Récit

Époque moderneGuerre de Sept Ans

Bataille de Lobositz

Maréchal de l'Empire
Thématique
Guerre de Sept ans
20 juillet
2020

Prélude à la bataille

La guerre de Succession d’Autriche dont l’origine est la Pragmatique Sanction qui lègue l’Autriche à Marie-Thérèse amène un conflit opposant deux coalitions : la France, la Prusse et la Bavière (qui conteste la Pragmatique Sanction et revendique des territoires) face à l’Autriche, la Grande-Bretagne, la Russie et les Provinces-Unies.

La Pragmatique Sanction est un édit daté du 19 avril 1713 de l’empereur Charles IV qui a modifié le règlement précédent concernant la succession en l’absence d’héritier mâle. Ainsi, il lègue la succession des territoires héréditaires de la maison des Habsbourg à ses filles : Marie-Thérèse, Marie-Anne et Marie-Amélie. Néanmoins, lorsque Marie-Thérèse accède au trône, elle hérite d’un royaume dont les caisses sont vides et d’une armée en mauvais état.

Durant cette guerre, la Prusse de Frédéric II s’empare de la Silésie lors des première (1742) et deuxième guerres de Silésie (1744-1745), une région ô combien riche et fertile. À la fin de la guerre de Succession d’Autriche, Marie-Thérèse n’obtient la paix (en autre) qu’en laissant la Silésie aux Prussiens.

Pendant dix années, Marie-Thérèse va monter des alliances pour récupérer ce territoire perdu. À partir de 1755, la France et la Russie s’allient avec l’Autriche. En entendant cette nouvelle, Frédéric II de Prusse décide de prendre les devants et d’envahir la Saxe par surprise le 29 août 1756, marquant le début de la Guerre de Sept ans en Europe. C’est une province riche en hommes et en ressources permettant de subvenir à une campagne militaire. Toutefois, les Saxons arrivent à fuir et se réfugient à Pirna, un camp réputé imprenable. Frédéric ordonne la mise en place du siège.

Une armée autrichienne, alignant 33 000 hommes et 94 canons, est rassemblée et commandée par le feldmarschall Maximilian Ulysses von Browne. En Septembre 1756, celle-ci se met en marche en direction de Pirna. Frédéric dispose, pour sa part, de 28 000 soldats et 98 canons.

Bataille de LobositzPlan de la Bataille de Lobositz par Pieter de Hondt.

La bataille

Le feldmarschall von Browne est en contact avec le Premier Ministre saxon pour une mission de sauvetage. L’idée est de permettre la traversée des troupes saxonnes sur la rive droite de l’Elbe et de faire jonction avec l’armée autrichienne afin d’obtenir un avantage numérique sur les Prussiens.

Néanmoins, voyant que le siège va être long, Frédéric II décide de laisser une force armée autour de Pirna pour maintenir le siège pendant qu’il se dirige au Nord de la Bohême, dans les plaines de Mittelgebirge en traversant les montagnes de Lobositz. C’est un territoire où l’armée va établir ses quartiers d’hiver dans une région fertile de surcroît.

Von Browne est informé de ce mouvement et décide de prendre en embuscade le roi de Prusse pour stopper son avancée non loin de la ville de Lobositz.

Le feldmarschall von Browne a concentré la majeure partie de son armée derrière un terrain marécageux au sud-est de la ville. Les troupes se sont allongées dans les hautes herbes afin de ne pas être repérées par l’armée prussienne. Sa cavalerie lourde et des canons ont été dissimulés derrière le bois de Sullowitz au Sud de Lobositz.

Bataille de LobositzDétail du plan de la Bataille de Lobositz par Pieter de Hondt.

L’armée prussienne arrive de l’ouest au-devant de la ville, elle-même dominée par deux collines. Sur la gauche prussienne s’étale le Lobosch, à la droite l’Ovcin. Entre les deux hauteurs topographiques se situe un éperon rocheux qui se nomme l’Homolka. Le Lobosch est tenu par 7 800 irréguliers croates qui se sont cachés parmi les vignobles menés par Frantz Moritz von Lacy. Au-devant de la ville, des grenadiers et des cavaliers sont aussi dissimulés.

Le 1er octobre 1756, Frédéric II arrive avec ses hommes en colonnes. Les soldats ne voient pas grand-chose car un épais brouillard domine la zone.

À leur approche, les Croates ouvrent le feu. Aussitôt, le roi de Prusse envoie sept bataillons les déloger sous le commandement du Duc de Bevern afin de prendre positions sur la colline Lobosch. Rapidement, il comprend que l’Ovcin au Sud est inoccupé, il décide d'établir son état-major sur cette position ainsi que des batteries d’artillerie. Au centre, sur l’Homolka, il y fait placer des canons qui dominent légèrement le devant de la ville.

Le duc de Bevern connaît d’importantes difficultés sur le Lobosch pour déloger les Croates. Une série d’attaques /contre-attaque se joue au niveau des vignobles mettant à mal les Prussiens.

La batterie prussienne sur l’Homolka arrive à repousser une unité de cavalerie qui vient vers elle. Néanmoins, à ce moment de la bataille, Frédéric n’imagine pas encore qu’il a en face de lui la totalité de l’armée autrichienne levée à son encontre.

Il dispose ses hommes en ligne de bataille entre l’Homolka et le Lobosch. Une fois que ces derniers ont été placés et se dirigent vers la ville dont le terrain est escarpé, l’artillerie autrichienne dissimulée au-devant de la ville se dévoile. En parallèle, le brouillard se lève et les boulets autrichiens tombent sur les lignes prussiennes. La cavalerie est en arrière du fait du terrain et ne peut être sur les flancs de par la présence des collines. Les Prussiens font monter leurs canons sur le Lobosch, mais le temps de la manœuvre, l’artillerie autrichienne écume les lignes prussiennes.

Bataille de LobositzCuirassiers autrichiens et prussiens à la bataille de Lobositz.

En réponse, Frédéric II envoie 1 200 cuirassiers déloger tout ce beau monde. Les cuirassiers repoussent les unités autrichiennes devant elle jusqu’à l’Elbe, mais tombent soudainement sur les unités de grenadiers embusquées et de cuirassiers qui ouvrent un feu violent. Puis, à nouveau, sur le flanc droit des cavaliers prussiens des tirs apparaissent. Les fusiliers et l’artillerie dissimulés à Sullowitz se dévoilent. Les cuirassiers prussiens subissent de lourdes pertes et engagent une manœuvre de repli. À ce moment, 1 300 cuirassiers des régiments de Cordoue et Stampach sous le commandement de Karel Adam Felix von Lobkowitz fondent en force sur les Prussiens.

Il devient clair pour l’état-major prussien qu’ils n’ont pas à faire à une simple arrière ou avant-garde mais bien à l’armée autrichienne. C’est alors que le général prussien Gessler, de son propre chef, ordonne une charge générale de la cavalerie sans l’aval du roi de Prusse, qui, à sa plus grande surprise (et médusé) voit ses unités fondre sur les Autrichiens.

Le sort de ces hommes est identique à la charge précédente des 1 200 premiers cuirassiers. La cavalerie, qui évolue sur un terrain escarpé, tombe sur les grenadiers ouvrant un feu nourri. Leurs flancs sont par la suite exposés aux canons au niveau de Sullowitz. Les boulets fauchent par dizaines les hommes et les chevaux. Derrière le marais, où se trouve le gros de l’armée autrichienne, les batteries en place font aussi feu. Les cavaliers subissent le feu de toutes part. Certains tentent de traverser la marée, mais en vain, les chevaux sont trop essoufflés ou blessés pour espérer atteindre les canons autrichiens.

Dépité, désabusé, Frédéric II considère la bataille comme perdue. Il se retire dans un village derrière la ligne de front et laisse le commandement au duc de Bevern et au Prince de Brunswick.

Néanmoins, le général von Lacy qui a en charge la droite autrichienne et donc des combats sur le Lobosch a été blessé. Les officiers qui l’ont remplacé n’ont pas su faire preuve de la même efficacité que lui. Durant toute la journée, les hommes qui combattent dans les vignobles, prussiens comme autrichiens ont épuisé l’ensemble de leurs munitions. Le duc de Bevern a poussé ses hommes à charger les Croates à la baïonnette. Petit-à-petit, ces derniers commencent à se replier jusqu’à la ville qu’ils tiennent avec acharnement. Mais l’artillerie prussienne et ses obusiers mettent feu à la ville pour déloger les soldats ennemis. Les blessés ou les soldats prussiens capturés qui étaient cantonnés dans la ville sont brûlés vifs.

Les combats prennent fin vers 18h lorsque la nuit tombe. Les troupes de von Browne se retirent. En effet, comme il ne s’attendait pas à combattre le gros de l’armée prussienne, il n’a même pas engagé la force principale de son armée. Mais il est satisfait d’avoir coupé le roi de Prusse dans son élan et décide de se replier à Budin, une position fortifiée, à 8 kilomètres au Sud de Lobositz.

Lorsque Frédéric II apprend les succès de Bevern et du Prince de Brunswick qui ont réussi à percer sur le flanc gauche et à atteindre la ville, le roi revient à son état-major. En restant sur leurs positions, les Prussiens ont la prétention de considérer cette bataille comme une victoire.

Des deux côtés, on comptabilise le nombre de morts, blessés, disparus à 2 900 hommes par camp.

Conséquences

Néanmoins, bien que considérée comme victoire prussienne, Maximilian Ulysses von Browne parvient à dépêcher une force de secours de 8 000 hommes qui se met en route pour Pirna. Malheureusement, les Saxons qui étaient censés fusionner avec les Autrichiens finissent par négocier avec les Prussiens et se livrent à ces derniers malgré les secours autrichiens. De là, la totalité des 8 000 Autrichiens retournent à Budin sans subir le moindre accroc.

Bien que la mission de secours soit un échec, Browne a conduit à bien sa mission en bloquant Frédéric II à Lobositz et empêchant les Prussiens de prendre leurs quartiers d’hiver en Bohême. À la fin de l’année 1756, les Autrichiens disposent d’un léger avantage stratégique sur la Prusse.

À noter, malgré que les Saxons se soient rendus et que leurs troupes soient incorporées aux troupes prussiennes, la plupart des unités déserte les rangs en moins d’un an dont une partie pour le camp autrichien...

Bataille de Lobositz
Reddition des Saxons devant Frédéric le Grand le 17 octobre 1756 après la bataille de Lobositz le 1er octobre 1756.

Bibliographie

  • Franz A.J. Szabo - The Seven Years War in Europe, 1756–1763 (2007, Routledge)
  • [Essential Histories 006] Daniel Marston - The Seven Years' War (2001, Osprey Publishing)
  • [France overseas] Jonathan R. Dull - The French Navy and the Seven Years' War (2005, U of Nebraska Press)
  • HammerHammer Le petit Napoléon, Chroniqueur, Historien
  • "Ce qui ne me tue pas me rend plus fort." Alexandre III le Grand
    "Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas." Napoléon Bonaparte