Wolfenstein Youngblood : À deux, c'est beaucoup mieux !

Roi de Dreamland
Thématique
Uchronie
22 août
2019
Info sur le jeu
Plateforme
  • PC Windows
  • PlayStation 4
  • Xbox one
  • Nintendo Switch
ÉditeurBethesda Softworks
Développeur
  • Machine Games
  • Arkane Studios
Date de sortieJuillet 2019

Un peu moins de deux ans après la sortie de l’excellent The New Colossus, la licence Wolfenstein, reprise en main depuis quelques années par Bethesda Softworks et MachineGames, nous propose un nouvel opus. Exit les mégalopoles américaines et bonjour le vieux continent, puisque l’action de Youngblood se déroule dans les rues parisiennes.

Exit également Blazko le Barjo, puisque ce n’est pas le personnage emblématique de la saga que vous incarnerez pour libérer le Paris occupé par les nazis. Une sacrée prise de risque pour un épisode qui s’inscrit en rupture vis-à-vis des opus précédents et nous propose de nombreuses nouveautés. Reste à savoir si elles sont intéressantes et ne déstabiliseront pas trop les fans de la première heure.

Une rupture intéressante vis-à-vis des jeux précédents : l'aspect coopératif

Il faut commencer par préciser que la principale nouveauté de gameplay proposée par Youngblood est relativement conséquente, à tel point qu’elle a dérangé une grande partie des joueurs « historiques » de Wolfenstein. La totalité de sa campagne est jouable à deux, en coopération, et aucun des personnages jouables n’est l’emblématique B.J. Blazkowicz, alias « Blazko le barjo ». Stupéfaction générale dans les rangs.

En effet, l’action de Youngblood se déroule dans le Paris alternatif du début des années 1980, occupé par les nazis. Le jeu commence dans un contexte qui nous situe un peu plus d’une vingtaine d’année après l’action de The New Colossus dans lequel vous éliminiez la générale Engel, participiez à la libération des Etats-Unis d’Amérique et assistiez à la naissance des jumelles Blazkowicz : Jessie et Zofia.

Test de Wolfenstein Youngblood

Vous l’aurez sans doute deviné si vous êtes un tant soit peu observateur : le jeu vous propose donc d’incarner l’une des deux jumelles et laissera le soin à votre ami, ou à une personnalité contrôlée par l’ordinateur si vous jouez en solo, de diriger l’autre. Alors que votre père a disparu et que votre seule piste le concernant le relie à la capitale française, vous décidez de partir à sa recherche et de pleinement embrasser votre destin de destructrice de nazis, en bonne héritière de l’œuvre de papa. Les restes de la Résistance française vous assisteront dans cette quête.

Un jeu visuellement très réussi

Direction « Paristadt » pour découvrir une ville à l’urbanisme totalement repensé par les architectes nazis. Après une première mission dans un zeppelin où l’on vous ordonne d’assassiner un général nazi, vous rejoindrez la terre ferme et notamment les catacombes pour faire connaissance avec un Paris qui entame sa quatrième décennie d’occupation.

Test de Wolfenstein Youngblood

Avouons-le, au-delà d’être très beau, le jeu nous offre un aspect visuel des plus intéressants avec ce Paris alternatif contrôlé par le Reich où le métro ainsi que la Tour Eiffel ont été reconstruit pour mieux coller avec le style architectural de « Germania ». En tant que joueur français, on prend ainsi un malin plaisir à reconnaitre tel ou tel symbole de la ville lumière qui a été détourné par les designers du jeu pour être repensé à la sauce nazie des années 1970/1980. Une façon simple mais néanmoins efficace de flatter notre égo.

Outre l’aspect visuel et l’atmosphère dépeinte par le jeu, la bande son, ainsi que la VF, sont également à saluer, car de très bonne qualité.

Test de Wolfenstein Youngblood

Une dimension RPG loin d'être génante

Côté sensations de jeu, jouer à deux avec un ami s’avère être des plus prenant. Sur le papier, l’idée de base est on ne peut plus intéressante. Les deux jeunes femmes sont rafraichissantes et collent parfaitement à l’ADN de la série, et notamment son humour particulier. Chacune a son caractère et leurs interactions sont plutôt bien pensées à travers des dialogues relativement bien écrits. Autant le dire : l’absence de B.J. comme personnage principal n’est en rien gênante.

De plus, le design des différents niveaux qui vous feront vous déplacer dans « Paristadt » a été plutôt bien pensé pour jouer à deux, et vous aurez souvent l’opportunité, si le cœur vous en dit, de privilégier une approche discrète combinée à de l’infiltration en lieu et place du dézinguage brutal de nazis entre sœurettes qui, avouons-le, est quand même beaucoup plus drôle en plus de rapporter nettement plus d’expérience. D’autant plus que les phases de fusillades sont toujours aussi jouissives et les armes toujours aussi agréables à manier, malgré la présence çà et là d’ennemis « sacs à PV » sur lesquels vous risquez de vider un bon nombre de chargeurs.

Test de Wolfenstein Youngblood

Autre nouveauté à noter, Youngblood abandonne son aspect 100% FPS pour vous proposer un système de progression inspiré des RPG avec des niveaux à gagner en accumulant de l’expérience, ainsi qu’un arbre de compétences vous permettant de débloquer de nouvelles capacités au fur et à mesure de votre progression. Les deux sœurs partagent le même arbre, très bien pensé, et vous pourrez choisir sans la moindre restriction comment faire évoluer votre personnage en personnalisant de nombreuses caractéristiques, que ce soit sous formes de modifications des armes ou sous formes de capacités spéciales, telles l’invisibilité ou le placage.

La greffe de cette composante RPG se fait plutôt de façon naturelle et ne vient pas remettre en question le plaisir de jeu. Elle pourra toutefois dérouter les joueurs les plus anciens de Wolfenstein.

Test de Wolfenstein Youngblood  Test de Wolfenstein Youngblood

Néanmoins, et malgré toutes ces bonnes idées, on ne pourra s’empêcher de rester sur notre faim, tant leur exploitation se veut être bien trop limitée pour constituer une réussite totale.

DE BONNES IDÉES A L’EXPLOITATION HELAS TROP LIMITÉE

Si l’aspect RPG et le fait d’ouvrir la campagne au jeu en coopération à deux constituent d’excellentes idées, leur traduction concrète manque hélas de profondeur pour faire de Wolfenstein Youngblood un très bon jeu.

Tout d’abord, notez que si vous faites le choix de parcourir le jeu seul, vous risquez de vivre une expérience des plus fades, tant l’IA qui vous accompagnera alternera entre comportement inutile et stupide selon les moments. Mieux vaut privilégier le jeu entre ami et Youngblood a clairement été pensé pour être joué à deux.

À ce sujet, mention spéciale pour le système de « buddy pass » mis en place par Bethesda et qui vous permet de vous faire accompagner par un ami ne possédant pas le jeu de façon gratuite, moyennant quelques restrictions minimes n’impactant pas sur le contenu jouable. C’est un geste à saluer à sa juste valeur car rien n’obligeait l’éditeur et le développeur à mettre en place un système aussi généreux.

Test de Wolfenstein Youngblood

Le vrai reproche que l’on peut faire à Youngblood, c’est que s’il a été pensé pour être joué à deux, il ne dispose pour autant d’aucune véritable mécanique de coopération. Ce paradoxe est des plus frustrant, car on sent un potentiel important qui n’est jamais véritablement exploité.
On pourra toutefois citer un système de signes de soutien que vous utiliserez pour renforcer votre équipier, mais hormis ces quelques rares moments, vous ne sentirez que très rarement le besoin d’avoir à coopérer avec votre partenaire. Ainsi, le gameplay montre très vite ses limites et en lieu et place d’un jeu qui se joue « à deux », on se retrouve avec un jeu qui se joue à « un plus un ».

Par ailleurs, les activités secondaires sont répétitives, peu intéressantes et occupent bien trop de temps par rapport à la campagne et à l’histoire principale. On sent là une tentative de rallonger artificiellement la durée de vie du jeu de la part des développeurs, d’autant plus que ces activités, qui ne vous rapporteront souvent pas grand-chose, vous obligeront à passer d’une zone à l’autre de la ville, vous faisant revenir sur vos pas un nombre incalculable de fois dans ce faux open world. Autant le dire, vous en aurez très rapidement marre.

Test de Wolfenstein Youngblood

L’histoire principale, parlons-en : le récit et la narration passent à la trappe et la quête pour retrouver votre père sera bouclée, pour ne pas dire bâclée, en une petite dizaine d’heures à peine si vous optez pour les degrés de difficulté élevés. C’est très court, même si l’on ne peut pas nécessairement s’en plaindre pour autant, vu le prix de vente du jeu qui est « seulement » de 30 euros. Malgré tout, on ne peut que déplorer la mise en retrait de la narration et le scénario très faible et parfois grotesque, car ces éléments constituaient des forces dans les précédents titres, comme The New Colossus.

Plus que la durée de vie en elle-même, c’est la faible durée de la campagne par rapport aux activités secondaires qui est ici critiquable. Il aurait sans doute été préférable de limiter ces activités à l’intérêt limité pour rallonger davantage une histoire qui, si elle n’est pas inintéressante, se termine malgré tout bien trop vite pour entrevoir une suite, toujours avec les jumelles au centre de l’action.

Test de Wolfenstein Youngblood

Hormis ces reproches, on peut aussi critiquer quelques petits éléments de gameplay, comme le nombre d’armes trop important qui usera sans doute très rapidement la molette de votre souris et vous posera problème, notamment dans les fusillades nerveuses où vous ne parvenez pas à trouver la bonne arme qu’il vous faut au bon moment.

Au final, si Wolfenstein Youngblood constituait une très bonne idée sur le papier, il s’avère être un jeu tout juste correct dans sa réalisation concrète, et ce en raison de lacunes trop importantes. Heureusement pour lui, il s’appuie sur quelques points forts très maitrisés et sur des qualités solides pour éviter le pire.

6.0
Wolfenstein Youngblood

Frustrant comme jamais
Wolfenstein Youngblood constituait une promesse alléchante amenant un vent de rupture et de changement venant dépoussiérer la licence et sa recette désormais aussi efficace que connue. Un virage assez radical et risqué. Mission accomplie en demi-teinte. Le jeu nous offre un souvenir relativement sympathique, mais pas indélébile et le joueur restera très certainement sur sa faim. On prendra malgré tout un immense plaisir à découvrir ce stupéfiant Paris alternatif nazi concocté par les designers du jeu. L’amateur d’Histoire et d’uchronie en prendra plein les mirettes, à n’en pas douter. Autre point fort, les personnages des jumelles Blazkowicz qui sont très attachantes. Le gameplay est en soit correct, mais le passage à la coopération ne s’est pas accompagné d’un renouvellement suffisant des codes du jeu permettant de pleinement l’exploiter. Cumulé avec une campagne très (trop) courte, vous obtenez un résultat des plus frustrants. En espérant que la suite sera mieux maitrisée…
Intérêt historique :Difficile de noter l’intérêt historique de Wolfenstein tant la licence s’est éloignée de l’Histoire. Néanmoins, découvrir « Paristadt » ainsi que son architecture est très intéressant et l’atmosphère que dégage le titre au regard de l’Histoire est assez marquante.
  • +Les deux jumelles Blazakowicz
  • +Un gameplay maitrisé
  • +L’identité visuelle de Paristadt
  • +Les mécaniques RPG et la personnalisation
  • +Les fusillades et les armes
  • +Le « buddy pass »
  • +Un jeu très joli
  • +Le dézinguage de nazis
  • -Une campagne courte, au scénario très faible
  • -Une place trop grande accordée aux missions secondaires, peu intéressantes
  • -La narration en retrait
  • -Un gameplay qui manque de spécificités pour le jeu en coopératif
  • -Le rapport qualité/prix, que certains pourront juger inintéressant
  • -Une IA à la ramasse si vous jouez seul
9
Graphismes

Wolfenstein Youngblood est très joli et également très bien optimisé. C’est un plaisir de déambuler dans les rues de Paristadt. Revers de la médaille : il est également très lourd.

7
Technique

Un petit crash par-ci par-là, une petite déconnexion de temps à autre, mais rien de bien grave.


7
Jouabilité

Hormis quelques soucis amenant leur lot de frustration comme le fait d’avoir trop à utiliser sa molette pour changer d’arme dans une situation urgente, le jeu est assez agréablement jouable. Les fusillades sont très nerveuses et la prise en main des armes est immédiate.

5
Durée de vie

C’est l’un des gros défauts du jeu. Malgré de nombreuses missions secondaires peu intéressantes qui viennent rallonger la durée de vie, sa trame principale est courte et n’offre que peu de place à la narration… Décevant !

8
Ambiance

Paristadt nous offre un terrain de jeu stupéfiant et un rendu visuel des plus réussis.

4
Scénario

Immense déception que cette histoire bâclée et très faible. Il aurait mieux fallu accorder davantage de soin au scénario au détriment des missions secondaires et autres activités !


  • Zog Chroniqueur, Historien, Testeur, Youtubeur
  • « Une Europe fédérée est indispensable à la sécurité et à la paix du monde libre. » par Jean Monnet en 1952