Tropico 6 : l'épisode du renouveau ?

Roi de Dreamland
Thématique
Piraterie, Époque contemporaine, Guerre froide
24 avril
2019
Info sur le jeu
Plateforme
  • PC Windows
  • Mac oS X
  • Linux
  • PlayStation 4
  • Xbox One
ÉditeurKalypso Media
DéveloppeurLimbic Entertainment
Date de sortieMars 2019

Dans notre preview datant de février 2019, nous mettions en avant le potentiel de Tropico 6, tout en alertant dans le même temps sur son manque de nouveautés par rapport à l’opus précédent de la saga, sorti en 2014.

Deux mois plus tard, et alors que les développeurs nous avaient garantis à l’époque de la bêta qu’ils allaient davantage travailler pour implémenter du nouveau contenu, qu’en est-il ? Le jeu est sorti le 29 mars 2019. Autant dire qu’en si peu de temps, il était impensable de faire des miracles. La version finale ressemble donc énormément à la bêta que nous avons eu l’occasion de tester, à très peu de choses près.

Par ailleurs, dans un genre aussi codifié que peut l’être celui du city-builder, y-a-t ’il un intérêt et une véritable possibilité de constamment innover en proposant quelque chose de révolutionnairement nouveau ? Eléments de réponse avec notre test.

Tropico 6 ou Tropico 5.5 ?

Voilà une question que nous nous étions déjà posé à l’époque de la rédaction de notre aperçu de la bêta du jeu. Autant le dire d’entrée, la réponse n’a pas radicalement évoluée en ces quelques deux mois. Le vrai enjeu autour de Tropico 6 concerne davantage le fait de se demander si en 2019, et après cinq autres jeux Tropico, les développeurs ont réellement la possibilité et un intérêt à proposer quelque chose de véritablement nouveau et différent.

La réponse à cette question est loin d’être évidente. Dans une industrie vidéoludique de plus en plus saturée et où la concurrence se fait toujours plus féroce dans des laps de temps très courts, l’innovation et la nouveauté constituent bien souvent pour les studios un moyen de se démarquer et d’obtenir les faveurs des joueurs.

D’un autre côté, Tropico est une licence établie qui dispose d’un ADN qui lui est propre, et le city-builder est un genre dont les codes sont clairement définis. Aussi, à trop vouloir bouleverser les choses pour proposer du neuf, les développeurs pourraient perdre leur base de fans, ces fidèles de la première heure. C’est donc dans cet entre-deux délicat que Kalypso a dû dégager un équilibre susceptible à la fois de plaire aux joueurs recherchant du neuf, tout en rassurant les vieux de la vieille.

Sur ce point-là, Tropico 6 s’en sort avec les honneurs. Sans être révolutionnaire, le jeu est maitrisé et son gameplay est agréable à prendre en main. Les néophytes pourront assez rapidement prendre leurs marques en quelques heures tandis que pour les joueurs de Tropico 5, l’assimilation des quelques nouveautés implémentées sera davantage l’affaire de quelques minutes tant on navigue en terrain semi-connu.

Aussi, tuons de suite cet insoutenable suspens : Oui, Tropico 6 ressemble énormément à son aïeul, mais est-ce réellement surprenant au regard de la marge de manœuvre limitée qu’offre un genre comme le city-builder ? Pas le moins du monde. Surtout, cela fait-il de Tropico 6 un mauvais jeu ? Pas du tout. Tropico 6 est un bon jeu, même s’il n’apporte rien de follement nouveau à la licence.

Comprenez-nous bien : nous ne sommes pas en train de chercher des excuses ou des circonstances atténuantes qui viendraient justifier la ressemblance avec Tropico 5. Force est néanmoins de constater que les développeurs ne pouvaient que très difficilement envisager davantage de nouveautés pour ce Tropico 6.

Dès lors, le seul arbitrage qu’il convient de faire concerne la mise en comparaison du produit et de son prix. Selon que vous ayez ou non joué à Tropico 5, la décision quant à l’achat de Tropico 6 pourra varier du tout au tout. Il est vrai que débourser une cinquantaine d’euros paraitra probablement cher payé pour quelqu’un qui maitrise parfaitement le précédent opus, tant il ne percevra que très peu de différence avec celui-ci. À l’inverse, pour un individu faisant ses premiers pas sur un jeu de la licence Tropico et qui n’aura pas conscience du peu d’évolution entre Tropico 5 et Tropico 6, la variable prix posera sans doute moins de problème et rentrera moins en compte dans la décision d’achat.

Une recette efficace et bien servie

Tropico 6 s’appuie sur les éléments qui ont constitué les principales forces de l’opus précédent : le système des différentes époques, les mécaniques de décrets, le tourisme, le commerce... avec une bonne dose d’humour potache pour saupoudrer le tout, comme à l’accoutumée.

El Presidente fait donc son retour après cinq longues années d’attente. Comme dans Tropico 5, vous commencerez votre aventure comme gouverneur et laquais d’une modeste colonie de la couronne. Vous devrez alors vous mettre en quatre pour satisfaire les exigences de la monarchie, sans quoi votre mandat prendra fin. À l’époque coloniale, l’intérêt est de se maintenir en poste assez longtemps jusqu’au moment où vous serez en mesure de prendre votre indépendance.

Test de Tropico 6

Pour développer votre île, vous devrez alors construire des logements pour vos habitants, ainsi que divers bâtiments économiques et industriels. Dans un premier temps, vous dépendrez énormément de vos exportations. Le commerce permet en effet de remplir les caisses et de poursuivre le développement de votre île vers l’époque des guerres mondiales, puis vers celle de la guerre froide avant d’atteindre l’époque des temps modernes. Ce n’est qu’en remplissant certains objectifs et certaines demandes de vos différentes factions que vous pourrez progresser à travers les époques, débloquant ainsi au passage de nouveaux bâtiments.

Il vous faudra alors maintenir un niveau de contentement suffisant pour vous maintenir en poste et éviter d’être destitué, que ce soit par la voie des urnes ou par la voie d’une révolution. Une fois encore, inutile de préciser que c’est là du réchauffé et du déjà-vu qui ressemble énormément à Tropico 5, à peu de choses près.

L’intérêt de Tropico 6 réside alors dans le fait qu’il gomme certaines imperfections de Tropico 5 et améliore des mécaniques de gameplay qui n’étaient pas exploitées au mieux dans le précédent opus. Dit comme cela, Tropico 6 ressemble à une sorte de version améliorée de Tropico 5.

Ainsi, nous pouvons par exemple mentionner que les décrets sont enfin pleinement efficaces et valent désormais bien plus le coup, par rapport aux maigres bénéfices que l’on pouvait en tirer dans Tropico 5.

L’intelligence artificielle et le pathfinding ont également été retravaillés pour optimiser l’expérience de jeu. Terminé les pompiers qui mettent trois plombes à intervenir pour stopper un incendie s’étant déclenché à quelques mètres à peine de leur caserne.

Il faut aussi noter que certains aspects de Tropico 5 qui rendaient le jeu « trop facile » pour certains joueurs ont été modifiés ici, de façon à rendre le challenge de la gouvernance plus accru dans Tropico 6. De quoi satisfaire sans aucun doute les petits dictateurs qui sommeillent en chacun de vous et qui étaient attristés de voir que l’on pouvait gouverner démocratiquement sans rencontrer le moindre souci.

Globalement, Tropico 6 nous propose une expérience de jeu très satisfaisante avec une interface utilisateur plus lisible et accessible que jamais. Pour toute ces raisons, nous pouvons affirmer que ce n’est pas un mauvais jeu.

Quid des nouveautés ?

Si le gameplay solide, maitrisé et réussi de Tropico 6 constitue la raison qui l’empêche d’être un mauvais jeu, ses principales nouveautés, peu nombreuses, sont en revanche ce qui l’empêchent d’être un très bon jeu. Encore une fois, rappelons qu’il était difficile de faire mieux pour les développeurs compte tenu des contraintes propres au genre qu’est le city-builder.

Ces principales nouveautés, nous les avons listées dans notre preview. Pour rappel, elles concernent avant tout l’implémentation du système d’archipel, les nouvelles mécaniques propres à la piraterie et aux commandos, le personnage du négociant, les merveilles mondiales, quelques nouveaux bâtiments, et enfin l’amélioration de la dernière époque appelée « les temps modernes ». Mention spéciale à la possibilité qui vous est désormais donnée de tenir des discours de campagne en période électorale, discours dans lesquels il vous sera permis de faire des promesses à votre population. Promesses qui, selon Jacques Chirac, « n’engagent que ceux qui y les reçoivent ».

Commençons par le système d’archipel. En solo, il offrira un léger challenge au joueur selon que certaines ressources nécessaires à son développement pourront être localisées exclusivement sur une île lointaine de son point de départ. Dès lors, le système des archipels vous forcera à repenser votre plan d’urbanisme en vue d’optimiser au mieux la circulation des ressources au sein de votre pays. C’est en revanche en multijoueur que ce système d’archipel prend tout son sens, dans la mesure où il devient enfin possible de jouer en ligne avec un ami sans se marcher dessus.

Test de Tropico 6

En ce qui concerne les pirates et les commandos, ils font leur apparition comme agents à part entière qui peuvent recevoir des missions de la part d’El Presidente. Vous pourrez ainsi envoyer vos pirates et vos commandos faire des raids contre les grandes puissances des différentes époques, ou bien voler des merveilles du monde pour les ramener sur votre île, rien que ça ! De la Tour Eiffel à la Maison Blanche en passant par la Grande Pyramide de Gizeh, c’est ainsi une quinzaine de merveilles que vous aurez la possibilité de voler pour le prestige et la grandeur de la nation tropiquienne. Attention néanmoins à faire un choix, car vous ne pourrez ramener qu’une seule merveille par époque.

Les missions pour ramener une merveille sur Tropico 6 sont très longues et couteuses, mais ces bâtiments fourniront des puissants bonus qui valent clairement la peine et rendront votre jeu plus facile. Par exemple, Stonehenge aura pour effet de faire pousser des forêts et de diminuer la pollution sur votre île... plutôt appréciable, surtout aux époques industrielles où vous serez amené à polluer énormément.

Test de Tropico 6

Le personnage du négociant est également un autre de ces ajouts accessoires, mais bien pensé. Il vous fournira des missions desquelles vous pourrez obtenir de l’argent à placer sur votre compte en Suisse. Le négociant vous offre ensuite la possibilité d’investir cet argent dans diverses ressources, que ce soit des points de recherches, des habitants, ou encore des technologies…

Enfin, quelques nouveaux bâtiments font leur apparition. C’est par exemple le cas du ministère qui vous permet de nommer des ministres et de leur déléguer des tâches qui augmenteront vos relations avec les différentes factions composant la société tropiquienne.

Test de Tropico 6

« Les temps modernes » : Une restructuration majeure de cette époque dans Tropico 6

L’époque des « temps modernes » était déjà présente dans Tropico 5, mais elle est bien mieux présentée et exploitée par le gameplay de Tropico 6. Ainsi, cette époque contemporaine est très probablement celle qui concentre le plus de nouveautés et de fonctionnalités intéressantes dans le jeu. En effet, elle vous permet de gouverner Tropico selon les mœurs de notre société actuelle.

Ainsi, de nombreux bâtiments et de nombreux mécanismes font leur apparition à cette époque où vous devrez avant tout vous concentrer sur l’aspect touristique de votre île et entretenir ses paysages de rêve afin de briller sur la scène mondiale.

La question du tourisme est donc très développée, de même que celle des énergies renouvelables. Que ce soit au niveau de votre habitat, de votre industrie ou de vos loisirs de luxe, vous aurez ainsi l’opportunité de créer de nouveaux bâtiments, avec notamment des complexes hôteliers de luxe, de grands centres commerciaux ou des espaces de traitement des déchets.

Au niveau militaire, après avoir dû vous bagarrer pour exister entre les Alliés et l’Axe, puis entre les Etats-Unis et l’URSS, vous pourrez faire entrer les forces militaires tropiquiennes de plein pied dans l’ère de la modernité en vous dotant d’un centre cyber-militaire des opérations. De quoi clouer le bec à Trump et à Kim.

L’amélioration de cette époque des « temps modernes » est en ce sens très intéressante car elle permet de soulever de nombreuses problématiques sociales auxquelles nous faisons actuellement face. Sur ce point, Tropico 6 a été malin et réussi son coup.

Test de Tropico 6

Néanmoins, passé ces quelques nouveautés, force est de constater que le jeu ressemble beaucoup à Tropico 5. On pourra bien saluer sa bande son très latino qui nous place pleinement dans l’ambiance des Caraïbes, ainsi que ses graphismes corrects, plus jolis que ceux de Tropico 5, vieux de 4 ans. Après avoir dressé l’état des lieux des atouts et des faiblesses de ce Tropico 6, l’heure du bilan est donc venue.

Tropico 6 n’est clairement pas un mauvais jeu. Il n’apporte rien de révolutionnaire et se contente d’aller un peu plus loin que son aïeul en récitant une recette bien connue et qui a déjà fait ses preuves à maintes reprises. Sans être mauvais, il n’est pourtant pas excellent, ce qui en fait un bon jeu, sans plus.

7.0
Tropico 6

En terrain connu
Tropico 6, c’est le « steak-frites » du jeu vidéo. En s’appuyant de la sorte sur des valeurs sûres, il est certain de ne pas décevoir ses joueurs, tant il est compétent dans ce qu’il fait. Mais si l’on n’est jamais déçu par un bon steak-frites, c’est également rarement le plat qui nous apporte le plus de sensations. Ainsi, après six opus de très bonne facture, il est peut-être temps pour Kalypso d’admettre que le tour de la question a été fait concernant Tropico et qu’il faudrait mieux s’arrêter là. Car si Tropico 6 parvient à être un bon jeu malgré son absence de renouveau majeur, Tropico 7 pourrait bien être le jeu de trop, dans l’hypothèse où il devrait un jour être produit, cela va sans dire.
Intérêt historique :Avec son humour potache, Tropico nous fait revivre l’époque coloniale, les deux guerres mondiales et la guerre froide pour atteindre notre époque actuelle en fin de jeu. Si l’historicité est très loin d’être la priorité des développeurs, chaque époque que le joueur traversera dans le jeu dispose de problématiques qui lui sont propres. Par exemple : problématique du nucléaire à l’époque de la guerre froide, problématiques de la pollution et du tourisme à l’époque contemporaine.
  • +Un gameplay fiable et solide
  • +Les modifications de l’époque des temps modernes
  • +Quelques ajouts accessoires et limités sympathiques : le négociant, les merveilles du monde...
  • +Une ambiance et une immersion toujours au top
  • -Un jeu qui montre ses limites à se renouveler
  • -Le prix, très cher pour quelqu’un possédant Tropico 5
7
Graphisme

Sans être magnifique, c’est honnête, et ça a le mérite de bien tourner sur de nombreuses configurations. Ce n’est de toute façon pas là où le jeu était le plus attendu.

7.5
Jouabilité

L’interface utilisateur est plus pratique et accessible qu’elle ne pouvait l’être dans Tropico 5. Le jeu se prend très bien en main.

8.5
Ambiance

L’ambiance dictatoriale des Caraïbes avec son humour potache et ses personnages caricaturaux au possible est une fois de plus au rendez-vous. Même si l’on savait déjà que Kalypso maitrisait ce sujet !

8
Technique

Pas de crash ou de ralentissement du jeu qui supporte une population allant jusqu’à 10 000 unités.

9
Durée de vie

Le mode bac-à-sable promet des heures de jeu aux fans de dictature et/ou de city-builder.

7
Scénario

Rien de follement original. Comme dans les précédents opus, l’intérêt et de se maintenir au pouvoir en traversant différentes époques ayant chacune des préoccupations qui leurs sont propres.


  • Zog Chroniqueur, Historien, Testeur, Youtubeur
  • « Une Europe fédérée est indispensable à la sécurité et à la paix du monde libre. » par Jean Monnet en 1952