Gravelotte 1870 : l'occasion ratée de gagner la guerre

L'Amiral
Thématique
Guerre franco-prussienne
23 mars
2018
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Période historique Époque contemporaine
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La guerre franco-prussienne de 1870 souffre encore de nos jours d’une mauvaise publicité. Son enseignement n’est que trop rapide et sa « faute » est d’être trop proche chronologiquement de la Première Guerre mondiale. Pourtant, elle n’en est pas juste la cause indirecte.

La guerre franco-prussienne permet de poser les bases de la guerre moderne ; bases qui seront approfondies lors de la Grande Guerre. Ainsi, les mitrailleuses ne sont pas encore inventées, mais leurs ancêtres, les curieux « canons à balles » Reffye français, feront des ravages dans les rangs prussiens. Pourtant, les batailles ont été sanglantes et les Français ont certes perdu la guerre, mais en infligeant de sévères pertes et de grosses défaites aux Prussiens.

La bataille de Gravelotte - ou Saint-Privat pour les Français - est l’exemple même des terrifiants combats autour de Metz en août 1870, mais aussi de la victoire tactique française… pour une victoire stratégique prussienne. Les Français parviennent alors à remporter des batailles mais l’issue de la guerre ne changera pas.

Une bataille à Mars-la-Tour pas vraiment terminée

Depuis le 2 août 1870, la France et la Prusse sont en guerre sur le front à l’Est de l’Hexagone. Les Français font des percées en territoire allemand, mais ne les exploitent pas. De leur côté, les Prussiens attaquent par le Nord de l’Alsace et arrivent en Moselle : les troupes françaises résistent mais sont battues à Reichshoffen (4 août) ou encore à Spicheren (6 août). À chaque bataille, les deux camps s’infligent des pertes élevées.

Gravelotte : Quand la France perd sa dernière occasion de gagner la guerreVon Moltke, aux alentours de 1870.

Le principal objectif du chef d’état-major prussien, Helmut von Moltke (dont le fils est le général von Moltke au début de la Première Guerre mondiale), est de prendre Metz, ville de garnison.

Depuis le XVIIIème siècle, la ville est en effet une place forte principale dans le dispositif français tourné vers la menace prussienne ; ses fortifications sont puissantes, bien préparées, et le quartier-général de l’Armée du Rhin commandée par le maréchal Bazaine s’y trouve. Qui plus est, capturer la ville ouvre la voie vers Verdun, puis Paris.

Moltke commence une manoeuvre d’encerclement classique à partir du 14 août. Le 16 août, les premiers soldats prussiens occupent la route allant de Metz à Verdun. Le maréchal Bazaine, trop observateur, ne prend pas la mesure du risque. Pourtant, au Nord-Ouest se trouve le gros de l’Armée française avec l’Empereur Napoléon III lui-même.

Bazaine s’en rend compte trop tard ; il cherche à rejoindre Verdun et décide de tenter une sortie le jour même. C’est toute son armée qui s’en va : les 127 000 hommes se dirigent avec armes et bagages vers la ville de Verdun.

Des dragons hanovriens repèrent la colonne, et par hasard le corps de 30 000 hommes du général von Alvensleben arrive au contact. Au cours de la bataille, les Français conservent leurs positions, et les Prussiens sont étrillés. Mais Bazaine, trop long à décider, ne prend pas l’avantage et se replie à l’ouest de Metz.

Ce repli est une très mauvaise considération tactique : si l’Armée du Rhin avait contre-attaqué, elle aurait culbuté les IIIe et Xe corps prussiens, totalement désorganisés. Les Français s’installent alors et organisent des positions défensives.

Les Prussiens reprennent l’offensive

Devant cette décision surprenante, Moltke décide d’attaquer et d’en finir avec Metz. Il raconte la journée du 18 août dans son oeuvre « La guerre de 1870 » (1891) :

« Le maréchal Bazaine n’avait pas jugé à propos de se mettre en marche sur Verdun, du moment que les Allemands se trouvaient postés si près, sur le flanc de sa ligne de marche. Il avait préféré concentrer ses forces dans une position près de Metz, qu’à bon droit il considérait comme presque imprenable.

Cette position lui était fournie par la série de hauteurs qui longent la vallée de Chatel à l’ouest. Le versant qui faisait face à l’ennemi, est large et s’abaisse tout découvert en forme de glacis, tandis que l’autre versant étant peu étendu et escarpé, offrait de bons couverts aux réserves. La crête de ce plateau fut occupée de Roncourt à Rozérieulles, par les 6e, 4e, 3e et 2e corps d’armée, sur une étendue de plus de 10 kilomètres ; pour chaque pas de cette étendue, on disposait de 8 à 10 hommes. Une brigade du 5e corps était postée à Sainte-Ruffine, dans la vallée de la Moselle ; la cavalerie se trouvait derrière les deux ailes.

Les 2e et 3e corps se mirent immédiatement à établir des tranchées-abris, à construire des emplacements pour batteries et des chemins de communication couverts, et à transformer les fermes, situées en avant, en fortins. Pour aborder cette aile par l’ouest, il fallait d’ailleurs commencer par franchir la profonde vallée du ruisseau de la Mance.

Le 6e corps par contre n’avait pas de parc de génie du tout, et ce qui caractérise bien la manière dont l’armée française avait été pourvue de ses services, il fallut, pour assurer le transport des blessés, décharger, malgré le nombre incalculable de voitures du train, les fourgons de vivres et brûler leur chargement. Aussi le 6e corps se vit-il hors d’état de fortifier l’extrémité de sa position vers la forêt de Jaumont, ce qui eût considérablement renforcé l’aile droite. c’est là aussi que, incontestablement, on aurait dû poster la garde impériale ; mais le maréchal redoutant sans cesse de se voir attaqué par le sud, avait retenu cette réserve à Plappeville. »

Moltke lance la Ière et IIème armée prussienne dans la bataille. À noter que le commandant de la IIe armée prussienne n’est autre que le prince Frédéric-Charles, neveu du roi de Prusse Guillaume Ier. Ce dernier est le grand-père du futur Guillaume II, qui sera à la tête de l’Allemagne durant la Première Guerre mondiale.

Gravelotte : Quand la France perd sa dernière occasion de gagner la guerreLe Kaiser Guillaume Ier.

Comme de tradition, le Kaiser Guillaume Ier suit ses troupes sur le champ de bataille. Il n’est jamais loin des combats, et a une part prédominante dans l’élaboration des plans de bataille. Napoléon III fait de même, puisqu’il est à ce moment à Sedan avec son armée.

La ville de Metz dispose d’une série de fortifications, dont des forts. Bazaine souhaite s’en servir, notamment pour leur puissante artillerie. Les forts de Plappeville et de Saint-Quentin, édifiés par le lieutenant-colonel du Génie Séré de Rivières (comme le fort de Queuleu) forment l’arrière des troupes françaises, s’étalant des villages de Rozérieulles à Saint-Privat.

Les troupes françaises ont pu se retrancher, mais n’ont pas toutes le même niveau de préparation. Les Prussiens ont l’avantage de l’offensive : le 18 août, à 8h du matin, Moltke fait avancer ses troupes. Les Français ont modifié leurs positions, et les reconnaissances prussiennes sont trop imprécises ; le IXe corps prussien du prince Frédéric-Charles doit attaquer l’aile droite du dispositif français, à Vernéville.

Très vite, l’approche des prussiens rencontre une résistance inattendue. Le prince Frédéric-Charles se rend alors compte de son erreur : ses troupes se dirigent tout droit vers le centre français, le point le mieux défendu !

L’avantage principal est pour les Français

Les troupes françaises attendent l’ennemi. Elles savent que la route de Verdun est coupée, mais ne désespèrent pas : l’Empereur n’est-il pas en train de préparer son armée et de venir de Sedan ? Vers midi, les troupes prussiennes, avançant avec précaution, n’ont toujours pas rencontré l’ennemi.

Le général Manstein (dont le petit fils adoptif sera Erich von Manstein, général allemand de la Seconde Guerre mondiale) rencontre devant Amanvillers l’artillerie française de la 25ème division d’infanterie. Bien retranchés, les Français vident leurs armes sur les Prussiens. C’était un piège habile : les troupes françaises avaient paru isolées aux assaillants, mais elles étaient totalement préparées. Les soldats de Manstein sont pris sous un feu venant de tous les côtés.

Moltke décrit le combat dans son ouvrage :

« Il [Manstein] s’imagina donc avoir en face de lui l’aile droite ennemie et résolut d’agir conformément aux instructions qui lui avaient été données en premier lieu et de surprendre l’ennemi en l’attaquant subitement. Huit de ses batteries engagèrent la lutte.

Mais en peu d’instants les troupes françaises eurent gagné les positions qu’elles avaient préparées. Ce corps qui venait attaquer isolément devait naturellement attirer sur lui, non seulement les feux du corps ennemi qu’il avait en face de lui, mais ceux aussi des corps flanquants.

Afin de trouver quelque peu de couverts dans le terrain, les batteries prussiennes avaient pris position sur la pente du creux évasé montant vers Amanvillers, mais de la sorte leur front était dirigé vers le sud-est et par le nord l’artillerie ennemie appuyée par les feux des masses d’infanterie les prenait en flanc et même à revers. »

Les Français ont un avantage non négligeable : leur fusil Chassepot, le plus moderne pour l’époque, est très précis et la cadence de tir est élevée. Les Prussiens n’ont aucune chance avec leurs fusils à aiguille qui ressemblent encore fort à ceux de l’Empire ! Les fusils Dreyse, avec chargement par la culasse, n’ont pas encore été distribués à tous les soldats de Guillaume Ier, et quand bien même, leur portée est inférieure de moitié à celle du Chassepot. Moltke lui-même reconnaît l’échec de cette attaque :

« Elle eut à subir des pertes fort graves par ce fait que les Français, grâce à la longue portée de leur fusil Chassepot, pouvaient se maintenir hors de la zone efficace du fusil à aiguille des Allemands ; c’est l’artillerie en particulier qui perdit de la sorte beaucoup de monde. L’une des batteries avait déjà 45 de ses servants hors de combat, quand les tirailleurs ennemis se jetèrent sur elle. Il n’y avait pas d’infanterie à portée pour la protéger et elle perdit deux de ses pièces.

À 2 heures les autres batteries n’étaient plus guère à même de continuer la lutte et la situation ne s’améliora que quand la division hessoise arriva à Habonville et mit en position, sur la gauche, cinq batteries des deux côtés de la voie ferrée. Celles-ci attirèrent quelque peu sur elles le feu concentrique des Français. On put faire revenir en arrière, en échelons, les batteries de la 18e division qui avaient souffert le plus et, durant ce mouvement rétrograde, elles durent repousser, en tirant à mitraille, les ennemis qui les poursuivaient. »

Jusqu’à 14h, les Français, par leur contre-attaque, menacent tout le front prussien. Il faut l’arrivée de renforts pour arrêter l’assaut. Mais là où les fusils français sont plus puissants, l’artillerie prussienne surpasse son homologue française.

Le général Steinmetz, commandant l’aile droite prussienne, lance la 1ère armée sur l’aile gauche des défenseurs. Il désobéit volontairement aux ordres de Moltke, mais cherche à débloquer la situation pour gagner du prestige auprès du Kaiser, qui regarde la bataille non loin de là.

Las, les Français attendent aussi les troupes de Steinmetz, et par deux fois, les attaques sont un échec cuisant. Les troupes françaises que Steinmetz pensaient trop faibles sont disciplinées, et par salves, elles abattent la quasi-totalité des soldats prussiens

Fou de rage, Moltke se rend compte de cet échec seulement grâce à la contre-attaque puissante lancée par les Français. Les soldats de Napoléon III bousculent les VIIe et VIIIe corps prussiens, qui sont quasiment détruits. Le chef d’état-major prussien doit envoyer ses réserves personnelles pour contenir la poussée française.

Gravelotte : Quand la France perd sa dernière occasion de gagner la guerreLe 9ème bataillon de chasseurs du Lauenburg prussiens à Gravelotte, Ernst Zimmer, 1910. Leur vraie charge n'aura en réalité rien d'héroïque : ils seront fauchés dès les premiers pas par les tirs français.

La fatigue se fait sentir, et Bazaine manque d’initiative

Jusqu’à 16h, de furieux assauts prussiens sont lancés, mais à chaque fois ils sont repoussés sur l’ensemble du front. Mais après une heure de combat d’intensité décroissante, le Kaiser Guillaume Ier veut des résultats avant la nuit.

Gravelotte : Quand la France perd sa dernière occasion de gagner la guerreLe Maréchal Bazaine. Son inaction a scellé le sort de l'Empereur.

La IIe armée prussienne se dirige donc vers le village de Gravelotte où sont stationnées les Français du général Canrobert. Ce dernier comprend vite qu’une armée entière l’attaque et risque de le submerger ; il demande à Bazaine, à Metz, des renforts. Ce dernier sous-estime l’importance de l’attaque, et n’envoie pas de troupes de réserve.

Les Français ont disposé leurs voltigeurs en lignes dans les haies et derrière les murets, sur le flanc de la colline. Les Prussiens sont abattus par de vifs feux d’infanterie. Moltke envoie la Garde impériale allemande pour prendre le village ; celle-ci se fait étriller sévèrement. Les compagnies ne sont plus dirigées que par de jeunes lieutenants, qui ne tardent pas à succomber, eux aussi. La cavalerie française fait alors une sortie, mais l’artillerie prussienne la repousse aisément. Les soldats des deux camps sont épuisés ; les Prussiens se reposent dans les quelques tranchées capturées.

Devant la résistance des Français, 24 batteries prussiennes prennent le village de Saint-Privat sous leur feu. La plupart des maisons est en feu ; les Saxons se font tuer un à un par l’artillerie française, et malgré une percée dans le village, les Prussiens en sont repoussés.

À 20h, le village est à nouveau envahi : les Français se défendent pied à pied, dans une vision d’apocalypse. L’église est en feu, les maisons sont presque toutes détruites. Le petit village de Saint-Privat est transformé en dernier carré : les troupes françaises s’y défendent avec acharnement. Mais submergés par le nombre, les derniers défenseurs y meurent l’arme à la main.

Gravelotte : Quand la France perd sa dernière occasion de gagner la guerreLe cimetière de Saint-Privat, par Alphonse de Neuville, 1881. Les Français défendent le cimetière qui est submergé par les Prussiens.

Une occasion manquée

À 22h, le soleil se couche. Le village de Saint-Privat est pris, mais les gains territoriaux prussiens sont moindres. Aucun objectif n’a été rempli. Qui plus est, le fleuron de l’armée prussienne, la garde impériale, a été décimée.

Alors qu’il rentre dans Saint-Privat après sa prise, le Kaiser Guillaume Ier s’exclame : « Ma garde a trouvé son tombeau devant Saint-Privat ! ». Le lendemain, Bazaine, de son côté, décide de faire replier ses troupes sur Metz.

Le front prussien est alors chancelant ; mais le maréchal ne le comprend pas. Les troupes françaises seront enfermées dans Metz, qui subira alors un siège. Une grosse partie de l’armée française y est bloquée, et l’armée de l’Empereur, à Sedan, va alors se retrouver seule face aux Prussiens lors de sa défaite de Sedan, le 1er septembre 1870.

Gravelotte : Quand la France perd sa dernière occasion de gagner la guerreCarte de la bataille postérieure. On voit bien la position favorable des Français.

La « trahison » ou « l’incompétence » de Bazaine ?

Le rôle de Bazaine et sa réaction après Gravelotte ont été au coeur des débats après 1871 sur la défaite. Pourquoi le maréchal, pourtant pas mauvais militaire, s’est-il enfermé dans Metz ? Plusieurs hypothèses peuvent être soulevées :

  • L’armée du Rhin est à cette date encore presque complète, avec vivres et munitions. Bazaine semble l’avoir considérée comme un atout politique : avoir conservé cette armée le mettrait dans une position de supériorité sur ses concurrents. De plus, avec la défaite de Sedan, Bazaine prend contact avec l’impératrice Eugénie, femme de Napoléon III, pour restaurer l’Empire.
  • Après son enfermement dans Metz, il cherche à négocier une sortie avec les Prussiens. Bazaine dit vouloir « protéger la France d’elle-même », c’est-à-dire des ardeurs républicaines (la Commune se met alors en place).

Il faudra attendre le 28 octobre - et donc la formation du Gouvernement de la Défense Nationale, dont le général Trochu est à la tête - pour que le maréchal Bazaine capitule. La situation s’était considérablement dégradée dans Metz : les vivres manquent et des maladies se répandent. Bazaine, dans une lettre du 2 novembre 1870, justifie sa décision en ces termes :

« La famine, les intempéries ont fait tomber les armes des mains de 63 000 combattants réels qui restaient (l'artillerie n'ayant plus d'attelage et la cavalerie étant démontée, cela après avoir mangé la plus grande partie des chevaux et fouillé la terre dans toutes les directions pour y trouver rarement un faible allègement à ses privations). [...] Ajoutez à ce sombre tableau plus de 20 000 malades ou blessés sur le point de manquer de médicaments et une pluie torrentielle depuis près de 15 jours, inondant les camps et ne permettant pas aux hommes de se reposer car ils n'avaient d'autre abri que leurs petites tentes. »

Cette reddition casse les espoirs de nombreux généraux et Français. Le général Trochu, alors à la tête du gouvernement, écrit :

« Metz a capitulé. Un général sur qui la France comptait, même après le Mexique, vient d'enlever à la patrie en danger plus de cent mille de ses défenseurs. Le maréchal Bazaine a trahi. Il s'est fait l'agent de l'homme de Sedan, le complice de l'envahisseur, et, au milieu de l'armée dont il avait la garde, il a livré, sans même essayer un suprême effort, cent vingt mille combattants, vingt mille blessés, ses fusils, ses canons, ses drapeaux et la plus forte citadelle de la France, Metz, vierge, jusqu'à lui, des souillures de l'étranger. »

Bazaine est jugé en 1873 par un conseil de guerre qui le condamne à mort pour trahison et le dégrade. Mais il bénéficie d’une grâce : sa peine est commuée en 20 ans de prison. Le 10 août 1874, il s’évade en Espagne où il décède en 1887.

Finalement, Bazaine n’a pas souhaité prendre de risques et n’a jamais cru à la victoire de la France sur la Prusse. Néanmoins, il fait le bouc émissaire parfait pour la défaite de 1871, ce qui explique la dureté de sa condamnation.

Conclusion

Gravelotte : Quand la France perd sa dernière occasion de gagner la guerreJuste en face du Musée de Gravelotte se trouve une chapelle édifiée par les Allemands après la guerre pour leurs morts durant cette bataille. Les stigmates des bombardements de 1944 sont encore visibles sur la façade. (photo de l'auteur)

Comme de nombreuses autres batailles de la guerre de 1870, Gravelotte / Saint-Privat est une victoire française non exploitée. Si Bazaine n’avait pas été si timoré et s’il avait pris pleine conscience de la série de victoires exploitables autour de Metz (Mars-la-Tour, Gravelotte), il aurait pu rejoindre l’armée du Nord, celle de l’Empereur. Mais avec des si...

Ce n’est pas le soldat français de 1870 qui a démérité, ni même son armement (à part l’artillerie) : c’est le haut commandement qui a manqué de chefs allant de l’avant. Certains ont été très bons, mais d’autres, comme Bazaine, ont précipité la chute du Second Empire. Concernant les pertes, les Prussiens reconnaissent 20 160 tués, blessés ou disparus pour seulement 12 275 côté Français.

Le champ de bataille de Gravelotte n’était pas prévu dans le traité d’annexion de l’Alsace-Moselle en 1871. Mais le Kaiser Guillaume Ier a été tellement marqué par le sacrifice de sa garde personnelle qu’il a demandé l’annexion des champs de bataille, en échange de la place de Belfort.

Gravelotte : Quand la France perd sa dernière occasion de gagner la guerre  Gravelotte : Quand la France perd sa dernière occasion de gagner la guerre(à gauche) L'ancien cimetière de Saint-Privat en 2015. Il reste quelques tombes de soldats français tombés sur place. - (à droite) L'ancien cimetière de Saint-Privat photographié en 2015. Il n'a pas été modifié depuis 1870. (photos de l'auteur)
Gravelotte : Quand la France perd sa dernière occasion de gagner la guerreCarte postale du cimetière représenté par de Neuville.

Aujourd’hui, de nombreux monuments parsèment le champ de bataille autour de Metz. Un musée très bien fait, le Musée de l’Annexion et de la Guerre de 1870, a été inauguré en 2014 à Gravelotte. Il présente une fresque d’objets, de portraits, de peintures racontant la Guerre de 1870 tout en étant en plein milieu des champs de bataille.

Gravelotte et Saint-Privat sont aujourd’hui des petits villages tranquilles, et à part les vestiges du cimetière, le passant est loin de s’imaginer quels drames s’y sont déroulés il y a de cela plus d’un siècle.

Pour en savoir plus sur le fonctionnement du canon à balles Reffye, vous pouvez vous rendre à cette adresse : http://www.fortiffsere.fr/artillerie/index_fichiers/Page904.htm

Sources

  • François Roth, La Lorraine dans la guerre de 1870, Collection Lorraine, Presses universitaires de Nancy, 1984.
  • Helmut von Moltke, La Guerre de 1870, traduction d’Ernest Jaeglé, 1891.
  • Witz Rédacteur, Testeur, Chroniqueur, Historien
  • « L'important n'est pas ce que l'on supporte, mais la manière de le supporter » Sénèque