Rome antique désigne la civilisation qui s'étend de la fondation légendaire de Rome en 753 av. J.-C. à la chute de l'Empire d'Occident en 476 ap. J.-C. Durant plus de douze siècles, Rome transforme un village du Latium en empire méditerranéen dominant trois continents.
La formule SPQR (Senatus Populusque Romanus — le Sénat et le Peuple romain) résume l'identité romaine. De cité-État républicaine à empire autocratique, Rome légua au monde occidental son droit, ses institutions, sa langue latine et ses infrastructures monumentales.
Les origines légendaires et la Royauté (753-509 av. J.-C.)
La fondation de Rome
Selon la légende rapportée par Tite-Live et Virgile, Rome fut fondée le 21 avril 753 av. J.-C. par Romulus, descendant du prince troyen Énée. Abandonné avec son frère jumeau Rémus sur le Tibre, Romulus fut recueilli par une louve (lupa) qui les allaita. Après avoir tué Rémus lors d'une querelle, Romulus traça le pomerium (enceinte sacrée) de Rome sur le mont Palatin.
L'archéologie confirme l'existence de villages sur les sept collines dès le VIIIe siècle av. J.-C. La position stratégique de Rome, contrôlant le dernier gué praticable du Tibre avant la mer, explique son développement rapide. La cité se situe à la frontière entre Latins, Sabins et Étrusques, trois peuples qui influencèrent sa culture naissante.
Les sept rois de Rome
La tradition romaine énumère sept rois ayant régné durant cette période : Romulus, Numa Pompilius, Tullus Hostilius, Ancus Marcius, Tarquin l'Ancien, Servius Tullius et Tarquin le Superbe. Ces monarques, mi-historiques mi-légendaires, établirent les fondements religieux, militaires et institutionnels de Rome.
Numa Pompilius organisa la religion romaine et créa les collèges de prêtres. Servius Tullius réforma l'armée selon un système censitaire (organisation par classes de fortune) et construisit la première muraille défensive. L'influence étrusque marqua profondément cette période : alphabet, insignes du pouvoir (fasces, toge pourpre), organisation urbaine et techniques architecturales.
Passage à la République
En 509 av. J.-C., selon la tradition, le dernier roi Tarquin le Superbe fut chassé après le viol de Lucrèce par son fils Sextus. Cet événement mythifié symbolise le rejet de la tyrannie. Les Romains instaurèrent la République (res publica, « chose publique ») et jurèrent de ne jamais restaurer la royauté. Deux consuls élus annuellement remplacèrent le roi, établissant le principe du pouvoir collégial et limité dans le temps.
La République romaine (509-27 av. J.-C.)
République archaïque (509-264)
Caractéristiques : Luttes patriciens-plébéiens, conquête de l'Italie
Événements clés : Lois des XII Tables (450), sac de Rome par les Gaulois (390), guerres samnites
Rome consolide son contrôle sur le Latium puis l'Italie centrale. Le conflit entre patriciens (aristocratie) et plébéiens aboutit à l'égalité juridique progressive et la création des tribuns de la plèbe. En 272 av. J.-C., Rome domine toute la péninsule italienne.
République impérialiste (264-133)
Caractéristiques : Expansion méditerranéenne, guerres puniques
Événements clés : Guerres puniques contre Carthage (264-146), conquête de la Grèce, destruction de Carthage (146)
Rome affronte Carthage dans trois guerres successives et émerge maîtresse de la Méditerranée occidentale. La victoire sur les royaumes hellénistiques (Macédoine, Syrie) étend l'hégémonie romaine à l'Orient. L'afflux de richesses transforme la société romaine.
République tardive (133-27)
Caractéristiques : Crises sociales, guerres civiles, fin de la République
Événements clés : Réformes des Gracques (133-121), guerre sociale (91-88), guerres civiles, assassinat de César (44)
Les institutions républicaines s'effondrent sous les tensions sociales et l'ambition de généraux. Marius, Sylla, Pompée, César et enfin Octave se disputent le pouvoir. La bataille d'Actium (31 av. J.-C.) consacre la victoire d'Octave qui devient Auguste en 27 av. J.-C.
Institutions républicaines
La République romaine développa un système politique sophistiqué basé sur l'équilibre des pouvoirs. Le Sénat, assemblée de 300 puis 600 membres (anciens magistrats), détenait l'auctoritas (autorité morale) et contrôlait la politique extérieure et les finances. Les magistrats exerçaient l'imperium (pouvoir de commandement) : deux consuls commandaient l'armée et présidaient le Sénat ; préteurs rendaient la justice ; édiles géraient la ville ; questeurs administraient les finances ; censeurs établissaient le cens et surveillaient les mœurs.
Les assemblées populaires (comices) votaient les lois et élisaient les magistrats. Ce système, oligarchique dans les faits, assurait stabilité et continuité grâce aux contre-pouvoirs : collégialité des magistratures, annualité des mandats, droit de veto des tribuns, interdiction de briguer le consulat avant 42 ans (cursus honorum).
Conquête de la Méditerranée
L'expansion romaine résulte d'une combinaison de facteurs : système militaire efficace (légion manipulaire puis cohorte), alliances avec les peuples soumis (fédération italienne), politique d'intégration progressive (citoyenneté étendue), opportunisme diplomatique et volonté de sécuriser les frontières.
Après avoir vaincu Carthage (guerres puniques, 264-146 av. J.-C.) et contrôlé l'Espagne et l'Afrique du Nord, Rome soumet les royaumes hellénistiques : Macédoine (168 av. J.-C.), royaume de Pergame (133), Syrie séleucide (64), Égypte ptolémaïque (30 av. J.-C.). Jules César conquiert la Gaule (58-51 av. J.-C.). Au Ier siècle av. J.-C., Rome domine de l'Espagne à la Syrie, de la Gaule à l'Afrique du Nord.
L'Empire romain (27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C.)
Le Principat augustéen
En 27 av. J.-C., Octave reçoit du Sénat le titre honorifique d'Augustus (« celui qui augmente » la grandeur de Rome). Il inaugure le Principat : façade républicaine (magistratures maintenues) masquant un pouvoir monarchique de fait. Auguste cumule imperium proconsulaire (commandement militaire), puissance tribunitienne (inviolabilité, veto), grand pontificat (autorité religieuse) et titre de Princeps Senatus (premier du Sénat).
Son règne (27 av. J.-C. - 14 ap. J.-C.) établit la Pax Romana : pacification des provinces, fixation des frontières (Rhin, Danube, Euphrate), réorganisation administrative, développement urbain, renaissance culturelle (Virgile, Horace, Ovide, Tite-Live). Auguste réforme l'armée (légions permanentes de citoyens, auxiliaires recrutés chez les pérégrins), crée la garde prétorienne et les cohortes urbaines.
Le Haut-Empire (14-235)
Les dynasties julio-claudienne (Tibère, Caligula, Claude, Néron), flavienne (Vespasien, Titus, Domitien) et antonine (Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin le Pieux, Marc Aurèle) consolident l'Empire. L'apogée territorial est atteint sous Trajan (98-117) avec la conquête de la Dacie et de la Mésopotamie. L'Empire compte alors 50 à 70 millions d'habitants.
Cette période voit l'urbanisation massive des provinces, la romanisation progressive (extension de la citoyenneté, culminant avec l'édit de Caracalla en 212 qui l'accorde à tous les hommes libres), le développement du commerce méditerranéen et l'épanouissement culturel. Le règne de Marc Aurèle (161-180) marque cependant le début des difficultés : guerres marcomanes sur le Danube, épidémies, pressions barbares croissantes.
Le Bas-Empire et la chute (235-476)
L'anarchie militaire (235-284) voit se succéder une cinquantaine d'empereurs proclamés par les légions. Invasions barbares, sécessions provinciales (empire gaulois, royaume de Palmyre), effondrement monétaire et épidémies affaiblissent dramatiquement l'Empire.
Dioclétien (284-305) restaure temporairement la situation : Tétrarchie (quatre empereurs se partageant le gouvernement), réorganisation administrative (diocèses, préfectures), réforme monétaire, cérémonie du Dominat (empereur divinisé de son vivant). Constantin Ier (306-337) poursuit cette œuvre : conversion au christianisme (édit de Milan, 313), fondation de Constantinople (330), nouvelle capitale orientale.
La partition définitive en 395 entre Empire d'Occident et Empire d'Orient scelle le destin différent des deux moitiés. L'Occident, confronté aux invasions barbares (Wisigoths, Vandales, Huns, Ostrogoths), s'effondre progressivement. Alaric saccage Rome en 410, les Vandales en 455. En 476, le chef barbare Odoacre dépose le dernier empereur Romulus Augustule, date conventionnelle de la chute de l'Empire romain d'Occident. L'Empire d'Orient (Byzance) survit jusqu'en 1453.
Réalisations et innovations romaines
- Droit romain : système juridique rationnel distinguant droit public/privé, civil/naturel ; concepts de propriété, contrat, personne juridique ; influence majeure sur les systèmes légaux modernes
- Génie civil : routes pavées (80 000 km), aqueducs, ponts, égouts (cloaca maxima), ports ; utilisation du béton (opus caementicium)
- Architecture : arc, voûte, coupole ; monuments emblématiques (Colisée, Panthéon, thermes) ; urbanisme orthogonal (cardo/decumanus)
- Administration : bureaucratie efficace, système postal (cursus publicus), cadastre, recensement ; provinces gouvernées par proconsuls et légats
- Armée : légion romaine (organisation, discipline, génie militaire) ; fortifications (mur d'Hadrien, limes) ; stratégie et tactique
- Langue latine : langue véhiculaire de l'Empire, mère des langues romanes (français, italien, espagnol, portugais, roumain) ; langue savante jusqu'au XVIIIe siècle
- Diffusion du christianisme : religion d'État à partir de Théodose (380) ; organisation ecclésiastique calquée sur l'administration impériale
Héritage de Rome
La civilisation romaine façonna durablement l'Europe et le bassin méditerranéen. Son héritage juridique structure encore les systèmes légaux continentaux. L'alphabet latin s'est imposé dans la majeure partie du monde occidental. Les institutions politiques modernes (Sénat, République, séparation des pouvoirs) s'inspirent du modèle romain.
L'idée d'empire universel hanta l'Europe médiévale et moderne : Saint Empire romain germanique (962-1806), aspiration impériale de Charlemagne, Napoléon, Hitler. L'Église catholique conserva la structure administrative romaine (diocèses, provinces). Le prestige de Rome traverse les siècles : fascinatio pour les ruines antiques à la Renaissance, modèle politique des Lumières, référence culturelle permanente.
L'urbanisme, l'architecture, la littérature (Virgile, Cicéron, Sénèque), la philosophie stoïcienne, le culte du héros civique continuent d'influencer la culture occidentale. Rome demeure le modèle inégalé de la construction impériale, synthèse de conquête militaire, assimilation culturelle et organisation rationnelle du pouvoir.
Bibliographie sélective
Sources antiques
- , Histoire romaine (Ab Urbe condita), Les Belles Lettres, 2016.
- , Annales, Les Belles Lettres, 2003.
- , Vie des douze Césars, Les Belles Lettres, 2016.
- , Histoires, Les Belles Lettres, 2003.
Synthèses modernes
- , Rome et la conquête du monde méditerranéen (264-27 av. J.-C.), 2 vol., PUF, 2001.
- , Histoire romaine, PUF, 2005.
- , Les dieux, l'État et l'individu. Réflexions sur la religion civique à Rome, Seuil, 2013.
- , L'Empire gréco-romain, Seuil, 2005.
Aspects spécifiques
- , The Complete Roman Army, Thames & Hudson, 2003.
- , The Fall of Rome and the End of Civilization, Oxford University Press, 2005.
- , SPQR. Histoire de l'ancienne Rome, Perrin, 2016.