Bataille de Castiglione

Maréchal de l'Empire
12 janvier
2018
Thématique
ConflitGuerres napoléoniennes
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Après les récentes victoires de Bonaparte à Montenotte, Lodi et la prise de Milan, l'armée française avait repoussé les Autrichiens du Tyrol et occupait l'Italie.

En juillet 1796, des débris de l'armée d’Autriche s'étaient réfugiés dans la ville de Mantoue. Un siège fut mis en place, et le général Jean-Mathieu-Philibert Sérurier en avait la charge.

Évidemment, lorsque les hautes instances de l'empire d’Autriche eurent vent des défaites et du début du siège de Mantoue, elles décidèrent de changer de tactique. Alors qu'une offensive d'une assez grande ampleur était prévue en Alsace, sur le front Nord, ces hautes instances se ravisèrent et décidèrent d'y envoyer le maréchal Dagobert von Wurmser, fort de 30.000 hommes de l'armée du Haut Rhin, pour reprendre ce qui leur avait été pris.

En combinant les hommes du général Jean-Pierre de Beaulieu, le général wallon au service de la monarchie des Habsbourg, la garnison de Mantoue et les forces de Wurmser, l'armée autrichienne était forte de 80.000 hommes. Celle-ci s’apprêtait à en découdre de nouveau.

L'infériorité numérique régnait côté français. Le jeune général de l'armée d'Italie, Napoléon Bonaparte, ne possédait que 40.000 hommes, dont une partie était avec le général Serrurier pour le siège de Mantoue. Étant au courant des préparatifs autrichiens, Bonaparte demanda à plusieurs reprises au Directoire des renforts, arguant que les 40.000 hommes ne pourraient faire face à la menace autrichienne.

Quoi qu'il en soit, Bonaparte ne reçut par l'aide souhaitée. En effet, l'armée du Rhin entra en campagne bien trop tard. L'ouverture d'un nouveau front ne détourna pas les hommes du maréchal Wurmser, qui étaient presque sur place, de leur route.

Lorsque l'armée du maréchal Wurmser fut au complet, il fut décider de la diviser en trois corps distincts. À ce moment précis, les forces autrichiennes se concentrèrent dans le Tyrol :

  • La gauche de l'armée autrichienne était menée par les généraux Davidovich, Meszàros et Mittrovsky. Ils avaient alors 20.000 hommes. Leur objectif était de déboucher dans la vallée du fleuve Adige, reprendre Vérone (qui venait d'être abandonnée par les Français) et se porter sur Cossaria.
  • Au centre, c'est le maréchal Wurmser avec 30.000 hommes qui devait arriver entre l'Adige et le lac de Garda.
  • Enfin, la droite menée par Quasdanovich, Ocksai, Ott, le prince de Reuss, Bajalich, fort de 20.000 hommes, devait arriver par la Chiese et contourner l'armée française pour la détruire.

De manière simple, au début tout du moins, l'armée française était concentrée entre la Chiese et le Mincio (deux affluents du Pô) et était ainsi encerclée.

Napoléon ne connaissait encore rien du plan autrichien. Pourtant il reçut de nombreuses estafettes l'informant du mouvement ennemi et de l'attaque d'une division Meszàros sur Vérone. Ensuite, il apprit que le général Quasdanovich avait débouché par la Chiese avec ses hommes, qu'il avait repris des villes et qu'on se battait vivement dans la ville de Salo.

Par la suite on lui apprit que ce même général, le 30 juillet, s'était porté sur Brescia coupant l'armée républicaine de Milan. Des observateurs avaient rapporté que de très grandes étendues de feux de bivouac étaient visibles entre le lac de Garde et l'Adige.

Très vite, Napoléon comprit le plan de Wurmser. Le maréchal autrichien a pris le risque de séparer son armée en trois parties réduisant le nombre de soldats par corps d'armée. Pourtant, s'il avait attaqué directement Bonaparte avec toutes ses forces, la défaite aurait été inévitable pour les Français, du fait de la supériorité numérique autrichienne. A contrario, en attaquant corps d'armée par corps d'armée, les troupes républicaines avaient bien plus de chances de réussir.

De son côté, Wurmser pensait que l'armée française était rassemblée en un point, autour de Mantoue. Pour lui, il fallait donc la rendre mobile et lever ce siège. Pourtant, c'est bien dans la mobilité que repose le plan de Napoléon. Dans la mobilité et la vitesse, pour affronter les différentes parties des troupes autrichiennes.

Dans la nuit du 31 juillet au 1 août, le général Serrurier leva le siège de Mantoue pour ne pas se retrouver coupé des autres.

Carte des manoeuvres effectuées lors de la Bataille de Castiglione du 3 au 5 août 1796.Carte des manoeuvres effectuées lors de la Bataille de Castiglione du 3 au 5 août 1796.

Début des manœuvres

Napoléon, lui, décida de se porter sur la droite autrichienne commandée par Quasdanovich qui avait débouché par Brescia.

Le général André Masséna se battait sur les hauteurs entre l'Adige et le lac de Garde (là où on voyait les grands feux des bivouacs autrichiens au loin). Pour le moment, il tenait bon.

Le général Jean Joseph Guieu se battait, lui, vaillamment avec ces hommes pour défendre la ville de Salo. Les combats duraient depuis plus de 48h et les Français n'avaient rien cédé à l'ennemi. La division Sauret était venue à leur aide et avait permis de détruire entièrement une division autrichienne.

Le général Ockstai s'était dirigé vers la ville de Lonato afin de rejoindre le corps central à Mincio. Napoléon ne lui en laissa pas le temps. Les divisions Sauret et Dallemagne mirent en échec les troupes autrichiennes. Les restes ennemis se replièrent.

À la suite de quoi, Napoléon marcha sur Brescia et arriva le 1er août à 10h du matin. Augereau et Masséna avaient opéré des manœuvres afin de couvrir les troupes françaises.

Lorsque la garnison de Brescia apprit l'arrivée de l'armée française, celle-ci se replia. Bonaparte envoya quelques bataillons poursuivre ces fuyards.

Le 2 août Masséna occupa la position de Ponte San Marco. Malheureusement pour les arrières gardes françaises laissées à l'arrière, celles-ci durent se replier de la ville de Castiglione à cause de la pression exercée par les hommes de Quasdanovich.

Mais le 3 août, Quasdanovich est battu par l'armée française à Salò et Lonato.

C'est à ce moment-là que Wurmser était descendu avec ses troupes des hauteurs de l'Adige (où Masséna avait tenu bon précédemment) pour affronter l'armée française à Lonato. Peter Quasdanovich qui formait la droite des Autrichiens était à Salò, Wurmser en livrant bataille à Lonato avec 30.000 hommes contre 23.000 voulait établir des communications avec sa droite, puisqu'il avait eu vent des difficultés de Quasdanovich.

Lors de cette bataille, Wurmser a trop cherché à se rapprocher de Salò, donc à étirer sa droite. Malgré des débuts victorieux, les Autrichiens furent enfoncés en leur centre et coupés en deux.

Au même moment, Augereau avait repris Castiglione, mais au prix de très nombreuses pertes.

À l'issue de cette journée, Quasdanovich fut coupé du centre et ne pouvait le rejoindre. Les Français avaient été tellement mobiles qu'il avait l'impression de les voir partout. De nombreuses colonnes autrichiennes qui s'étaient repliées dans les combats précédents et qui avaient été poursuivies par les différentes divisions françaises déposèrent les armes, car elles étaient totalement désorganisées.

Le 4 août, Wurmser, avait ré-organisé son armée et l'avait ravitaillée. Son armée comptait environ 30.000 hommes.

Bonaparte ordonna l'ordre de se retrancher à Castiglione.

Bataille du Monte Medolano

Le maréchal Charles Pierre François Augereau, duc de Castiglione, peint par Jeanne Belloc (1834), Musée de l'Armée.Le maréchal Charles Pierre François Augereau, duc de Castiglione, peint par Jeanne Belloc (1834), Musée de l'Armée.

Le 5 août au matin, les troupes françaises se tenaient prêtes sur les hauteurs de Castiglione. Les troupes autrichiennes, quant à elles, avaient formé une ligne entre Solferino et le Monte Medolano. Dans cette plaine, la colline était le point d'appui du flanc gauche autrichien et la clé de voûte de la bataille.

Si les troupes de l'empire autrichien décidèrent de se poster là, c'était notamment pour ré-organiser l'armée et préparer une rentrée dans la forteresse de Mantoue.

Pierre Augereau, au prix de fortes négociations et d'une dispute avec Napoléon, proposa un plan offensif audacieux. Le but était d'attaquer le centre ennemi, de feindre une retraite et d'orienter Wurmser à une contre-attaque que ce dernier aurait jugé facile afin de couper l'armée française en deux.

Augereau comptait aussi le redéploiement des troupes républicaines et sur les troupes du général Fiorella (remplaçant de Serrurier, tombé malade) qui, marchant toute la nuit, devait tomber derrière le côté gauche autrichien. Ainsi, cela permettrait aux troupes de Bonaparte de mettre en place un étau afin de rompre l'armée ennemie.

Toutefois, le plan d'Augereau devait nécessiter une grande coordination, chose compliquée pour l'époque puisque les communications étaient peu performantes. Les soldats devaient se débrouiller avec les ordres donnés la vieille.

Position des forces françaises lors de la bataille du Monte Medolano.Position des forces françaises lors de la bataille du Monte Medolano.

Le début de la bataille s'engagea comme prévu, Masséna et Augereau attaquèrent le centre. Wurmser fut surpris de cette tactique, puis opéra - comme prévu - sa contre-attaque.

Malheureusement, Fiorella attaqua trop vite les troupes autrichiennes. Wursmer, comprit et décida de scinder ses troupes afin d'intercepter le général français qui avait repris la division Serrurier. Le plan d'Augereau venait d'être compromis...

Mais, Bonaparte réagit au plus vite. Il dicta des ordres pour Masséna afin d'attaquer l'aile droite ennemie pendant que celui-ci conduit l'attaque sur le flanc gauche, c'est-à-dire sur le Monte Medolano.

Par la manœuvre de Wurmser pour créer une nouvelle ligne de combat, le Monte Medolano n'était plus le flanc gauche ennemi, mais le point d'articulation de l'armée autrichienne. Presque le centre névralgique des troupes autrichiennes.

L'aide de camp Marmont dirigea un tir d'artillerie nourri sur la position de la colline. Ensuite le général Verdier mena la charge sur les troupes autrichiennes qui commencèrent à tourner de l’œil. Le général Fiorella, bien qu'ayant fait une erreur précédemment, arriva sur l'arrière ennemi et faillit capturer le maréchal Wursmer qui s'échappa de justesse des mains françaises.

Wursmer avait tenté de dégarnir son flanc droit pour venir consolider la gauche, mais Masséna avait culbuté celui-ci pendant qu'Augereau attaquait le centre de l'armée autrichienne.

L'ensemble des troupes de Wurmser se replièrent en désordre sur la rive gauche du Mincio. Les troupes françaises étaient déjà bien fatiguées des combats et des marches précédentes.

Napoléon ordonna tout de même la poursuite de l'ennemi pour maintenir une pression afin de laisser cette désorganisation régner dans leurs rangs.

La bataille de Castiglione, peint par Victor Adam (1836), château de Versailles.La bataille de Castiglione, peint par Victor Adam (1836), château de Versailles.

Conséquence

La victoire, bien qu'elle ne soit pas décisive, apporta un très grand soutien moral aux troupes de la République, et découragea de manière phénoménale les Autrichiens et leurs partisans en Italie.

Elle permet aussi aux troupes françaises de saisir du matériel adéquat pour cette armée qui en manquait cruellement durant cette campagne d'Italie. Et enfin, la renommée de Bonaparte ne fit que s’accroître dès lors.

Par la suite, une série de petites batailles se suivront, mais les troupes françaises reprendront le siège de Mantoue et les villes perdues depuis le 29 juillet.

La bataille de Castiglione s'étend sur plusieurs jours et sur un terrain assez grand, plutôt disparate à cause des différents affluents et du lac.

Bien que l'armée autrichienne ne soit pas détruite, elle perdit 25.000 hommes, tués ou blessés, en l'espace d'une grosse semaine. Les Français firent 15.000 prisonniers, prirent 70 canons et 9 drapeaux ainsi que du matériel ennemi.

L'armée de Wurmser est encore forte de 40.000 hommes, constituée de très bonnes troupes encore, mais d'autres sont très mauvaises du fait des anciens cadres, de l'armée de Beaulieu, totalement découragé.

Les pertes françaises s'élèvent à environ 6.000 morts, 5.000 blessés et 1.400 prisonniers.

Pour aller plus loin

  • Napoléon Bonaparte, Mémoires de Napoléon : Tome 1, La campagne d'Italie (1796-1797), Editions Tallandier, 2010, 338 pages.
  • Un ancien officier de la Garde, Histoire populaire de Napoléon, Paris, H. Boisgard, 1853, 320 pages. À retrouver sur Gallica.
  • Napoléon Bonaparte, Mémoires pour servir à l'histoire de France sous le règne de Napoléon Ier, écrits à Sainte-Hélène, sous sa dictée, par les généraux qui ont partagé sa captivité, Paris : Garnier frères, 1904. À retrouver sur Gallica.
  • HammerHammer Le petit Napoléon, Chroniqueur, Historien, Youtubeur
  • "Ce qui ne me tue pas me rend plus fort." Alexandre III le Grand
  • "Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas." Napoléon Bonaparte