Guerre soviéto-polonaise

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11 octobre
2018
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Période historique Époque contemporaine
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Il est un épisode de l’Histoire militaire peu traité dans la sphère ludique : la Guerre soviéto-polonaise de 1920. Opposant l’Etat polonais ressuscité près de 120 après la dernière partition de la Pologne en 1795 et la Russie soviétique, ce conflit voit l’Armée rouge et l’armée polonaise s’affronter dans une lutte à mort de Kiev à Varsovie.

Guerre russo-polonaise de 1920La redoutable Konarmiya

La mémoire retient de cette guerre le Miracle de la Vistule en août 1920, victoire polonaise devant Varsovie qui met un coup d’arrêt à la marée rouge. Elle retient également la participation de la France, personnalisée par l’envoi du général Weygand mais également du jeune capitaine De Gaulle aux côtés de l’armée polonaise.

Conflit méconnu alors que l’Europe occidentale panse ses plaies, la Guerre soviéto-polonaise est une guerre de mouvement d’une forme bien différente des combats qui viennent de s’achever en France. Quelles furent ses origines, son déroulement et ses conclusions ?

Renaissance et ambitions de la Pologne

L’effondrement du tsarisme et la défaite de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie en 1917-1918 ouvrent un espace propice à la renaissance de la nation polonaise. Cependant, le vide laissé par la chute des grands empires multi-ethniques empêche la définition de frontières claires.

Menée par Jozef Pilsudski, la Deuxième République polonaise ambitionne de s’étendre dans les mêmes limites que l’ancienne République des Deux Nations dont le territoire courait de la Baltique à la mer Noire.

Ainsi, en avril 1920, l’armée polonaise prend d’assaut l’Ukraine et s’empare de Kiev afin d’installer un régime ami. C’est sans compter la réaction russe.

Guerre russo-polonaise de 1920Mai 1920, l'armée polonaise lance l'assaut sur l'Ukraine. L'Armée rouge se prépare pour le contre.

Russie rouge

En effet, simultanément, alors que la guerre civile russe tourne en faveur des Rouges, Lénine et Trotsky tournent leurs regards vers l’Ouest, en particulier vers l’Allemagne. Secouée par des troubles intérieurs opposant la gauche et la droite, celle-ci semble mûre pour la révolution. Dans le même temps, la prise de Kiev par les Polonais enfonce un coin dans la sphère d’influence historique de la Russie. En juin 1920, l’Armée rouge reprend l’initiative.

L’aigle blanc face à l’étoile rouge

Si la guerre entre la Russie et la Pologne a en réalité commencé en 1919 par des affrontements frontaliers de faible envergure, l’offensive polonaise en Ukraine puis l’attaque russe embrasent l’Europe orientale au printemps 1920. En Ukraine, la Konarmya (1re Armée rouge de Cavalerie) de Boudienny chasse les Polonais de l’Ukraine. Plus au nord, le Front Ouest commandé par Toukhatchevski brise les lignes polonaises. Minsk, Vilnius, Kiev succombent l’une après l’autre sous les coups des armées russes. Un Comité révolutionnaire polonais, dirigé par Félix Djerzinski, fondateur de la Tchéka, est fondé.

Les combats se caractérisent par des manœuvres sur de grands espaces, une densité de troupes et d’armements lourds bien plus faibles, l’emploi de grandes masses de cavalerie qui constituent le fer de lance des offensives. Les uhlans polonais et les cosaques rouges sont à l’honneur durant les batailles, réalisant le rêve de tout cavalier du front occidental. L’utilisation de trains blindés et d’unités de chars est également à noter.

Charles De Gaulle, présent en Pologne en 1920, repart en France marqué par la guerre de mouvement menée à l’est, très éloignée de la pensée militaire française d’Entre-Deux-Guerres.

Guerre russo-polonaise de 1920La Mission militaire française aux côtés de l'armée polonaise.

La chute de Varsovie semble inéluctable. Mi-août, Toukhatchevski est aux portes de la ville mais se heurte aux défenses érigées par des milliers de volontaires soulevés par un élan patriotique. C’est l’occasion qu’attendait Pilsudski. Une contre-offensive est lancée et brise l’élan ennemi. La 4ème Armée soviétique et le Kavkor (Corps de Cavalerie) sont détruits, contraint de se réfugier en Prusse orientale face à la pression polonaise. Le contre polonais se poursuit et Toukhatchevski doit reculer. La Konarmya, envoyée en renfort, est à son tour vaincue, notamment du fait de la mésentente entre les commandants russes (dont Staline actif sur le Front Sud-Ouest). Vilnius est reprise par les Polonais.

À l’automne, les deux belligérants sont épuisés par des mois de combats et entament des pourparlers.

Paix

Le traité de Riga, signé le 18 mars 1921, met fin à la guerre. Le rêve d’une expansion européenne de la révolution est terminé. Les frontières sont tracées mais demeurent un sujet sensible.

Deux décennies plus tard, Moscou prend sa revanche : d’abord en récupérant la partie orientale de la Pologne grâce au pacte germano-soviétique de 1939, ensuite en faisant tomber la Pologne dans son orbite après sa victoire sur l’Allemagne en 1945.

Guerre russo-polonaise de 1920Après la victoire polonaise, les frontières sont fixées mais l'orage gronde au-dessus de la Pologne.

Et sur plan ludique ?

Sur ordinateur, nous pouvons retrouver la Guerre soviéto-polonaise dans un scénario de Revolution under Siege Gold, d’Ageod : le joueur peut ainsi mener les armées polonaises ou russes au combat. Un scénario est également présent dans The Operational Art of War IV, de Matrix Games.

Du côté du wargame papier, Red Star / White Eagle, the Russo-Polish War, 1920, Designer Signature Edition, est récemment paru chez Compass Games. Enfin, Scythe, grand succès parmi les jeux de société, s’inspire de cette période en faisant s’affronter dans un monde uchronique post-Grande Guerre des factions inspirées des belligérants de l’époque (Polonia, Rusviet, Saxony...).

Bibliographie

  • Norman Davies, White Eagle, Red, the Polish-Soviet War 1919-1920 and the « Miracle of Vistula », Pimlico, 2003, 352 pages.
  • Nigel Thomas (auteur), Adam Hook (illustrateur), Armies of the Russo-Polish Wars 1919-1021, collection Men-at-Arms, Osprey Publishing, 2014, 48 pages.
  • Isaac Babel, Cavalerie rouge, suivi de Journal de 1920, Actes Sud, 1997, 398 pages.