Louise Lannes, duchesse de Montebello

Maréchal de l'Empire
Thématique
Époque napoléoniennes
15 juin
2017
Info sur le livre
Titre originalLouise Lannes, duchesse de Montebello. L'épopée napoléonienne côté femme
AuteurRégis de Crépy
PréfaceJacques-Olivier Boudon
ÉditeurÉfitions de la Bisquine
GenreBiographie
Sortie27 avril 2017
Nombre de pages432 pages

Louise Lannes, duchesse de Montebello est un livre écrit par Régis de Crépy aux éditions de la Bisquine qui aborde l'épopée napoléonienne de manière très originale.

Des ouvrages sur cette période sont légions, surtout sur les personnages masculins. Rares sont ceux sur les femmes, la plupart d'entre-elles sont tombées dans l'oubli bien qu'elles aient joué des rôles importants.

Régis de Crépy, juriste de formation ayant fait carrière dans une grande banque internationale et passionné d'archives, a justement fait appel à celles-ci pour mettre en avant une autre vision sur cette période, celle d'une femme durant l'Empire. Cette dernière est l'épouse du maréchal Lannes, ami de Napoléon Bonaparte, mort à la bataille d'Essling, emporté par un boulet autrichien.

La famille Guéhéneuc, une famille bourgeoise

La maréchale Lannes, duchesse de Montebello, par Pierre Paul Prud'hon.La maréchale Lannes, duchesse de Montebello, par Pierre Paul Prud'hon.

Louise Lannes vient d'une famille connue sous la monarchie puisque son père : François Scholastique de Guéhéneuc fut valet de chambre du Roi pendant la Révolution et y survit.

Par ses compétences de gestion, de politique et de moral, tout au long de sa vie, il obtient de nombreux postes prestigieux et importants. Par exemple, il fut administrateur des eaux et forêts, maire d'Etoges, président d'un collège électoral par deux fois, membre du Sénat conservateur, député et pair de France.

Il a eu plusieurs enfants dont Louise qui épousa, alors âgée de 18 ans, le général de brigade Jean Lannes, le 16 septembre 1800.

Ce mariage fut, comme l'avaient inculqué les parents de la duchesse de Montebello, fait par amour et non de force. Même si elle devait garder en tête que le fait de se marier avec quelqu'un d'assez renommé pouvait améliorer l'image de sa maison.

Les Lannes

Leur situation au début des années 1800 n'était pas à déplorer. Toutefois, il y eut quelques déboires pour Lannes. Mais sa femme avait cette capacité à l'écouter, le calmer et lui présenter les faits d'une manière différente.

En effet, Lannes obtient le poste de commandant de la Garde Consulaire au milieu de l'année 1800. Il existe alors des tensions entre lui, Murat et Bessières quant à des questions de préférences vis-à-vis du Consul. Murat en arriva plus ou moins à dénoncer Lannes pour avoir dépassé le budget alloué à la Garde Consulaire. Quelques temps avant, le duc de Montebello avait critiqué le concordat de 1801. Napoléon ne tarda pas à mettre fin à ses querelles en l'obligeant à rembourser les sommes qu'il avait dépassé. Lannes dut alors quitter Paris et la Garde Consulaire. L'Empereur finit par l'envoyer à Lisbonne en tant qu'ambassadeur pour mettre en avant les relations franco-portugaises, afin de mettre sur la touche l'influence qu’exercent les Anglais sur ce pays.

Au début, Jean Lannes interpréta très mal cette décision de l'éloigner de Paris et du Consul. Mais sa femme le raisonna en lui expliquant que cette mission est d'une grande importance car Napoléon ne peut pas envoyer n'importe qui pour défendre les intérêts du pays au Portugal. Sur place, Louise Lannes trouva rapidement ses marques malgré l'éloignement avec son fils aîné, resté en France.

Bien que les femmes n'eussent pas le droit de faire de politique, l'ambassadrice brilla par son intelligence, ses conseils et sa manière d'être. Elle réussit à créer un cercle prônant la culture française, les soirées bourgeoises, en sachant se faire apprécier par la caste monarchique portugaise. Ses actions n'ont pas été retenues par l'Histoire qu'on aime entendre et qu'on nous a appris. Pourtant, Régis de Crépy, à travers les lettres retrouvées dans les différentes archives, met en avant le travail exercé par Louise pour aider son mari.

Par l'influence de ce couple ambassadeur, les membres du gouvernements portugais qui étaient davantage axé sur la Grande Bretagne purent être évincés pour quelques temps. Un traité avantageux fut aussi ratifié. De plus, des liens assez étroits furent développés entre Louise et la princesse du Brésil, Marie Ière. La mission fut un succès aux grands malheurs de Talleyrand.

Très vite, le couple dut être rappelé lors de la proclamation de l'Empire et pour un éventuel débarquement en Angleterre. Le couple fut heureux, Louise suivit son mari presque partout jusqu'au jour du 31 mai 1809 à Essling où son mari perdit la vie laissant une famille de 5 enfants et une femme dans la tristesse.

Malgré tout, Louise resta forte et pleine de grâce. Elle était un modèle de femme que Napoléon admirait.

La Dame d'Honneur

La maréchale Lannes et ses cinq enfants, par François Gérard (1818), Musée de l'Histoire de France (Versailles).La maréchale Lannes et ses cinq enfants, par François Gérard (1818), Musée de l'Histoire de France (Versailles).

L'Empereur fit de Louise une Dame d'Honneur de la nouvelle impératrice : Marie-Louise. Régis de Crépy nous présente une amitié naissante entre deux femmes souffrant toutes deux d'un certain manque. L'une de sa liberté, du rôle qu'on lui oblige de jouer, de son confinement et l'autre de la perte de son mari mais qu'elle honore par sa bonté et sa grâce.

Il faut aussi savoir que l'Empereur a choisi la duchesse de Montebello pour plusieurs raisons. D'une part, il a confiance en elle car elle est représentative d'un modèle pour toutes les femmes de la cour, elle avait un franc-parler mêlé à un certain sens de la diplomatie. Et enfin, il l'admirait beaucoup en plus d'être la femme de son meilleur ami. Louise organisa sa vie autour de l'Impératrice avec tout le protocole adéquat. Elles devinrent amies.

Napoléon voulu ce mariage avec Marie-Louise pour permettre une alliance avec l'Autriche en espérant pouvoir assurer une paix qu'il souhaitait en Europe. Malheureusement, il décida que sa nouvelle Impératrice devait être éloignée de tout et qu'elle ne pouvait pas jouer un rôle de régente (sauf vers la fin où elle accomplit quelques déplacements). L’Impératrice souffrit beaucoup de ce confinement, mais elle trouva en Louise une âme-soeur qui arrivait à lui faire oublier ses malheurs et à la conseiller.

Puis vint la première abdication de l'Empereur, très vite, les Autrichiens reprirent leur princesse en éloignant tous les membres de la cours française qui étaient à son service depuis quelques années.

Un chapitre entier est dédié à la retranscription de lettres qu'elles se sont échangées entre 1814 et 1816, c'est-à-dire après la chute.

La pauvre Marie-Louise fut évincée par son propre père, l'empereur d'Autriche, sujette aux manipulations de Metternich qui décida (avec son père) de garder L'Aiglon en Autriche et de ne lui donner qu'un petit duché, celui de Parme. Tout cela ayant pour but qu'elle ne puisse pas régner car elle fut liée au monstre de l'Europe.

Louise tenta de lui ouvrir les yeux sur ces manipulations à travers ses lettres mais cette jeune femme d'à peine vingt ans resta naïve.

Après la chute

Louis Napoléon Lannes (1801-1874)Louis Napoléon Lannes (1801-1874)

La vie devint dure pour Louise après la fin de l'Empire, elle travailla coûte que coûte pour soutenir au maximum l'éducation de ses enfants en n'hésitant pas à revendre des domaines, des objets de valeurs pour leur permettre de faire leurs études, se marier quitte à ce qu'elle vive chichement et de manière reculée.

Le fils aîné du couple, Napoléon Montebello, fut quelqu'un de brillant qui se lança dans la diplomatie. En 1822, l'école Normale et Polytechnique se révolta contre le gouvernement de la Restauration pour la défense et la liberté de la presse. La fronde de Polytechnique fut notamment menée par Napoléon de Montebello et d'autres de ses camarades.

Sa mère qui était particulièrement attachée à son fils aîné le soutient dans tout ce qu'il entreprit et l'aida à se marier. Il essaya avec une jeune femme russe mais il finit par annuler au dernier moment.

Elle fut présente à ses côtés lorsqu'il prit part à la création du journal Le Globe en tant qu'actionnaire fondateur. Ce journal était composé à l'époque de jeunes gens qui se voulaient être majoritairement des libéraux. Ce journal amorça notamment un nouveau mouvement : Le Romantisme.

Louise soutient tous ses fils et filles dans leurs projets, en fin de vie elle mènera une vie quelque peu reculée, organisant parfois des soirées afin de débattre de divers sujets (de manière subtile toujours, car les femmes étaient toujours mal vues quand elles parlaient de politique). Elle était aussi un modèle d'altruisme. Elle aida financièrement et physiquement des œuvres de charité pour des orphelins, des enfants sourds, le tout dans la plus grande des modesties.

Lorsque Louis-Philippe arriva au gouvernement, elle put récupérer certains de ses titres et recevoir des dotations qu'elle n'avait pas eu depuis l'Empire. Cela lui permit de finir sa vie tranquillement, entourée des personnes qu'elle affectionnait.

Stendhal

Stendhal est un des auteurs le plus connu de cette époque. Il avait notamment beaucoup de liens avec la famille de Montebello et Louise particulièrement. Il s'est fait découvrir pour ses œuvres comme : Le Rouge et le Noir, La Chartreuse de Parme ou encore Armance.

Il existe beaucoup d'études de ses œuvres expliquant ses inspirations, d'où provenaient ses idées. Pourtant peu parlent de ses liens avec Louise de Montebello qui a inspiré nombreux de ses personnages. Notamment dans la Chartreuse de Parme et le Rouge et le Noir où on peut retrouver Louise dans son hôtel rue de Varenne. Ou encore dans Armance qui décrit l'histoire de Napoléon Montebello et de cette femme russe qu'il ne connaît pas et qu'il souhaite épouser avant de laisser tomber ce mariage. Ou encore dans l’ouvrage inachevé Lucien Leuwen où il décrit son héros polytechnicien très semblable à Napoléon Montebello.

Pour conclure

Pour terminer, ce livre est un véritable petit trésor. Non seulement on en apprend un peu plus sur l'épopée napoléonienne côté femme mais aussi après la chute et durant la restauration avec l’avènement du romantisme et des idées libérales.

On apprend à connaître cette personne qu'est Louise, entièrement dévouée à son mari et à l'éducation de ses enfants tout en ayant des rôles importants comme Dame d'Honneur de l'Impératrice Marie-Louise. Elle a de l'esprit, de l'intelligence, de la clairvoyance tout en étant humble et modeste.

Régis de Crépy nous propose ce livre entièrement sourcé de ses recherches. C'est un livre à avoir pour mieux comprendre cette époque et les différents comportements.

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