Histoire

Révolution texane

La Révolution texane (2 octobre 1835 – 21 avril 1836) fut l'insurrection armée qui conduisit à la séparation de la province du Texas vis-à-vis du Mexique et à la création de la République du Texas. Ce conflit mêle colonisation, tensions politiques, enjeux économiques et la question de l'esclavage, et culmine avec les batailles de l'Alamo et de San Jacinto, événements décisifs pour le destin nord-américain.

En moins d'un an de combats décisifs, des colons anglo-américains (Texians), appuyés par des Tejanos favorables à l'indépendance, défièrent l'armée mexicaine. Leur victoire permit la proclamation d'une république indépendante, qui subsista jusqu'à son annexion par les États-Unis en 1845.

L'héritage mexicain et la colonisation américaine

Le Texas fit partie du Mexique après l'indépendance de l'Espagne en 1821. Province vaste et peu peuplée, il fut encouragé à la colonisation par Mexico par l'attribution de concessions de terre (« empresario » grants) à des colons étrangers, notamment américains. Stephen F. Austin fut le plus célèbre de ces empresarios : entre 1821 et 1825 il organisa l'arrivée de plusieurs centaines de familles, principalement originaires du Tennessee et du Mississippi, qui fondèrent des colonies agricoles prospères.

Dès l'origine, des tensions existaient. Les colons anglo-américains conservaient leurs coutumes, leur langue, leur religion protestante et leurs institutions, et s'assimilaient peu aux pratiques mexicaines. Le Mexique, craignant l'influence et l'annexion par les États-Unis, adopta progressivement des mesures restrictives : lois limitant l'immigration et tentatives de centralisation. La question de l'esclavage fut également cruciale : bien que l'esclavage ait été officiellement limité par certaines lois mexicaines, des arrangements locaux et des tolérances permirent l'implantation d'une économie esclavagiste dans le Texas, renforçant ses liens économiques et idéologiques avec le Sud des États-Unis.

Les tensions s'accumulent (1820s–1835)

Au fil des années 1820–1830, la population anglo-américaine du Texas croît rapidement et dépasse en nombre les colons mexicains (Tejanos) dans de nombreuses régions. Les mesures fiscales, les restrictions à l'immigration et la volonté de Santa Anna d'imposer un régime centralisateur aggravent les frictions. L'élection et la montée en puissance d'Antonio López de Santa Anna, partisan du centralisme, inquiètent les colons qui craignent la suppression des droits locaux.

Le point de rupture survient en 1835 lorsque les autorités mexicaines cherchent à reprendre le contrôle effectif de la province. Le premier affrontement armé reconnu a lieu à Gonzales le 2 octobre 1835, quand des colons refusent de rendre un petit canon que Mexico voulait récupérer. Cet épisode marque le début de la révolte ouverte.

L'insurrection et le siège de l'Alamo (octobre 1835 – mars 1836)

La rébellion s'étend rapidement. Un gouvernement provisoire texan est formé et des chefs militaires émergent. Stephen F. Austin, figure de la colonisation, joue un rôle politique important mais n'est pas le chef militaire suprême ; Sam Houston, ancien officier de l'armée du Tennessee, devient le commandant en chef des forces texanes.

Santa Anna réagit en levant une armée pour rétablir l'autorité mexicaine. En février–mars 1836, ses troupes assiègent la garnison texane de la mission de l'Alamo à San Antonio. La défense, conduite par des figures devenues légendaires (William B. Travis, James Bowie, Davy Crockett), résiste pendant plusieurs jours. La forteresse tombe le 6 mars 1836 après un assaut final ; la quasi-totalité des défenseurs sont tués. Les estimations des effectifs varient selon les sources : on retient généralement une garnison d'environ 180–250 défenseurs et des pertes mexicaines évaluées à plusieurs centaines, les chiffres exacts restant discutés par les historiens.

Peu après, la reddition des troupes texanes commandées par le colonel James Fannin à Goliad se solde tragiquement : le 27 mars 1836, de nombreux prisonniers sont exécutés par ordre mexicain (massacre de Goliad), événement qui alimente la colère et la détermination des Texans.

Le tournant : victoire à San Jacinto (21 avril 1836)

Après les revers de l'Alamo et de Goliad, Sam Houston opère une retraite stratégique et rassemble ses forces. Le 21 avril 1836, près de la rivière San Jacinto, les troupes texanes surprennent l'armée mexicaine dans une attaque brève et décisive. L'engagement dure moins d'une heure ; les pertes mexicaines sont lourdes et de nombreux soldats sont faits prisonniers. Santa Anna est capturé peu après. Sous la contrainte, il signe des accords connus sous le nom de traités de Velasco (mai 1836) qui ordonnent le retrait des troupes mexicaines et prévoient la reconnaissance de l'indépendance texane — accords que le gouvernement mexicain refusera ensuite de ratifier officiellement.

La République du Texas et ses suites (1836–1845)

La République du Texas est proclamée en 1836. David G. Burnet assure une présidence provisoire, puis Sam Houston est élu président en 1836 et de nouveau en 1841. La jeune république adopte une constitution, émet sa monnaie et cherche des reconnaissances diplomatiques. Toutefois, son indépendance reste précaire : le Mexique ne reconnaît pas formellement la perte du Texas et des tensions persistent.

Sur le plan intérieur, la République du Texas est confrontée à des difficultés financières, à des conflits avec les populations autochtones et à des divisions politiques internes. L'annexion par les États-Unis devient un objectif pour de nombreux dirigeants texans. Le Congrès américain adopte une résolution d'annexion et le Texas est admis comme État de l'Union le 29 décembre 1845. L'annexion contribue à déclencher la guerre américano-mexicaine (1846–1848), qui redessine les frontières du Nord-Ouest du continent.

Héritage et transformations

La Révolution texane a laissé un héritage complexe : mythe fondateur (Alamo, San Jacinto), mémoire partagée entre Anglo-Texans et Tejanos, et conséquences géopolitiques majeures pour les relations entre les États-Unis et le Mexique. La question de l'esclavage, centrale dans l'économie et la société texanes, et l'expansion territoriale des États-Unis restent au cœur des interprétations historiques.

La présence hispanique et la contribution des Tejanos — Mexicains et Hispaniques qui soutinrent ou participèrent à l'indépendance — demeurent des éléments importants de l'identité texane. Leur rôle est souvent moins mis en avant dans les récits populaires, mais il est essentiel pour comprendre la complexité sociale et culturelle de la région.

Bibliographie sélective

Synthèses et ouvrages généraux

  • Stephen L. Hardin, The Alamo 1835–1836: From Mission to Fortress, Osprey Publishing, 2001.
  • Paul D. Lack, The Texas Revolution, Texas A&M University Press, 1992.
  • William C. Davis, Lone Star Rising: The Revolutionary Birth of Texas, Free Press, 2004.

Perspectives mexicaines et études transfrontalières

  • Andrés Reséndez, Changing National Identities at the Frontier: Texas and New Mexico, 1800–1850, Cambridge University Press, 2005.
  • Timothy M. Matovina, The Tejano Journey, 1770–1850, University of North Carolina Press, 2002.

Récits et sources militaires

  • Charles W. Ramsdell, San Jacinto: The Texas Victory that Changed the Course of History, Eakin Press, 1986.
  • Randolph B. Campbell, An Empire for Slavery: The Peculiar Institution in Texas, Free Press, 1989.