Campagne de Pologne

Fantômas
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Conflit Deuxième guerre mondiale
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Le 1er septembre 1939 marqua le début de la plus meurtrière des guerres de l'Humanité. Ce jour-là, l'Allemagne nazie d'Adolf Hitler s'attaquait à la jeune république polonaise, ne lui laissant que peu de chances de survie et plongeant le monde dans les plus sombres heures de son histoire.

Un énième coup de force...

Soldats allemandsL'invasion de la Pologne fait partie de ces coups de force qu'Hitler a su mener rondement, après l'Anschluss et la crise des Sudètes. La conquête de la Pologne permettait de récupérer le couloir de Danzig qui coupait alors l'Allemagne en deux et ainsi de laver l'affront subit par le traité de Versailles ayant mis un terme à la première guerre mondiale. En effet, ce dernier accablait les Allemands de réparations de guerre et de concessions territoriales, marquant notamment la renaissance de la Pologne. Le traité garantit au nouvel état un accès à la mer, en lui octroyant le « couloir de Danzig », au détriment du vaincu allemand, jugé responsable de la guerre. Les Polonais étant considérés comme des « Unter-Menschen », spoliateurs du « Lebensraum » allemand, vivant dans un pays où régnait la « pagaille polonaise », cette conquête semblait donc  légitime pour Hitler. Toutefois, sa décision de s'en prendre au jeune état polonais comprenait une part non négligeable d'audace, le Führer pensant que les puissances occidentales feraient tout pour éviter une guerre et le laisseraient donc agir librement. Quant à la menace à l'est, celle-ci avait été écartée le 24 aout 1939 avec la signature du pacte germano-soviétique, comprenant un accord de non-agression, une entraide économique et enfin, des clauses sur le démantèlement de la Pologne. La voie dégagée, Hitler pouvait donc sereinement envoyer son armée à l'assaut de la Pologne.

L'opération contre la Pologne, de son nom Fall Weiss, mettait en scène un million et demi de soldats allemands répartis en une trentaine de divisions d'infanterie, 4 divisions d'infanterie motorisée, 4 divisions légères, 1 division de montagne, 6 divisions panzers et une brigade de cavalerie appuyées par plus de 1000 avions. 3 divisions slovaques leur prêtaient main-forte. Les Polonais ne pouvaient leur opposer qu'environ une trentaine de divisions d'infanterie (surement plus que 30, mais certaines n'étaient pas complètement mobilisées), 11 brigades de cavalerie, quelques bataillons de chars et moins de 400 appareils aériens. Ainsi, environs 60 divisions allemandes faisaient face à une trentaine de divisions polonaises.  Contrairement aux idées reçues, l'armée allemande n'était pas complètement motorisée et son équipement laissait parfois à désirer, les chars Panzer I et II étant majoritaires quoique appuyés par les panzers III, IV et les plus-que-correctes chars tchèques, présents dans des proportions nettement moindre. Quant à l'armée polonaise, celle-ci n'était pas totalement archaïque. Elle avait commencé à moderniser son parc blindé notamment avec des chars britanniques Vickers, fabriqués par la suite sous licence et donc renommés 7TP et disposait en outre d'armes correctes comme le RKM wz. 38, copie manufacturée sous licence du BAR. De même, le mythe de la cavalerie polonaise chargeant de front les panzers est purement fictif. La Pologne disposait toujours de cavaliers, mais ceux-ci posaient pied-à-terre pour combattre, disposant de canons antichars et ne chargeant qu'en de rares occasions, uniquement contre de l'infanterie. Néanmoins, ce furent le rapport de force et les stratégies/tactiques employées qui firent la différence. Mais la campagne de Pologne ne fut néanmoins pas une promenade de santé pour l'armée allemande.

Des soldats allemands arrachent une barrière à la frontière polonaise près de Dantzig le 1er septembre 1939Pour déclarer la guerre à la Pologne, Hitler avait besoin d'un prétexte. Ne pouvant en obtenir un, il se décida à le mettre en scène. Ainsi, le 31 aout 1939, à Gleiwitz, des soldats et des détenus simulèrent une attaque d'un poste radio allemand, en tentant en plus de transmettre un message incitant la population allemande à renverser Hitler. Pour parfaire la mise en scène, les  détenus de camps de concentration qui jouaient le rôle des Polonais furent exécutés pour représenter les « victimes » de l'accrochage.

Se servant donc de cet événement falsifié, Hitler s'empressa d'attaquer la Pologne dès le jour suivant. La seconde guerre mondiale commençait...

... Rondement mené...

Le rapport de force était largement en faveur des Allemands : 60 divisions à opposer à la trentaine de divisions polonaises. En effet, la Pologne n'avait pas pu mobiliser l'intégralité de ses troupes quelques jours avant l'invasion. De plus, cette dernière était prise en tenailles, l'offensive se déroulant sur deux fronts : le groupe d'armées Nord commandé par von Bock, fort de plus de 600 000 hommes, attaquerait depuis la Prusse orientale afin de rattacher ce bout de territoire au reste du Reich et ensuite marcherait sur Varsovie afin de couper toute retraite ennemie au nord de la Vistule, tandis que le groupe d'armée Sud, fort de 886 000 hommes, dirigé par von Rundstedt, appuyé par des Slovaques, attaquerait depuis l'ouest et le sud directement vers Varsovie.

Situation des forces le 31 août 1939L'offensive fut lancée le 1er septembre à 4h. A Danzig, le cuirassé Schleswig-Holstein ouvrit le feu sur la Westerplatte, une place forte située sur la péninsule de la mer Baltique. Sa garnison, en sous-effectif, parvint néanmoins à tenir en respect les Allemands toute une semaine, leur causant de lourdes pertes et leur faisant perdre deux semaines d'offensive, preuve s'il en est de la résistance des Polonais. Danzig tomba finalement après d'âpres combats entre forces paramilitaires des deux camps. L'assaut sur Danzig marqua le début de la campagne de Pologne et de sa première phase, la bataille des frontières. Malgré une forte résistance, infligeant de lourdes pertes aux Allemands comme à la bataille de la Mokra le 1er septembre, les Polonais ne pouvaient contenir l'ennemi. La Blitzkrieg les prit au dépourvu, les obligeant à refluer sur l'ensemble du front. Le groupe d'armées Nord était à moins de 20 Km de la Vistule au soir du 1er septembre.

Pour l'armée allemande, l'objectif de cette « bataille des frontières » était d'écraser rapidement les forces ennemies aux frontières par une succession de manœuvres d'encerclement avant de prendre en tenailles Varsovie. Les Polonais cherchaient à ralentir le plus longtemps possible les forces allemandes, non pas pour les vaincre ou les dissuader de continuer l'invasion, mais pour leur causer des pertes et contenir un maximum de divisions adverses face à eux en cas d'intervention alliée. Les Polonais espéraient une réaction ample et rapide de la part de leurs alliés français et anglais. En effet, Les trois nations étaient alliées et les forces allemandes basées sur la frontière franco-allemande étaient peu aguerries, les meilleures unités étant en Pologne. Mais comme dit précédemment, toute l'action d'Hitler reposait sur un coup de poker.

Mais Hitler n'avait pas complètement raison. Dès le 3 août, France et Royaume-Uni déclarèrent la guerre au llle Reich. Le Führer fut choqué, pour la première fois, les occidentaux n'avaient pas courbés l'échine devant ses revendications. Mais aucune opération militaire d'envergure n'eut lieu excepté une offensive limitée dans la Sarre, offensive seulement symbolique, sans réelles conséquences sur le conflit en cours, suivie d'une retraite inexpliquée.

En Pologne, en l'espace de trois jours, la situation était devenue chaotique. Les forces polonaises s'étaient repliées sous la pression des deux groupes d'armées allemands. Les défenseurs polonais étaient mis à mal, permettant aux Allemands de progresser rapidement, malgré de sérieux accrochages. Du côté du groupe d'armées Sud, la Silésie était prise d'assaut et le front rompit au bout de quelques jours de combats.  Au nord, une partie de la flotte polonaise se réfugia au Royaume-Uni tandis que le reste des bâtiments livrait une lutte inégale. De même, l'aviation polonaise, amoindrie dans les premiers jours, continua ses sorties désespérées, les chasseurs monoplans PZL affrontant les Stuka et autres appareils de la Luftwaffe.

Face aux coups de butoirs allemands, les troupes polonaises se repliaient continuellement, espérant se réorganiser. Certaines garnisons, comme celle de la ville Gdynia, sur la côte sud de la mer baltique, tinrent presqu'un mois !  Mais ces résistances n'eurent que peu d'effet sur l'avancée allemande. Au bout d'une semaine d'offensive, Varsovie était menacée. Les Polonais,  sachant qu'ils ne pouvaient tenir seuls, décidèrent de contre-attaquer afin d'influencer l'opinion internationale à agir, notamment celles de la France et du Royaume-Uni. Les armées polonaises de Torùn et de Posnanie, dernières armées suffisamment puissantes, contre-attaquèrent donc le long de la Bzura, une rivière du centre de la Pologne. Cette contre-attaque se déroula du 9 au 22 septembre, aboutissant à une défaite majeure polonaise, malgré un début en leur faveur. La bataille de la Bzura représenta l'ultime sursaut de la défense polonaise. Le terrain dégagé, l'armée allemande se ressaisit et put assiéger Varsovie. Jusqu'au 28 septembre, la ville fut assiégée, bombardements et assauts se succédant. La Pologne était à genoux, elle allait bientôt être à terre.

Parachevé par un coup de poignard dans le dos

Stuka allemandsSous la pression des groupes d'armées Nord et Sud, les forces polonaises se désagrégèrent. Certaines unités parvinrent à se frayer un chemin vers la Roumanie où le Service Maritime Roumain les rapatria en Egypte britannique. D'autres parvinrent à rejoindre la France où une nouvelle armée polonaise fut levée. Alors que la bataille de la Bzura battait son plein, un évènement allait complètement bouleverser le cours de la campagne. Le 17 septembre, l'armée rouge attaquait à l'est. Rappelons que l'Allemagne et l'URSS avaient signé un pacte de non-agression en aout 1939, et que des accords sur le démantèlement de la Pologne avaient eu lieu. Plutôt que de mettre en relief ses revendications territoriales sur les territoires de la Pologne et la volonté de laver les affronts subis durant la guerre sovietico-polonaise de 1919-1921, Staline justifia son intervention par le traitement que subiraient les peuplades ukrainiennes et biélorusses de Pologne. Les Polonais, surpris, crurent d'abord à une intervention soviétique en leur faveur. Mais très vite, la cruelle vérité se dévoila devant eux.

L'armée rouge, forte de près d'un demi-million de soldats, balaya les quelques troupes frontalières polonaises, qui tentèrent une résistance symbolique mais totalement futile. A  la mi-septembre, le sort de la Pologne était scellé, sans que les puissances occidentales n'interviennent. Avec l'énergie du désespoir, les Polonais continuèrent à résister. Le 18 septembre, la campagne était officiellement terminée, mais les troupes polonaises luttaient encore. Ainsi, à Varsovie, Szack ou Hel, les combats causèrent de lourdes pertes chez les différents belligérants, permettant parfois aux Polonais de l'emporter, mais l'issue du conflit ne faisait plus aucun doute. Le 28 septembre, Varsovie capitula. L'ultime bataille de la campagne eut lieu à Kock, en Pologne orientale, au nord de la ville de Lublin, où les forces polonaises capitulèrent le 5 octobre. La chute du pays marqua aussi le début des persécutions  en Pologne par les nazis (sur les Juifs, Polonais, Tziganes...) et d'exactions de la part des forces d'occupations.  La Pologne n'était plus, mais son gouvernement ne signa rien avec ses ennemis : le combat continuerait, mais cette fois-ci en dehors du territoire polonais...

La campagne de Pologne, entre mythe et réalité...

Soldats polonaisBien qu'il n'y eut aucun doute sur l'issue de la campagne de Pologne dès le 1 septembre, force est de constater que cette invasion ne fut pas une promenade de santé pour l'armée allemande. Pendant plus d'un mois, les Allemands durent faire face à la détermination d'une nation abandonnée de tous. Les pertes subies par les différents belligérants témoignent bien de l'âpreté des combats : près de 16000 morts et entre 20 000 et 30 000 blessés pour les Allemands, 66 000 tués, plus de 130 000 blessés et environ 600 000 prisonniers (entre 400 000/500 000 par les Allemands, 100 000 voir beaucoup plus par les Soviets) pour les Polonais, quant aux Soviétiques, les estimations varient entre 900 et 1500 tués/disparus et plus de 2000 blessés. De nombreux équipements furent perdus pour les envahisseurs, ainsi, sur l'ensemble des chars allemands endommagés (environ 700) plus de 200 furent complètement détruits. De plus, face à une aviation polonaise largement dépassée et une DCA éparpillée, les Allemands eurent tout de même à déplorer plus de 200 avions détruits !

A la vue des pertes des Polonais et la rapidité de l'invasion, on pourrait croire que l'armée allemande était bien rodée. Mais son comportement lors de la campagne mit en exergue le contraire. Bien que la Wehrmacht regorge d'exemples où les troupes firent mal leur devoir, je vais m'attarder particulièrement sur les forces SS, bras armé du régime nazi. La campagne de Pologne devait être pour eux leur baroud d'honneur, l'occasion de prouver leur valeur. Mais ils provoquèrent plutôt la honte du régime plutôt que son admiration. En effet, leur comportement au feu et leurs pertes furent à bien des égards plus catastrophiques que pour la Heer. Rien qu'à la fin de la matinée du  1er septembre, le SS-Regiment « Deutschland » déplorait une centaine d'hommes en moins ! Il faut préciser que les soldats des régiments SS étaient friands des assauts couteux et du gaspillage de munitions. Mais ces soldats, sensés représentés « l'élite » subirent aussi en Pologne des revers magistraux. Ainsi,  dans la nuit du 13 au 14 septembre, après la capture de Sadowa Wisznia, une compagnie du régiment « Germania » subit une contre-attaque polonaise. Le résultat est sans appel : les SS souffrirent d'une vingtaine de pertes et une dizaine de prisonniers, tandis que les Polonais se retirèrent sans dommages en ayant libéré 500 de leurs frères d'armes prisonniers ! Toujours dans ce régiment, c'est au tour du III Bataillon d'être attaqué quelques jours plus tard au cours d'un violent corps-à-corps. Ce dernier se dispersa et abandonna son matériel. Devant ces résultats navrants, il fut décidé que les membres du bataillon n'auraient pas le droit de porter la bande de bras « Germania » à leur retour au pays.

Enfin, revenons sur un mythe tenace que j'évoquais déjà auparavant : les braves uhlans polonais chargeant les panzers allemands... Il y a bien eu des charges de cavalerie polonaise (une quinzaine), mais toutes ont eu lieu contre l'infanterie. Mettons au clair cette affaire. Le 1er Septembre 1939, près du village de Krojanty, un régiment d'uhlans chargea un régiment d'infanterie par surprise. Ce dernier paniqua et s'enfuit, arrivèrent alors des automitrailleuses qui balayèrent et mirent en déroute la cavalerie polonaise, avec de lourdes pertes. Des journalistes ne tardèrent pas à arriver et les officiers allemands leur firent comprendre que les cavaliers avaient stupidement chargé des panzers.

Le mythe était né. Alors que la propagande allemande cherchait plutôt à montrer une facette archaïque de l'armée polonaise, composée de sauvages sanguinaires et suicidaires, les journalistes des pays du camp allié soulignèrent le courage et la détermination de ces derniers.

Reste néanmoins qu'une part du mythe est véridique. Toujours le 1er Septembre, près de la Mokra, les chenillettes du 21e bataillon et les cavaliers du capitaine Hollak se retrouvèrent perdus au milieu des panzers allemands aveuglés par la fumée de l'incendie du village de Mokra. Il ne s'agit ainsi pas d'une charge, mais d'une simple erreur à cause des conditions "atmosphériques".

Cela permit aux Polonais de mettre en déroute les Allemands stupéfaits qui reculèrent avec de lourdes pertes. Les combats concernèrent donc l'infanterie d'accompagnement des panzers et pas ces derniers ! Alors certes, les cavaliers polonais ont combattu des panzers (au canon et au fusil antichar), mais ils ne les ont jamais chargés !

Blindés polonais 7TPLa campagne de Pologne fut rondement menée par l'armée allemande, appuyée par les Slovaques et les Soviétiques, sans toutefois être une promenade de santé. L'occupation de la Pologne suivie de l'instauration du « Gouvernement général de la Pologne » marqua le début des persécutions à l'encontre des Juifs, des minorités et des ennemis politiques de l'Allemagne. La Pologne fut alors divisée en deux et subit donc l'occupation allemande et soviétique, ces derniers exécutant même des officiers polonais prisonniers dans la forêt de Katyn. La chute de la Pologne par cette guerre éclair, combinant armes blindée et aérienne, qui allait être réutilisée à l'ouest quelques mois plus tard, plongea le monde en pleine seconde guerre mondiale. La Pologne est connue pour avoir été le premier pays à tomber par les armes lors du conflit, mais elle l'est aussi pour les camps qui ne tardèrent pas à ouvrir sur son sol.

Cependant, la Pologne ne cessa pas de résister malgré sa chute. A l'intérieur du pays s'organisa une des résistances les plus efficaces d'Europe, s'articulant autour de plusieurs mouvements, mais principalement autour de celui de l'Armia Krajowa (armée de l'intérieur). Les actes de résistances allèrent du simple tractage aux insurrections armées, comme celle de Varsovie, d'aout à octobre 1944. Enfin, à l'étranger, s'organisèrent deux armées libres polonaises : une du côté des alliés occidentaux, une autre du côté soviétique (à partir de 1943, suite à la découverte du massacre de Katyn). Ces armées allaient s'illustrer sur tous les fronts, parvenant à l'ouest à refermer la poche de Falaise, à s'emparer de Monte Cassino ou, à l'est, en remportant la bataille de Kolberg.

  • Lyrik Le Vétéran, Testeur, Historien
  • "I'm ashamed of you, dodging that way. They couldn't hit an elephant at this distance" Major général John Sedgwick avant d'être mortellement frappé par une balle sudiste...