Numantia

Thématique
Guerre de Numance
12 décembre
2017
Info sur le jeu
Plateforme
  • PC Windows
  • PlayStation 4
  • Xbox One
ÉditeurRecotechnology S.L.
DéveloppeurRecotechnology S.L.
Date de sortieOctobre 2017

Numantia Delenda Est ! La philosophie des Romains, et particulièrement celle de Caton, est assez simple à comprendre : si quelque chose n'est pas à nous, on le défonce.

Fort heureusement, c'est un principe de vie qui correspond parfaitement aux wargames, et les Espagnols de Recotechnology l'ont bien saisi. Ils se sont donc emparés d'un épisode peu connu de l'histoire antique ibérique, mais qui ne manque pas de sel : la Guerre de Numance qui eut lieu entre 153 et 133 av. J.-C..

Après avoir delenda Cartago (détruit Cartage) sans retenue à Zama en -202, Rome s'empare des possessions ibériques de la puissance punique, et, sans grande surprise, décide que tant qu'à faire, elle allait juste prendre toute la péninsule. Comme on pouvait s'y attendre, il y eut quand même de la résistance, dont celles des Numantins.

En effet, un beau matin de 153 avant notre ère, les habitants de Sigida, une ville voisine, décidèrent de se rebeller contre les Romains en refusant de payer leurs impôts. Ces derniers répondirent donc en leur envoyant une légion.

Après quelques escarmouches victorieuses, les Sigidiens se dirigèrent vers Numance pour demander protection après un revers violent. Jusque là, les Numantins étaient restés neutres, et tentèrent d'intercéder en faveur de leurs parents, en vain. En revanche, Rome leur demanda de déposer les armes.

Ainsi débuta une guerre de 14 ans, et le scénario de Numantia.

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Des cases, des cases, oui mais des Panzanis !

La campagne nous permet d'incarner deux factions : Rome et les Numantins, toutes deux scénarisées. Après avoir longuement hésité pendant 0,5 seconde, j'ai finalement décidé d'incarner Rome pour les besoins du test.

L'intro nous donne à voir une bien belle cinématique animée, qui m'évoque d'ailleurs celles de The Banner Saga. Puis, enfin, le tutoriel se lance.

En quelques secondes, je comprends pourquoi il y avait la mention « support manette complet » sur la fiche Steam : c'est en effet un portage console, et ça se voit. Le jeu est vraiment pensé pour être joué à la manette : vous ne pouvez pas changer les touches, ce qui est d'autant plus rageant que le jeu est en QWERTY. J'ai donc ressorti la manette et clairement, ce n'est pas intuitif. Jouer à la souris et au clavier aurait été nettement plus confortable, d'autant plus que Numantia est un pur wargame, et donc accorde une grande importance au placement des unités dont dépendent entre autres les dégâts et le moral.

Les wargamers ne seront pas dépaysés dans Numantia : initiative, moral, placement, capacités spéciales, le tutoriel nous rassure immédiatement sur ce point. Dommage cependant qu'il ne nous laisse pas finir la bataille qu'on a engagé pour mettre en scène le b.a.-ba du gameplay.

Immédiatement après, nous sommes transportés dans ce qui sera l'équivalent de la carte de campagne. C'est ici, que vous pourrez gérer vos armées entre deux batailles : opérer le recrutement, améliorer les unités, leur acheter des objets, les nourrir... cela apporte une touche de stratégie bienvenue, surtout couplée avec le système d'« événements », qui ajoute au jeu une dimension aléatoire et réaliste intéressante.

Ces événements sont de différents types : diplomatie, ressources, combats, personnages, chacun pouvant affecter le cours de la partie. Le scénario du jeu lui-même est découpé en événements, qui impliquent chacun plusieurs décisions : certaines peuvent apporter des bonus comme de nouveaux objets ou ressources, d'autres des pénalisations.

Par exemple, une de mes patrouilles s'était perdue lors d'une tempête de neige : j'avais le choix entre aller la chercher au risque de perdre deux patrouilles, ou espérer qu'ils rentrent. Au final, ils ne sont jamais rentrés et ma troupe a perdu 40 % de moral, ce qui m'a grandement mis en danger à la bataille suivante.

D'autres décisions encore auront un retentissement sur le long terme. Au début du jeu par exemple, les soldats qui avaient combattu longtemps en Ibérie commençaient à adopter certaines coutumes des autochtones. J'avais alors le choix entre le syncrétisme (en l'occurrence l'adoption des traditions celtibères par les soldats romains) ou la protection des traditions purement romaines.

L'avantage de ce système est de permettre une certaine rejouabilité, les décisions influençant légèrement le déroulement de la campagne. D'une certaine manière, ce système à choix multiple ajouté au choix du dessin pour le design du jeu fait un peu penser aux jeux d'aventures textuelles comme Sorcery !, inspiré des « livre dont vous êtes le héros » ce qui, si vous êtes nostalgiques du genre, est loin d'être désagréable.

Numantia  Numantia  Numantia

How far will you go for Rome ?

Côté combat, si l'on passe outre la maniabilité incroyablement rageante (le placement des unités à la manette vous plombera le moral, vous mettant à égalité avec vos soldats), le plaisir est au rendez-vous.

La stratégie est présente, tout comme la difficulté : je me suis pris la trempe de mes beaux jours dès la deuxième bataille à cause d'un mauvais placement des unités, alors que j'étais en difficulté normale.

Ainsi, le fait de gagner une escarmouche procure un réel sentiment d'accomplissement. Parce que clairement, le jeu ne pardonne aucune erreur. Et quand vous perdez, hé bien c'est comme dans les vieux RPG, vous revenez au menu. Et si vous gagnez mais que la plupart de vos unités meurent au combat, elles ne reviennent pas à la fin de la partie. Et vu le prix des unités, vous ne voulez pas que ça arrive, oh non !

Le champ de bataille étant décomposé en cases, il va donc vous falloir réfléchir au meilleur placement de départ, mais aussi en combat. Vous placer derrière une unité ennemie pour un maximum de dégâts à la vie et au moral, mais en prenant le risque de découvrir vos propres arrières ? Ou au contraire attaquer de face, en faisant moins de dégâts et en s'exposant à une riposte, mais sachant vos flancs protégés ?

On retrouve ici les mêmes sensations que dans un wargame, et je dois dire que c'est loin d'être désagréable. Un conseil : n'oubliez vraiment pas de regarder les statistiques des unités et leur faiblesse, parce que si vous lez envoyez au pif contre une unité, ça peut assez mal se passer. De toute façon, le jeu vous le rappellera vite dans le sang et les larmes.

Littéralement : la phase de placement initiale est rendue tellement atroce par la manette que vous ne voulez pas perdre, parce que vous ne voulez pas recommencer. Mettons que ça donne un enjeu aux batailles. Enfin, en plus de la difficulté quoi.

Cependant, le jeu à le bon goût d'allier sauvegardes manuelles et automatiques, vous pourrez donc tricher planifier à nouveau votre stratégie afin de perdre le moins d'hommes possible.

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Aulos, Caesar !

Bon, je râle, mais il y a quand même de bons points. Les graphismes sont honnêtes, et les unités aussi variées qu'il est historiquement permis. Certes, c'est un peu flou en hauteur, ce qui gâche parfois la lisibilité, mais cela vous forcera à zoomer et à regarder les jolies petites animations, qui, sans être spectaculaires, restent sympathiques à regarder.

De plus, les cartes sont variées, nombreuses, et vous pouvez paramétrer vos propres batailles personnalisées dans le mode Arena dans la carte de votre choix.

Le scénario est vraiment sympathique et nous fait découvrir un conflit jamais traité à travers les yeux de personnages de fiction, trois soldats du rang (Aeselius, Corvinus et Nerva pour les Romains ; Leuco, Ambo et Caro pour les Numantins) qui nous font vivre tous les aléas de la vie en campagne.

Enfin, petite mention spéciale à la musique, un peu répétitive à la longue, mais essayant tout de même à coller au mieux à la thématique antique.

7.0
Numantia

Ça n'date pas d'ibère !
Numantia est un jeu avec un certain potentiel. Si seulement le portage avait été meilleur et les commandes, personnalisables, il aurait vraiment été bon, surtout pour ce prix. Une fois maîtrisée les rudiments du jeu, on peut vraiment prendre son pied à voir réussir ses stratégies, d'autant plus que si le jeu est dur, il est aussi juste. On progresse sans être (trop) frustré. Si vous aimez les wargames, c'est une alternative à petit budget loin d'être mauvaise.
Intérêt historique :Recotechnology nous gratifie avec Numantia d'un titre sur un épisode très peu connu de l'histoire antique, et s'en sort avec brio. Un jeu traitant de l'Antiquité, c'est déjà assez rare en soi, mais alors en sortant des poncifs... J'approuve. De plus, le panel des unités est fourni et cohérent, les amateurs de la période s'y retrouveront donc sans peine ! Et pour ceux qui en voudraient un peu plus, jouer à la campagne permet de débloquer des morceaux de l'histoire de cette guerre, que vous pouvez consulter à tout moment dans les extras. Que demande le peuple ?
  • +Le contexte historique très peu connu
  • +De la bonne vielle stratégie old school
  • +De la difficulté
  • +Le prix
  • -C'est pas très beau...
  • -...ni maniable. Vraiment pas maniable.

  • Clodius Chroniqueur, Historien
  • "Nous trouverons un chemin... Ou nous en créerons un." Hannibal Barca lors de la traversée des Alpes