Opération Dynamo

Roi de Dreamland
Thématique
Seconde Guerre mondiale
25 novembre
2015
Thématique
Conflit Deuxième guerre mondiale
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Troupes britanniques embarquant sur un pont de bateaux.

Il est des batailles méconnues de la seconde guerre mondiale. Des batailles dont on parle peu, car elles sont souvent assimilées à des défaites, ou à une débâcle peu glorieuse. Des noms oubliés de l'Histoire alors même qu'ils l'ont façonnée d'une manière décisive, en impactant sur l'issue du conflit. La bataille de Dunkerque en fait partie. À l'image de la totalité de la Bataille de France, les affrontements ayant pris part à Dunkerque entre le 20 mai et le 3 juin 1940 sont très largement sortis de notre mémoire et de notre conscience collective. Souvenir gênant de la défaite ultime parachevant la chute de la France, nous préférons ne pas nous en rappeler. A la place, nous mettons plutôt en avant des affrontements mythiques comme ceux de Stalingrad, d'Iwo-Jima ou encore d'Omaha Beach. Pourtant, si la bataille de Dunkerque n'a rien d'aussi « sexy » ou d'aussi épique que les noms que je viens de citer, elle n'a rien à leur envier car son issue reste en 1940 d'une importance capitale. Cette bataille oubliée est donc loin d'être dénuée de tout intérêt stratégique, mais de là à la glorifier, il y a un juste milieu sur lequel il convient de revenir.

Dunkerque : Poche de résistance des armées alliés en déroute

À l'aube de la bataille, la situation stratégique est catastrophique pour le haut-commandement des Alliés. Refusant de croire à une offensive allemande par les Ardennes et s'engouffrant en Belgique pour se ruer à la rencontre de la diversion initiale allemande, la principale force de frappe franco-britannique se retrouve piégée et coupée de ses lignes. Le plan Dyle-Bréda est un échec. Commence alors une série de replis pour les troupes Alliées dont une grande partie va finir par se retrancher à Dunkerque, encerclée par les forces allemandes. Là-bas, plus de retraite rapide possible, car c'est la mer qui s'étend derrière les armées françaises et britanniques. Pendant ce temps, les Allemands progressent rapidement, profitant des errances stratégiques des Alliés et de l'incapacité des troupes françaises à répondre à une guerre de mouvement rapide. Il convient cependant de préciser que l'inadéquation des tactiques française, toujours bloquées sur un modèle de guerre de positions type 1914-1918, n'épargne pas pour autant les armées allemandes qui subissent des revers locaux importants, comme lors de la bataille de Hannut, ainsi que des pertes non négligeables malgré leur rapide progression.

Toujours est-il qu'en observant la carte de guerre dans sa globalité, Churchill lui-même doit se rendre à l'évidence. Ce que le général Weygand a appelé « la Bataille de France » est sur le point de s'achever. Par une défaite cinglante qui plus est. Il est grand temps de préparer la suite, à savoir la bataille d'Angleterre. Pour ce faire, il faut à tout prix évacuer le plus grand nombre possible des quelques 400 000 soldats Alliées se retranchant dans la ville de Dunkerque. Dans l'urgence, l'opération Dynamo se prépare.

Carte de la campagne

L'échec de la Luftwaffe et les erreurs stratégiques allemandes

Du côté allemand, l'avancée en France s'est faite rapidement, mais nous avons vu qu'elle n'a pas été de tout repos. Pourtant, Hitler lui-même sait qu'une victoire totale sur la France est désormais à portée de main. Pour la garantir, ainsi que pour prendre un avantage décisif dans la suite du conflit, il lui faut écraser la poche de résistance de Dunkerque. Un plan d'évacuation a été monté en urgence par les Alliés qui se servent de tous les navires imaginables pour faire embarquer des troupes et les envoyer en sécurité de l'autre côté du Channel. Même les navires marchands et les navires de pêche sont réquisitionnés.

Chaque soldat qui quitte Dunkerque est un soldat qui peut revenir en guerre contre l'Allemagne dans quelques semaines. Chaque soldat qui quitte Dunkerque n'est pas mis hors-jeu. À chaque seconde qui s'égrène, à chaque soldat évacué, l'Allemagne est mise dans une posture un peu moins confortable. Il faut donc réagir rapidement. Hitler le sait. Pourtant, le haut-commandement allemand hésite.

D'un côté, Hitler aimerait écraser rapidement cette résistance avec l'ensemble de ses forces, mais ses généraux lui font savoir que les troupes sont fatiguées et qu'elles ont subies des pertes. Par ailleurs, le dispositif de défense des Alliés est solide et un assaut massif s'avérerait coûteux en vies. Or, le réservoir de main d'œuvre allemande n'est pas celui de l'URSS, bien que les deux pays ne soient pas encore en guerre à cette époque. Toutefois, si elle veut venir à bout de la Grande-Bretagne et de la totalité de ses colonies, la Wehrmacht se doit d'être économe en vies humaines et de ménager ses hommes. Les généraux allemands font donc face à un dilemme important. Il leur faut triompher rapidement avec des pertes minimales face à un ennemi bien retranché et dans son élément, à savoir une ville dotée d'un périmètre de défense renforcé.

Au final, il est décidé de laisser au repos devant Dunkerque la majorité des forces terrestres, et notamment les blindés qui ont subi de lourdes pertes quelques jours plus tôt au Hannut. À la Luftwaffe de Goering revient la tâche principale de réduire la défense Alliée et de détruire les moyens d'évacuation. Si les Allemands laissent une partie de leurs troupes en réserve, il leur faut toutefois une victoire rapide. Ce ne sera pas le cas, puisque la poche de Dunkerque tiendra une dizaine de jours face aux assauts allemands malgré une coordination parfois hasardeuse entre Français, Britanniques, Belges et même quelques Néerlandais. Outre l'hésitation des Allemands, une importante erreur stratégique fut de confier le gros du travail à la Luftwaffe. En effet, elle ne parviendra pas à accomplir ses objectifs et faillira à sa mission. Plus tard durant la guerre, elle échouera encore, lors de la Bataille d'Angleterre, ou encore lors du pont aérien censé ravitailler la 6ème armée de l'éphémère Maréchal Paulus à Stalingrad. Des échecs décisifs qui contribueront à sceller le sort du troisième Reich.

Conséquences directes de la bataille

Les forces françaises sont chargées de protéger la retraite et l'évacuation des troupes britanniques. Dans la panique, et parfois même le chaos, plus de 320000 combattants parviennent à être évacués en l'espace d'une dizaine de jours. Dans des conditions dantesques, l'opération Dynamo réalise un miracle. Certains secteurs du champ de bataille sont le théâtre d'âpres affrontements où les troupes françaises ont résisté avec acharnement face aux avancées allemandes. Il faut dire que c'est dans cette situation de défense de ligne que l'armée française est dans son élément. La 12ème division d'infanterie motorisée a notamment tenue héroïquement sa position face aux assaillants, subissant de lourdes pertes, mais offrant un temps supplémentaire précieux aux troupes évacuant sur les plages.

Troupes britanniques qui ont pu embarquer sur un navire.

Après un peu moins de deux semaines d'affrontements, le drapeau allemand flotte finalement sur Dunkerque. Toutefois, pour Hitler, c'est loin d'être une victoire totale. Pour les Allemands, si Dunkerque est synonyme d'une victoire tactique, remportée sur le terrain, elle n'en garde pas moins un goût amer. En effet, en adoptant une vision stratégique de long terme, ce sont les Alliés qui ont en fait remporté la mise, car en parvenant à évacuer l'immense majorité du BEF (British Expeditionary Force), en plus de nombreuses troupes françaises, ils bénéficient d'un nombre important de soldats capables de continuer la guerre.

Par ailleurs, il faut aussi se rappeler qu'en 1940, les effectifs de l'armée britannique sont très réduits car elle reste une armée de métier limitée en nombre. Le BEF constitue le noyau dur de troupes vétéranes de l'armée de Sa Majesté. En forçant le trait et en exagérant, on pourrait estimer qu'une grande partie de l'armée britannique est présente dans le BEF de 1940. Aussi, parvenir à l'évacuer est un soulagement inimaginable dans la mesure où sa capture aurait privé la Grande-Bretagne de ses meilleures forces pour la suite de la guerre. La valeur de ce BEF est donc immense. Ses troupes comptent parmi les seules qui ont déjà connu le feu et affronté les Allemands. Elles vont pouvoir former d'autres unités et ainsi étendre la puissance numérique de l'armée britannique pour la suite du conflit. Le BEF capturé, les choses auraient été bien différentes car les forces armées britanniques auraient alors été amputées de leur principale force de frappe.

Certes, tout n'est pas rose non plus dans la mesure où les Alliés ont aussi abandonné énormément de matériel sur les plages de Dunkerque. Churchill rappellera à ce sujet qu'une guerre se gagne avec des victoires, et pas avec des évacuations, aussi capitales soient-elles. De plus, des unités françaises ayant résisté jusqu'au dernier moment pour couvrir l'évacuation ont été anéanties ou faites prisonnières comme la 12ème division d'infanterie motorisée. Un certain ressenti se fera d'ailleurs chez une partie des officiers français qui se sont sentis abandonnés par les troupes britanniques à Dunkerque. Pourtant, après avoir fait passer en priorité leurs troupes, les Britanniques ont tenté de sauver autant de soldats français que possibles. Peut-on vraiment leur tenir rigueur d'avoir abandonné le terrain à l'heure où tout était déjà perdu ?

L'essentiel reste malgré tout sauvé, puisque nombreux sont les hommes qui ont échappé à l'anéantissement ou à la captivité et qui seront en mesure de reprendre très bientôt le conflit. Dunkerque est donc à la fois une victoire et une défaite paradoxale. La propagande de l'époque a préféré, sans aucune surprise, présenter l'événement comme un triomphe capital en estimant que, certes, si la France est pour l'heure perdue, les hommes qui la libéreront bientôt ont pu être sauvés.

Au final, les troupes évacuées à Dunkerque permettent aux Alliés de rester debout dans la guerre, et notamment à la France de rentrer en résistance autour du général de Gaulle qui ne tardera pas à lancer son fameux appel du 18 juin. La bataille de Dunkerque a donc d'importantes conséquences qui vont lourdement peser sur la suite du conflit. De son côté, l'Allemagne a raté une occasion en or de réduire de façon drastique le potentiel militaire franco-britannique. Les quelques 330000 hommes qui ont été évacués ne tarderont pas, pour la grande majorité d'entre eux, à être réarmés, rééquipés et redéployés sur divers théâtres d'opérations pour affronter les forces de l'Axe.

L'opération dynamo dans les jeux vidéo

Impressionnante opération d'évacuation imaginée dans l'urgence et effectuée avec une coordination laissant souvent à désirer, l'Opération Dynamo est, nous l'avons vu, décisive puisqu'elle permet en 1940 aux Alliés de conserver de nombreuses troupes à opposer à l'Axe pour la suite du conflit. Pourtant, force est de constater qu'en France, on en parle très peu, que ce soit au cinéma, dans les livres d'Histoire, à la télé, au lycée ou encore dans les jeux vidéo. Pour ma part, le seul exemple me venant à l'esprit d'adaptation de cette bataille de Dunkerque dans un jeu vidéo provient du titre d'Ubisoft « Blazing Angels : Squadrons of WWII » sorti en 2006. Pour rappel, ce jeu permet au joueur de prendre part aux principaux affrontements aériens de la Seconde Guerre mondiale dans un gameplay très arcade où vous dézinguerez des dizaines de chasseurs allemands au commande de votre appareil.

Blazing Angels, premier du nom, offre donc la possibilité au joueur de survoler Dunkerque durant les deux premières missions de la campagne solo. Aux commandes d'un chasseur Huricane, puis d'un Spitfire de la Royal Air Force, vous serez alors chargé de protéger l'évacuation des assauts allemand au sol, puis des attaques aériennes de la Luftwaffe. Si l'on peut facilement émettre des doutes sur le degré de précision et d'authenticité historique avec lequel le jeu relate la bataille, il n'en reste pas moins qu'il est l'un des rares à avoir le mériter de l'évoquer et d'en parler.

Hormis cet exemple, il ne me vient pas à l'esprit, au moment où je rédige ces lignes, d'autres titres de jeux vidéo qui représenteraient cet affrontement. Plutôt dommage, quand on sait les conséquences et l'impact énorme qu'il a eu sur la suite du déroulement de la Seconde Guerre mondiale.

  • Zog Chroniqueur, Historien, Testeur, Youtubeur
  • « Une Europe fédérée est indispensable à la sécurité et à la paix du monde libre. » par Jean Monnet en 1952