Le duel dans la société française du XIXème siècle

18 mars 2016 par Merteuil | Le duel | Époque contemporaine

Nobles, bourgeois, roturiers, militaires, intellectuels, scientifiques, artistes, religieux et même femmes : le duel est une pratique largement répandue dans la société française du XIXe siècle.

Duel à l'épée entre femmes, dessin paru dans l'Illustrated Police News, 10 avril 1886.
Duel à l'épée entre femmes, dessin paru dans l'Illustrated Police News, 10 avril 1886.

Toutefois, les journalistes sont les premiers duellistes de France dans les années 1830-1848 dans la mesure où ils utilisent régulièrement les colonnes des journaux pour régler leurs comptes avec des confrères mais aussi des hommes politiques : en effet, « dans une tradition solidement établie depuis le début du XIXe siècle (…), l’offensé préfère défier l’offenseur en un combat singulier. Jusqu’en 1914, la pratique du duel reste, sinon fréquente, du moins présente dans le monde de la presse. Comme jadis, les immeubles des journaux comportent souvent une salle d’armes. (…) Opération publicitaire qui comporte d’indéniables périls physiques, elle est aussi l’expression d’un sentiment d’appartenance à une aristocratie de l’écriture, qui obéit à un code d’honneur. Les duels n’opposent pas d’obscurs rédacteurs, mais l’élite journalistique (…) ».

Le roman Bel-Ami de Maupassant, par exemple, décrit de manière réaliste un duel fictif entre les rédacteurs de La Plume et de La Vie Française, Louis Langremont et Georges Duroy.

Les règles du duel à l'épée

Duel au bois de Boulogne en 1874.
Duel au bois de Boulogne en 1874.

Le code du duel distingue le duel à l’épée et le duel au pistolet : les hommes de la haute société utilisent plus volontiers l’épée tandis que les hommes politiques et de lettres préfèrent le pistolet. Dans les deux cas, les duellistes se trouvent en présence de témoins mais aussi du directeur du combat et de médecins. Les règles du duel à l’épée sont relativement simples ;

  • Les duellistes ne peuvent pas être âgés de moins de vingt et un ans et de plus de soixante ans,
  • La rencontre doit se dérouler sur un terrain de trois mètres de large au minimum,
  • Les armes doivent peser 750 grammes maximum et les lames doivent mesurer au plus 90 cm,
  • Les combattants sont examinés par les témoins afin de s’assurer qu’ils ne portent pas de protections,
  • Le directeur du combat doit rappeler les conditions transcrites sur le procès-verbal avant le duel et dire : « Allez Messieurs ! »,
  • Les adversaires doivent cesser toute action au moment où le directeur crie « Halte ! »,
  • Il est interdit de porter des gants, de se servir de la main gauche ou encore de frapper un homme à terre.

Les règles du duel au pistolet

Ancien pistolet de tir par Gastinne Rennette à Paris, XIXème siècle..
Ancien pistolet de tir par Gastinne Rennette à Paris, XIXème siècle..

Le code du duel consacre deux sortes de rencontre aux pistolets : le premier est dit « au commandement » tandis que le second est dit « à marcher ».

Le duel « au commandement » est le cas le plus largement répandu : les adversaires sont séparées de vingt ou trente pas et ils doivent attendre le signal (« feu ») soit en tenant leur arme le long du corps soit en tenant le canon levé en l’air.

Le duel « à marcher » est légèrement différent dans la mesure où il autorise les combattants à s’avancer avant de tirer : ils réduisent ainsi la distance qui les sépare à quinze pas minimum.

Dans les deux cas, les pistolets doivent être scellés dans une boîte avant la rencontre par les témoins et ne peuvent être chargés que par le directeur du combat qui les remet ensuite aux duellistes. Ils ne peuvent échanger plus de trois balles par pistolet.

Finalement, il existe une troisième sorte de rencontre mais elle est très peu pratiquée : les adversaires tirent au sort un des deux pistolets mais une seule arme est chargée.

Duel célèbre : Paul Déroulède contre Georges Clemenceau

Dans un discours à l’Assemblée, Paul Déroulède accuse Georges Clemenceau de corruption dans l’affaire de Panama : celui-ci aurait reçu de l’argent pour financer son journal en échange de la Légion d’Honneur.

Les deux hommes politiques se rencontrent en 1892 sur le champ de courses du château de Saint-Ouen : ils échangent six balles à 25 mètres sans aucun résultat. Les deux hommes sont pourtant des duellistes de renom. Georges Clemenceau doute naturellement de la fiabilité des pistolets et tente sans succès de provoquer un autre duel contre Paul Déroulède.

Le récit de cette rencontre est classique mais il arrive que les duels prennent une dimension romanesque : un journaliste aurait, par exemple, reçu pour un même article plus de 30 provocations en duel de la part de militaires. Il est grièvement blessé lors de la première rencontre mais plusieurs de ses adversaires vont attendre son rétablissement pour l’affronter à leur tour.


Duel entre le député radical Clemenceau et le député boulangiste Déroulède, gravure parue le 21 décembre 1892 dans la Berliner Illustrierte.

La justice et le duel

Durant la première partie du XIXe siècle, le duel reste impuni : les adversaires se battent librement pour défendre leur honneur ou celui des autres, pour se venger des affronts ou encore par simple défi.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les duellistes sont, au contraire, poursuivis par la justice mais ils sont presque automatiquement acquittés.

Bibliographie

  • DELPORTE C., Les journalistes en France 1880-1950, Seuil, Paris, 1999
  • MONESTIER M., Duels les combats singuliers des origines à nos jours, Sand, 1991
  • Merteuil Ancienne membre d'HistoriaGames
  • "Et puis, il est doux de se croire malheureux, lorsqu'on n'est que vide et ennuyé." Alfred de Musset