Lannes toujours au centre, et Ney sur l'aile droite, à l'Est du village de Posthenen. C'est par ce côté que Napoléon va lancer une attaque décisive.

Les Russes décident de concentrer leur effort du côté gauche français, dans le but de barrer la route de Königsberg. Le Maréchal Ney repousse l'aile gauche des russes et marche en direction de Friedland. Ney continue d'avancer malgré de nombreuses pertes, causées par l'artillerie ennemie.

C'est à ce moment que le Général français Sénarmont fît une belle manœuvre d'artillerie qui restera dans l'Histoire militaire. Il réunit 36 bouches à feu de multiples divisions, les forme en deux batterie, avec une petite réserve. Il se place à 400 mètres des ennemis, tire cinq salves, puis s'avance de 200 mètres et recommence en feu roulant ainsi de suite. Les russes eux veulent charger à la cavalerie mais Sénarmont et ses canons les réduit en fumée.

Les Russes commencent à se replier vers Friedland laissant leur artillerie sur place. Pendant ce temps, Ney se heurte à la Garde à cheval et à pied russe et doit éprouver des pertes, jusqu'à ce que la division de Pierre Dupont l'Etang vient à son secours. Les français reprennent le dessus et finissent par écraser les russes. Désormais, on se battait à l'entrée de la ville de Friedland.

Pendant que les attaques sont menées sur Friedland, l'ordre de Napoléon pour Lannes et Mortier est d'attaquer l'aile droite russe pour les tenir en haleine. Cette manœuvre à pour but d'attendre que Ney ait réussi à capturer Friedland et ses ponts, pour ensuite envelopper l'aile droite russe. Gortschakov qui commande cette fameuse aile, s'aperçoit du piège et envoie aussitôt deux divisions pour Friedland. Elles seront réduites en cendre par Ney. Le reste des troupes russes sont encerclées entre Ney, Lannes et Mortier. Les russes se battent sans se rendre, bien que leur défaite soit proche, beaucoup d'entre eux se jettent dans la rivière pour rejoindre l'autre rive, car benningsen avait pris le soin de faire sauter les ponts pour sécuriser sa fuite. La moitié des effectifs russes trouvèrent la mort dans la rivière.

Le même jour, Davout, Murat et Soult arrivent devant la ville de Königsberg et la prennent. Lestocq s'y était refugié avec 25 000 hommes, mais en apprenant la défaite de Friedland, il partit aussitôt rejoindre Bennigsen. Trois jours plus tard, la Grande Armée atteint la rive du Niémen que les Russes contrôlent rendant impossible pour les Français de s'aventurer plus loin que cela.


Forces en présence et pertes humaines

Forces françaises : 80 000 soldats | Pertes : Environ : 10 000 victimes (dont 7000 blessés)

Forces russes : 70 000 soldats | Pertes : 20 000 victimes dont 11 000 prisonniers + 80 canons + 70 drapeaux

Carte de la bataille de Friedland, par Gregory Fremont-Barnes, The Encyclopedia of the French Revolutionary and Napoleonic Wars, page 389. Adapted from Chandler 1987, 154.


Le 79ème bulletin de la Grande Armée

Les combats de Spanden, de Lomitten, les journées de Guttstadt et de Heilsberg n'étaient que le prélude de plus grands événements.

Le 12, à quatre heures du matin, l'armée française entra à Heilsberg. Le général Latour-Maubourg avec sa division de dragons et les brigades de cavalerie légère des généraux Durosnel et Wattier poursuivirent l'ennemi sur la rive droite de l'Alle, dans la direction de Bartenstein, pendant que les corps d'armée se mettaient en marche, dans différentes directions, pour déborder l'ennemi et lui couper sa retraite sur Königsberg, en arrivant avant lui sur ses magasins. La fortune a souri à ce projet.

Le 12, à cinq heures après-midi, l'Empereur porta son quartier-général à Eylau. Ce n'étaient plus ces champs couverts de glaces et de neige ; c'était le plus beau pays de la la nature, coupé de beaux bois, de beaux lacs, et peuplé de jolis villages.

Le grand-duc de Berg se porta, le 13, sur Königsberg avec sa cavalerie ; le maréchal Davoust marcha derrière pour le soutenir ; le maréchal Soult se porta sur Creutzbourg ; le maréchal Lannes, surDomnau ; les maréchaux Ney et Mortier, sur Lampasch.

Cependant le général Latour-Maubourg écrivait qu'il avait poursuivi l'arrière-garde ennemie ; que les Russes abandonnaient beaucoup de blessés ; qu'ils avaient évacué Bartenstein, et continuaient leur retraite sur Schippenbeil, par la rive droite de l'Alle. L'Empereur se mit sur-le-champ en marche sur Friedland. Il donna ordre au grand-duc de Berg, aux maréchaux Soult et Davoust de manoeuvrer sur Königsberg, et avec les corps des maréchaux Ney, Lannes, Mortier, avec la garde impériale et le premier corps commandé par le général Victor, il marcha en personne sur Friedland.

Le 13, le 9e de hussards entra à Friedland ; mais il en fut chassé par trois mille hommes de cavalerie.

Le 14, l'ennemi déboucha sur le pont de Friedland. A trois heures du matin des coups de canon se firent entendre. « C'est un jour de bonheur, dit l'Empereur, c'est l'anniversaire de Marengo.»

Les maréchaux Lannes et Mortier furent les premiers engagés ; ils étaient soutenus par la division de dragons du général Grouchy, et par les cuirassiers du général Nansouty. Différens mouvemens, différentes actions eurent lieu. L'ennemi fut contenu, et ne put pas dépasser le village de Posthenem. Croyant qu'il n'avait devant lui qu'un corps de quinze mille hommes, l'ennemi continua son mouvement pour filer sur Königsberg. Dans cette occasion, les dragons et les cuirassiers français et saxons firent les plus belles charges, et prirent quatre pièces de canon à l'ennemi.

À cinq heures du soir, les différens corps d'armée étaient à leur place. A la droite, le maréchal Ney ; au centre, le maréchal Lannes ; à la gauche, le maréchal Mortier, à la réserve, le corps du général Victor et la garde.

La cavalerie, sous les ordres du général Grouchy, soutenait la gauche. La division de dragons du général Latour-Maubourg était en réserve derrière la droite, la division de dragons du général Lahoussaye et les cuirassiers saxons élaient en réserve derrière le centre.

Cependant l'ennemi avait déployé toute son armée. II appuyait sa gauche à la ville de Friedland, et sa droite se prolongeait à une lieue et demie.

L'Empereur, après avoir reconnu la position, décida d'enlever sur-le-champ la ville de Friedland, en faisant brusquement un changement de front, la droite en avant, et fit commencer l'attaque par l'extrémité de sa droite.

À cinq heures et demie, le maréchal Ney se mit en mouvement ; quelques salves d'une batterie de vingt pièces de canon furent le signal. Au même moment, la division du général Marchand avança, l'arme au bras, sur l'ennemi, prenant sa direction sur le clocher de la ville. La division du général Bisson le soutenait sur la gauche. Du moment où l'ennemi s'apperçut que le maréchal Ney avait quitté le bois où sa droite était d'abord en position, il le fit déborder par des régimens de cavalerie, précédés d'une nuée de Cosaques. La division de dragons du général Latour-Maubourg , se forma sur-le-champ au galop sur la droite, et repoussa 1a charge ennemie. Cependant le général Victor fit placer une batterie de trente pièces de canon en avant de son centre ; le général Sennarmont qui la commandait, se porta à plus de quatre cents pas en avant, et fit éprouver une horrible perte à l'ennemi. Les différentes démonstrations que les Russes voulurent faire pour opérer une diversion, furent inutiles. Le maréchal Ney, avec un sang-froid et avec cette intrépidilé qui lui est particulière, était en avant de ses échelons, dirigeait lui-même les plus petits détails, et donnait l'exemple à un corps d'armée, qui toujours s'est fait distinguer, même parmi les corps de la Grande-Armée. Plusieurs colonnes d'infanterie ennemie, qui attaquaient la droite du maréchal Ney, furent chargées à la bayonnette et précipitées dans l'Alle. Plusieurs milliers d'hommes y trouvèrent la mort ; quelques-uns échappèrent à la nage. La gauche du maréchal Ney arriva sur ces entrefaites au ravin qui entoure la ville de Friedland. L'ennemi qui y avait embusqué la garde impériale russe à pied et à cheval, déboucha avec intrépidité et fit une charge sur la gauche du maréchal Ney, qui fut un moment ébranlée ; mais la division Dupont, qui formait la droile de la réserve, marcha sur la garde impériale, la culbuta et en fit un horrible carnage.

L'ennemi tira de ses réserves et de son centre d'autres corps pour défendre Friedland. Vains efforts ! Friedland fut forcé et ses rues furent jonchées de morts.

Le centre que commandait le maréchal Lannes se trouva dans ce moment engagé. L'effort que l'ennemi avait fait sur l'extrémité de la droite de l'armée française ayant échoué, il voulut essayer un semblable effort sur le centre. Il y fut reçu comme on devait l'attendre, des braves divisions Oudinot et Verdier, et du maréchal qui les commandait.

Des charges d'infanterie et de cavalerie ne purent pas retarder la marche de nos colonnes. Tous les efforts de la bravoure des Russes furent inutiles ; ils ne purent rien entamer, et vinrent trouver la mort sur nos bayonnettes.

Le maréchal Mortier, qui pendant toute la journée fît grande preuve de sang-froid et d'intrépidité en maintenant la gauche, marcha alors en avant, et fut soutenu par les fusiliers de la garde que commandait le général Savary. Cavalerie, infanterie, artillerie, tout le monde s'est distingué.

La garde impériale à pied et à cheval, et deux divisions de la réserve du 1er corps n'ont pas été engagées. La victoire n'a pas hésité un seul instant. Le champ de bataille est un des plus horribles qu'on puisse voir. Ce n'est pas exagérer que de porter le nombre des morts, du côté des Russes, de quinze à dix-huit mille hommes : du côté des Français la perte ne se monte pas à cinq cents morts, ni à plus de trois mille blessés. Nous avons pris quatre-vingt pièces de canon et une grande quantité de caissons. Plusieurs drapeaux sont restés en notre pouvoir. Les Russes ont eu vingt-cinq généraux tués, pris ou blessés. Leur cavalerie a fait des pertes immenses.

Les carabiniers et les cuirassiers, commandés par le général Nansouty, et les différentes divisions de dragons se sont fait remarquer. Le général Grouchy, qui commandait la cavalerie de l'aile gauche, a rendu des services importans.

Le général Drouet, chef de l'état-major du corps d'armée du maréchal Lannes ; le général Cohorn ; le colonel Regnaud , du 15e de ligne ; le colonel Lajonquière, du 60e de ligne ; le colonel Lamotte, du 4e de dragons ; et le général de brigade Brun ont été blessés. Le genéral de division Latour-Maubourg l'a été à la main. Le colonel d'artillerie Desfouineaux, et le chef d'escadron Hutin, premier aide-de-camp du général Oudinot, ont été tués. Les aides-de-camp de l'Empereur, Mouton et Lacoste, ont été légèrement blessés.

La nuit n'a point empêché de poursuivre l'ennemi : on l'a suivi jusqu'à onze heures du soir. Le reste de la nuit, les colonnes qui avaient été coupées ont essayé de passer l'Alle, à plusieurs gués. Partout, le lendemain et à plusieurs lieues nous avons trouvé des caissons, des canons et des voitures perdues dans la rivière.

La bataille de Friedland est digne d'être mise à côté de celles de Marengo, d'Austerlitz, et d'Iéna. L'ennemi était nombreux, avait une belle et forte cavalerie, et s'est battu avec courage.

Le lendemain 15, pendant que l'ennemi essayait de se rallier, et faisait sa retraite sur la rive droite de l'Alle, l'armée française continuait, sur la rive gauche, ses manoeuvres pour le couper de Königsberg.

Les tètes des colonnes sont arrivées ensemble à Wehlau, ville située au confluent de l'Alle et de la Pregel.

L'Empereur avait son quartier-général au village de Paterswalde.

Le 16, à la pointe du jour, l'ennemi ayant coupé tous les ponts, mit à profit cet obstacle pour continuer son mouvement rétrograde sur la Russie.

À huit heures du matin l'Empereur fît jetter un pont sur la Pregel, et l'armée s'y mit en position.

Presque tous les magasins que l'ennemi avait sur l'Alle ont élé par lui jettés à l'eau ou brûlés. Par ce qui nous reste on peut connaître les pertes immenses qu'il a faites. Partout dans les villages les Russes avaient des magasins, et partout en passant ils les ont incendiés. Nous avons cependant trouvé à Wehlau plus de six mille quintaux de blé. 

À la nouvelle de la victoire de Friedland, Königsberg a été abandonné. Le maréchal Soult est entré dans cette place, où nous avons trouvé des richesses immenses, plusieurs centaines de milliers de quintaux de blé, plus de vingt mille blessés russes et prussiens, tout ce que l'Angleterre a envoyé de munitions de guerre à la Russie, entre autres cent soixante mille fusils encore embarqués. Ainsi la Providence a puni ceux qui, au lieu de négocier de bonne foi pour arriver à l'oeuvre salutaire de la paix , s'en sont fait un jeu, prenant pour faiblesse et pour impuissance la tranquillité du vainqueur.

L'armée occupe ici le plus beau pays possible. Les bords de la Pregel sont riches. Dans peu les magasins et les caves de Dantzick et de Königsberg vont nous apporter de nouveaux moyens d'abondance et de santé.

Les noms des braves qui se sont distingués, les détails de ce que chaque corps a fait, passent les bornes d'un simple bulletin, et l'état-major s'occupe de réunir tous les faits.

Le prince de Neufchâtel a, dans la bataille de Friedland, donné des preuves particulières de son zèle et de ses talens. Plusieurs fois il s'est trouvé au fort de la mélée, et y a fait des dispositions utiles.

L'ennemi avait recommencé les hostilités le 5 : on peut évaluer la perte qu'il a éprouvée en dix jours, et par suite de ces opérations, à soixante mille hommes pris, blessés, tués ou hors de combat. Il a perdu une partie de son artillerie, presque toutes ses munitions et tous ses magasins sur une ligne de plus de quarante lieues.

Les armées françaises ont rarement obtenu de si grands succès avec moins de perte.

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