Diplomatie

Pinx
11 mars
2014
Info sur le film
Titre originalDiplomatie
Durée88 min
GenreDrame, historique
RéalisateurVolker Schlöndorff
Sortie5 Mars 2014
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Synopsis

Nuit du 24 Août 1944 les alliés sont aux portes de Paris et permettent aux français de renouer l'espoir de voir leur pays libéré du joug allemand, mais Hitler ne compte pas les laisser atteindre la capitale berlinoise facilement.

Dos au mur il demande à ses généraux parisiens d'exécuter son dernier plan d'action : la destruction de Paris, un évènement qui ne verra bien heureusement jamais le jour grâce au consul suédois Nordling qui va tout faire pour dissuader le gouverneur de Paris Von Choltitz de mettre ce plan à exécution.

« QU'AURIEZ-VOUS FAIT À MA PLACE ? » GOUVERNEUR VON CHOLTITZ

Les yeux encore aveuglés par la lumière vive à la sortie de la salle de cinéma, je vous livre mes impressions à chaud du nouveau film du réalisateur allemand Volker Schlondorff, auteur du film Le tambour sorti en 1980 ayant remporté l'oscar du meilleur film en langue étrangère et la palme d'or à Cannes la même année.

Nous étions peu dans cette salle obscure, il faut dire que la nature « documentaire » à certains égards de ce 8 clos affichant le logo d'Arte au générique a sûrement dissuadé la plupart des spectateurs avides de blockbusters survitaminés ou de comédies goguenardes.

Diplomatie est une réalisation à petit budget, issue de la pièce de théâtre du même nom écrite par Cyril Gély interprétée par les deux mêmes acteurs du film lors de plus de 200 représentations.

La diplomatie est selon toute vraisemblance « l'action et la manière de représenter son pays auprès d'une nation étrangère » mais il aura fallu beaucoup plus que cela au consul Nordling pour convaincre l'ennemi d'empêcher de mettre en œuvre une destruction aveugle qui aurait marqué la France à jamais.

Hitler admirait Paris pour sa beauté et son élégance, amateur d'art il avait pour dessein de faire de Berlin une capitale encore plus resplendissante mais les évènements ayant tourné en la défaveur du IIIème Reich, le führer ne put voir que la dévastation et la ruine dans sa ville bastion. La rancœur pris le dessus, si Berlin ne pouvait être la plus belle ville d'Europe aucune ne le serait, et le plan établi en conséquence laisse encore aujourd'hui sans voix.

Les forces allemandes avaient pour mission de faire exploser la quelque trentaine de ponts entourant la capitale afin de faire monter les crues de la Seine et noyer Paris ainsi que ses monuments. Les quelques bâtiments restant allaient être dynamités stratégiquement afin de faire en sorte que Paris ne soit plus qu'un lointain souvenir : le Louvre, Notre Dame, l'Opéra, les Invalides, les Champs Elysées, la Tour Eiffel, l'Arc de Triomphe, la Chambre des députés ainsi que l'ensemble des grandes gares de Paris.

Deux millions de civils allaient périr, des personnes qui pour la plupart étaient restées en dehors de la guerre, des conflits, et qui souhaitaient seulement survivre le temps des affrontements.

LA « VOIE » DE LA RAISON

L'exécutant de cette tâche fut le gouverneur de Paris Von Choltitz, un général chevronné et désabusé, tentant tant bien que mal de comprendre la légitimité des actes d'un Fuhrer qu'il ne reconnait plus. Mais les ordres sont les ordres et son héritage familial de militaires dévoués l'oblige à suivre son sens du devoir, Paris tombera ce soir, et personne ne l'en dissuadera.

Installé dans l'hôtel Meurice le général demande une nouvelle fois à ses proches collaborateurs de lui rappeler le déroulement des opérations à suivre, mais tout est prêt, et il ne suffit dès lors plus que l'ordre du général pour réduire Paris en cendres.

Les affrontements à l'extérieur rendant les communications avec le front délicates le général doit attendre leur réparation pour donner l'ordre fatidique. C'est à ce moment qu'intervient subrepticement le consul suédois Raoul Nordling venu tenter l'impossible, dissuader un général ennemi d'obéir à un ordre direct. S'en suit une nuit d'un combat oratoire et pacifiste entre deux personnes témoins d'un évènement qui risque de changer le visage de la guerre.

Un plan simple qui va demander à Raoul Nordling de convaincre un homme menacé par une loi allemande obligeant les généraux de l'armée du Fuhrer à obéir aux ordres sous peine de voir leur famille déporter. Nordling n'a rien à offrir d'autre que sa bonne parole, son sens commun et son humanisme ; Von Choltitz a quant à lui bien du mal à comprendre les motivations d'un homme défendant une nation ayant offert sur un plateau sa plus belle capitale au prix de la plus incompréhensible des lâchetés. Nordling va faire tout son possible pour faire intervenir la raison, l'enjeu historique, les sentiments et le cœur d'un soldat endurci par des années de conflit et tiraillé entre sa notion du bien et sa dévotion.

Une interprétation brillante de la part des deux acteurs, qui parviennent à maintenir une tension constante dans un film où le dénouement et pourtant connu de tous. Dire que le film repose essentiellement sur les interprétations magistrales d'André Dussolier et Niels Arestrup est peu dire.

Pour le jeune public Niels Arestrup restera sans doute comme l'acteur français qui fut choisi par Steven Spielberg dans son dernier film Cheval de guerre mais l'acteur danois de 65 ans a bel et bien eu une vie avant ce film. Homme de théâtre depuis les années 70, Arestrup a connu une reconnaissance critique assez tardive et se démarqua ces dernières années par des films tels que L'homme qui voulait vivre sa vie en 2010, Tu seras mon fils en 2011, et obtint pas moins de 3 césars du meilleur acteur dans un second rôle pour De battre mon cœur s'est arrêté de Jacques Audiard en 2006 ; Le prophète en 2010 et Quai d'orsay de Bertrand Tavernier en 2013.

André Dussollier quant à lui prête régulièrement sa voix caverneuse aux documentaires historiques et peut se targuer d'être un des acteurs les plus prolifiques de ces 40 dernières années avec plus d'une centaine de films à son actif, 8 nominations aux césars dont 3 remportés en second rôle en 1993 et 2002, et en meilleur acteur en 1998

CONCLUSION

Près de 50 ans après le mythique Paris brûle-t-il avec Jean Paul Belmondo, la destruction infructueuse de la ville est de nouveau au centre d'un long métrage, dans un registre plus intimiste et philosophique.

L'histoire peut se vanter d'avoir vu passer d'illustres personnages, des plus singuliers aux plus communs, des plus sanguinaires aux plus intègres mais de tous il y en a qui ont su malgré les circonstances faire preuve de discernement et d'humanité même durant les heures les plus sombres.

Et méritent à plus d'un égard notre reconnaissance et notre considération, car sans eux Paris ne serait aujourd'hui qu'un amas de ruines sans vie.

Les plus grands héros sont parfois ceux qui demeurent dans l'ombre.

  • Pinx Contributeur
  • "Tant qu'il y aura des hommes il y aura des guerres" - Albert Einstein