La Guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.) oppose durant 27 ans Athènes et son empire maritime à Sparte et ses alliés terrestres. Ce conflit dévastateur marque le déclin de l'âge d'or athénien et redéfinit l'équilibre politique de la Grèce antique.
Thucydide, historien et général athénien, analyse cette guerre comme le point tournant où l'Occident bascule de l'équilibre à l'hégémonie unipolaire. Ses conséquences affaiblissent durablement les cités grecques face à leurs rivaux externes.
Origines et causes du conflit
Le conflit naît de rivalités profondes entre deux systèmes politiques et militaires opposés. Athènes, forte de sa puissance navale et de son empire de cités tributaires (Ligue de Délos), menace le prestige de Sparte, chef de la Ligue du Péloponnèse terrestre. L'incident de Corcyre (435 av. J.-C.), où Athènes soutient Corcyre contre sa propre métropole Corinthe, alliée de Sparte, cristallise les tensions. Les Spartiates exigent le désarmement d'Athènes. Le refus athénien conduit à la déclaration de guerre.
Phases du conflit
Première Guerre du Péloponnèse
431 – 421 av. J.-C.
Invasions périodiques du territoire athénien par Sparte. Épidémie de peste à Athènes (430-429). Mort de Périclès. Brillantes campagnes navales. Trêve de Nicias (421).
Intervalle de paix instable
421 – 415 av. J.-C.
Paix nominale mais fragile. Montée en puissance d'Alcibiade, chef ambitieux. Tentatives d'expansion athénienne. Préparation de l'expédition en Sicile.
Expédition de Sicile
415 – 413 av. J.-C.
Athènes entreprend la conquête de Syracuse. Chute d'Alcibiade. Flotte athénienne détruite. Mort de Nicias. Catastrophe majeure pour Athènes.
Décennale finale
413 – 404 av. J.-C.
Sparte reprend l'offensive avec l'aide perse. Bataille de l'Aigos-Potamoi (405). Flotte athénienne anéantie. Blocus d'Athènes. Reddition sans condition.
Acteurs et stratégies militaires
Athènes misait sur sa supériorité navale : la trière, galère rapide à voiles et rames, dominait les mers. Ses généraux, Périclès d'abord, puis Nicias et Alcibiade, combinent guerres côtières, blocus et expéditions lointaines. Sparte compte sur son infanterie de hoplites invincibles et sa discipline légendaire. Ses rois Archidamos II puis Ageslas mènent des incursions terrestres contre l'Attique.
Les tactiques navales évoluent : les Athéniens perfectionnent l'abordage et le percement de coque. À Salamine (406), la Ligue athénienne remporte une victoire, mais à l'Aigos-Potamoi (405), le général spartiate Lysandre déploie une tactique supérieure, capturant 180 navires athéniens sans résistance.
Conséquences politiques et culturelles
- Affaiblissement durable des cités grecques face aux menaces externes (Macédoine d'Alexandre).
- Fin de la Ligue de Délos et de l'impérialisme athénien. Répugnance générale pour l'hégémonie.
- Crise idéologique à Athènes : procès des généraux, mort de Socrate (399 av. J.-C.), réflexion philosophique sur l'État idéal (Platon).
- Montée d'oligarchies tyranniques et guerres intestines dans les cités grecques (Courinthienne, période des Diadoques).
- Apothéose paradoxale de la culture athénienne : malgré la défaite, Athènes reste centre intellectuel et artistique.
Témoignages historiques
Thucydide, qui participa à la guerre et fut exilé pour un revers militaire, produisit l'Histoire de la Guerre du Péloponnèse, analyse rigoureuse des causes et des stratégies, fondatrice de l'historiographie scientifique. Xénophon, dans ses Helléniques, poursuivit le récit. Ces sources permettent de reconstituer jour après jour les événements militaires et politiques.
Bibliographie sélective
Sources antiques
- , Histoire de la Guerre du Péloponnèse, Les Belles Lettres, traduction 2019.
- , Helléniques, Garnier Flammarion, 2000.
Études modernes
- , La Guerre du Péloponnèse, Armand Colin, 1964.
- , Aristophane et l'histoire, La Découverte, 1987.
Contexte politique
- , Ancient Sicily, Princeton University Press, 1979.
- , La religion grecque, Armand Colin, 2012.