Pendant mille ans, du Ve siècle à la fin du XVe, le Moyen-Âge façonne l'Europe médiévale. Après la chute de Rome émergent les royaumes barbares, la féodalité s'organise, les Croisades mobilisent les armées chrétiennes, et les grandes guerres d'indépendance construisent les nations modernes.
Chute de l'Empire romain d'Occident
Haut Moyen-Âge : Invasions barbares
Règne de Clovis Ier
Justinien - Empire byzantin
Hégire - Naissance de l'Islam
Guerres arabo-byzantines
Invasion du Califat omeyyade en Hispanie
Reconquista
Empire carolingien
Charlemagne
Traité de Verdun
Invasions des Vikings
Raid viking de Lindisfarne
Cinq Dynasties et Dix Royaumes
Traité de Saint-Clair-sur-Epte
Âge d'or de la féodalité
Fondation de la dynastie Capétienne
Conquête normande de l'Italie du Sud
Guerres turco-byzantines
Grand Schisme d'Orient
Bataille d'Hastings
Les Croisades
Première Croisade
Conflit des Guelfes et des Gibelins
Deuxième Croisade
Guerre de Genpei
Troisième Croisade
Quatrième Croisade
Chute de Constantinople (Croisade)
Bataille de Bouvines
Cinquième Croisade
Sixième Croisade
Septième Croisade
Restauration byzantine
Huitième Croisade
Invasions des Mongols
Unification mongole
Premières invasions russes
Conquête de la Russie
Guerres d'indépendance de l'Écosse
Bataille de Stirling
Bataille de Falkirk
Bataille de Bannockburn
Guerre de Cent Ans
Bataille de Crécy
Peste noire
Combat des Trente
Bataille de Poitiers
Croisades contre les hussites
Jeanne d'Arc - Levée du siège d'Orléans
Guerre des Deux Roses
Invention de l'imprimerie
Découverte de l'Amérique
Le terme « Moyen-Âge » (Medium Aevum en latin) désigne initialement, de manière péjorative, la période « entre » l'Antiquité et la Renaissance. Historiens modernes le réhabilitent comme une époque extraordinairement riche en évolutions politiques, religieuses, technologiques et culturelles qui forgent l'Europe actuelle.
Haut Moyen-Âge : Invasions barbares et Carolingiens (Ve-IXe siècles)
Après la chute de l'Empire romain d'Occident en 476, les royaumes barbares (Wisigoths, Ostrogoths, Francs, Vandales) se partagent l'Occident. L'unification progressive sous Clovis et la Dynastie mérovingienne (IVe-VIIIe siècles) crée le fondement d'une nouvelle Europe. Les Carolingiens, issus de la réforme du clergé, remplacent les Mérovingiens en 751. Charlemagne (768-814) consolide un empire qui s'étend de l'Espagne à la Bavière. Couronné empereur des Romains en 800, il lance la Renaissance carolingienne : école de palais, copistes travaillant les manuscrits, arts et architecture revigorés. À sa mort, le traité de Verdun (843) fragmente cet empire en trois royaumes, donnant naissance à la France, Allemagne et Italie modernes.
Les Invasions des Vikings (IXe-XIe siècles)
Dès le IXe siècle, les peuples nordiques (Scandinaves) lancent des raids dévastateurs qui bouleversent l'Europe occidentale. Le raid de Lindisfarne (793) marque le début documenté de cette période terrifiante. Les Viking pillent monastères (centres de richesse et savoir), côtes et villes fluviales. Leurs longships révolutionnaires permettent navigation côtière et fluviale rapide, en eau profonde ou peu profonde, changeant l'art militaire maritime.
Progressivement, les Vikings colonisent des territoires : Normandie (traité de Saint-Clair-sur-Epte, 911 avec Rollon), Islande, Groenland, et brièvement l'Amérique du Nord (Vinland). Leif Erikson y débarque vers 1000, 500 ans avant Colomb. L'intégration progressive à la féodalité occidentale transforme les peuples nordiques : Rollon et ses descendants deviennent ducs normands, l'Église les assimile, les Normands deviennent une force formidable de la chrétienté occidentale. La victoire de Guillaume le Conquérant (descendant de Rollon) à Hastings (1066) marque l'apogée de cette intégration : un Viking devient roi d'Angleterre.
La Féodalité et la Chevalerie (Xe-XIIe siècles)
Haut Moyen-Âge féodal (Xe-XIe siècles)
Caractère : Émergence progressive du système féodal, vasselage héréditaire, fiefs territoriaux
Après la fragmentation carolingienne, la noblesse franque construit une nouvelle organisation politique fondée sur les liens vassal-seigneur personnels. Les fiefs, initialement révocables, deviennent héréditaires, créant une hiérarchie stable. Le Pape Urbain II lance la Première Croisade (1095), canalisant l'énergie guerrière féodale vers une cause religieuse.
Moyen Moyen-Âge (XIIe siècle)
Caractère : Apogée de la chevalerie, Croisades continues, expansion territoriale
L'idéal chevaleresque s'épanouit : code d'honneur, tournois, littérature courtoise, amour courtois. Les Croisades (II-III) mobilisent les armées chrétiennes vers la Terre sainte. L'architecture gothique émerge (cathédrale de Laon, Notre-Dame de Chartres). Philippe Auguste consolide la puissance française, battant l'Angleterre à Bouvines (1214).
Bas Moyen-Âge (XIIIe-XVe siècles)
Caractère : Déclin féodal, guerres dynastiques, émergence nations centralisées
Croisades tardives échouent. Santo Louis (Louis IX) renforce la monarchie française. La Guerre de Cent Ans (1337-1453) oppose France et Angleterre, transformant les armées avec l'archer longbow anglais révolutionnaire. Jeanne d'Arc (1429-1431) galvanise la résistance française. La chute de Constantinople (1453) ferme le Moyen-Âge. Les universités prospèrent, la bourgeoisie s'enrichit, le féodalisme décline progressivement.
Les Croisades (1095-1291)
Entre 1095 et 1291, l'Église catholique romaine lance huit expéditions militaires majeures vers la Terre sainte, appelées Croisades. Initiée par le Pape Urbain II au concile de Clermont (1095), répondant aux appels byzantins pour reconquérir terres perdues aux Seljouks, la Première Croisade devient une mobilisation religieuse et militaire. Les croisés combinent religiosité sincère, d'expansionnisme territorial, de quête de commerce et de richesse personnelle en Orient.
La Première Croisade (1095-1099) remporte un succès spectaculaire : Jérusalem est prise en 1099, des États croisés s'établissent en Terre sainte. Cependant, les expéditions suivantes connaissent peu de succès. La Deuxième (1147-1149) échoue à reconquérir Édesse. La Troisième (1187-1192), lancée après la prise de Jérusalem par Saladin, aboutit à un accord diplomatic (Jaffa) sans reprendre la Ville sainte. La Quatrième (1202-1204) est détournée vers Constantinople, capitale byzantine alliée orthodoxe, qu'elle saccage. Cette trahison marque le début du déclin byzantin face aux Ottomans futurs.
Les Croisades tardives (Ve-VIIIe) tentent sans succès de reprendre l'Égypte ou reconquérir Jérusalem par diplomatie. La Septième Croisade (1248-1254) voit le Roi saint Louis IX capturé en Égypte, rançonné massively. La Huitième et dernière (1270) vers Tunis aboutit au désastre : épidémie de peste, mort de Louis IX. L'Acre, dernier bastion croisé, tombe en 1291. Les Croisades échouent définitivement, mais elles laissent un héritage majeur : échanges commerciaux Europe-Orient, transmission de savoir antique grecque via traductions arabes, choc civilisationnel profond.
Les Guerres d'indépendance de l'Écosse (1296-1357)
Au XIIIe siècle, la succession du trône d'Écosse devient enjeu entre Écossais et Anglais. Édouard Ier d'Angleterre impose sa suzeraineté, déclenchant guerres de résistance. William Wallace, noble écossais, mène la révolte contre Édouard Ier. À la bataille de Stirling (1297), Wallace remporte une victoire spectaculaire, rallumant l'espoir écossais. Édouard Ier répond à Falkirk (1298), écrasant les Écossais. Wallace est capturé et exécuté en 1305.
Robert Bruce, nouveau chef écossais, poursuit la lutte. À la bataille de Bannockburn (1314), Robert Bruce écrase l'armée anglaise d'Édouard II. Cette victoire décisive confirme l'indépendance écossaise. Le traité d'Édimbourg (1328) officiellement reconnaît la souveraineté écossaise. Ces guerres forgent une identité nationale écossaise distinct, séparant la Caledonie de l'Angleterre pour trois siècles.
Les Invasions des Mongols (XIIIe-XIVe siècles)
Depuis les steppes asiatiques, un chef tribal nomade nommé Temoudjin (futur Gengis Khan, 1167-1227) unifie les tribus mongoles rivales en 1206. Avec génie militaire et organisation, Gengis Khan crée le plus grand empire terrestre jamais vu. En trois siècles, les Mongols conquièrent l'Asie centrale, la Chine, la Russie entière, le Proche-Orient et menacent l'Europe méditerranéenne.
En 1223, les Mongols vainquent une coalition russe-kipchak, marquant le début de leur domination. De 1237-1240, sous Batu Khan (petit-fils de Gengis), les Mongols conquièrent toute la Russie, fondant la Horde d'Or (empire mongol d'Occident). Cette domination dure 240 ans, profondément marquant les structures politiques russes. L'empire mongol fragmenté s'effondre progressivement au XIVe siècle face aux résistances locales. Cependant, l'héritage mongol persiste : leurs routes commerciales sécurisées reliant Orient et Occident facilitent échanges économiques sans précédent. La soie, la poudre, le papier, la porcelaine transitent par la Route de Soie mongole. Ces transmissions technologiques et culturelles transforment l'Europe pré-Moderne.
La Guerre de Cent Ans (1337-1453)
De 1337 à 1453, la France et l'Angleterre s'affrontent dans un conflit de 116 ans, l'une des plus longues guerres médiévales. Édouard III d'Angleterre, prétendant au trône de France (sa mère est fille d'un roi français), revendique la couronne faute d'héritier mâle direct. Cet enjeu dynastique camoufle conquête territoriale, contrôle commercial de la Manche et rivalité nobiliaire pour l'hégémonie européenne.
Première phase (1337-1380) : Victoires écrasantes anglaises. À Crécy (1346), les archers longbow anglais déciment la chevalerie française lourde et frontalière. Le roi Jean II est capturé à Poitiers (1356), ranç massively. Ces défaites révolutionnent la tactique militaire : la cavalerie féodale ne domine plus face à fantassins disciplinés armés d'arcs longues.
Deuxième phase (1380-1420) : Henry V d'Angleterre relance conquêtes. Mais guerres civiles et épidémies (Plague peste noire, 1348) affaiblissent. Période stalemate, avec Combat des Trente (1351) symbolisant l'idéal chevaleresque dépassé.
Troisième phase (1429-1453) : Jeanne d'Arc, jeune paysanne d'Orléans, inspire la résistance française. Prétendant entendre voix divines, elle rallie Dauphin (futur Charles VII). À Orléans, les Français lèvent le siège anglais (1429). Jeanne est capturée, jugée hérétique et brûlée à Rouen (1431). Malgré sa mort, l'élan français persiste. À Castillon (1453), l'artillerie française écrase la chevalerie anglaise, fin définitive du conflit.
Conséquences : France consolide puissance centralisée et nationale. Angleterre perd continent (ne garde que Calais jusqu'1558), se replie insulaire, son noblesse épuisée se déchire en Guerre des Deux Roses. Féodalité murale décline, nations-États centralisées émergent.
La Guerre des Deux Roses (1455-1487)
Après l'épuisement de la Guerre de Cent Ans, la noblesse anglaise fragmentée se déchire pour la succession. Deux factions aristocratiques rivales combattent : la maison York (emblème rose blanche) et la maison Lancastre (emblème rose rouge). Ce conflit, enraciné dans ambitions dynast et control territorial, est exacerbé par la faiblesse du roi Henry VI (Lancastre), rongé par crises mentales répétées.
La Première bataille de Saint-Albans (1455) inaugure les hostilités. Édouard d'York émmerge vainqueur, devient roi (Édouard IV, 1461). Les combats se poursuivent décennies, ravagent campagne anglaise, déciment la noblesse guerrière. Après chaos relatifs, Henry VII Tudor (Lancastre) défait Richard III (York) à Bosworth (1485). Henry épouse Elizabeth York, unissant les roses symboliquement et dynastiquement. Cette union fonde la dynastie Tudor, inaugurant une ère nouvelle de centralisation royale, stabilité politique, et transition vers la Modernité.
L'Empire byzantin à travers le Moyen-Âge
La continuité romaine persiste à Constantinople. L'Empire byzantin (ou empire romain d'Orient) demeure centre majeur de civilisation, culture, droit et orthodoxie chrétienne pendant sept siècles. Justinien (527-565) codifie le droit romain (Corpus Juris Civilis), reconstruit Hagia Sophia, reconquiert partiellement l'Occident. Les siècles suivants voient le Byzantins repousser invasions perses, arabes et seljouks, maintenant oasis universitaire et artistique tandis qu'Europe occidentale s'obscurcit.
En 1054, le Grand Schisme sépare définitivement catholicisme romain et orthodoxie byzantine, fractionnant l'unité religieuse chrétienne. Paradoxalement, la Quatrième Croisade (1204) saccage Constantinople, établissant un empire latin éphémère. Les Byzantins restaurent leur empire en 1261, mais affaiblis. Les Ottomans, montant en puissance in Anatolie, menacent Constantinople progressivement. En 1453, le Sultan Mehmed II conquiert Constantinople, fermant mille cent vingt-trois ans de continuité romaine-byzantine ininterrompue depuis la fondation constantinienne (330). La chute de Constantinople marque la fin du Moyen-Âge et l'avènement de l'époque ottomane-moderne.
Innovations et réalisations du Moyen-Âge
- Féodalité : Système politique nouveau de liens vassaliques personnels (suzerain-vassal), fiefs héréditaires, obligations militaires/économiques mutuelles, structure remplaçant empire centralisé, fondement stabilité médiévale
- Chevalerie : Code d'honneur éthique (courtoisie, loyauté, bravoure, protection faibles), ordres de chevalerie, tournois sport aristocratique, littérature courtoise et romans épiques
- Architecture : Transition style roman (Xe-XIIe) aux cathédrales gothiques monumentales (XIIe-XVe), arcs ogival révolutionnaires, vitraux colorés, synthèse ingénierie-beauté
- Art et Littérature : Manuscrits enluminés monastiques, épopées héroïques (Chanson de Roland, Beowulf), romans courtois (Lancelot, Tristan), poésie troubadoure en occitan
- Religion et Philosophie : Dominance catholicisme romain, monachisme réformé (Clüny, Cîteaux), Inquisition hérétique, théologie scolastique synthètisant Aristote-christianisme (Thomas d'Aquin)
- Technologie militaire : Longbow anglais révolutionnaire, arbalète, étriers améliorés, châteaux fortifiés avec créneaux/meurtrières, fin domination chevalerie blindée
- Universités : Fondation universités majeures (Bologne 1088, Oxford 1096, Paris 1150, Salamanque 1218), transmission savoir antique grec via traductions arabes, debate scolastique synthèse foi-raison
- Économie et Commerce : Foires régulières (Foires de Champagne), corporations urbaines organisées, bourgeoisie marchande émergente, lettres de change, comptabilité double-entrée, banque
Bibliographie sélective
Études générales
- . La Société féodale. Paris : Albin Michel, 1939.
- . Le Moyen Âge (3 volumes). Paris : Armand Colin, 1982-1987.
- . La civilisation de l'Occident médiéval. Paris : Flammarion, 2008.
- . The Renaissance. Yale : Yale University Press, 2014.
Vikings et invasions nordiques
- . The Normans : From Raider to Kings. New York : Oxford University Press, 1976.
- . Naissance et affirmation de la Réforme. Paris : PUF, 1965.
Croisades et Terre sainte
- . Les Croisades vues par les Arabes. Paris : J'ai Lu, 1983.
- . The Crusades: A Short History. New Haven : Yale University Press, 1987.
- . Le Trésor de l'art byzantin. Cologne : Taschen, 1994.
Guerres tardives et transition moderne
- . The Characters of the Crusades. New Rochelle : Arlington, 1992.
- . The Cathars : Heresy and the Inquisition. London : Palgrave, 2000.
- . Jeanne d'Arc. Paris : Fayard, 1994.
- . The New Cambridge Medieval History (vol. VII, 1415-1500). Cambridge : Cambridge University Press, 2005.