Total War Saga : Thrones of Britannia

Thématique
3 mai
2018
Info sur le jeu
PlateformePC Windows
ÉditeurSEGA
DéveloppeurThe Creative Assembly
Date de sortieMai 2018

S'inscrivant dans la succession de ses illustres ancêtres de la même série, il est peu de dire que Total War Saga : Thrones of Britannia était fort attendu.

Entre un nouvel opus d'une collection qui ne déçoit que rarement et les promesses de nouveauté que les développeurs nous ont fait miroiter dans les derniers mois, beaucoup, y compris votre serviteur, attendaient ce nouvel opus, ou ce nouveau jeu, comme vous voulez, avec un mélange d'impatience et de crainte.

Impatience, parce qu'il faut le dire, je n'ai jamais trouvé un Total War mauvais. Je suis même de ceux qui défendent contre vents et marées Total War : Rome II que beaucoup décrivent comme le pire de la licence.

Mais crainte aussi, car SEGA sort de très nombreux contenus Total War cette année. Trop, diraient certains, pour assurer un ensemble de qualité parmi toute cette quantité.

Alors, grande réussite, peut mieux faire ou immense déception ? Voyons cela ensemble.

Dans les pas de vos ancêtres

Avant toute chose, il me semble opportun de faire quelques brefs rappels, concernant la série Total War en général. Ceux-ci me semblent utiles à la fois pour les néophytes de la série (qui sont priés d'arrêter immédiatement de lire ce test et de foncer acquérir Total War : Attila ou Medieval II : Total War), comme pour les vétérans qui, comme moi, vont aborder ce jeu avec plusieurs idées en tête.

Les Total War sont des jeux de stratégie et de gestion hybrides, dans le sens où ils se déroulent à la fois au tour par tour et en temps réel. La plupart du temps, vous gérez un état sur une carte. Il vous incombe la destinée de votre peuple : construire des bâtiments, développer vos villes, lever des armées, garder vos gens heureux, éviter les révoltes, conclure des traités et déclarer la guerre.

Ensuite, quand vous êtes en combat (Total War ne voulait pas dire « Gestion pacifique et fraternelle ») et que votre armée rencontre celle d'un adversaire, vous avez la possibilité de basculer sur le champ de bataille et de mener vos troupes, en veillant aux forces et faiblesses de chacune, à leur fatigue, à leur moral... De stratège, vous devenez aussi tacticien : chaque corps de troupe vous obéit pour emporter la victoire.

Cette dualité, toujours réussie, associée avec une certaine exigence historique, a su séduire les joueurs, depuis la sortie du premier opus, Shogun : Total War, en 2000.

Les Total War ont globalement eu tendance à visiter les mêmes époques, permettant de comparer les jeux entre eux, de les faire évoluer et possiblement de les bonifier. : l'antiquité romaine entre Rome : Total War (2004) et Total War : Rome II (2013), le Japon du Sengoku Jidai entre Shogun : Total War (2000) et Total War : Shogun II (2011)...

Ainsi, si Total War Saga : Thrones of Britannia se présente comme un jeu résolument nouveau, il traite en revanche d'une période ou d'un contexte déjà abordé. Le DLC de Medieval : Total War, Invasion Viking (2003), avait en effet pour cadre les Îles britanniques entre 793 et 1066. En ajoutant qu'un DLC de Medieval II : Total War, Kingdoms (2007) avait également un contexte similaire, il me semble opportun de prévenir nos lecteurs que ces deux opus sont bien présents dans nos têtes au moment de notre test, et que celui-ci juge bien évidemment un jeu en tant quand tel, mais également la manière dont il s'inscrit dans la saga Total War.

Test de Total War Saga : Thrones of Britannia  Test de Total War Saga : Thrones of Britannia

Toute la Bretagne sera à vous

Ces choses étant précisées, commençons donc dans le vif du sujet, c'est à dire la campagne historique. Celle-ci démarre en 878. Alfred le Grand, roi de Wessex, vient de briser les reins d'une invasion viking qui semblait invincible. Dans les cendres d'îles ravagées, de nouveaux équilibres de pouvoir émergent, répartis entre, pour le moment, 10 factions jouables.

Au Sud Ouest de l'Angleterre, les royaumes anglo-saxons, le Wessex et la Mercie, sont prêts à conquérir les îles et à jeter définitivement les derniers vikings à la mer. Les royaumes gallois espèrent assurer leur survie, entourés de puissants ennemis, tandis que les royaumes gaéliques voient dans ces désordres l'occasion d'unifier leurs peuples, et que les royaumes maritimes vikings, installés depuis des décennies et acclimatés à leur terre, souhaitent continuer à vivre et à s'enrichir sur leur terre, quitte à envahir de plus faibles qu'eux. Enfin, les restes de la grande Armée balayée par Alfred se sont rassemblés dans des royaumes occidentaux, ruminant leur revanche…

Tout ceci restant dans la lignée Total War : des états, plus ou moins bien lotis au départ, que le joueur doit faire prospérer en conquérant territoires et provinces.

Là où Total War Saga innove, c'est dans la profondeur de la personnalisation des royaumes et des cultures. Ce système, voulant que chaque groupe culturel, puis au dessous chaque faction, dispose de ces caractéristiques et objectifs propres, n'est pas nouveau, mais il n'a jamais été aussi approfondi : non seulement vous disposerez d'objectifs, de conditions de victoires, de missions et d'unités différentes d'une faction à l'autre, mais chaque groupe culturel différe de celui des autres.

Allez-vous jouer les royaumes féodaux saxons, ou bénéficier du riche commerce d'esclaves des royaumes vikings ? Le choix de votre faction orientera d'une manière ou d'une autre votre façon de jouer.

Cependant, car il y a un cependant, le jeu ne pousse pas jusqu'au bout cette logique. Il est tout à fait possible de contrer les logiques civilisationnelles imposées par le jeu, ce qui peut parfois rendre certaines factions interchangeables ou peu s'en faut.

Il faut néanmoins saluer ce rajout de profondeur, un peu gâché par l’absence de différentes cultures et religions présentes dans tous les autres Total War : il n'y a aucun bonus ou malus à posséder une région où sa culture n'est pas dominante, aucune notion de religion n'est évoquée, alors que nous sommes dans un cadre spacio-politique entre christianisme, syncrétisme et paganisme qu'il aurait été intéressant d'exploiter.

De même, les système de recrutement d'unités dans les royaumes vassaux, présents dans Total War : Rome II par exemple, a été ici abandonné, enlevant une partie de l’intérêt d'avoir des vassaux.

La carte de campagne, sur laquelle vous allez passer l'essentiel de votre temps, est tout bonnement magnifique. La finesse des détails, la présence de forêts, de villes, de routes encombrées de charrettes, de cairns et de dolmens, nous projettent de manièrent immédiate dans l'ambiance de cette Bretagne du IXème siècle.

Ce fourmillement de détails est un véritable régal pour les yeux, même si, de prime abord, il peut rendre la carte confuse et brouillonne. On s'habitue assez vite à ces milliers de petits reliefs et décors, au point que nous avons passé plusieurs minutes simplement à regarder la carte avant même d'effectuer le moindre clic !

Comme dans les récents opus, la carte est divisée en provinces, chaque province comprenant plusieurs territoires. Posséder l'ensemble d'une province ne peut qu'être extrêmement profitable, tant cela apporte de bonus, mais vous pouvez tout à fait n'en posséder qu'une partie, surtout si vous régnez sur la capitale provinciale, fortifiée.

Plus facile à défendre, celle-ci peut accueillir un gouverneur, qui offrira des bonus plus grands au fur et à mesure que son expérience augmentera. Cependant, cette capitale ne saurait se suffire à elle-même, puisque c'est dans les petites villes de la provinces que se concentrent les ressources, économiques et alimentaires.

La gestion des deux ressources que sont l'or et la nourriture prennent en effet une part essentielle de la stratégie du jeu : bâtiments et unités coûtent de l'or à la construction, mais également de l'entretien. Vous devez être à même de payer cet entretien en tout temps, au risque de voir s'accumuler de graves problèmes. Il en est de même pour la nourriture, qui doit en permanence rester positive si vous ne souhaiter pas voir vos armées fondre et votre peuple se révolter.

Pour développer vos villes, il vous suffit de les construire et de les améliorer directement sur l'interface de la carte de campagne, permettant une gestion par province plus globale. Pour les soldats en revanche, ils doivent être directement recrutés par un général à la tête d'une armée, et cela ne peut se faire que sous certaines conditions : si l'armée est en garnison dans un fort ou dans une ville et si elle n'a pas dépassé son nombre d'unités autorisé.

C'est en effet la grande nouveauté de la gestion d'unités : fini les armées ne comprenant qu'une seule unité. Si je prend l'exemple de mes Dublinois qui ont bien voulu m'obéir pour ce test, je ne pouvais, en fin de partie, créer que 8 bataillons de lanciers de base et deux de lanciers d'élite par exemple, alors que je pouvais aligner au moins 18 bataillons de hacheurs.

Ces quotas par unités permettent à mes yeux, d'une part, des armées plus équilibrées et réalistes, et d'autre part, plus juste historiquement : dans ce cas précis, jouant des vikings, je dispose de plus d'infanterie de choc et de moins de cavalerie que d'autres factions. Une bonne idée sans nul doute.

Si vous avez joué à des Total War récents, rien de nouveau sous le soleil me diriez-vous. Et vous aurez raison, mais nous y viendront plus tard.

L'interface, quant à elle, sans être révolutionnaire, se démarque pour la même raison, en bien ou en mal, que la carte de campagne, c'est-à-dire : superbe et un peu brouillonne. Les cartes d'unités sont à mes yeux magnifiques, de même que les images d’événements ou les cinématiques, tous semblant inspirées de manuscrits médiévaux.

Tout le monde ne sera pas forcément fan de ce style graphique volontairement peu réaliste, loin de représentations en 3D et plus proches de ce que l'on a pu voir dans Total War : Rome II, mais je trouve personnellement qu'il ajoute un cachet et une ambiance au jeu absolument parfait.

Cependant, comme pour la carte, on se perd parfois un peu, et on a du mal a trouver où et quoi quand on en a besoin. La volonté de faire une interface belle a, semble-t'il, emmené les développeurs à mettre des pictogrammes à la place du texte à de nombreux endroits, et ceci peut parfois rendre l'ensemble confus.

Test de Total War Saga : Thrones of Britannia  Test de Total War Saga : Thrones of Britannia

Un cheval ! Mon royaume pour un cheval !

Au niveau des batailles qui, comme dit plus haut, font basculer le jeu du tour par tour au temps réel, peu de nouveautés. Tout juste pourrait-on relever le retour de formations et systèmes disparus depuis trop longtemps et qui sont bienvenus, comme le mode garde empêchant vos unités d'aller courir au diable.

Le gros point négatif, dans l'état actuel des choses, c'est-à-dire avec une version du jeu qui n'est pas celle que les joueurs auront en main à la sortie, un retour au classique du pierre-feuille-ciseaux : l'infanterie est la reine des batailles, les cavaliers écrasent les archers et les piquiers détruisent les cavaliers, sans beaucoup de possibilités de contrer tout cela.

Il en ressort que les mécanismes de victoire soient pour l'instant simples et assez répétitifs : une bonne charge de cavalerie par les flancs tandis que l'infanterie encaisse le gros du choc assure une victoire à quasiment tous les coups, ce qui rend les choses parfois simplistes, sans que cela soit excessivement gênant.

Comme pour l'interface et la carte de campagne, le gros point fort des batailles repose sur les graphismes et l’apparence des unités : le niveau de détail, jusque dans la flore et l'herbe foulés par vos hommes, est incroyable, et participe là aussi pleinement à l'immersion.

Test de Total War Saga : Thrones of Britannia  Test de Total War Saga : Thrones of Britannia

Digne de régner sur le trône de Bretagne ?

Pour conclure avec les aspects positifs, il ressort de notre expérience de Total War Saga : Thrones of Britannia la satisfaction d'avoir joué à un Total War fort sympathique, dans une époque captivante qui plus est, et avec des nouveautés et des retours somme toutes fort intéressants.

Certaines idées, juste esquissées, donnent aussi l'espoir de vrais concepts creusés, comme le poids accordé à la politique et aux personnages, comme les gouverneurs et généraux, pour l'instant embryonnaire, mais qui, nous l'espérons devrait s'étoffer.

La principale force de ce jeu reste cependant sa beauté, qui fait un formidable écrin pour un Total War fort agréable sans être révolutionnaire, et ce, tout en étant remarquablement optimisé : il a tourné bien mieux sur ma machine que nombre de ses prédécesseurs !

Ceci étant dit, et malgré tout le plaisir qu'on peut avoir à jouer à Total War Saga : Thrones of Britannia, celui-ci reste à mon goût une petite déception, surtout à l'image de ces illustres ancêtres.

Non seulement, à l'heure actuelle, les nouveautés ne sont pas légion dans le jeu, dans une période où les jeux Total War s’enchaînent et rendent donc forcément le public plus critique. Mais surtout on note de vraies régressions : le système de vassalisation est réduit, les batailles sont plus simples, la politique est réduite, le rôle des chefs de faction est moins important et surtout, les espions, assassins et autres administrateurs ont disparus !

On a une impression confuse de retour aux sources et pas forcément dans le bon sens du terme. Plus qu'une révolution, on a l'impression d'une contre révolution : un retour à des fondamentaux qui ravira certains, mais qui, pour ma part, après avoir joué à tous les Total War, me déçoit un peu.

Ceci n'a pas été simplifié par quelque chose qui ne m'a pas mis de très bonne humeur dès le départ : il n'y a pas de tutoriel. Aucun. Juste des conseils stratégiques de base. Ceci a entraîné de constats aussi désagréables l'un que l'autre pour moi. Le premier : que cette absence de tutoriel risquait de perdre le joueur, surtout pour un jeu sensé être résolument novateur. Le second : que finalement, je n'en ai pas eu besoin. Ce qui en dit long sur l'aspect novateur, hélas...

Concernant l'IA, qui joue bien évidemment un rôle central dans un jeu de stratégie, particulièrement dans les Total War, le bilan est là encore, un peu décevant: Sur la carte de campagne, les décisions des factions adverses sont aussi aberrantes que d'habitude: conquête de territoire sans queue ni tête, refus d'alliances en dépit du bon sens...

Cependant, les mouvements d'armées ont tendance à une certaine intelligence, et on peut parfois se retrouver piégé par les manœuvres adverses, qui savent quand poursuivre et quand contourner en général... jusqu'à l'affrontement. Parce que là, l'IA ne semble plus aussi efficace. En effet, en bataille, nous distinguerons deux types d'IA : l'IA de siège et l'IA de champ de bataille.

La première est d'une stupidité un peu affligeante : les unités attendent sous vos flèches, passent toutes par le même endroit... Il est presque impossible de perdre un siège comme défenseur.

La seconde, si elle n'est, en soit, pas si pire, pèche en revanche de cette éternelle comparaison que je lui inflige avec ses prédécesseurs : les unités adverses ne font pas de manoeuvres, ni de mouvements, ni d'embuscade, ou peu s'en faut.

L'IA de Total War : Rome II et de ses successeurs, parfois extrêmement intelligente et pugnace, à tendance à laisser le pas au bon vieux "on fonce dans le tas". Face à une stratégie aussi brillante, il est souvent facile au joueur de remporter la partie en très peu de temps. Ce recul, bien que minime et sans doute corrigé dans les futurs patch, est on ne peut plus dommage, tant il est frustrant. Je n'ai par exemple jamais eu besoin de vraiment microgérer aucune unité de manière individuelle.

Finalement, on en retire une expérience mitigée, entre espoirs déçus et, à tout prendre, un Total War somme toute sympathique, mais à un prix de lancement de 39,99 € qui nous semble un peu trop élevé pour le contenu offert...

6.0
Total War Saga : Thrones of Britannia

Graphiquement superbe et stratégiquement décevant
Total War Saga : Thrones of Britannia est un Total War parmi d'autres, très beau et sans défauts majeurs, mais qui finalement échoue à renouveler la série et qui est un peu dispensable. Novices ou aficionados, nous ne saurions vous le déconseiller, mais attendez peut être que son prix baisse un peu.
Intérêt historique :Le jeu, comme tous ceux de la série, se distingue par une documentation riche et exigeante. Seul défaut : certaines factions, à l'image des vikings, sont un peu clichés et manquent de finesse dans le portrait historique par lequel elles sont dépeintes.
  • +C'est très joli
  • +Un système de gestion repensé et efficace
  • +Une interface sympathique
  • +Quelques nouveautés intéressantes
  • +Une belle ambiance globale...
  • -...dissimulant un jeu assez vide
  • -Un Total War simple, voire simpliste
  • -De nombreux bâclages
  • -Un système de campagne trop basique
  • -Durée de Vie relativement faible
  • -Absence de Tutoriel
  • -Quelques raccourcis historiques
  • -Un prix trop élevé

  • Wodderick Chroniqueur, Historien
  • "Que le monde tremble lorsqu'il sentira tout ce que vous êtes sur le point d'accomplir" Luis de Camoes, Les Luisiades, chant 1:15