Démineurs

El Presidente
Thématique
Guerre d'Irak
8 janvier
2014
Info sur le film
Titre originalThe Hurt Locker
Durée131 min
GenreGuerre
RéalisateurKathryn Bigelow
Sortie23 septembre 2009
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Remportant 6 statuettes lors de la cérémonie des Oscars 2010, loin devant les 3 petites statuettes remportées par Avatar, ainsi que de nombreuses autres récompenses (75 prix internationaux en tout !), Démineurs n'a pas eu le succès qu'il méritait dans les salles, constituant ainsi un flop au box-office. Pourtant, ce film mérite davantage d'être reconnu par le public tout comme sa réalisatrice, Kathryn Bigelow, bien plus douée que son ex-mari James Cameron... Oui, je déteste Avatar !

L'ANTI-AVATAR

Démineurs, ou The Hurt Locker aux États-Unis, est un film que l'on peut qualifier de guerre, traitant de deux sujet très originaux et sous-exploités dans l'industrie du cinéma : le déminage et l'adrénaline que procurent les combats. Le film débute par cette phrase qui prend son sens tout le long du film : The rush of battle is often a potent and lethal addiction, for war is a drug. Attention, le film n'est en aucun cas un plaidoyer en faveur de la guerre, ni contre d'ailleurs, mais il souhaite montrer une de ses conséquences, trop souvent omises.

Synopsis

Pendant la guerre d'Irak, l'équipe américaine de déminage commandée par le sergent James a pour mission de désamorcer les nombreux engins explosifs improvisés du secteur, au péril de leurs vies ainsi que de celles des soldats américains chargés de leur protection et des civils irakiens. Le sergent de 1ère classe Will James, un homme cynique et désabusé, semble prendre des risques inconsidérés. Il est au départ mal perçu par son équipe, mais ses coéquipiers apprennent peu à peu à apprécier son professionnalisme au combat et ses qualités humaines. Cependant, des tensions subsistent.

L'action se déroule durant la très récente guerre d'Irak et se concentre sur une équipe américaine de déminage. On ne peut pas dire qu'il y ait un véritable scénario dans ce film avec un début, une fin et un fil rouge pour nous tenir en haleine. Non, ici nous suivons cette équipe à la manière d'un documentaire, certaines scènes ont d'ailleurs été tournées caméra à l'épaule. Cette équipe se rend dans les zones à risques, bravant les dangers de la situation pour désamorcer les pièges laissés par les insurgés. C'est un peu une boucle sans fin. À la fin du film, on peut recommencer avec une autre équipe. Ainsi, les éléments qui nous tiennent davantage en haleine et nous scotchent littéralement à l'écran sont le suspens, la tension, le réalisme, et cette paranoïa ambiante.

Ce petit groupe de démineurs est constitué du sergent première classe William James interprété par le magistral Jeremy Renner, du sergent J. T. Sanborn (Anthony Mackie) et du spécialiste Owen Eldridge (Brian Geraghty). Sanborn et Eldridge jouent ici les soldats censés contrôler et défendre la zone critique pendant que James s'en va désamorcer les pièges explosifs.

Mais tout ne se passe jamais comme il le faut. Malgré son talent indéniable pour désamorcer les bombes et son expérience engrangée en Afghanistan (il serait d'après ses dires à plus de 850 désamorçages), James préfère jouer les têtes brûlées à la recherche d'adrénaline, quitte à mettre en danger ses coéquipiers. Sanborn et Eldridge n'attendent qu'une chose pourtant : sortir vivant de cette foutue guerre. D'ailleurs, un message s'affiche au début de chaque mission pour nous alerter du temps qui reste avant la prochaine rotation de l'unité et le retour au pays des soldats, soit une trentaine de jours au moment de l'arrivée de James, accentuant ainsi cette impression de boucle.

James ne débute pas l'histoire avec Sanborn et Eldridge. Il est muté dans la section après la mort tragique du sergent Matt Thompson (Guy Pearce), le précédent démineur, lors de la scène d'ouverture. Celle-ci nous met tout de suite dans l'ambiance du film ultra réaliste. Le rythme y est lent, parfois insoutenable à cause de cette tension lancinante. Le tout est filmé presque de manière amateur avec des plans qui bougent dans tous les sens, des zooms et des dézooms, mais cette réalisation est voulue pour nous immerger complètement aux côtés de ces soldats de l'extrême. Et c'est là que le film prend toute son ampleur, il est quasiment impossible - sauf si on n'adhère pas à ce genre de réalisation ou si on préfère Avatar et les écrans verts - de décrocher une seule fois du film. On vit avec eux et on a peur pour eux...

« L'ADRÉNALINE DU COMBAT PROVOQUE SOUVENT UNE DÉPENDANCE PUISSANTE ET MORTELLE, CAR LA GUERRE EST UNE DROGUE»

De plus, nous sommes loin du film de guerre mélo-dramatique où ça canarde à tout va avec des explosions toutes les deux secondes, des centaines de corps qui s'amoncellent, des soldats héros mitraillant des dizaines et des dizaines d'ennemis et se sacrifiant pour sauver leurs amis... La guerre fut tout autre en Irak. Certes, l'invasion menée par les États-Unis et leurs alliés a conduit à la défaite rapide de l'armée irakienne et du Parti Baas de Saddam Hussein, en a peine un mois. Mais malgré leurs technologies et leurs chars ultra-sophistiqués, les coalisés se sont retrouvés dans une guerre asymétrique face à des insurgés, des milices, des membres d'Al-Qaida menant une guérilla particulièrement vicieuse et cruelle. Les insurgés sont prêts à tout pour liquider ces Occidentaux, quitte à sacrifier les leurs. La peur règne en ces lieux, tout comme la paranoïa. Les soldats américains ne font aucunement confiance aux Irakiens et ces derniers ne comprennent généralement rien à ce qu'ils disent. C'est ce que l'on ressent à travers ce film, renforçant la tension lors des différentes situations.

Les scènes s'enchaînent sans véritables liens ni linéarité, on ne s'ennuie pas une seconde, malgré un rythme parfois lent, tant les scènes sont puissantes. Chaque nouvelle bombe à désamorcer est l'occasion d'en apprendre plus sur les personnages qui apprennent également à mieux se connaître. Ils ne sont présentés comme des héros, pourtant ils sauvent de nombreuses personnes, civiles comme militaires, ils sont là car c'est leur job. Jeremy Renner est sublime dans le rôle du sergent James, loin de son rôle m****** dans les Marvel, un personnage atypique, obscure, parfois arrogant, parfois impulsif, bravant la mort à chaque désamorçage sans vraiment savoir pourquoi. Peut-être a-t-il besoin de cette adrénaline qui grimpe à chaque situation périlleuse où il risque la mort pour se sentir en vie. À noter qu'il est doublé en français par le génial Jérôme Pauwels qui ajoute un plus à l'impulsivité de James. Anthony Mackie et Brian Geraghty sont tout aussi excellents dans leurs rôles respectifs, l'un essayant de garder la tête sur les épaules, l'autre paraissant instable marqué par les horreurs de cette guerre.

À signaler également de célèbres acteurs pour des seconds rôles comme Guy Pearce, Ralph Fiennes, David Morse ou la ravissante Evangeline Lilly. Et que dire également des insurgés loin des clichés que l'on nous servent dans les films du genre à savoir bêtes et méchants fonçant tête baisser et attirant les balles. Ils sont ici sournois usant de tous les artifices possibles pour tenter de tuer au moins un soldats américains. Enfin, cela fait du bien de regarder un film de guerre américain sans que l'on frise l'hystérie patriotique qui gangrène souvent Hollywood.

VERDICT

Démineurs est véritablement un film fortement conseillé de part son rythme haletant et prenant, sa réalisation impressionnante et un trio d'acteurs remarquable. Chaque scène vous prend aux tripes que ce soit les séquences de déminage ou celle du sniper. La guerre y est montrée de manière réaliste sans fioritures ni mélo avec un thème pouvant porter à controverse : la guerre peut devenir une drogue. Madame Bigelow a su donner le ton pour nous offrir à la fois un spectacle réaliste qui donne matière à réfléchir sans rentrer dans le pathos au discours larmoyants.

  • Aymdef El Présidente, Rédacteur en chef, Testeur, Chroniqueur, Historien Email | Twitter
  • "L'objet de la guerre n'est pas de mourir pour son pays, mais de faire en sorte que le salaud d'en face meure pour le sien." George S. Patton