The Saboteur

Orochti
22 août
2012
Info sur le jeu
Plateforme
  • PC Windows
  • PlayStation 3
  • Xbox 360
ÉditeurElectronic Arts
DéveloppeurPandemic Studios
Date de sortieDécembre 2009

The Saboteur était un sacré pari pour les développeurs de Pandemic Studio. Un énorme travail fait, qui malheureusement n'a pu les sauver de la crise arrivante. Quelques mois à peine après la sortie du jeu, les développeurs annonçait leur fermeture. On pourrait croire alors facilement que The Saboteur était un réel échec. Pourtant, lorsque nous y jouons, nous éprouvons un bon plaisir, et nous voyons un jeu de qualité. Ce qui a été fatal pour Pandemic Studio fut la faible publicité à propos de ce jeu, qui reste encore aujourd'hui assez méconnu, mais aussi son originalité qui n'a sans doute pas intéressé le public habituel. Décortiquons un peu la bête aujourd'hui.


La Résistance !

Pour résumer en quelques lignes, nous pouvons présenter le jeu en tant qu'un GTA-like, c'est-à-dire un jeu open-world (monde ouvert) où nous contrôlons un personnage qui devra suivre plusieurs missions dans la ville où il se situe. À nous, joueurs, qui sommes habitués aux grandes villes américaines, grande surprise ! Le jeu nous propose tout simplement la ville de Paris, mais pas le Paris d'aujourd'hui où la masse de touristes a noyé les monuments mythiques de la ville, mais bien le Paris des années 40. En effet, le jeu se déroule lors de l'occupation allemande de la seconde guerre mondiale, lorsque la ville est alors soumise au joug des nazis. Evidemment, foi de Gaulois, les français ne se laissent pas faire, et apparait alors la résistance, qui se présente comme seul barrage face à la folie aryenne. Tout le jeu tourne ainsi sur ce principe. Dans la majestueuse ville de Paris, vous jouez un résistant qui cherche à libérer la ville de la force allemande.

On pourrait alors s'attendre à contrôler un bon Français qui y voit la France comme la mère patrie, qui nous nourrit de son sein, mais, nous sommes vite surpris de savoir que le personnage que nous incarnons n'est pas français. Nous jouons Sean, un mécano-pilote irlandais qui par la force des choses s'est en réalité retrouver dans la résistance. L'histoire commence doucement par un championnat en Allemagne. La politique bouge beaucoup, et les pays sont à deux doigts de se déclarer la guerre mutuellement. Cependant, Sean, lui, ne souhaite que participer à la course. Accompagné de ses amis, ils arrivent en Allemagne, et se préparent à la course. Lorsque celle-ci se produit, Sean arrive à mener largement la danse. Mais, un irlandais qui bat un allemand blond aux yeux bleus ? C'est inconcevable !

Après une tricherie évidente, Sean perd la course. Voulant se venger sur cet allemand, il décide de s'infiltrer avec son ami Jules dans un château afin de saboter le véhicule de course. Hélas, l'allemand Dierker n'était pas qu'un simple pilote. C'est aussi un général nazi, qui aime la torture, et le château se révèle être en réalité un laboratoire nazi caché. Sean et Jules se font capturer, et interroger, Dierker pensant qu'il s'agit d'espions. Ne crachant que la vérité, Sean voit son ami Jules mourir sous ses yeux. Alors que son sort semblé scellé, Sean arrive à s'échapper du complexe, et d'Allemagne. Sur la route, il remarque alors que l'Allemagne a déclaré la guerre, et que les véhicules de la Wehrmacht, et les avions de la Luftwaffe sont en route vers la France pour l'invasion. Dès lors, Sean trouve refuge en France au Belle, un cabaret parisien, et cherche la vengeance. Seul, il n'y arrivera pas. Il rejoint alors la résistance, afin de s'approcher de Dierker et de pouvoir enfin régler sa vendetta.

Le scénario pourrait se résumer à une simple vendetta personnelle, il est en réalité plus complexe que cela. Le jeu est très rythmé, avec un scénario plutôt accrocheur, et des rebondissements assez bien joués. De plus, les dialogues du jeu sont réussis, donnant du caractère à ce dernier. Si le doublage de Sean est réussi, on ne pourra regretter que pour certains autres personnages, les doubleurs ont tendance à surjouer. L'histoire est assez longue, (une vingtaine d'heure de jeu) du moins si nous faisons les missions secondaires qui sont mine de rien, très importantes. En effet, chaque mission a pour but de renforcer la résistance. Concrètement, en jeu, lorsqu'un coin de la ville est sous forte influence nazi, la zone est de couleur grisâtre. Puis, grâce à nos actions, les parisiens se réveillent, et la résistance prend le dessus, et nous recolorons la zone. Ainsi, cela permet aux joueurs de savoir où sont les quartiers forts de la résistance, et inversement. Et, quel plaisir de redonner les couleurs à la belle ville de Paris !

Test de The Saboteur  Test de The Saboteur  Test de The Saboteur

Un bon résistant doit toujours se balader avec des explosifs

Tournons-nous vers le gameplay du jeu, qui est très riche. Nous sommes là en face d'un paradoxe du GTA-like. Le gameplay à pied est plus riche que celui en véhicule, et surtout, le gameplay en véhicule est mauvais. Aie ! Parlons tout de suite de ce défaut majeur ! La conduite des véhicules est très simpliste, et très, trop rigide ! Je ne parlerais même pas de la conduite des Tanks qui sont tous simplement un calvaire à manier. Le plus triste dans tout ça, c'est que le jeu propose des missions de courses ! Si après quelques heures de jeu, nous pouvons à peu près conduire correctement, il faut tout de même avouer qu'on peste souvent sur cette conduite.

A contrario, le maniement à pied est une merveille. Le personnage est souple, rapide, et agile. Sean est même capable d'imiter Ezio Auditore en grimpant sur les toits de Paris ! Le jeu propose également beaucoup d'actions comme le système de combat avec les poings, mais aussi des mouvements permettant de la discrétion, de manière à tuer un nazi discrètement, et de voler son uniforme. En plus de cela, le jeu réagit assez logiquement. Vous avez beau être déguisé, si vous pointez une arme sur un soldat, ou si vous faites une action assez inhabituelle par rapport à votre tenue, votre jauge de suspicion augmentera jusqu'à vous faire repérer. En somme, un gameplay assez riche, qui a de quoi surprendre.

Cependant, Sean jouera aux gros bourrins plutôt qu'à la discrétion pure. En effet, il est presque impossible de faire une mission entière sans se faire repérer sans préparer le terrain (détruire les nids de sniper, réparer les endroits où se cacher,...). Même en vous préparant au mieux, il vous sera très difficile de rester discret pour la simple et bonne raison du nombre de nazis. Il y a tellement de nazis qui vous surveillent que vous serez paralysés de tout mouvement. Au final, vous prendrez votre fusil à pompe, et vous foncerez dans le tas. Cela ne marche pas tellement non plus, car, il faut savoir que les nazis ont des yeux de faucon, et ne vous louperont que rarement. Il faut donc alors manier les deux. Savoir se montrer discret à certain passage, et ne pas hésiter à sortir votre fusil quand la situation l'exige. L'intelligence artificielle du jeu n'est pas mauvaise, mais ne fait pas preuve non plus du Q.I de l'année, vous pourrez toujours vous en sortir.

Quand un jeu s'appelle The Saboteur, on se doute bien que notre but sera de saboter des installations allemandes. Si vous avez une dent contre les nazis, ce jeu est pour vous ! The Saboteur propose un nombre assez incroyable d'installation à détruire à l'aide d'explosifs, qui peut facilement rallonger la durée du jeu du double, voire même du triple ! Pour détruire, vous avez le droit à un arsenal assez complet d'armes, sans partir dans l'exagération. Au final, entre 30 et 40 armes seront disponibles, passant du pistolet silencieux, au fusil sniper, ainsi qu'au bazooka, et même des lance-flammes.  Tout ceci se retrouve sur le marché noir évidemment, contre de la contrebande. Après tout, c'est la guerre.

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Pardon, mais, suis-je bien à Paris ?

Les graphismes du jeu ont de quoi satisfaire la rétine. Les nuances de gris sont bien choisies, ne laissant place qu'à la couleur rouge du sang. De même, lorsque la couleur revient, on retrouve la même atmosphère typiquement parisienne. Le jeu est beau, les textures ne sont pas laides, et nous n'avons pas de clipping aussi prononcé que dans GTA IV. De plus, on retrouve avec grand plaisir les principaux monuments qui font de Paris ce qu'elle est. On retrouve ainsi le Sacré-Cœur, l'arc de Triomphe, le Louvres, la fameuse Tour Eiffel... Ces monuments sont bien représentés, mais nous pourrons chipoter au niveau du détail, qui parfois laisse à désirer. Je pense notamment à Notre-Dame qui sur le coup est décevante à voir.

Est-ce bien le Paris historique que nous avons là ? Non ! Lorsque nous regardons la carte, on voit que ca ressemble à Paris, mais en aucun cas, c'est Paris tel qu'il était. Pour preuve, nous retrouvons en aucun cas les métros parisiens, qui sont pourtant existant dans les débuts des années 1900 ! De plus, il faut avouer que même si le jeu est assez grand, nous arrivons très vite d'un monument à l'autre, et que finalement, en 30 seconde à peine, nous pouvons traverser tout Paris, ce qui est compréhensible d'un point de vue technique, mais peu réaliste. De plus, il faut savoir que nous avons la possibilité de visiter un village de Normandie, à moins de deux minutes de route, ou encore l'Alsace-Lorraine. Nous voyons ici la volonté des développeurs de donner aux joueurs la possibilité de voir d'autres lieux, en sacrifiant la réalité, pour finalement tout concentrer autour de Paris avec des routes assez courtes.

Cependant, pour répondre à la question, oui, nous sommes bien dans Paris. On retrouve l'ambiance, et l'atmosphère parisienne, auquel s'ajoute une bande-son réussi, qui présente des musiques typiquement française à l'accordéon, très cliché certes.

D'autre part, je ne savais pas qu'il y avait plus de soldat nazis dans les rues, que de Parisiens. Peut-être pour justifier cela, nous pouvons penser que les parisiens ont peur, et donc reste cloitrés chez eux ? En tout cas, c'est triste de se balader dans Paris, et ne rencontrer que deux-trois véhicules sur la route, et à peine cinq piétons sur le coté. Mais bon, nous pouvons toujours nous consoler au Belle, et se rincer l'œil en regardant les courbettes de belles Françaises.

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Jean Moulin contre Hitler ? Euh…

Intéressons-nous maintenant à l'aspect historique du jeu. La première chose surprenante, et qui fait hurler un historien comme moi, c'est une censure évidente. Nous sommes en 2009, le jeu présente un aspect historique évident, et n'est pas là pour faire l'apologie du nazisme, bien au contraire. Alors pourquoi censurer un tel jeu ? Je ne sais pas, mais c'est réellement dépriment de voir que la ville Parisienne est recouverte de simple croix noires sur fond rouge aux lieux du symbole nazi. Fort heureusement, le symbole de la résistance, la fameuse croix de Lorraine est bien respecté du coté résistant.

Autre point, sans doute également muselé par la censure, le jeu ne cite personne, et  aucun mouvement politique. Adolf Hitler ? Général de Gaulle ? Jean Moulin ? Himmler ? Hé bien non, j'ai eu beau chercher, ils ne sont jamais cité, effleurés... Rien. À croire que nous vivons dans un plan parallèle à l'histoire que nous avons connu. De plus, aucune date ne nous ait donné. Nous pouvons à peu près estimer que nous sommes vers les années 1940, lorsque la guerre commence au début du jeu, mais la fin du jeu, c'est une autre affaire. Est-ce la libération ? C'est très flou, et finalement, on ne sait pas placer ce jeu dans un contexte précis.

Pourtant, The Saboteur n'est pas à jeter à la poubelle pour autant ! Il présente un réel aspect historique dans son ambiance ! Nous retrouvons la vie des résistants, qui doivent se cacher, qui se font trahir entre eux, qui espionnent et sabotent. D'autre part, nous pouvons voir également l'aspect de guerre totale. Plusieurs missions nous montreront la cruauté nazie, avec par exemple la guerre culturelle, où les nazis faisaient des autodafés. La guerre psychologique, où on essaye de jouer avec l'esprit des gens, la guerre chimique, avec la course des armements, mais aussi le coté mystique, où les nazis cherchent des artefacts... Et finalement, le jeu nous présente un tableau complet des actions nazies sur la guerre. Pas de bataille de front, mais des œuvres de la Résistance toujours. Il faudra finalement se satisfaire de sous-entendus (Les Forces Françaises Libres) et de la démonstration de la folie des nazies. Un jeu qui est là pour aider à comprendre, et à voir finalement, presque vivre la situation de l'époque.

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8.0
The Saboteur

The Saboteur est un bon jeu, où nous y passons un moment agréable, et où nous prenons plaisir à jouer, malgré quelques défauts. L'aventure est vraiment intéressante, et nous offre un tableau de la réalité de la guerre, sous l'occupation allemande à Paris. De plus, pour une fois qu'un jeu nous permet de jouer dans Paris librement, on ne peut que saluer cette performance.
Intérêt historique :
  • +Paris
  • +Gameplay à pied riche et dynamique
  • +Atmosphère réussie
  • +Scénario prenant
  • +Longue durée de vie
  • +Arsenal assez complet
  • -Censure
  • -Gameplay rigide en véhicule
  • -Population parisienne pas assez présente
  • -IA moyenne
  • -Trop peu de véhicules

  • Orochti Le Chti templier, Ancien membre d'HistoriaGames
  • "Tu dois aimer la France, car la nature l'a faite belle, et son histoire grande." Ernest Lavisse
  • "Eureka !" Archimède