Critique de la BD "Les guerres d'Albert Einstein" Tome 1/2

Thématique
Époque contemporaine
24 février
2020
Info sur le livre
Titre originalLes guerres d'Albert Einstein
IllustrateurÉric Chabbert
ColoristeBérengère Marquebreucq
Scénariste
  • François de Closets
  • Éric Corbeyran
ÉditeurHachette Comics
SortieOctobre 2019
Nombre de pages66 pages

Je me souviens, enfant, de toute la collection de l'Histoire de France en bande dessinées, que je dévorais à chaque fois que j'allais chez mes grands oncle et tante. Le fabuleux pouvoir d'évocation des images, les histoires racontées, les rois, les reines, les combattant.e.s, les visionnaires, les personnages aux intentions plus troubles... tout cela avait de quoi enflammer l'imagination. C'était accessible, passionnant, et donnait vie à des hommes, des femmes, des événements historiques qui sans cela m'auraient peut-être parus abstraits. Aussi, n'en déplaise à certains grincheux, j'ai toujours trouvé que le 9e art était une porte d'entrée fabuleuse vers l'Histoire, et finalement, sur à peu près tous les sujets

Les guerres d'Albert Einstein

Avec "Les guerres d'Albert Einstein" Tome 1/2 c'est la vie du célèbre physicien que nous proposent d'explorer François de Closets et Éric Corbeyran, scénaristes. Une histoire qui prend vie sous le crayon du dessinateur Éric Chabbert, et prévue en deux tomes dont le premier est sorti en octobre dernier.

Il ne s'agit pas d'une biographie à proprement parler, mais d'une tranche de vie et de travail : le premier volet se concentre sur les années 1912 à 1921, de part et d'autre de la Grande guerre. Tout laisse à penser que le second - bien qu'aucune date ne soit encore annoncée – explorera les 25 années suivantes jusqu'à l'explosion de la première bombe atomique. Avec cette question, lancinante : comment Albert Einstein, connu pour ses idées antimilitaristes et pacifistes, a-t-il pu se résoudre à demander au président américain de mettre au point une bombe nucléaire ?

Le premier tome explore cette question sous le prisme de la relation entre Albert Einstein et son ami, le chimiste Fritz Haber. Les recherches de ce dernier avaient permis de synthétiser l'ammoniac, ouvrant des perspectives jusqu'alors inconnues en termes d'engrais, et dans une vision progressiste, la possibilité d'éradiquer les famines. Patriote engagé, Haber poursuit ses travaux pendant la Première Guerre mondiale et met au point des gaz asphyxiants – parmi lesquels le fameux "gaz moutarde" - qui seront utilisés au combat dès 1915. Einstein est témoin de tout cela, et observe avec inquiétude et tristesse son ami mettre ses compétences scientifiques au service de la guerre.

Une histoire mise en images avec un soin évident de remise en contexte qui évite le manichéisme. De nombreuses thématiques sont ici évoquées : la montée de l'antisémitisme – Haber, comme Einstein, était d'origine juive – la place des femmes – même celles ayant fait de brillantes études – ou encore une certaine politisation de la science. Des thèmes que l'on imagine aisément prendre de l'ampleur dans le second tome, Haber finissant révoqué par Hitler, non sans avoir préalablement inventé le zyklon B. Il mourra sur le chemin de l'exil.

Comme le signale François de Closets dans la préface "Tout est vrai dans la relation qui est faite ici de ces événements". C'est un choix que l'on ne peut pas blâmer en soi, mais qui, au résultat, manque parfois d'un peu de "mise en scène" dans la façon de raconter. Le lecteur reste à distance des personnages, même si l'on comprend leurs motivations. J'aurais également aimé – mais peut-être cet aspect sera-t-il davantage développé dans le second volet – en savoir davantage sur l'aspect scientifique de cette histoire, quelques explications sur la théorie de la relativité ou sur les controverses qui l'ont entourée par exemple.

Un ensemble historiquement très soigné, mais qui demeure toutefois un peu abrupt malgré – ou sans doute à cause – de sa volonté d'ancrage historique. En attendant le Tome 2 pour suivre l'évolution d'Einstein et le glissement vers la Seconde Guerre mondiale.

  • Akialam Lectrice, spectatrice, visiteuse d'expo et blogueuse !Twitter | Facebook
  • La première et la plus simple émotion découverte par l'esprit humain est la curiosité.Edmund Burke
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