Bataille du pont d'Arcole

Maréchal de l'Empire
30 avril
2019
Thématique
Conflit Guerres napoléoniennes
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Après la victoire de Bassano, Bonaparte augmente sa domination sur le siège de Mantoue. À ce stade de la guerre, les peuples d’Italie ont toute confiance en l’armée française. Les troupes sont relativement bien nourries et bien équipées.

À Vienne, les hautes instances sont mécontentes des résultats obtenus en Italie, car en parallèle sur le front du Rhin, les armées autrichiennes et prussiennes sont victorieuses. Pour tenter de reprendre les terres perdues en Italie, ils dépêchent deux nouvelles armées : l’une dans le Frioul et l’autre dans le Tyrol. L’ensemble étant sous le commandement du général Alvinzi.

Le gros des forces se trouve dans le Frioul fort de 18 000 hommes. Tandis que la seconde armée se concentre dans le Tyrol avec 10 000 hommes sous les ordres de Davidovitch. Leur objectif est de libérer Wurmser du siège de Mantoue.

Une nouvelle fois, le rapport de force est en faveur des Autrichiens. Au total, et en fonction des effectifs récupérés par Alvinzi, le total des troupes autrichiennes est de l’ordre de 70 000 hommes (dont 23 000 à 25 000 dans la forteresse de Mantoue) contre 40 000 Français.

À partir du 1er novembre, Alvinzi veut faire jonction au niveau de Vérone avec Davidovitch pour libérer Wursmer.

Prémices autrichiens victorieux

Une première bataille s’engage pour le contrôle de la vallée de la Brenta. Augereau et Masséna qui sont du côté ouest de la vallée tentent de résister aux assauts autrichiens, mais en vain. Les troupes ennemies sont vigoureuses et offrent un tir nourri aux Français, ce qui retarde plus d’une fois les plans de Bonaparte et l’avancée des troupes.

En parallèle, Vaubois qui se situe dans le Tyrol sur la rive droite de l’Avicio doit attaquer les ennemis. Ces premiers essais sont fructueux, mais avec une faible marge de manœuvre et sans réel impact décisif. Néanmoins, les Autrichiens sont plus poussifs et menacent de détruire la quasi-totalité de ses troupes, il doit opérer un repli et abandonner Trente. De cette manière, la ville de Vérone vient à être menacée.

Bonaparte fait aussitôt réunir des renforts sur le plateau de Rivoli tandis que Vaubois parvient à manœuvrer son repli jusqu’à cette localisation. Quelques renforts arrivent dans la région dont Joubert et quelques unités de Vendée.

Le 7 novembre, Alvinzi suit les troupes dans la vallée de la Brenta et réussit à franchir le fleuve du même nom bien qu’il ait subi des revers. Petit à petit, la tenaille autrichienne est en train de se refermer. Il reste aux Autrichiens de traverser l’Adige et de faire jonction à Vérone.

Dans cette perspective, le général autrichien traverse l’Alpone (affluent se jetant dans l’Adige) à Villanova (à environ 20km de Vérone vers l’Ouest) afin d’obtenir une position stratégique sur des hauteurs qui couvrent l’ensemble du territoire, dont la ville de Vérone.

Aux alentours du 11 novembre 1796, Napoléon décide de bloquer les troupes autrichiennes et livre bataille sur ce lieu, à Caldiero. Les hommes de Alvinzi occupent des positions fortes et difficiles à abandonner. Les troupes des deux côtés se battent vaillamment sous un véritable déluge. À la fin de la journée, la victoire de la bataille de Caldiero revient aux Autrichiens. Bien qu’il n’y ait pas de véritable acquis territorial sur le champ de bataille, les Autrichiens mettent les Français dans une situation critique de par leurs positions.

Les troupes françaises ne peuvent plus prendre l’avantage et n’ont d’autre choix que d’attendre. Le Tyrol et la vallée de la Brenta sont détenus par les Autrichiens. Les troupes sont bloquées au Nord et au niveau de Caldiero. De plus, fort de ces succès, la garnison de Mantoue tente parfois des sorties. Le moral des Français est en berne, couplé à un temps terrible où tous les terrains sont boueux rendant les mouvements d’artillerie et de cavalerie compliqués.

Plan de bataille d'ArcolePlan de bataille d'Arcole

La bataille d’Arcole

Le 14 novembre 1796, dans le plus grand des silences, le gros de l’armée française quitte Vérone. Elle traverse l’Adige et se positionne à sa droite - puis fait route jusqu’à Ronco. Le génie jette un pont sur la droite de l’Alpone. Sur cette rive se présentent trois chaussées s’enfonçant dans le marais et où le général Bonaparte souhaite attirer les Autrichiens. De plus, en jetant le pont à cet endroit, cela permet de garder la communication avec Vérone par le biais de la digue qui remonte l’Adige.

  • La 1ère chaussée mène à Vérone (celle de gauche)
  • La 2nd mène à Villanova en passant par Arcole (celle du centre)
  • La 3ème mène à Albaredo (celle de droite)

Le but ultime de cette guerre à ce moment est le passage de l’Adige. Bonaparte tente d’affronter le gros des Autrichiens à Caldiero de front, mais en vain. Il essuie une défaite. Sans même qu’Alvinzi ait pu traverser l’Adige, Bonaparte le fait pour tenter de le contourner et pour mettre en échec le général autrichien.

3 colonnes se mettent en route sur les différentes chaussées. Celle de gauche est à portée de Vérone et la protège. Celle du centre arrive jusqu’au pont d’Arcole. Les troupes d’Augereau tentent un passage en force. Ce même général avec deux bataillons s’élance sur le pont avant de recevoir un tir nourri des troupes autrichiennes stationnées en face. Augereau doit se replier en aval du pont d’Arcole.

Bataille du pont d’Arcole, par Horace Vernet (1826)Bataille du pont d’Arcole, par Horace Vernet (1826)

Petit à petit, Alvinzi comprend que des troupes françaises ont traversé l’Adige, mais il ne pense pas que le gros des troupes peut se déplacer dans ces marais. Il sous-entend qu’il n’y trouvera que des unités légères. Quoiqu’il en soit, il décide d’y porter quelques unités pour les chasser définitivement.

Au village d’Arcole, au niveau de l’Adige se trouve la digue d’Arcole et une autre digue sur la gauche. Les troupes de Mittrovsky (dépêché par Alvinzi pour nettoyer le marais) entament les troupes françaises sur la digue de gauche, mais Masséna répond sèchement en chargeant les ennemis, leur causant beaucoup de pertes.

Augereau est confronté au même scénario et lui aussi met en déroute les Autrichiens. Ces petits succès peuvent déboucher sur une plus grande victoire. En prenant Arcole, Bonaparte peut ainsi tomber sur les arrières autrichiens et couper leur retraite… donc anéantir l’ennemi. Mais pour cela, encore faut-il capturer le village d’Arcole. Pourtant, ce dernier résiste encore et toujours aux troupes françaises.

Napoléon décide de se jeter dans la fournaise. Il saisit un drapeau et s’avance sur le pont. Néanmoins la colonne qui le suit est prise sous un feu nourri, notamment sous un feu de flanc. La colonne prend la fuite et Napoléon se retrouve bien seul. Quelques téméraires grenadiers réussissent à le saisir et à l'entraîner dans le marais noir de morts. Le général est bloqué et enfoncé jusqu’à la taille. Dans un sursaut d’orgueil, les grenadiers en tête de colonne qui avaient partiellement fui accusent le coup et se jettent sur l’ennemi pour protéger Bonaparte. Les Autrichiens sont donc repoussés au-delà du pont.

Malheureusement, bien des soldats perdent la vie dans cette tentative. Lannes qui revenait de blessures (et encore souffrant) se plaça entre Napoléon et les Autrichiens : 3 balles le frappèrent. L’aide de camp Muiron protège de sa personne le général avant de périr, et le général Robert fut tué.

En parallèle de ces affrontements, la colonne de droite parvient à traverser l’Adige à Albaredo pour prendre le village à revers, mais elle arrive trop tard. Alvinzi comprend bien vite les plans de Napoléon et se replie en abandonnant Caldiero.

Bien que Vérone n’est plus en danger, Alvinzi file entre les doigts des Français. Demeure la question de Vaubois et Davidovitch. Si le général français avait cédé, les Autrichiens auraient pu libérer Mantoue.

En effet, les Autrichiens ont pris le plateau de Rivoli et Vaubois est à Bussolengo. Mais, à ce moment les troupes des deux côtés restent l’arme au pied. Napoléon craint un mouvement rétrograde de Vaubois dû à des défaites. Napoléon fait donc évacuer les troupes d’Arcole pour se porter en soutien.

Alvinzi est vite mis au courant de ce mouvement et se porte sur le petit village pour lequel tant de sang a été versé. Il se trouve, à cet instant, non loin de Ronco. Aussitôt, les troupes françaises qui passèrent ce pont le traversent à nouveau en direction des troupes autrichiennes pour les culbuter. Deux divisions autrichiennes sont ainsi mises en déroute et quelques drapeaux sont capturés.

Bataille du pont d’Arcole, par Louis Albert Guislain Bacler d'AlbeBataille du pont d’Arcole, par Louis Albert Guislain Bacler d'Albe

Le 17 novembre 1796, l’État-major français sait que Daviovitch et Vaubois campent sur leur position. Il est décidé de se porter au-devant de l’ennemi (des troupes d’Alvinzi) pour l’affronter. Ce même général se porte aussi en avant. Les armées se retrouvent à nouveau au niveau des deux digues d’Arcole. Les combats du matin sont intenses. La 32ème écrase littéralement une colonne forte de 3 000 Croates où la plupart périssent. Masséna sur le flanc gauche avance à son tour et fait un carnage dans les rangs adverses en s’emparant d’Arcole. En parallèle, Augereau traverse l’Alpone pour prendre à revers les Autrichiens en passant par Legnago.

Napoléon a envie d’en finir une bonne fois pour toutes. Le sort de la journée va en dépendre. Car il n’a aucune information concernant Vaubois et il doit pouvoir se porter rapidement à lui s’il venait à essuyer une défaite pour protéger Vérone et Mantoue. Il décide de mener le combat en plaine.

À deux heures de l’après-midi, les armées sont en formation de bataille. Sur la gauche française se trouve Arcole et à sa droite la route pour Legnago. À la droite des Autrichiens se trouve l’Alpone et à sa gauche les marais des combats précédents.

Alvinzi, intelligent, dans un souci de retraite a échelonné ses troupes pour protéger sa retraite et son parc d’artillerie.

Quand les Français déboulent par surprise sur sa gauche, la ligne autrichienne se dessoude. Ils se replient dans la vallée de la Brenta. Alvinzi, ayant subi de nombreuses pertes, ne peut attaquer les positions françaises, car leur moral est fort entamé et les morts nombreux.

Sur ces 3 jours d’affrontements, il déplore pas moins de 18 000 morts, 6 000 prisonniers, 4 drapeaux et 18 canons perdus.

Napoléon opère les premières manœuvres pour remonter vers le Tyrol afin de conserver les positions. Par chance, Davidovitch n’est pas en communication avec Avinzi et ne sait donc rien de l’avancée des armées ces derniers jours. Une chance pour les Français qui allaient se porter sur les divisions autrichiennes du Tyrol. Mais les deux camps ont besoin de grand repos...

Sources :

  • Napoléon Bonaparte, Mémoires de Napoléon : Tome 1, La campagne d'Italie (1796-1797), Editions Tallandier, 2010, 338 pages.
  • Guerres & Histoire hors série N°45
  • HammerHammer Le petit Napoléon, Chroniqueur, Historien, Youtubeur
  • "Ce qui ne me tue pas me rend plus fort." Alexandre III le Grand
  • "Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas." Napoléon Bonaparte