Test Hell Let loose : Vietnam

16 septembre
2026

Qu’est-ce qui peut rester à raconter au Vietnam ? Dix-neufs ans de guerre (ou trente, si l’on tient compte de la guerre d’Indochine) ont laissé un pays ravagé, des épurations, une nature empoisonnée pour des siècles aux défoliants et aux métaux lourds, une dictature communiste aujourd’hui transformée en une corpocratie, et la première défaite américaine, probablement le plus grand échec occidental de la Guerre Froide.

Vous avez déjà joué à Hell Let Loose ? Alors vous ne serez pas dépaysé. Revenons il y a neuf ans : nous étions bien peu confiants dans la capacité du jeune studio Black Matter a délivrer un FPS multijoueur aussi ambitieux qu’Hell Let Loose. Cent joueurs en ligne, des dizaines de véhicules, des cartes au 1:1, des équipements déployables... Ça n’allait pas de soi, surtout pour un studio débutant avec des développeurs éparpillés sur trois continents.

Eh bien, n’ayons pas peur de le dire : nous nous sommes totalement plantés. Non seulement Black Matter a réussi a mener à bien son développement, mais le titre s’est rudement bien vendu, a tenu toutes ses promesses et a revendiqué 140 000 joueurs simultanés (Steam + Epic + consoles), mettant un bon kilomètre dans la vue de ses aînés, Post Scriptum (devenu depuis Squad 44) au premier rang. Puis il a été repris, racheté par l’éditeur Team17 et confié à une nouvelle équipe de développement, Expression Games.

Nouvelle équipe de développement qui s’est empressée de s’atteler à un nouveau titre, et comme il est bien connu que la planète Terre tourne autour du Kentucky ou quelque chose dans ce genre-là, il n’y avait qu’un sujet sérieux qui pouvait être abordé pour le nouveau Hell Let Loose : le Vietnâm.

Hell Let loose : Vietnam 1. Goooooooood mooooorning Vietnaaam ! Haha, vous l’avez ?

Alors, voilà. Nous y sommes de nouveau, dans les rizières et les deltas marécageux de l’Asie du sud-est, dans la jungle d’une profondeur étouffante où toutes les collines se ressemblent, même celles qui ont été napalmées jusqu’à ressembler au crâne chauve du sergent Hartman. Dans les villages de paille et de bois, entre deux averses, qu’elles soient de bombes ou d’eau, ou des deux. La guerre du Vietnâm a toujours eu un charme particulier, qu’on associe à cette image iconique de G.I.s jeunes et apeurés en train de patrouiller éternellement dans la verdure tropicale sur le fond musical de Creedence Clearwater Revival. Il n’y en a pourtant pas eu tant que ça, des jeux sur le sujet : une petite quarantaine tout au plus, mais depuis Battlefield Vietnam en 2004, Call of Duty : Black Ops en 2010 et Rising Storm 2 : Vietnam en 2017, il n’a été abordé que par de petits jeux ou des extensions, de jeux de stratégie ou de shooters plus ou moins anecdotiques.

Hell Let loose : Vietnam Hell Let loose : Vietnam 2. N’approchez pas ce genre d’alligator de trop près : sa vision est basée sur le mouvement. - 3. Où est Charlie ?! OU ?

Le conflit se prête pourtant assez bien au secteur occupé par Hell Let Loose depuis sa sortie, celui des simulations, sachant que le jeu tient résolument à se situer à mi-distance entre Battlefield et un certain ArmA (ou Squad 44) : la simulation hardcore, mais pas trop non plus. Vous allez mourir souvent, mais une fois sur deux, les éclats d’obus ou les balles vous mettront à terre, obligeant à appeler un médecin pour vous remettre sur pied au lieu d’être immédiatement redéployé. Les véhicules sont précieux mais dévastateurs. Les cartes sont immenses et particulièrement riches.

Hell Let loose : Vietnam Hell Let loose : Vietnam 4. Les batailles sont concentrées autour des points d’intérêts, mais entre deux points, les embuscades sont nombreuses. - 5. Pas très pratique quand les balles sifflent.

Et pour cause. La formule de Hell Let Loose place deux équipes de cinquante joueurs a la tête de leurs forces respectives, et débrouillez-vous pour occuper tous les objectifs requis sur le champ de bataille. Hell Let loose : Vietnam occupe pour le moment six cartes : Bak To Airfield et Cam Ranh Port au sud-Vietnam, Quang Ngai, Van Tuong, Hue Outskirts et Thanh Hoa Bridge ; autant d’opérations militaires qui se situent à partir de 1965.

Les joueurs sont répartis en escouades, au sein de différentes unités, qu’il s’agisse de l’infanterie, de la reconnaissance, des blindés, de l’artillerie, ou pour la première fois, des hélicoptères, années soixante oblige. Pas question de réapparaître sur son sergent : il faut avoir pensé a construire un avant-poste quelque part dans un lieu sécurisé, pour ne pas qu’il soit détruit par l’ennemi. Au fil de vos pérégrinations dans la jungle, qu’il s’agisse de chercher Charlie ou les G.I.s, on comprend au bout de quelques heures de jeu pourquoi cet enfer vert était un des pires terrains imaginables pour y faire autre chose qu’une guérilla.

Hell Let loose : Vietnam Hell Let loose : Vietnam 6. Ne vous éloignez pas trop de vos coéquipiers, c’est préférable. - 7. J’en ai vu des choses horribles dans cette jungle, mais ça, jamais !

C’est un fait : la jungle est partout, tout le temps, créant un labyrinthe de végétation où l’on se perd très facilement et où l’ennemi est potentiellement omniprésent, derrière chaque feuillage. Les pistes sont mauvaises et étroites, et à chaque fois que vous allez y engager un blindé, vous allez craindre qu’un ennemi portant un lance-roquette ne se cache derrière le prochain tronc d’arbre (et à raison).

Hell Let loose : Vietnam offre trois nouveaux rôles supplémentaires grâce à l’arrivée des hélicoptères, exclusifs à l’armée américaine ; et contrebalancés par la spécialité vietnamienne, les tunnels, qui vous permettront d’émerger à peu près où vous voulez dans le dos des Américains. Les ressources en renforts, en carburant et en munitions sont toujours de la partie, imposant une attention portée à la gestion de ses stocks.

Se faire déposer en hélicoptère UH-1 « Huey » sur un campement à capturer est grisant, surtout quand vos coéquipiers signalent déjà que les alentours sont pleins de vietnamiens qui mitraillent l’hélico. Aucune indication visuelle ne signale que vous avez abattu votre cible : la récompense, c’est la victoire finale. Comme son aîné, Hell Let loose : Vietnam récompense la coopération au sein de l’équipe et le résultat final, et non la performance individuelle. Mais il récompense aussi et surtout la patience. Sans même parler de celle qu’il vous faut pour réassigner toutes vos touches, car le clavier du jeu n’existe qu’en QWERTY et est un cauchemar à paramétrer, il vous en demande pour réapparaître quand vous glitchez à travers la carte, ou quand vous vous faites descendre une cinquième fois d’affilée par ce type, planqué on ne sait pas où dans l’hectare de terrain qui vous entoure, et qui semble avoir un fusil très spécial dont les munitions sont a tête chercheuse.

Il faut de la patience pour capturer chaque objectif et progresser (à pied, la plupart du temps) dans la jungle, et rester calme sans céder à la paranoïa qui vous prend très vite quand on comprend qu’ici, le danger peut être absolument partout, et qu’il vaut mieux, juste par précaution, mitrailler ces buissons qui ont l’air diablement suspects plutôt que de risquer d’en voir un vous lancer des grenades.

Hell Let loose : Vietnam Hell Let loose : Vietnam 8. C’est l’heure de mourir, G.I. ! - 9. Restez à couvert, sinon vous n’aurez même pas l’opportunité d’utiliser les bandages.

Et après ça, il faut encore plus de patience, pour supporter l’insupportable son saturé craché par le micro de ce systématique coéquipier russe qui diffuse de la techno à fond de balle, ou les nouveaux joueurs qui vous écrasent avec les véhicules, s’écrasent eux-mêmes en hélicoptère, ou ne semblent pas avoir compris qu’un char à 10% de points de vie de coque a besoin d’être réparé, ou plus simplement la montagne de bugs graphiques qui subsistent encore dans cette version 1.0 et rendent le jeu beaucoup moins beau que sur ses propres trailers, tout en faisant ronfler une 9070XT neuve comme une chaudière soviétique.

On accusera facilement, et à raison, Expression Games d’avoir démoulé beaucoup trop vite Hell Let loose : Vietnam, malgré un report de sa date de sortie initiale, et les critiques Steam en sont éloquentes. C’est vrai, mais après tout, ce genre de choses devient une norme de nos jours et le studio a l’air de s’être déjà mis au travail pour patcher le titre, et publie des mises à jour régulières.

À l’heure où nous rédigeons ces lignes, il ajoute déjà du nouveau contenu, avec les fusils semi-automatiques M14 et SKS ; ainsi qu’un nouvel hélicoptère. La feuille de route publiée annonce d’ici la fin 2026 de nouvelles cartes, de nouveaux véhicules et un tas de nouveaux engins de mort : pistolet-mitrailleurs français MAT49, fusil-mitrailleur Stoner, fusil Dragunov russe, de nouveaux uniformes, la possibilité de constituer des bataillons, et bien sûr des uniformes et skins variés.

Mais sur un marché aussi saturé que celui des shooters, les simulations comme Hell Let Loose souffrent d’un autre problème, en dépit des excellents chiffres de fréquentations annoncé : comment pallier a l’éparpillement de la base de joueurs, voire à leur fuite ? On voit mal des titres comme Hell Let Loose se doter de bots I.A, qui seraient pourtant bienvenus pour pallier à la baisse de fréquentation. Si le titre fait le plein le soir, à l’heure américaine, il sera parfois difficile de trouver un serveur en pleine journée, une poignée étant plein à ras bord et dotés d’une file d’attente, les autres n’en ayant qu’une dizaine de participants sur la centaine maximale.

6.5
Né dans le bayou Le Hell Let Loose nouveau entre sur un segment vidéoludique historique que n’occupe finalement que bien peu de monde actuellement à l’exception notable de Rising Storm 2 : Vietnam, qui date de 2017, et de quelques extensions pour d’autres shooters plus ou moins oubliables. Pour les amateurs d’odeur de napalm au petit jour, ça fera fort bien l’affaire si vous êtes amateur de simulation ardue, mais le titre a très sérieusement besoin d’être patché et optimisé, avant de pouvoir en profiter, ce à condition d’être à l’aise avec l’obligation de jouer en vocal, la plupart du temps avec des anglophones.
Intérêt historique : Particulièrement immersif.
  • +Les nouveautés du Vietnam, plutôt bien équilibrées
  • +La formule de Hell Let Loose, toujours aussi vaste et prenante
  • +Une immersion rarement vu ailleurs
  • -Interface peu intuitive
  • -Mal optimisé, trop de bugs pour une 1.0
  • -Courbe d’apprentissage assez punitive si vous n’êtes pas déjà habitué à HLL
  • -Exige un groupe régulier ou d’être anglophone pour pouvoir profiter pleinement du jeu
7.0
Graphismes

Extrêmement réaliste, elle aurait été meilleure néanmoins avec un peu moins de bugs graphiques et un tantinet de polissage.

5.0
Technique

Même à quarante euros au lieu de soixante, il est difficilement justifiable de sortir un titre aussi mal optimisé et où autant de bugs graphiques sont rencontrés. Heureusement, les crashs sont relativement rares, mais vivement quelques mises à jour.

6.0
Jouabilité

Hell Let Loose ne pèche que rarement question prise en main, avec une rosace de commandement et de communication beaucoup trop nébuleuse pour être rapide au coeur des combats, et un épouvantable système d’assignation des touches à s’arracher les cheveux.

8.0
Durée de vie

De part l’énormité des cartes, peu de parties ressemblent à une autre, et le studio est déjà en route pour en ajouter de nouvelles, donc vous aurez du mal à vous lasser de ce côté.

7.0
Ambiance

Difficile de ne pas s’y croire vu l’immersion du titre ; les défauts d’ambiance seront avant tout à mettre au crédit des autres joueurs.

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Scénario

Vous, un fusil, la fin des années soixante, et la jungle. C’est à peu près tout, et c’est suffisant.

  • Cernunnos Rédacteur
  • "Messieurs, c'est une plage privée! Je crois que nous dérangeons!" Un officier britannique sur Sword Beach

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