Deutschland 83

Llalnohar
Thématique
23 janvier
2016
Info sur le film
TitreDeutschland 83
Saison1
Durée8x45 min
GenreDrame, espionnage, thriller
CréateurEdward Berger, Samira Radsi
1ère diffusion17 Juin 2015
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Désormais, pour mes critiques, je travaillerais de la manière suivante : un point historique, la série est-elle en phase avec notre connaissance scientifique des évènements ? Puis je vous donnerais mes points positifs et points négatifs.

Synopsis

Bienvenue en Europe et plus particulièrement en Allemagne, ou devrais-je dire en RFA (République Fédérale Allemande, également appelé Allemagne de l'Ouest) et RDA (République Démocratique Allemande également appelé Allemagne de l'Est). L'action prend place durant la seule année 1983, et plus spécifiquement au début de la crise des euromissiles.

Les États-Unis souhaitent installer des missiles (Pershing II) en Allemagne de l'Ouest pour contrer l'URSS. Un jeune agent de la Stasi, Martin Rauch, officier des douanes, est alors chargé d'infiltrer une base militaire ouest-allemande et en changeant d'identité. Il travaille désormais auprès d'un général haut placé, près de Bonn, afin de récupérer des documents secrets.

Commençons donc avec l'historicité de la série. Comme annoncé dans la synopsis, la série nous plonge au cœur des deux Allemagne, durant l'une des dernières crises de la Guerre Froide opposant alors les USA à l'URSS et symbolisé en Europe par l'opposition entre RFA et RDA (et le mur de Berlin). Les États-Unis possédant le premier arsenal nucléaire souhaite protéger l'Europe de l'Ouest d'une attaque venant de l'Est en déployant des Pershing II, missiles nucléaires de courte portée conçus pour défendre la RFA en réponse au déploiement sur le sol soviétique des SS-20 ayant une portée maximum de 5 000 km.

Les services secrets d'Allemagne de l'Est (Stasi) prennent connaissance du projet et décident d'infiltrer un agent au cœur du dispositif de commandement Ouest Allemand. Cette tâche incombe au jeune lieutenant Martin Rauch qui est en charge d'un poste de douane. Recommandez par sa tante (agent travaillant pour le consulat Est Allemand dans Berlin Ouest), le jeune Martin est envoyé contre son gré en tant qu'aide de camps du Général Wolfgang Edel dans le but de photographier les documents d'implantations. Mais avec le temps, cette mission va évoluer au détour des évènements et rencontres faites par Moritz Stamm (nom que porte le héros de l'autre côté du mur).

Que s'est-il réellement passé ? Dans les années 60, la guerre froide est à son paroxysme. La crise des missiles de Cuba entre le 14 et le 28 octobre 1962 marque un tournant dans la dissuasion nucléaire.

Alors que la situation semble se calmer avec un moment de détente : l'URSS marquant le pas économiquement face au concurrent américain, les États-Unis s'enlisant dans la guerre du Vietnam. Mais rapidement l'Union Soviétique parvient à développer une nouvelle génération de missiles : SS-20. Ayant une portée et une précision jusque-là inégalée, l'URSS parvient à menacer l'Ouest de l'Europe. C'est la dernière phase de tensions entre les blocs, un baroud d'honneur pour l'Est avant de se voir disloquer à la fin des années 80.

Il est donc vrai qu'en réponse à cette menace, les États-Unis vont vouloir implanter leur Pershing II pour défendre la RFA. C'est le déploiement du parapluie nucléaire demandé par Helmut Schmidt, chancelier de la RFA. C'est alors un bras de fer diplomatique qui s'engage entre les membres de l'OTAN et dirigeants de l'Ouest face aux diplomates de l'Est. Au centre de ces dirigeants et militaires, le peuple commence à s'exprimer et milite contre cette montée des tensions (même si de nombreuses manifestations sont organisées par des groupes plus ou moins proche des parties communistes). Finalement, ce sont près de 108 missiles qui seront installés.

La série est donc fidèle au déroulement des faits, elle se sert de ce contexte historique comme cadre à un jeu d'espionnage, à l'image d'un bon vieux James Bond à papa.

Points positifs

Le premier est le cadre historique dans lequel cette série prend place. Après The American, Allegiance ou The Assets, place aux deux Allemagne durant l'année 1983. Ces deux nations sont plus que jamais au cœur de la politique internationale et des tensions thermonucléaires émanant de la Guerre Froide. Et dans ce cadre historique, le plus remarquable reste le fait de présenter de façon neutre les deux pays. En effet, lorsque le cinéma s'empare de la RDA et de l'URSS, il dépeint très souvent des espaces en retard économique, culturel, social, dans lesquels les populations sont en permanence sous surveillance, ne possédant pas ou prou de liberté. A l'inverse, la RDA et les pays de l'Ouest (particulièrement l'Angleterre) sont dépeints comme des terres de liberté (économie, culture, social,...). Certes ces clichés ont des bases véridiques mais la série arrive à faire la part des choses.

La RFA et la RDA nous montrent tour à tour au fil des épisodes des visages plus ou moins agréables. Je ne vous spolierais pas la série mais vous constaterez que certains épisodes sont pro-RFA alors que d'autres sont pro-RDA.

Toujours dans le cadre et l'ambiance générale et second point positif : les costumes et les accessoires. Ne cherchez pas les costumes au sens militaire ou historique mais plus au sens général. En effet, les vêtements des années 80 sont de sortie. Tout du moins du côté RFA, pour le côté RDA allez chercher le style vestimentaire des années 60 : les chemises à carreaux et les pantalons en velours. Comme l'écrit Pierre Langlais pour Télérama : « Adidas aux pieds, tee-shirt Puma sur le dos, Martin Rauch erre, médusé, dans les rayons d'un supermarché copieusement garni ». Et que dire des voitures d'Allemagne de l'Est. Des universitaires et baba-cool d'Allemagne de l'Ouest,...

Deux scènes marques d'ailleurs les esprits (je vous les donne car elles ne spoilent pas) qui nous rappelle pour la première Les Gardiens de la Galaxie, dans laquelle notre jeune héros découvre le walkman et de la musique interdite à l'Est et la seconde dans laquelle il découvre une disquette et explique à ses supérieurs en contacts avec lui : «  J'ai trouvé un truc carré avec un trou au milieu ! ».

L'on ressent l'emprunte des scénaristes et réalisateurs allemands. Car, et si vous ne l'aviez pas compris plus haut, la série est pensée, produite et réalisée par des Allemands. Ce qui amène au troisième point positif. J'ai regardé la série en VOST et encore une fois j'ai eu le bonheur d'avoir des Allemands qui parlaient allemands, des Russes en russe, des Américains en anglais,... Certes cela pose un problème pour caser les sous-titres (le français se retrouvent en haut ou par-dessus l'anglais ce qui complique et perturbe la lecture mais c'est vite oublié). Et si la patte allemande est la bienvenue c'est également pour le rythme, l'ambiance qui est donné à la série. Pas d'Ostalgie (nostalgie de certains pour l'Allemagne de l'Est / à ne pas confondre avec le phénomène de retour des objets vintages pour les hipster [vinyle, walkman, …]) comme dans le film Good Bye, Lenin ! C'est un mélange assez bien mené entre comique, espionnage, romance, politique.

Quatrième point positif, le casting. Encore une fois une série sans grand nom du petit ou du grand écran pour accrocher/attirer le public (peut-être une erreur d'ailleurs). L'acteur principal est à peine plus âgé que le personnage qu'il incarne. Du haut de ses 25 ans Jonas Nay porte la série d'une main de maître. Passant du noob de l'espionnage à un véritable James Bond, du fils à maman avec une petite amie (blonde évidement) au séducteur ayant plusieurs aventures (en seulement 8 épisodes... James Bond je vous dit !!). Pour l'épauler Ludwig Trepte (Alex Edel, fils du Général et collègue de Martin) qui incarne la figure de proue d'une jeunesse allemande (de l'Ouest) partagée entre parcours militaire et pacifisme universitaire. Et que dire de sa sœur Yvonne Edel (Lisa Tomaschewsky) qui elle incarne cette jeunesse hippie ! Du côté de l'Est, Maria Schrader (Lénora Rauch, tante du héros) ou Alexandre Beyer (Tobias Tischbier, agent de l'Est implanté à l'Ouest). Tout ce casting porte un scénario... sur lequel nous reviendrons.

Dernier point positif et peut-être le plus remarquable (et peut-être même le seul qui vaille le coup de regarder la série, mais chut nous verrons pourquoi plus tard) la musique !! Du générique du début au générique de fin, jusqu'à cette dernière scène dans laquelle résonne les premières notes du cultissime Under Pressure de Bowie et Queen (comme un hommage au départ prématuré du chanteur qui aura connu le succès avec sa trilogie composé et réalisé à Berlin durant le conflit). Mais nous avons également le droit à The Cure, New Order, Eurythmics, Peter Schilling, Bob Dylan, Blondie, Duran Duran, The Police, Stevie Wonder, Marvin Gaye, ZZ Top,... Tous les grands noms de la musique des années 80 sont présents et rythmes de leur tube cette série qui se sert de sa BO comme prétexte à créer des scènes. Tout comme les habits, les accessoires, cette série aura une très forte audience auprès des Hipster de toute l'Europe et du Monde tellement cette dernière leur permettra de se fournir en idée de cadeau et d'achat sur iTunes.

Points négatifs

Passons aux points négatif, et commençons cette fois-ci par le plus important et celui qui refroidit peut-être le plus : le scénario. Ce n'est pas que celui-ci est mal écrit ou qu'il est ennuyeux, au contraire, certains épisodes nous tiens en haleine durant 45 minutes. Alors me direz-vous c'est quoi le problème !? Et bien comment faire monter la pression, faire croire que le conflit nucléaire est aux portes de l'Europe lorsque l'on sait pertinemment qu'aucune bombe n'a été envoyée !! Il aurait fallu une uchronie pour mettre un peu de piquant dans cette série et relever les enjeux. Certes, cette série serait passée comme une lettre à la poste il y a 10 ans lorsque le cinéma nous proposait des James Bond post Guerre Froide et un Jack Bauer qui fracasse du terroriste toute la journée. Mais aujourd'hui, cette série me laisse perplexe, bonne intrigue mais enjeux sans intérêt.

Second point négatif, des sujets importants laissés de côté. Le Sida, le pacifisme, les mouvements universitaires, les mouvements communistes,... Cela aurait permis d'étoffer un peu l'intrigue même si cela aurait pu également faire perdre le fil principal de l'histoire.

Conclusion

Je ne saurais pas réellement vous dire pourquoi au vue des points positifs et négatifs, mais je n'ai pas totalement accroché. Lorsque l'on sait que ce sont les mêmes personnes qui ont créé Génération War, nous sommes loin de l'immersion que nous proposait cette série, de la passion avec laquelle nous avons suivis les aventures de ces 5 jeunes allemands au cœur de la Seconde Guerre mondiale. Si de nombreux parallèles sont possibles (suivre des jeunes dans un contexte extérieur qui les dépasse totalement), l'attrait ne fut pas le même.

Je vous recommande tout de même la série malgré mon avis mitigé car en réalisant cette chronique les diverses critiques de la presse classique (Télérama, 20Minutes, Figaro, L'Expresse, …) sont, elles, dithyrambiques.

  • Llalnohar Le Prof, Ancien membre d'HistoriaGames
  • "Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre." Winston Churchill