Bataille du pont de Lodi

Maréchal de l'Empire
22 septembre
2017
Thématique
Période historique
  • Guerres de la Révolution française
  • Guerres napoléoniennes
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Contexte général du côté français

Napoleon à Toulon (1793) par Edouard DetailleNapoleon à Toulon (1793) par Edouard Detaille

Pendant la Révolution française, la première campagne d'Italie, qui commença en 1796, fut souvent considérée comme secondaire en comparaison des fronts situés plus au Nord.

Après la victoire de Toulon en 1793, Napoléon Bonaparte fut nommé général de brigade. Il obtint par la suite le rôle de commandant de l'artillerie de l'armée d'Italie.

Lorsque la campagne de 1794 débuta, Robespierre venait de tomber. Sachant qu'il le connaissait et qu'il avait eu des liens avec le milieu jacobin, Napoléon fut écarté quelques temps.

Après bien des mois et quelques changements en France, Napoléon arriva à se faire valoir auprès du Directoire. Il participa notamment à des actions, comme la répression des royalistes avec Murat.

Lorsqu'il était évincé de son rôle de l'armée d'Italie, Napoléon avait mûri longuement des stratégies d'attaques qu'ils pourraient présenter s'il obtenait, comme il l'espèrait, un poste de commandement dans l'armée d'Italie.

Après avoir gagné la confiance du Directoire, il finit par obtenir le rôle de commandant de l'armée d'Italie puisque le général Schérer eut des soucis de santé. Sa nomination fut effective le 2 mars 1796.

Armé de ses idées et de son plan de campagne, Napoléon arriva le 27 mars à Nice pour retrouver ses troupes.

De manière simple et généraliste, voici comme Bonaparte décrivait son plan :

« Faire accepter la paix au roi de Sardaigne  (Piémont), conquérir la Lombardie, détruire l'influence de la Maison d'Autriche. Maître de la Lombardie, s'emparer des gorges de Trente, pénétrer dans l'intérieur du Tyrol, se réunir avec l'armée du Rhin et obliger l'Empereur [...] à conclure une paix qui réponde aux attentes de l'Europe. »

Contexte général du côté de la Première coalition

Cette coalition fut formée en 1792, dans le but de « recadrer » le royaume de France -à ce moment- qui souhaitait exporter la Révolution, avait envahi les Pays-Bas et tué son roi notamment.

Pendant les deux premières années de cette guerre, la France fut attaquée de part et d'autre par les coalisés. Mais dès 1794, ceux-ci subissèrent quelques revers au Nord et au Sud, le territoire français initial est libéré. Mais les offensives françaises de 1795 furent un échec cuisant pour les armées du Nord. Selon les informateurs autrichiens, l'année suivante, la France comptait en finir avec l'Autriche avec les armées du Nord et d'Italie.

Sur ce théâtre d'opérations, les Autrichiens furent épaulés par le Piémont de Sardaigne (Issu du royaume de Sardaigne). S'ajoute un des plus précieux alliés, l'Angleterre, qui apportait du soutien naval et financier aux membres principaux de la 1ère coalition.

Résumé de la campagne d'Italie avant Lodi

Dans les esprits des hautes instances de l'État-Major français, l'armée d’Italie devait détourner l'attention des Autrichiens et de ses alliés en Italie pour permettre aux armées de Jourdan et Moreau de marcher sur Vienne.

Au début de cette campagne, les Français obtinrent quelques petits succès puis remportèrent les batailles de Montenotte et Mondovi. Ainsi les troupes de la République se retrouvèrent en position de force. Elles occupèrent la quasi-totalité du Piémont, de nombreuses places fortes stratégiques étaient en leurs possessions, forçant les Autrichiens à évacuer cette partie du territoire.

Le royaume de Sardaigne engagea des pourparlers pour un traité de paix. En attendant, un armistice fut conclu à Cherasco.

Le premier point du plan de Bonaparte fut respecté.

Toutefois, le temps que ce texte soit transmis puis traité et approuvé par la capitale, cela laissa environ deux mois aux Autrichiens sans alliés. Si les Sardes jugeaient que ces conditions étaient trop dures, ils avaient la possibilité de reprendre le conflit aux côtés des Autrichiens.

Jean-Pierre de Beaulieu, général dand l'armée autrichienne (1725-1819)Jean-Pierre de Beaulieu, général dand l'armée autrichienne (1725-1819)

Le général Beaulieu (commandant en chef des armées autrichiennes sur ce territoire) avait donc tout intérêt à rester là où il était, et attendre un potentiel retour de ses alliés. Beaulieu se trouvait avec son armée sur la rive supérieure du Pô. Afin de « diminuer l’influence autrichienne », Bonaparte devait vaincre ces armées.

Tout va se jouer sur un franchissement tactique de ce fleuve. Il existe peu d'endroits où les troupes françaises peuvent le franchir sans difficulté, ou sans trouver une résistance autrichienne forte. Après étude de la situation, les troupes françaises franchirent le Pô à Plaisance. Il y a un effet de surprise, puisque Beaulieu est stationné en amont de cette position, à pas moins de 80 km delà.

Beaulieu comprit rapidement qu'il était en train de se faire tourner. Pour éviter de se faire trop surprendre, il franchit l'Adda (un confluent du Pô), mais dû en conséquence abandonner la ville de Milan. Tout devient une question de rapidité des marches des armées.

Bonaparte et son armée longèrent l'Adda (sur l'autre rive) pour tenter de prendre Beaulieu.

C'est ainsi que fut trouvé le point faible du dispositif autrichien : l'arrière-garde commandée par Sebottendorf, qui était stationnée à Lodi pour permettre à ses troupes de se reposer des marches forcées précédentes. Mais cette troupe avait aussi pour ordre de détruire le pont pour que les Français ne puissent le franchir.

Napoléon pensait que le général Beaulieu était présent avec le gros de ces forces en arrière de Lodi, c'est-à-dire de l'autre côté du confluent.

Récit de la bataille

Bonaparte donnant ses ordres à la bataille de Lodi
par Louis-François LejeuneBonaparte donnant ses ordres à la bataille de Lodi par Louis-François Lejeune

La ligne autrichienne se compose de 10 à 12.000 hommes dont 4.000 de cavalerie et entre 25 à 30 canons. Ces derniers furent positionnés en hauteur afin de défendre le pont.

Bonaparte mit en place son artillerie légère qui permit de protéger le pont des destructions autrichiennes.

Les troupes françaises arrivèrent petit à petit devant la ville de Lodi, qui se situait sur le côté droit de l'Adda.

Les portes étaient fermées et les ponts levés. Quelques bataillons croates (sous les ordres autrichiens) étaient restés au niveau des murs pour les défendre.

Les troupes françaises qui pourchassaient les Autrichiens, la baïonnette dans les reins depuis le passage à Plaisance, entamèrent le feu avec l'ennemi, sous les murs.

Selon, le témoignages de François Vigo Roussillon, deux grenadiers de la 32è brigade, nommé Léoni et Benezeck arrivèrent à escalader les murs près d'une porte et scièrent les bras du pont-levis.

Les troupes françaises entrèrent et repoussèrent les Croates qui s'enfuirent au-delà du pont. À ce moment, les troupes comprirent que le pont n'avait pas été détruit.

L'artillerie légère fut placée afin d'empêcher les soldats ennemis de détruire le pont, mais la réplique autrichienne ne tarda pas. Des bouches à feu de gros calibre détruisirent les quelques pièces légères françaises mises en place auparavant.

Napoléon Bonaparte apprit qu'il y avait un gué praticable au-dessus de la ville de Lodi. Il ordonna à Beaumont, commandant la cavalerie, de le franchir avec quelques pièces afin de tirailler le flanc droit de Sebottendorf.

L'artillerie autrichienne, qui tirait fort, devait être neutralisée. Le général autrichien venait de mettre en retrait ses troupes afin qu'elles ne subissent pas le feu des artilleurs français. En parallèle, sur le flanc gauche français, la manœuvre suivait son cours (avec quelques difficultés) et commençait à inquiéter les Autrichiens. Ils éprouvaient la crainte d'être débordés.

Napoléon ordonna aux soldats de se mettre en colonne avec les grenadiers et carabiniers en tête. Le pont faisait environ deux-cents mètres de long pour une dizaine de mètres de large. Cet ouvrage massif pour l'époque allait recevoir une charge française.

Au moment où le feu ennemi ralentissait, la charge fut donnée. En l'espace de quelques secondes, les troupes françaises chargèrent avec panache et courage, ce qui surprit les Autrichiens. Il n'a suffi de quelques secondes pour que les hommes se portent sur les batteries ennemies aux cris de « Vive la République ! ».

Les premières lignes autrichiennes se retrouvèrent enfoncées par l'infanterie républicaine. Les Autrichiens très malmenés se replièrent en bon ordre.

Néanmoins les troupes ne purent continuer leur avancée du fait de la présence d'une cavalerie ennemie assez conséquente et que les marches de la veille avaient éprouvé les corps et esprits des soldats.

Environ 15 canons furent pris autrichiens et il eut pas moins de 2.500 prisonniers, environ 3.000 morts, blessés ou disparus et plusieurs drapeaux capturés.

Les Français eux, déplorèrent environ 1.000 hommes tués, blessés ou disparus.

Par un simple ordre « à gauche » les troupes républicaines ont franchi le pont et surpris les Autrichiens qui ne s'attendaient pas autant d'impétuosité.

Conclusion

Avec ce passage en force des Français, les Autrichiens se retrouvèrent refoulés de la Lombardie, ils abandonnèrent les places fortes comme Pavie et Crémone, laissant Milan aux mains des Français sans aucune garnison.

Néanmoins, les forces armées autrichiennes (l'armée de Beaulieu) et l'arrière garde ont pu s'échapper malgré les pertes des précédentes batailles. Elles sont certes quasi anéanties, mais selon les attentes de Napoléon, il s'agit d'un échec. La victoire est tout de même présente par le retrait des Autrichiens de ce territoire, qui se replient en direction de la forteresse de Mantoue.

Sources

  • Napoléon Bonaparte, Mémoires de Napoléon : Tome 1, La campagne d'Italie (1796-1797), Editions Tallandier, 2010, 338 pages.
  • François Vigo-Roussillon, Journal de campagne (1793-1837), François Vigo-Roussillon, grenadier de l'Empire, Editions France-Empire, 1981.
  • HammerHammer Le petit Napoléon, Chroniqueur, Historien, Youtubeur
  • "Ce qui ne me tue pas me rend plus fort." Alexandre III le Grand
  • "Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas." Napoléon Bonaparte