Le Projet Wunderwaffen

Petit Belge
27 septembre
2016

En 1943, rien ne va plus pour l’Allemagne. La 6ème armée a été anéantie à Stalingrad, l’Afrika Korps s’est rendu, les Alliés remontent l’Italie et menacent de débarquer à l’Ouest, de plus ils ont fait savoir qu’ils n’accepteront qu’une capitulation sans conditions du Reich.

À l’Est, les armées allemandes ont été défaites à Koursk, et les Russes avancent sans cesse.

Par-dessus le marché, l’Allemagne commence cruellement à manquer de ressources. Si Hitler veut gagner la guerre, sa dernière chance sera la science nazie.

Was ist das ?

Littéralement « armes miracles » ou « armes formidables », le projet Wunderwaffen est un peu le « fourre-tout » de toutes les innovations militaires allemandes.

En effet, ce programme d’armement visait à doter l’Allemagne d’armes révolutionnaires dans l’optique de gagner une guerre à l’issue devenue incertaine.

On y retrouve surtout des avions et des tanks ultralourds, mais aussi des navires en tout genre, des missiles, et même la bombe atomique, sans oublier les tristement célèbres V1 et V2 dont un article leur est consacré sur HistoriaGames.

Des avions avant-gardistes

Messerschmitt Me 262A au National Museum of the United States Air ForceMesserschmitt Me 262A au National Museum of the United States Air Force

C’est sûrement le domaine qui connut le plus d’innovations, notamment avec les avions à réaction qui prirent une place prépondérante dans le projet.

On peut citer bien évidemment le Messerschmitt Me 262, fort connu, car il est le premier avion à réaction de l’Histoire à être mis en service, mais qui eut une influence totalement négligeable dans le conflit, comme la plupart des armes miracles d’ailleurs.

Un second avion nazi a marqué l'Histoire pour les mêmes raisons même si son rôle fut tout aussi négligeable que le Me 262 cité plus haut. Il s’agit cette fois de l’Arado Ar 234.

Arado 234B Blitz au National Air and Space Museum à WashingtonArado 234B Blitz au National Air and Space Museum à Washington

Construit comme bombardier, il fut finalement utilisé en tant qu’avion de reconnaissance grâce à sa vitesse qui le protégeait amplement des chasseurs et de la DCA alliés, mais ne servit quasi jamais comme bombardier.

Mais ils n’ont pas été les seuls dans le domaine, car de très nombreux avions ont été imaginés, la plupart étant des intercepteurs (avion fusée, aile volante, etc) et il serait beaucoup trop long de tous les énumérer ici. Beaucoup sont restés soit à l’état de prototype, soit sur la planche à dessin, mais ça ne les a pas empêché de nous impressionner par leurs technologies.

On peut également parler du Horten Ho 229, première aile volante à voir le jour, soit 44 ans avant le fameux B2-A Spirit. Il respectait aussi la règle des 3x1000 de Göring, c’est-à-dire avoir une vitesse de 1000 Km/h sur 1000 Km et transporter 1000 kilos de bombes. Aujourd’hui cela semble normal pour un avion, mais n’oublions pas que nous sommes en 1944/45.

Horten Ho 229 dans War Thunder
Horten Ho 229 dans War Thunder

D’autres projets d’aviation virent le jour, les uns plus en avance ou plus « étranges » comme le Focke-Wulf Triebflügel, avion quelque peu, « spécial ».

On peut aussi noter comme exemple le Silbervogel, un avion orbital qui aurait été capable de décoller d’Allemagne, d’aller jeter 4000 kilos de bombes sur les USA pour ensuite aller se poser tranquillement au Japon. Cet avion resta sur la planche à dessin mais après la guerre, il s’avéra que les calculs relatifs à l’avion étaient tout à fait justes. Et selon certaines sources (info à prendre avec des pincettes), les pièces détachées avaient été construites et n’attendaient plus que d’être assemblées, et ce en 1945 à peine.

Des tanks toujours plus lourds

Vous connaissez sans aucun doute les chars Tigre 1 et 2, vous les trouvez déjà puissants et gros ? Vous êtes mignons !

Seul exemplaire existant de Panzerkampfwagen VIII Maus conservé au Musée des blindés de KoubinkaSeul exemplaire existant de Panzerkampfwagen VIII Maus conservé au Musée des blindés de Koubinka

Le Panzerkampfwagen VIII Maus est là pour vous donner tort justement, avec un blindage frontal de 200–220 mm / 35°, un blindage arrière et latéral de 185 mm / 0° et une tourelle toute aussi protégée, le Maus atteint 188 tonnes ! Ce n’est pas tout, ce véritable bunker ambulant devait se « balader » avec un canon 12,8-cm-Flak 40 et un canon 7,5-cm KwK 40 (ce dernier était le canon du Panzer IV).

Ont-ils fait cette monstruosité ? Et oui ! Deux prototypes ont étés construits et une petite dizaine de châssis à partir de mars 1944, ainsi une commande de 200 exemplaires fut passée. Mais ce bunker à chenilles ne connut jamais le combat. En fait, je me demande comment cela aurait pu être possible. Il avait une autonomie de 62 Km en tout terrain et 185 sur route. Avec une consommation en carburant de 3 000 à 4 000 litres pour chaque 100 km franchi, et on rappelle que l’Allemagne n’avait plus assez de carburant. Coupler à ça, une vitesse de 10 à 15 km et vous avez là certes un bunker qui roule mais surtout une cible de choix pour l’aviation...

Vous trouvez le Maus énorme ? Eh bien... Hitler trouvait ça petit à mon avis, car un de ses projets favoris était le Landkreuzer P. 1000 Ratte. Véritable cuirassé roulant, il devait avoir deux canons de 280 mm montés sur une tourelle ayant les dimensions similaires à celles des navires de guerre. Ajoutez un canon de 128 mm et 8 canons de flak 38 et vous avez une machine de guerre ambulante.

Il aurait été capable d’atteindre les 40 Km/h tout de même. Les nazis étaient sur le point de le construire. Mais Heinz Guderian, après de durs débats avec le Führer, réussit à le convaincre de l’inutilité d’un tel tank. Car non seulement, aucunes routes ni aucuns ponts n’auraient résisté mais encore une fois, les forces aériennes allaient s’en donner à cœur joie de le détruire.

La taille des chars allemands de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le concept du Landkreuzer P. 1000 Ratte
La taille des chars allemands de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le concept du Landkreuzer P. 1000 Ratte

Une marine délaissée

Flettner Fl 282 Kolibri en volFlettner Fl 282 Kolibri en vol

La Kriegsmarine ne fut pas la mieux fournie au niveau des innovations. Il y eut bien les cuirassés classe H, mais ceux-ci ne sortirent jamais des planches à dessin.

Par contre, c’est la marine allemande qui était la plus intéressée par les hélicoptères, voyant en eux de bons moyens pour le sauvetage et la lutte anti-sous-marine.

L’Allemagne développa ainsi toutes une flopée de prototypes d’hélicoptères en tous genres entre 1943 et 1945 qui, bien qu'ils fussent la plupart du temps un succès, ne furent jamais construits à cause de toutes sortes de problèmes de production.

Les sous-marins quant à eux, connurent peu de progrès vraiment « miraculeux ». Mais il ne faut pas oublier le Type XXI, aussi appelé Elektroboot, considéré par beaucoup comme le meilleur sous-marin de son époque et premier « vrai » sous-marin. En effet, ce dernier pouvait rester en immersion autant de temps qu’il le souhaitait grâce à un schnorkel, une sorte de tuba. Il était bien plus efficace sous l’eau qu’à la surface, il voguait à 15,6 nœuds en surface et 17,5 nœuds en plongée avec des moteurs électriques. Il fut, comme beaucoup des armes miracles, mis en service trop tard pour avoir une quelconque influence sur le conflit. Mais à part ce très bon U-boot, aucune arme marquante pour la marine allemande.

Le Type XXI du musée de Bremerhaven
Le Type XXI du musée de Bremerhaven

Et encore d’autres armes

Soldats britanniques avec des engins Goliath capturés en NormandieSoldats britanniques avec des engins Goliath capturés en Normandie

Énumérer toutes les wunderwaffen et les expliquer est impossible vu leur nombre. J’ai présenté quelques armes ci-dessus mais ça ne représente qu’une infime partie du Projet Wunderwaffen.

J’aurais bien sûr pu évoquer les fusées V1 et V2, premiers missiles balistiques de l’Histoire, qui eurent un impact limité dû à une précision aléatoire. Hammer leur a déjà consacré un article, si vous souhaitez en savoir plus. Dans le domaine des fusées, il y eu beaucoup de missiles imaginés, air-air, air-sol, anti navire, roquettes en tous genres, etc. Mais comme souvent, soit ils sont restés des dessins, soit des prototypes, soit ils ont été mis en service trop tard pour changer le cours de la guerre.

J’aurais aussi pu présenter le « robot » Goliath, sorte de petit tank téléguidé ayant pour mission de détruire des mines ou de faire exploser des tanks par-dessous.

Il y a aussi toutes les recherches sur la bombe atomique, la fameuse « course à la Bombe », qui se déroula principalement en Norvège. Car déjà à cette époque, la Norvège disposait des premiers sites de fabrication d’eau lourde nécessaire à la recherche nucléaire.

Dans le domaine des armes personnelles, quasi rien n’a été mis en service. On peut toutefois citer la fusil d'assaut Sturmgewehr 45 et le lance-missiles Fliegerfaust, mais ces deux armes ont vite été oubliées par l’Histoire à cause de leur introduction tardive dans le conflit.

Reproduction du Sturmgewehr 45
Reproduction du Sturmgewehr 45

Quelques armes nazies de ce projet relèvent plus de la science-fiction et ne sont connues que par des sources souvent douteuses, comme une sorte de disque géant construit en orbite pour détruire des villes entières avec l’énergie solaire ou bien évidemment les hypothétiques soucoupes volantes nazies.

Premières sources d’uchronie depuis 1945

Bien que toutes ces armes fussent impressionnantes par leur avancée technologique, la plupart ne dépassèrent pas le stade des prototypes. Les rares wunderwaffen impliquées dans le conflit ont été mises en service trop tard, le plus souvent en 1944 et 1945, et en trop petit nombre pour changer la finalité de la guerre. Et bien souvent, ces armes ont été impliquées beaucoup trop tôt et souffraient d’innombrables problèmes techniques. Leurs rôles, très limités, auraient-ils pu vraiment changer le court du conflit ? Que ce serait-il passé si l’Allemagne avait résisté plus longtemps ? Si le désastre de Stalingrad n’avait jamais eu lieu ? Si le Débarquement avait échoué ? Les nazis auraient-ils eu le temps de sortir toutes leurs technologies meurtrières ?

Concept art d'un supersoldat nazi dans Return to Castle WolfensteinConcept art d'un supersoldat nazi dans Return to Castle Wolfenstein

La question reste ouverte, et de nombreuses personnes ont pris ces armes pour imaginer un monde où les Allemands auraient gagné la guerre, comme la bande dessinée « Wunderwaffen ». Dans les jeux-vidéo par exemple, comment ne pas citer la cultissime série Wolfenstein ?

L’idée que l’Allemagne arrive à inverser le cours de la guerre fait encore « fantasmer » beaucoup de gens, car on peut laisser notre cerveau imaginer des secondes guerres mondiales alternatives. Surtout quand on sait que les scientifiques allemands furent capturés par les USA et l’URSS pour améliorer les technologies des deux pays. Citons, par exemple, Wernher von Braun, qui était le père des V2 et qui finit en tant que directeur de la NASA. Rajoutons qu’il fut aussi concepteur de la fusée Saturn V, qui permit à l’Homme de poser le pied sur la Lune...

Bibliographie

  • Les armes secrètes du IIIe Reich: Hitler aurait-il pu gagner la guerre ?, de Laurent Tironne, Ixelles éditions, 2014.
  • Magazine « Archives de la 2eme Guerre Mondiale » n°14.
  • Les savants d'Hitler, de John Cornwell.
  • Matthieu Mancuso Chroniqueur, Historien
  • "Si vous traversez l’enfer, continuez d’avancer." Winston Churchill
  • "Résiste et mords !", devise des Chasseurs ardennais de l'armée belge