Bandits des Bois

L'Amiral
Thématique
28 janvier
2020
Info sur le film
Titre originalDe Bende van Jan de Lichte
Saison1
Format10x52 min
GenreDrame, Historique
CréateurChristophe Dirickx, Benjamin Sprengers
1ère diffusion2 janvier 2020 (Netflix)
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Synopsis

Le charismatique bandit de grand chemin Jan de Lichte guide les opprimés dans une révolte contre l'aristocratie corrompue des Flandres du XVIIIème siècle.

Lorsque je me suis connecté à mon compte Netflix début janvier, j’ai été interpellé par cette nouvelle série au titre bien loin des sonorités habituelles anglo-saxonnes : De Bende van Jan de Lichte. Accroché par les premières images de la bande-annonce, j’ai décidé de laisser sa chance à cette série flamande - certes, il y a de tout sur Netflix, mais le pire côtoie souvent le meilleur. C’est donc avec un léger a priori que j’ai démarré la série… pour finalement en sortir avec un avis bien différent.

Le milieu du XVIIIème siècle dans les Flandres n’a rien d’un cadre angélique ou bucolique : la guerre de Succession d’Autriche fait rage en Europe, avec des retournements d’alliances et des batailles terribles sur tout le continent. Les Pays-Bas autrichiens sont tombés aux mains des troupes françaises menées notamment par Maurice de Saxe, et Jan de Lichte, comme beaucoup de ses compatriotes, s’est engagé dans l’armée autrichienne.

Bandits des Bois

Un jour d’hiver, Jan de Lichte fait son retour en catimini dans une ville des Flandres - non nommée - et se remet en quête de ses anciennes connaissances. La cité, assez prospère grâce au commerce, est dirigée par un conseil municipal. Le bourgmestre Coffijn, présidant cette assemblée, règne d’une main de fer sur les destinées de ses administrés : afin de contrer la criminalité, il exclue de la ville à tour de bras ceux qui ont contrevenu à la loi. Sans ressources, ces parias se retrouvent donc dans la forêt toute proche et vivent de petits larcins...

Parmi eux, plusieurs amis d’enfance de Jan de Lichte, dont Tinke, proxénète, voleur, brigand et accessoirement « chef » de ce groupe de bannis. L’ancien soldat revient avec un lourd passé, notamment celui de déserteur et de meurtrier... mais va tenter de reprendre les choses en main pour faire cesser les injustices. Au même moment arrive en ville Jean-Philippe Baru, de Gand, pour reprendre le rôle de bailli - chef de la Garde - laissé vacant depuis suffisamment longtemps. C’est une guerre sans merci que vont se livrer les deux camps, avec des coups bas, des trahisons, de l’espionnage et de l’infiltration... Sans oublier la belle Héloïse Embo, ancienne petite amie de Jan de Lichte et soeur d’Emiel Embo, tombé au combat. Mais sans le savoir, cette dernière va prendre une place non négligeable dans le conflit entre « bannis » et « citadins ».

Bandits des Bois

Une atmosphère particulière et des acteurs au top

De Bende van Jan de Lichte a un petit côté Robin des Bois, mais dans les Flandres. Si l’histoire de base - le héros qui va se battre pour les opprimés - peut sembler basique et vue et revue, c’est loin d’être le cas : Jan de Lichte, de basse extraction, ne fait que rejoindre ses camarades et tenter de survivre. C’est la survie qui est au coeur de la série : les bannis sont sales, pouilleux, crèvent la faim et prêts à tout pour survivre : au contraire des quelques bourgeois formant l’aristocratie de la cité. Le réalisateur a aussi souhaité présenter la plupart des scènes pendant l’automne ou l’hiver, rendant la forêt des Flandres lugubres et les rues de la ville plus inhospitalières.

Si on peut regretter un Jan de Lichte un peu caricatural (on aurait aimé qu’il soit plus « sombre »), les acteurs de la série sont parfaits dans leur rôle, notamment Tom Van Dyck dans la peau d’un Jean-Philippe Baru tiraillé entre ses engagements personnels et sa volonté de s’élever dans la hiérarchie de la cité ou encore Anne-Laure Vandeputte qui campe Anne-Marie, une jeune orpheline prête à tout pour retrouver sa soeur. Il en reste que le cocktail est détonant, l’action prenante, souvent filmée « près du corps », et les personnages sont hauts en couleur. Que ce soit l’infamie de Simon Brise-Fer, le chef sur le déclin d’une bande de hors-la-loi, ou la candeur de Galoche, compagnon de route de Tincke, le spectateur est de suite pris dans l’action. Les germes de la confrontation se développent dès le début, et aucun des dix épisodes ne connaît de longueurs : chacun a son lot de rebondissements - même si certains sont prévisibles - et les héros sont malmenés.

Bandits des Bois

Conclusion

Nous sommes donc bien loin d’une copie belge de Robin des Bois, mais plutôt d’une fresque poignante de la misère de l’Europe ravagée par la guerre au milieu du XVIIIème siècle. Si les personnages sont un peu caricaturaux - à part le bailli Baru, les autres sont de terribles tyrans orgueilleux - les épisodes parviennent à projeter le spectateur au côté de Jan van Lichte et de ses compagnons. Sur le plan historique, le développement du commerce triangulaire est souvent évoqué, mais c’est surtout la relative autonomie de riches villes des Flandres qui est présentée.

Les acteurs, tous belges ou néerlandais, jouent dans leur langue maternelle, c’est-à-dire le néerlandais. Cependant, plusieurs passages se font en langue française, sans accrocs, notamment les plus solennels comme les séances du conseil de la ville. Car l’influence française n’est jamais loin, portée il est vrai par les soldats de Louis XV. Enfin, le rythme de la série est adapté à l’unique saison existante - le scénario ne laissant pas réellement la place à une seconde saison - et se fait très rapide sans l’être trop. De Bende van Jan de Lichte demeure une série très plaisante à regarder, qui plonge sans excès dans les misères et les débauches de l’époque, mais qui nous apprend aussi que les bonnes séries ne sont pas seulement originaires des États-Unis.

  • Witz Rédacteur, Testeur, Chroniqueur, Historien
  • « L'important n'est pas ce que l'on supporte, mais la manière de le supporter » Sénèque