Visite du Fort de Flémalle

Petit Belge
Thématique
23 avril
2018
Visite du Fort de FlémalleLes forts de la P.F.L sont représentés en bleu. Ceux en rouge sont ceux construit pendant l’entre-deux-guerres pour renforcer Liège.

À la fin du XIXème siècle, la petite Belgique se dote d’une série de fortifications entourant Namur et Liège afin de prévenir une quelconque invasion.

À l’Ouest, la Position Fortifiée de Namur protège la Belgique d’une hypothétique invasion française. Quant à l’Est, la Position Fortifiée de Liège défend le royaume face à l’empire allemand. Le fort de Flémalle est l’un des douze forts ceinturant la cité ardente.

Après avoir combattu et résisté 7 jours pendant chacune des guerres mondiales, ses ruines sont désormais accessibles et témoignent d’un passé à la fois terrifiant mais ô combien passionnant.

Un petit point sur le Fort

Le fort de Flémalle fut construit entre 1888 et 1892, sur les hauteurs de... Flémalle justement. Il devait protéger l’Ouest de la ville de Liège. Malgré sa conception des plus modernes au moment de sa construction au XIXème, cette place forte était pourtant déjà largement dépassée au commencement de la Première Guerre mondiale malgré la fortune investie.

Après sept jours de combat se soldant par la mort d’un unique soldat (par accident en plus), le Fort se rend aux Allemands. Ces derniers étant tout de même obligés de rameuter leurs obusiers de 420 mm afin de faire capituler non seulement Flémalle, mais aussi le reste de la P.F.L (Position fortifiée de Liège), fort après fort. Ceux-ci résistant particulièrement bien aux pièces « plus classiques ».

Les envahisseurs teutons réarmeront finalement le fort de Flémalle en 1916, puis ce dernier sera à nouveau réarmé par les Belges pendant l’entre-deux guerre. Pour ensuite être à nouveau réoccupé (mais non réarmé cette fois) par les Allemands à leur retour en 40. Et enfin ne plus être réarmé du tout vu l’obsolescence de ce type de fortifications. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est particulièrement difficile de trouver un plan précis et fiable.

Visite du Fort de Flémalle  Visite du Fort de FlémalleLa Tour d’air. On ne le voit pas sur cette photo mais cette dernière a été sacrément amochée par les obus (à gauche). - L’entrée du fort, c’est à cet endroit que ce trouvait le pont roulant, maintenant détruit. Son fossé a été rebouché pour permettre aux véhicules de passer (à droite).
Visite du Fort de FlémalleUn plan du fort de Flémalle, ce dernier a été pris en photo par Hadrien Delye.

Ingéniosités et débrouillardises

Visite du Fort de Flémalle

Quant au fort en lui-même, il n’a clairement pas à rougir niveau armement, sur le papier du moins... En effet, il était hérissé de toute une flopée de coupoles allant des lourds mortiers de 210 jusqu’aux vénérables canons de 75 en passant par le célèbre 105 mm et sans oublier les petits de 57. Toutefois, son armement changera de façon assez radicale pour la Seconde Guerre mondiale. Pour faire un inventaire moins anachronique de l’armement, on peut dire que ses coupoles étaient dotées pour la Première Guerre mondiale des calibres 57, 150 et 210. Cela sera modifié par du 75, 105, 150 et des mitrailleuses/lance grenades (abrégées en MILG) pour ce qui est de la Seconde Guerre mondiale.

Outre cet outillage respectable, dont il ne subsiste malheureusement plus grand-chose vu la négligence des institutions belges, les visiteurs remarqueront tout de suite que les défenses rapprochées du fort font plus penser au Moyen-Age qu’à une des deux guerres mondiales.

Visite du Fort de Flémalle

Par exemple, on peut parler du pont roulant, évolution si l’on peut dire du pont-levis des antiques châteaux forts. Ainsi, quand le fort subissait une attaque, ce pont rentrait et laissait entrevoir un fossé infranchissable. Les assaillants étaient alors bloqués devant l’entrée. Comble de malchance pour eux, sans compter le FM couvrant l’entrée du fort, ces derniers étaient pris dans un feu croisé grâce aux meurtrières se trouvant à gauche et à droite.

Pour maximiser les chances d’éliminer les attaquants, il y avait également des lance-grenades. Par contre, au risque d’en décevoir certains, il ne s’agit nullement de lance-grenades comme on pourrait se l’imaginer. Ceux en question consistent plutôt en une simple fente diagonale dans le béton pour laisser « glisser » les dites grenades.

Visite du Fort de FlémalleEscalier menant au « Quadrilatère », la partie la plus profonde du fort avec 30 mètres sous le sol.

Un autre exemple pour illustrer les « bricolages » ingénieux du fort belge serait le canon de 57 qui prend en enfilade toute une longueur du fossé. Et quand je dis canon de 57, je parle plutôt d’un canon à balles. Chargé à bloc, cette arme pouvaient tirer instantanément quelques centaines de billes en acier nettoyant le fossé. Le bricolage dans tout ça étant le fait que pour tirer dans le fossé se situant dans l’angle mort de l’arme, un simple mur permettait aux balles de ricocher pour couvrir une plus grande surface.

En dehors de ces points d’armements, il faut aussi savoir qu’un fort est conçu pour vivre un temps de manière totalement autonome. De ce fait, Flémalle ne fait pas exception. Il pouvait vivre et combattre « seul » pendant 30 jours avant de devoir subir la disette.

Par ailleurs, le fort était justement conçu pour être un minimum autonome, avec sa cuisine, son puit, sa centrale électrique, sa soute à mazout, ses latrines, ses dortoirs, ses stocks d’armes et de vivre ainsi qu’un primordial système de ventilation. De plus, il y a un détail assez cocasse : certaines pièces trop grosses ne pouvaient pas être amenées à certains endroits faute d’espace, les soldats allèrent jusqu’à taillader le béton pour les faire passer !

Visite du Fort de Flémalle  Visite du Fort de FlémalleAncienne citerne du fort, bien évidemment remplie d’eau (à gauche). - Voilà ce qu’était le four de la petite cuisine du fort (à droite).

Le renforcement de la protection du fort est aussi une anecdote qui mérite d’être relatée. Soucieux de rendre les forts plus résistants à l’avenir, l’armée s’attelle durant les années 30 à renforcer la couche de béton du fort de Flémalle. Or, par manque criant de budget, cela a été non seulement fait à la va-vite, mais aussi n’importe comment, laissant par exemple de nombreuses poches d’air entre chacune des couches. Sauf que, comme on s’en doute, ce n’est pas la meilleure des façons de faire du solide. Ce qui sera d’ailleurs confirmé pendant la guerre, car à cause du pilonnage assez violent du fort lors de la campagne des 18 jours, ce bricolage ne résistera pas. Et CRAC ! Une partie des murs s’effondre et laisse des espaces impressionnants entre les murs et le plafond, ce qui est maintenant hypnotisant à regarder.

Visite du Fort de Flémalle  Visite du Fort de FlémalleUne des conséquences du mauvais renforcement des années 30.
Visite du Fort de Flémalle  Visite du Fort de FlémalleBien que les combats aient été brefs, les stigmates de ceux-ci sont encore visibles. Par exemple, sur la photo de gauche, Hadrien Delye donne de sa personne pour nous montrer l’étendue d’un cratère d’une bombe d’une tonne.

La visite du fort et du musée


Visite du Fort de FlémalleBien que la végétation ait poussé, il faut s’imaginer que derrière celle-ci se trouve une vue panoramique sur toute la ville de Liège et de ses hauteurs.

J’entends déjà certains se dire « ouais mais un fort c’est nul ! Il fait froid ! Il fait humide ! Il fait sombre ! C’est dégueulasse et c’est encore un coup à se saloper les godasses ! ». Ce à quoi je répondrais « oui mais c’est de l’Histoire donc c’est cool » en ma qualité de passionné. Et il est vrai, je l’admets, c’est loin d’être le plus emblématique des forts de la PFL à visiter. Il ne reste pas grand-chose des coupoles par exemple et l’intérieur est en général plutôt vide. Pourtant le fort de Flémalle reste extrêmement intéressant à visiter, car quoi que l’on puisse dire, cela reste un vestige unique du passé.

De plus, la visite en elle-même est extrêmement complète, à tel point qu’il faudra compter deux bonnes heures pour visiter les nombreux dédales sous-terrain constituant ce fort d’apparence si modeste. Par ailleurs, le guide (les visites sont toujours avec un guide), ne manquera pas d’expliquer en détails la fonction de chacune des salles encore accessibles. Le tout accompagné de quelques anecdotes quelques peu cocasses de la petite histoire ou bien d’objets incongrus retrouvés dans le fort.

Quant aux claustrophobes, ils seront ravis d’apprendre qu’un musée est situé directement dans une partie du fort, près de l’entrée pour tout dire. Outre les objets classiques comme les uniformes ou les innombrables armes présents sur les mannequins et les étagères, le musée dispose de pièces rares qui vaudraient à elles seules le détour. Je pense par exemple aux uniformes belges du début du siècle dernier et même de la fin du XIXème, en bon état en plus ! Il y a également un uniforme de Rexiste ou encore un mortier belge devenu rarissime, ce dernier étant tellement efficace que les Allemands les ont utilisés à l’Est, ceci explique cela...

Visite du Fort de Flémalle  Visite du Fort de Flémalle  Visite du Fort de Flémalle
Visite du Fort de Flémalle  Visite du Fort de Flémalle  Visite du Fort de Flémalle

La partie des plus unique du musée est certainement celle dédiée aux femmes ayant servi dans l’armée américaine. Bien souvent oubliées, l’ASBL de Flémalle leur rend donc hommage en parlant d’elles. Inutile de préciser que ce sera l’occasion de voir des objets assez rares et peu connus.

Il est difficile de dresser un portrait de ce musée au vu des innombrables magnifiques pièces exposées dans celui-ci : artisanat de tranchées, armes en tout genre, du carcano italien au mosin-nagant russe en passant par les fusils belges, allemands et français sans oublier les indétrônable armes américaines. On n’omettra pas de mentionner également les uniformes, les dagues, les obus ainsi que les grenades et armes autres que les fusils. Là il faudra prévoir une bonne heure et demie de visite pour observer la totalité de cette collection.

Au final, il ne faudra certes pas vous attendre à apprendre la grande Histoire avec la majuscule, mais les passionnés auront tout le loisir d’apprendre la petite qui mérite tout autant que la grande d’être conservée. De plus, le fort est géré par une petite ASBL constituée de bénévoles passionnés d’Histoire, cette ASBL œuvrant continuellement pour rendre « son » fort plus attirant et le musée toujours plus fourni. Donc pour 5 modiques euros, je n’ai qu’une chose à dire, allez-y !

Remerciements

Je tiens à grandement remercier l’ASBL du fort de Flémalle qui m’a permis de venir photographier les lieux pour cet article. Je remercie également Hadrien Delye, qui par deux fois m’a guidé à travers les nombreux tunnels.

Par ailleurs, je dois aussi beaucoup à mon frère, Thomas Mancuso, qui a eu la gentillesse de m’accompagner pour photographier avec talent le fort. Par ailleurs, sauf mention contraire, toutes les photos sont de lui.

Galerie de photos

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  • Matthieu Mancuso Chroniqueur, Historien
  • "Si vous traversez l’enfer, continuez d’avancer." Winston Churchill
  • "Résiste et mords !", devise des Chasseurs ardennais de l'armée belge