Quand Sciences & Histoire s'enlacent : Le scorbut

Maréchal de l'Empire
Thématique
4 septembre
2019

La série « Quand Sciences & Histoires s’enlacent » proposée sur HistoriaGames a abordé deux thèmatiques assez proches : les fusées V2 et le projet Manhattan. Au travers de ces articles, nous vous développons l’historique de ces projets ainsi que leurs interactions avec le monde géopolitique de l’époque. Sans les avoir développés plus que cela, nous savons ce qui en a découlé : la conquête spatiale et l’introduction dans la vie civile du nucléaire et son développement dans l’univers militaro-industriel.

Nous aurons l’occasion de revenir sur ces sujets - à nouveau - plus tard. Laissez-moi vous présenter ce nouvel essai de « Quand Sciences & Histoires s’enlacent » qui porte sur le scorbut. Avant d’en dire davantage, ma source et l’inspiration de cet article proviennent du livre Sapiens – Une brève histoire de l’humanité de Yuval Noah Harari.

« Que la population d’une grande île de l’Atlantique Nord ait conquis une grande île au sud de l’Australie est une des choses les plus bizarres de l’histoire » (Sapiens, page 327 – Yuval Noah Harari).

Dans les années 1760-1770, pour déterminer la distance Terre-Soleil, les scientifiques se sont rendus compte qu’ils pouvaient la trouver grâce aux passages de Vénus entre le Soleil et la Terre. En observant les différents voyages au cours des années et en plusieurs endroits du Globe, on peut trouver cette donnée.

Ainsi, en 1769, la Royal Society for the Improvement of Natural Knowledge décide d’envoyer une expédition dans le sud-ouest du Pacifique pour y obtenir des mesures précises. Cette nouvelle expédition, composée de l’astronome Charles Green et de nombreux scientifiques est menée par le célèbre James Cook.

À cette époque, une telle entreprise était néanmoins risquée car, non seulement cela allait prendre des années, mais surtout elle allait causer la perte d’un grand nombre de marins voire même de savants de l’époque... à cause d’une maladie : le scorbut.

Le scorbut se manifeste sur les navires qui partent généralement plus de 10 semaines en mer, pour des voyages au long-cours. Saint-Louis et ses croisés en furent notamment les victimes en 1270 devant Tunis, selon les conclusions d'une récente étude, réalisée en collaboration avec une équipe de chercheurs de l'université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines, publiées dans un article de la revue internationale Journal of Stomatology, Oral and Maxillofacial Surgery.

Quand ils en sont atteints, les marins ont leurs gencives qui saignent ainsi que leurs tissus qui deviennent mous. Puis au fur et à mesure, de grandes plaies s’ouvrent, les dents tombent, les hommes deviennent faibles et meurent. Pour un équipage fort de 200 marins, pas moins de 50 à 70% de l’équipage décède. D’après les estimations entre 1600 et 1800, plus d’un million de marins sont morts à cause du scorbut.

Un homme va trouver le remède et donner dans les décennies suivantes un atout majeur à la Royal Navy et à l’Histoire coloniale britannique. Il se nomme James Lind, un médecin écossais (les paradoxes existent) qui a travaillé sur des marins atteints de la maladie.

Il a ainsi mené des essais cliniques sur deux groupes de six marins scorbutiques : chaque groupe avait un traitement différent dont un avec des agrumes (citrons et oranges). C'est ce groupe qui guérit rapidement. Cette idée lui provient des traditions et croyances maritimes dont certains témoignages lui ont permis de trouver les bons ingrédients.

Par exemple, lors de la deuxième expédition de Jacques Cartier au Canada, ses hommes sont atteints par la maladie. Il rencontre le fils d’un chef d’une tribu locale (Iroquois) lui aussi touché mais qui, quelques jours après revient en pleine forme. Il le questionne : « comment a-t-il réussi à s’en sortir ? » et le fils lui fait découvrir une recette d’une infusion d’aiguilles et d’écorces de pin qui guérissent les marins.

Ce que vient de faire Lind à travers son expérience, c’est apporter de la vitamine C aux marins. Au cours du temps et de l’Histoire des Hommes, nous avons perdu la faculté de synthétiser cette vitamine indispensable à l'élaboration du collagène, une protéine qui fournit une armature au corps des humain. Pour en avoir, il faut l’ingérer quand nous mangeons. Or, la nutrition sur les navires à l’époque se résumait à de la viande sèche, de l’eau, des biscuits et du pain sec.

Malgré cette découverte, la Royal Navy ne réagit pas immédiatement. Ce n’est qu’en 1795 qu’elle intégra le citron et autres agrumes en tant que « régime » sur les navires.

Quoiqu’il en soit et malgré les réticences de la Royal Navy, James Cook fit charger à son bord de la choucroute, facile à conserver et riche en vitamine C. Dès que le navire fait mouillage et qu’il est possible de mettre pied à terre, il ordonne aux matelots de se nourrir avec beaucoup de fruits et de légumes. Ce fut un succès ! Sur ces 3 ans d’expéditions, l’ensemble de ces hommes a collecté de très grandes données astronomiques, géographiques et autres.

Mais le grand gagnant de l'histoire fut la Royal Navy et l’Empire britannique. En effet, cette possibilité qu’a Cook de naviguer au long-cours en perdant peu ou pas d’hommes du Scorbut leur permirent de revendiquer de nombreuses îles et notamment l’Australie, la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande.

La domination coloniale britannique dans cette région du monde vient d’être posée. Les décennies qui suivent sont marquées par la domination militaire et géopolitique britannique qui devient le Némésis des populations locales alors coupées des Européens. Mais cela, nous y reviendrons dans un prochain article...

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