Les innocentes

Mère des phoques
Thématique
Époque contemporaine
5 septembre
2018
Info sur le film
Titre originalAgnus Dei
Durée100 min
GenreDrame, Historique
RéalisatriceAnne Fontaine
Avec
  • Lou de Laâge
  • Agata Buzek
  • Vincent Macaigne
  • Agata Kulesza
  • Anna Prochniak
Sortie10 février 2016
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Pologne, décembre 1945.

Mathilde Beaulieu, une jeune interne de la Croix-Rouge chargée de soigner les rescapés français avant leur rapatriement, est appelée au secours par une religieuse polonaise.

D’abord réticente, Mathilde accepte de la suivre dans son couvent où trente Bénédictines vivent coupées du monde. Elle découvre que plusieurs d’entre elles, tombées enceintes dans des circonstances dramatiques, sont sur le point d’accoucher.

Peu à peu, se nouent entre Mathilde, athée et rationaliste, et les religieuses, attachées aux règles de leur vocation, des relations complexes que le danger va aiguiser...

C’est pourtant ensemble qu’elles retrouveront le chemin de la vie.

Une partie oubliée de l'Histoire...

Les innocentes a pour sujet un thème difficile « malheureusement toujours d'actualité et une préoccupation réelle de l'Église » précise le père Jean-Pierre Longeat, le viol de religieuses. De par son sujet, la réalisation du film menée dans un couvent désaffecté en Pologne est d'autant plus délicate puisqu'elle s'inspire de faits réels, de l’Histoire.

En effet, le personnage de Mathilde Beaulieu (Lou de Laâge) est basé sur la lieutenant-médecin Madeleine Pauliac (Villeneuve-sur-Lot, 1912-1946, Varsovie). Madeleine Pauliac s'engage dans la résistance à 27 ans puis est envoyée à 32 ans par la Croix-rouge en Pologne pour rapatrier les Français s'y trouvant. Elle est nommée médecin-chef de l’hôpital français de Varsovie puis rencontre en 1945, une religieuse à Gdansk qui lui demande son aide et son silence. Madeleine Pauliac découvre un couvent où les religieuses ont été violées par les Allemands puis par l'Armée rouge. D'après ses notes : 20 sœurs ont été tuées, 5 sont enceintes et toutes ont été violées, parfois jusqu'à 40 fois d'affilée, parfois jusqu’à ce que mort s’ensuive...

Des questions parmi tant d'autres ont tourmenté les sœurs de ce couvent et celles du film : comment préserver la foi après avoir été violée ? Où était Dieu au moment du crime ? Comment réagir face à « cette vie qu'Il (Dieu) a forcé en moi » ? Pour citer Sœur Maria qui déclare qu'à ses yeux : « la foi, c'est vingt-quatre heures de doutes et une minute d'espérance. » Une citation dans laquelle des hommes et des femmes d'églises se sont reconnus. S'il s'agit d'un « film thérapeutique pour l’Église » d’après Mgr José Rodriguez Carballo, Les innocentes met également en lumière une partie oubliée de l'Histoire.

...Traitée avec justesse...

La réalisatrice Anne Fontaine a réussi à traiter ce sujet sombre sans tomber dans le misérabilisme ou la dramatisation. Tout au long du film les jeux de lumières représentent l'apparition de l'espoir et sa croissance.

À l'instar de cette scène où Mathilde, sourire aux lèvres, est entourée par des religieuses soulagées, la remercient chaleureusement. La jeune médecin vient juste de mettre en fuite des soldats soviétiques débarquant à l’improviste avec l’intention de ''séjourner'' au couvent, en leur faisant croire que les Sœurs sont atteintes du typhus.

Les innocentes

Non seulement Anne Fontaine a su intégrer l'espoir mais également la légèreté. C'est le seul personnage masculin principal, Samuel (Vincent Macaigne), médecin juif orphelin de la Shoah qui contre toute attente apporte de la légèreté au film. Comme le prouve sa réplique lancée de but en blanc lorsqu’il découvre la situation du couvent : « si on m’avait dit un jour que j’allais accoucher des religieuses polonaises engrossées par des troufions soviétiques ! » Le personnage de Samuel permet d’oublier un instant la gravité des évènements, comme si la guerre appartenait à un lointain passé, ce grâce à l’interprétation de Vincent Macaigne.

...Et interprétée avec brio

Vincent Macaigne qui portait un corset pour se tenir droit n’est pas le seul à offrir une interprétation réussie. Lou de Laâge qui incarne son premier rôle d’adulte est remarquable et se détache avec succès de ses précédents rôles d’adolescentes. Les deux acteurs vont d’ailleurs se retrouver dans le prochain film de la même réalisatrice, une adaptation érotique du conte Blanche-neige. L’actrice qui tiendra le rôle principal, avait suivie une formation avec une sage-femme pour que ses gestes soient crédibles dans Les innocentes. Une touche de réalisme supplémentaire fut apportée par son absence de maquillage, Lou de Laâge n’ayant pas hésité à jouer et apparaître fatiguée à l’écran.

Les actrices polonaises qualifiées de « monstres de travail » par Lou de Laâge ne sont pas en reste, bien au contraire, Agata Buzek (Sœur Maria), actrice reconnue dans son pays, écoutait chaque jour du Victor Hugo pour perfectionner son français. Le ton de sa voix, son phrasé, ses expressions retranscrivent le calme et la réserve que l’on imagine chez une religieuse mais également le sens des réalités et la remise en question qui en font un personnage atypique et touchant. En particulier face à sa Mère supérieure (Agata Kulesza) qui brandit aveuglement la religion pour justifier ses crimes. Anne Fontaine la trouvait trop jeune pour le rôle mais elle eut raison de lui laisser sa chance car elle l’a méritée, son jeu d’une grande crédibilité évoque « le dilemme entre la règle de vie et la réalité » selon un prêtre.

Un film pour tous les publics

Nul besoin de s’intéresser à l’Histoire ou d’être croyants pour voir ce film qui interroge la relation des religieuses face au « renoncement à la maternité [qui] est la chose la plus difficile pour les soeurs que j'ai rencontrées, beaucoup plus violent que celui à la sexualité. »

Les innocentes portent aussi sur le questionnement, le doute et la nature humaine, avec des jeux d’acteurs brillants de sincérité et de réalisme, s’adressant alors à tous les publics.

  • Gallinulus Pinguis Sainte-Mère des bébés phoques, Rédactrice, Testeuse, Chroniqueuse
  • "Personne ne peut longtemps présenter un visage à la foule et un autre à lui-même sans finir par se demander lequel est le vrai" Nathaniel Hawthorne